Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘joie’

Le printemps (Guillaume de Lorris)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



    

Le printemps

C’était le matin, eût-on dit,
Cinq ans ont bien passé depuis,
Au mois de mai, par un beau jour,
Au temps plein de joie et d’amour,

Au temps où toute chose est gaie,
Car on ne voit buisson ni haie
Qui, en mai, se parer ne veuille
Et couvrir de nouvelle feuille.

Les bois recouvrent leur verdure,
Qui sont secs tant que l’hiver dure,
La terre même se délecte
De la rosée qui l’humecte

Et oublie la pauvreté
Où elle a tout l’hiver été.
La terre alors devient si fière
Qu’elle change sa robe entière ;

Et sait si joliment la faire
Que de couleurs elle a cent paires,
D’herbes, de fleurs indes et perses,
Et de maintes couleurs diverses.

La robe qu’ainsi je décris
Donne à la terre tout son prix.
Les oiseaux, demeurés muets
Cependant que le froid régnait,

Et le temps mauvais et chagrin,
Sont, en mai, grâce au temps serein,
Si gais qu’ils montrent en chantant
Qu’en leur coeur a de joie tant

Qu’il leur faut bien chanter par force.
Le rossignol alors s’efforce
De chanter et mener grand bruit.
Lors s’en donne à coeur joie aussi

Le perroquet, et l’alouette.
Il faut que jeunesse se mette
À être gaie et amoureuse :
C’est la saison belle et heureuse.

Qui n’aime en mai a l’âme dure,
Quand il entend, sous la ramure,
Des oiseaux les doux chants piteux.

(Guillaume de Lorris)

 

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au midi des contradictions (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




Au midi des contradictions

Il n’y a pas de vague plus fatale que la mer ;
pas d’arbre plus illustre que la forêt.

Ni du limon, ni de l’étoile ;
nous tenons de l’un et l’autre à la fois.
Les contraires embroussaillent nos chemins ;
notre avance se réalise à la lente cadence du choix.

Le souffle court, nous ne marchons que par étapes ;
le regard impatient, nous ne savons pas séjourner.
Avancer, reprendre joie, défier l’obstacle,
peut-être le vaincre, puis aller de nouveau : tels sont nos possibles.
Aimons les rayons d’un soleil menacé ;
qu’il nous soit cher l’étang qui retient sa part de ciel.

Incertains de nos sources, qu’aurons-nous à livrer à la nuit ?
Peut-être ces lueurs qui dénoncèrent l’opaque, peut-être
la trace bleue d’un bonheur qui fuit.

«L’amour est toute la vie », Il est vain de prétendre
qu’il y a d’autres équilibres.
Le dénué d’amour trace partout des cercles dont le centre n’est pas.

Ceux qui s’aiment dénouent, en leur saison privilégiée,
toutes les amarres.
Étrange et doux espace.
S’entremêlant, les fleuves chantent déjà la mer.

Le coeur se rit de l’absurde.
Sa vérité est au midi des contradictions.

Regarder, écouter, c’est un peu la même chose :
une attention passionnée à la transparence de l’ami.

(Andrée Chedid)


Illustration: Sylvie Lohmann   » Pensées Contradictoires »

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

La Princesse Lointaine (Jaufré Rudel)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Illustration: Alphonse Mucha
    
La Princesse Lointaine

Quand le ruisseau de la fontaine
S’éclaircit et la marjolaine
Au joyeux soleil du printemps
Et que du rossignol le chant
S’élève et module et s’affine
Sur les branches de l’aubépine,
Il faut que j’entonne le mien.

Amour de la terre lointaine
Pour vous tout mon corps est dolent,
Car ne fut plus gente chrétienne.
Heureux pour qui elle est parlant

De désir mon cœur est tiré
Vers cette dame qu’entre tous j’aime.
Pour elle ai toujours soupiré,
Mais ne veux pas que l’on me plaigne,
car de la douleur naît la joie.

Lorsque les jours sont longs en mai,
Le doux chant des oiseaux me plaît
Et quand peu à peu il s’éteint
D’un amour lointain me souvient.
Je marche alors tête baissée
Et non plus que saison glacée
Me plaît le chant d’oiseau
ou le gazouillis du ruisseau.
Je le tiendrai pour vrai Seigneur
Par qui verrai l’amour lointain,
Mais malgré l’espoir de tel heur
J’ai mal, car il est trop lointain.

Ah ! que ne suis-je pèlerin
Là-bas pour porter le bourdon
Et recevoir le meilleur don
D’être contemplé par ses yeux.
Jamais d’amour ne jouirai
Sinon de cet amour lointain,

Car femme ne connais meilleure
Ni plus gracieuse en cette heure
De nulle part, ni près ni loin.
Pour elle et pour lui rendre soin
Je consens à être captif
Là-bas au pays sarrasin.

Il dit vrai celui qui m’appelle
Le désireux d’amour lointain,
Car nulle autre joie ne révèle
que jouir de l’amour lointain,
Mes tous mes vœux sont inutiles
Et je me suis voué à ce sort
D’aimer toujours sans être aimé.

(Jaufré Rudel)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Y’a de la joie (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017


Y a d’la joie bonjour bonjour les hirondelles
Y a d’la joie dans le ciel par dessus le toit
Y a d’la joie et du soleil dans les ruelles
Y a d’la joie partout y a d’la joie

Tout le jour, mon cœur bat, chavire et chancelle
C’est l’amour qui vient avec je ne sais quoi
C’est l’amour bonjour bonjour les demoiselles
Y a d’la joie partout y a d’la joie

Le gris boulanger bat la pâte à pleins bras
Il fait du bon pain du pain si fin que j’ai faim
On voit le facteur qui s’envole là-bas
Comme un ange bleu portant ses lettres au Bon Dieu

Miracle sans nom à la station Javel
On voit le métro qui sort de son tunnel
Grisé de soleil, de chansons et de fleurs
Il court vers le bois, il court à toute vapeur

Y a d’la joie la tour Eiffel part en balade
Comme une folle elle saute la Seine à pieds joints
Puis elle dit: « Tant pis pour moi si je suis malade
Je m’embêtais toute seule dans mon coin »

Y a d’la joie le percepteur met sa jaquette
Plie boutique et dit d’un air très doux, très doux
« Bien le bonjour, pour aujourd’hui finie la quête
Gardez tout Messieurs, gardez tout »

Mais voilà que soudain je m’éveille dans mon lit
Donc j’avais rêvé, oui, car le ciel est gris
Il faut se lever, se laver, se vêtir
Et ne plus chanter si l’on n’a plus rien à dire

Mais je crois pourtant que ce rêve a du bon
Car il m’a permis de faire une chanson
Chanson de printemps, chansonnette d’amour
Chanson de vingt ans, chanson de toujours.

Y a d’la joie bonjour bonjour les hirondelles
Y a d’la joie dans le ciel par dessus le toit
Y a d’la joie et du soleil dans les ruelles
Y a d’la joie partout y a d’la joie

Tout le jour, mon cœur bat, chavire et chancelle
C’est l’amour qui vient avec je ne sais quoi
C’est l’amour bonjour les demoiselles
Y a d’la joie partout y a d’la joie

(Charles Trenet)


Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Fleur bleue (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017


 


 

fleur bleue 20090523_132421_

Fleur bleue

{Refrain:}
Un doux parfum qu´on respire
C´est fleur bleue
Un regard qui vous attire
C´est fleur bleue
Des mots difficiles à dire
C´est fleur bleue
C´est fleur bleue
Une chanson qu´on fredonne
C´est fleur bleue
Un jeune amour qui se donne
Deux grands yeux qui s´abandonnent
C´est fleur bleue

On envoie des pneumatiques
A fleur bleue
Les dimanches sont poétiques
Tout fleur bleue
On se met du cosmétique
Dans les cheveux, oui parbleu, pour fleur bleue
On jure que l´on s´adore
Tous les deux
Et l´on jurerait encore
Si fleur bleue
Ne vous plaquait, ça c´est vache
Pour un dragon à moustache
Ah! Morbleu!…

Elle n´est pas revenue
Mystérieux
Oui à jamais disparue
Sans adieux
Et je suis seul dans la rue
Larmes aux yeux, larmes aux yeux, larmes aux yeux
Mais soudain le cœur bat vite
Ah, mon Dieu :
La voilà c´est la petite
L´air joyeux
Non ce n´est pas elle, quel drame
C´est une assez grosse dame
Pas fleur bleue.

Alors le printemps l´automne
Sans fleur bleue
Coulent des jours monotones
Ciel pluvieux
Et cet air que je fredonne
Sans fleur bleue, devient vieux, ennuyeux
Pourtant ne soyons pas triste
Pour fleur bleue
J´en ai là tout une liste
C´est bien mieux
Amourettes passagères
Joies peines de cœur légères
Oui, fleurs bleues.

{au Refrain}

(Charles Trenet)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Joies sans causes (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017




Joies sans causes

On connaît toujours trop les causes de sa peine,
Mais on cherche parfois celles de son plaisir ;
Je m’éveille parfois l’âme toute sereine,
Sous un charme étranger que je ne peux saisir.

Un ciel rose envahit mon être et ma demeure,
J’aime tout l’univers, et, sans savoir pourquoi,
Je rayonne. Cela ne dure pas une heure,
Et je sens refluer les ténèbres en moi.

D’où viennent ces lueurs de joie instantanées,
Ces paradis ouverts qu’on ne fait qu’entrevoir,
Ces étoiles sans noms dans la nuit des années,
Qui filent en laissant le fond du cœur plus noir ?

Est-ce un avril ancien dont l’azur se rallume,
Printemps qui renaîtrait de la cendre des jours
Comme un feu mort jetant une clarté posthume ?
Est-ce un présage heureux des futures amours ?

Non. Ce mystérieux et rapide sillage
N’a rien du souvenir ni du pressentiment ;
C’est peut-être un bonheur égaré qui voyage
Et, se trompant de cœur, ne nous luit qu’un moment.

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Paul-Jacques-Aimé Baudry

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Spectacle rassurant (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Spectacle rassurant

Tout est lumière, tout est joie,
L’araignée au pied diligent
Attache aux tulipes de soie
Ses rondes dentelles d’argent.

La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l’étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux !

La rose semble, rajeunie,
S’accoupler au bouton vermeil ;
L’oiseau chante plein d’harmonie
Dans les rameaux pleins de soleil.

Sa voix bénit le Dieu de l’âme
Qui, toujours visible au coeur pur,
Fait l’aube, paupière de flamme,
Pour le ciel, prunelle d’azur !

Sous les bois, où tout bruit s’émousse,
Le faon craintif joue en rêvant ;
Dans les verts écrins de la mousse
Luit le scarabée, or vivant.

La lune au jour est tiède et pâle
Comme un joyeux convalescent ;
Tendre, elle ouvre ses yeux d’opale
D’où la douceur du ciel descend !

La giroflée avec l’abeille
Folâtre en baisant le vieux mur ;
Le chaud sillon gaîment s’éveille,
Remué par le germe obscur.

Tout vit, et se pose avec grâce,
Le rayon sur le seuil ouvert,
L’ombre qui fuit sur l’eau qui passe,
Le ciel bleu sur le coteau vert !

La plaine brille, heureuse et pure ;
Le bois jase ; l’herbe fleurit.
– Homme ! ne crains rien ! la nature
Sait le grand secret, et sourit.

(Victor Hugo)

Illustration: ArbreaPhotos

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES POUVOIRS DE L’AMOUR (III) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2017




    
LES POUVOIRS DE L’AMOUR (III)

Entre le monde et la nuit
il y a l’épaisseur d’un carreau
à travers lequel la lumière va surgir
pour se jeter dans celle de tes yeux.

Au ras du sol, les feuilles se lissent
pour recevoir le soleil
qui passera de l’une à l’autre
en allumant le brasier de la rosée.

Tes paupières battent comme les sources
dont le matin veut éveiller la terre,
les oiseaux s’immobilisent un instant
pour mieux sentir la rondeur de la clarté.

Et c’est le jour porté de colline en colline,
renversé dans les lits de la verdure,
c’est le jour éperdu de joie
dès qu’il reconnaît tes seins.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tristan et Yseut (LÉGENDE)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2017



Tristan Et Yseut

Elle posa son bras sur l’épaule de Tristan ;
des larmes éteignirent le rayon de ses yeux,
ses lèvres tremblèrent.

Il répéta : « Amie, qu’est-ce donc qui vous tourmente ? »

Elle répondit : « L’amour de vous ».

Alors, il posa ses lèvres sur les siennes.
Pour la première fois tous deux goûtaient une joie d’amour.

(LÉGENDE)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE CHANT DU TEMPS (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017



Illustration: Josephine Wall 
    
LE CHANT DU TEMPS

Le soleil est dans mon coeur, les étoiles se cachent dans les plis de ma tunique.
Si tu me contemples, je ne suis rien; si tu regardes en toi, je suis toi-même.
Dans les villes et dans les campagnes, dans les palais et dans les chaumières,
Je suis la douleur et ce qui l’apaise, je suis la joie infinie.

Je suis l’épée qui déchire l’univers, je suis la Source de Vie.
Les Gengis Khan et les Tamerlan ne sont qu’une poignée de ma poussière,
Le bruit et la fureur de l’Europe ne peuvent rivaliser avec le plus infime de mes échos.
L’homme et son univers ne sont que l’une de mes esquisses,
C’est avec le sang de son cceur que je colore mon printemps.

Je suis flamme ardente, je suis divin paradis.
Ô étrange mystère! Je suis à la fois immobile et en marche,
L’éternité se reflète dans ma coupe éphémère.
Mille mondes rutilants sont enfouis dans mon coeur,
Mille étoiles filantes et mille globes d’azur.

Je suis le manteau de l’humanité et la robe de la divinité.
Je suis le maître du destin et le créateur de la liberté.
Tu es l’amant de Leila et moi le désert de ton amour.
Je suis au-delà de ta quête, inaccessible comme l’esprit.

Je suis le secret de ton coeur et tu es le secret du mien;
Caché au fond de toi-même, je me manifeste à travers toi.
Je suis le voyageur et toi le but du voyage. Je suis le champ et toi la moisson.
Tu es la musique des musiques, tu es l’âme de la vie.

Ô vagabond pétri d’argile, vois comme ton coeur est immense!
Un océan sans limites enfermé dans une coupe
dont les lames de fond sèment la tempête.

(Mohammad Iqbal)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :