Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘joie’

L’heureuse demeure (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



L’heureuse demeure

La nuit était si douce autour de ma demeure
Et la porte s’ouvrit en la touchant à peine
Je montai l’escalier sans aucun effort
Je retrouvai tout rangé dans la chambre.

Qu’y avait-il qui rendait l’ombre si légère et si belle ?
La fenêtre était un cerf-volant au-dessus du jardin
se dessinant là où  la veille encore
Chancelaient sous la pluie des maisons en démolition.

Si j’approchais des murs, les murs s’éloignaient
Ce n’était plus la chambre étroite de mon jour,
Sur la table des livres aux belles enluminures
Dans l’armoire le linge sentant la blancheur.

Je marchais sans toucher le plancher. Et je m’aperçus
Qu’il suffisait de penser à une chose
Pour que celle-ci apparût. Ainsi je dis la mer
Et la mer se joignit au cerf-volant de ma fenêtre.

Je nommai les vacances, je nommai les montagnes,
Je nommai la joie, l’amour, la quiétude,
Je nommai la halte auprès du ruisseau
Et à genoux je bus l’eau fraîche dans mes paumes.

J’essayai de me rappeler : qu’avais-je donc fait ?
D’Assy le seuil avait commencé ce miracle
Qu’est-ce qui pesait si lourd autrefois sur mes épaules ?
Quelle était cette tristesse et quels étaient les pleurs ?

Il n’y avait que les rires, les mots affectueux
Qui sonnaient à mes oreilles en cette nuit
J’étais comme un pommier ténébreux la veille
Et qu’à l’aube on trouve ivre de ses fleurs.

Ah Tout cela se passait au delà de mon âge
J’étais revenu là où j’avais tant souffert
Sans savoir que la peine aurai pu être douce
Ici où mon profil s’éclaire dans la mort.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Edward Hopper

 

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C’est quelque chose de lumineux (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



Victor Brauner e4ec2a5 [800x600]

C’est quelque chose de lumineux, de doux, que je veux vous annoncer,
A vous tous, hommes d’aujourd’hui et de demain.
C’est pour cela qu’une fois encore j’ai pris les instruments du poète
Car c’est au poète de dire la justice de l’avenir.

Il vient un temps nouveau. Voilà ce dont
Quelques-uns seulement ont eu vent. On eût dit une voile
Qui apparaissait loin au-dessus de l’océan. Un navire
Chargé de tout ce qui manquait aux hommes: du pain et une grande bonté, un grand amour.

Cette joie de cœur de battre non pas pour lui
Mais pour le corps et l’esprit tout entier. Cette joie
Du poète d’écrire non pas pour lui mais pour une foule généreuse,
Cette joie de l’homme de retrouver ses semblables,

Voilà donc ce que je veux vous annoncer:
Le ciel, le printemps, les vacances dont on parlait dans les anciens
Poèmes, seront pour tous dorénavant. Et la beauté,
L’espérance, rendues aux hommes comme la vue aux aveugles.

(Ilarie Voronca)

 Illustration: Victor Brauner

 

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J’ai souvent fait et refait un rêve (Jean-François Manier)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



 

 

J’ai souvent fait et refait un rêve
qui raconte toujours plus ou moins la même chose :
je me retrouve dans une maison très familière,
la mienne ou peut-être une maison de vacances, ou d’amis proches,
quand soudain sans raison apparente,
je comprends avec un immense bonheur
qu’une partie de cette habitation m’était demeurée cachée.
Que j’avais ainsi vécu longtemps, des années peut-être,
à côté d’une chambre close, sans le savoir,
jusqu’à ce moment précis où je vais pousser la porte.
Le rêve s’arrête là,
à cette joie qui me laisse ému, tremblant, au seuil de l’inconnu.

J’ai eu envie d’écrire un long poème
qui serait comme une invitation à entrer dans l’espace réel et mystérieux
qui commence derrière cette porte.

(Jean-François Manier)

 

 

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Du pic de la cime haute (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Eric Itschert
    
Du pic de la cime haute
Je suis tombé comme un fou
Et me suis rompu le cou.
C’est bien fait, car c’est ma faute.

Je n’avais qu’à rester coi.
Mais j’ai voulu, trop rapace,
Saisir le bonheur qui passe
Et le retenir. Pourquoi?

Dans le ciel, à tire-d’aile,
Comme il planait d’un vol sûr,
Je pouvais bien dans l’azur
Le suivre d’un œil fidèle.

Mais, plein d’un fauve appétit,
Sans calcul, sans frein, sans règle,
J’ai fait comme le grand aigle
Qui veut nourrir son petit.

En voyant s’enfuir ma joie,
J’ai voulu la raccrocher,
Et j’ai contre le rocher
Brisé moi-même et ma proie.

(Jean Richepin)

 

 

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QUE N’AI-JE CONNU UNE FEMME ? (David Herbert Lawrence)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
QUE N’AI-JE CONNU UNE FEMME ?

Que n’ai-je connu une femme
qui serait comme un feu rouge dans l’âtre
rayonnante après les agitations du jour?

Ainsi l’on pourrait s’approcher d’elle
dans la rouge quiétude du crépuscule
et trouver sa joie en elle
sans avoir à faire l’effort poli de l’aimer
ou l’effort mental de faire sa connaissance.
Sans avoir à prendre froid en lui parlant.

***

I WISH I KNEW A WOMAN –

I wish I knew a woman
who was like a red fire on the hearth
glowing after the day’s restless draughts.

So Mat one could draw near ber
in the red stillness of the dusk
and really take delight in her
witbout having to make Me polite effort of loving her
or the mental effort of making her acquaintance.
Without having to take a chill, talking to her.

(David Herbert Lawrence)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Lorand Gaspar et Sarah Clair
Editions: Gallimard

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Retouche à la canicule (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Retouche à la canicule

la sève au plus profond
devient le fleuve de l’attente

l’âme y jette un pont
pour que l’ombre de l’arche au passant soit l’auberge
où s’arrête
la joie nocturne et lente

(Daniel Boulanger)


Illustration: Francine Van Hove

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BALLADE DE LA CAMPAGNE-EXIL (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Muriel Henry
    
BALLADE DE LA CAMPAGNE-EXIL

Les paysans m’appellent par mon nom sur les routes,
comme ils reconnaissent une alouette d’une grive
mais ils connaissent mieux les noms des gibiers que le
mien car mon nom est Douleur.

Si ce que j’aime s’appesantit sur ma blessure, Il la gêne,
s’il ne s’appesantit que sur l’été, c’est la plaine qui souffre.

Qui nourrira mon amour et l’été si ce n’est cette douleur,
puisque mon amour et l’été ne peuvent plus se nourrir de joie.

Le cygne s’en va dans le sens des branches
et les muses nues me prennent les bras ;
le cheval ailé comprend ma souffrance
et les fleurs des prés s’écartent de moi.

(Max Jacob)

 

Recueil: Derniers poèmes en vers et en prose
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’ÉTANG (Alfred Kolleritsch)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
L’ÉTANG

Autоur de la blessure, la couronne de roseaux.
L’humidité, la corrosion,
reflète le soleil en gris.

Des araignées vont sur l’eau.
Le miracle (encore en suspens)
ne renouvelle aucune onde.

La blessure guérit-elle,
se dessèche-t-elle ?

Qui donne sa chair,
ses muscles,
soi-même, en victime ?
Toi seul ?

Qui exorcisera l’étang,
cette face de crapaud
qui te regarde fixement ?

Pour у faire épanouir ton visage,
ton jardin,
le bonheur de mille fleurs :
« considérer une vie
plein dе deuils, »
comme un cri en quête de joie.

***

DER TEICH

Um die Wunde das Schilfband.
Das Feuchte, Ätzende,
spiegelt die Sonne grau.

Spinnen gehen über das Wasser.
Das Wunder (das noch aussteht)
wiederholt keine Welle.

Heilt die Wunde,
trochnet sie aus ?

Wer gibt sein Fleisch,
seine Muskeln,
sich, das Opfer ?
Du allein ?

Wer vertreibt den Teich,
das Krötengesicht,
das dich anstarrt?

Dass darüber dein Gesicht wächst,
dein Garten,
das Glück tausender Blumen:
» zurückzublicken auf ein Leben
voller Verluste «,
wie ein Schrei nach Freude.

(Alfred Kolleritsch)

 

Recueil: La conspiration des mots
Traduction: Françoise David-Schaumann et Joël Vincent
Editions: Atelier la Feugraie

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A … (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018




A …

Non, non je ne dois pas, je n’ose, je ne peux
Au trouble de l’amour céder avec folie.
Pour ménager ma paix, je suis très rigoureux
Et j’épargne à mon coeur qu’il brûle et qu’il s’oublie.
Aimer, c’est bien fini! Mais, par moments, pourquoi
N’accueillerais-je pas ce rêve qui ne dure
Que l’instant, par hasard, où passe devant moi
Une céleste, jeune et pure créature?…
Qui passe et disparaît,.. Vraiment ne puis-je pas
L’admirer en mêlant plaisir avec tristesse
Et suivre du regard en silence ses pas,
La bénir pour ma joie et pour mon allégresse,
Lui souhaiter un bien conforme à ses désirs,
Des loisirs sans soucis, paix et gaieté de l’âme,
Tout, même le bonheur pour qui va la choisir,
Aimable jeune fille, et la nommer sa femme?

(Alexandre Pouchkine)

 

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SANS ESPOIR DE RIEN (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



SANS ESPOIR DE RIEN

Sans espoir de rien, aller par les rues,
C’est là un destin meilleur qu’on ne croit,
A cause des allées et venues
De toutes les gentilles qu’il y a…

Sans espoir de rien, voguer la vie,
Cela vaut la peine tout de même,
A cause d’instants ensoleillés
Qu’il fait vraiment bon sentir passer.

Qu’apercevrais-tu que tu es heureux,
Si ton bonheur durait plus d’une heure ?
Et vaut-il pas mieux
Ne pouvoir aimer qu’avec les yeux,
Et qu’un pauvre instant la nuque, les yeux,
Le mystère qui fuit à jolis pas
De toutes les gentilles qu’il y a ?

Allons donc, la vie accepte qu’on la vive
La terre n’est pas si froide encore
Et les minutes rares ne sont si rares

Où l’on se confie qu’il fait bon vivre,
Où tout simplement, on se prend à vivre
Au frais dans l’herbe, au tiède sur le sable,
Ou bien le long des rues, tout à la joie
De cueillir des yeux le passage aimable
De toutes les gentilles qu’il y a…

(Charles Vildrac)

Illustration: Eugene Blaas

 

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