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L’ÎLE SUR LE LAC, À INNISFREE (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

L’ÎLE SUR LE LAC, À INNISFREE

Que je me lève et je parte, que je parte pour Innisfree,
Que je me bâtisse là une hutte, faite d’argile et de joncs.
J’aurai neuf rangs de haricots, j’aurai une ruche
Et dans ma clairière je vivrai seul, devenu le bruit des abeilles.

Et là j’aurai quelque paix car goutte à goutte la paix retombe
Des brumes du matin sur l’herbe où le grillon chante,
Et là minuit n’est qu’une lueur et midi est un rayon rouge
Et d’ailes de passereaux déborde le ciel du soir.

Que je me lève et je parte, car nuit et jour
J’entends clapoter l’eau paisible contre la rive.
Vais-je sur la grand route ou le pavé incolore,
Je l’entends dans l’âme du coeur.

***

THE LAKE ISLE OF INNISFREE

I will arise and go now, and go to Innisfree,
And a small cabin build there, of clay and wattles made :
Nine bean-rows will I have there, a hive for the honeybee,
And live alone in the bee-loud glade.

And I shall have some peace there, for peace comes dropping slow,
Dropping from the veils of the morning to where the cricket sings ;
There midnight’s all a glimmer, and noon a purple glow,
And evening full of the linnet’s wings.

I will arise and go now, for always night and day
I hear lake water la pping with low sounds by the shore;
While I stand on the roadway, or on the pavements grey,
I hear it in the deep heart’s core.

(William Butler Yeats)

Illustration

 

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ESQUISSE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018




    
ESQUISSE
Sou-Tong-Po

Hors de la verte forêt des bambous,
deux ou trois branches de pêchers en fleur.

C’est le printemps ! les rivières tiédissent, sans doute ;
les canards sont les premiers, à savoir cela.

Déjà, les plants de céleri et les pousses de jonc,
commencent à s’élever de terre.

C’est le moment d’aller à la pêche du tédradon,
excellent en cette saison.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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VISION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Paul Emile Chabas
    
VISION

I
Au matin, bien reposée,
Tu fuis, rieuse, et tu cueilles
Les muguets blancs, dont les feuilles
Ont des perles de rosée.

Les vertes pousses des chênes
Dans ta blonde chevelure
Empêchent ta libre allure
Vers les clairière prochaines.

Mais tu romps, faisant la moue,
L’audace de chaque branche
Qu’attiraient ta nuque blanche
Et les roses de ta joue.

Ta robe est prise à cet arbre,
Et les griffes de la haie
Tracent parfois une raie
Rouge, sur ton cou de marbre.

II
Laisse déchirer tes voiles.
Qui es-tu, fraîche fillette,
Dont le regard clair reflète
Le soleil et les étoiles?

Maintenant te voilà nue.
Et tu vas, rieuse encore,
Vers l’endroit d’où vient l’aurore;
Et toi, d’où es-tu venue?

Mais tu ralentis ta course
Songeuse et flairant la brise.
Délicieuse surprise,
Entends le bruit de la source.

Alors frissonnante, heureuse
En te suspendant aux saules,
Tu glisses jusqu’aux épaules,
Dans l’eau caressante et creuse.

Là-bas, quelle fleur superbe!
On dirait comme un lys double;
Mais l’eau, tout autour est trouble
Pleine de joncs mous et d’herbe.

III
Je t’ai suivie en satyre,
Et caché, je te regarde,
Blanche, dans l’eau babillarde;
Mais ce nénuphar t’attire.

Tu prends ce faux lys, ce traître.
Et les joncs t’ont enlacée.
Oh! mon coeur et ma pensée
Avec toi vont disparaître!

Les roseaux, l’herbe, la boue
M’arrêtent contre la rive.
Faut-il que je te survive
Sans avoir baisé ta joue?

Alors, s’il faut que tu meures,
Dis-moi comment tu t’appelles,
Belle, plus que toutes belles!
Ton nom remplira mes heures.

« Ami, je suis l’Espérance.
Mes bras sur mon sein se glacent. »

Et les grenouilles coassent
Dans l’étang d’indifférence.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Arrivant la nuit devant le logis d’un pêcheur (Zhang Ji)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018




    
Arrivant la nuit devant le logis d’un pêcheur

A l’entrée du fleuve, un logis de pêcheur
L’eau du lac effleure la porte de bois
Le voyageur frappe pour la nuit, nulle réponse :
Le maitre n’est pas encore de retour

Un sentier se perd au profond des bambous
Surgit la lune, éclairant peu de barques…
Soudain, sous son manteau de jonc mû par la brise
Là-bas, le pêcheur qui cherche la berge de sable

(Zhang Ji)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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La main touche une jupe (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017




    

La main touche une jupe,
muguets fanés, je me souviens
tiède comme un début de peau,
un feu de sang brûle les os.

Les joncs craquent sous le corps souple,
et le miel bout dans l’oeillet pourpre,
sur le brasier de myositis
là-haut où les oiseaux s’étirent.

Carrière de braise rouge,
près d’une eau non doublée de tain,
où toute pudeur expire
au vent venu de si loin.

Sous août bruissant, la fièvre est fraîche,
et la brûlure encore glacée
des lèvres fanées de soif,
et du corps torride de sang.

Voici la baie de tes jambes
avant cette île foudroyée
où peut-être un peu de neige
attend ma tête sans pensée.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Intolérable jour (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017



Illustration
    
Intolérable jour.
Changer le sang contre de l’eau.

Les moissons crient le long des routes
où la poussière taille ses aveuglants manteaux,
chair répandue,
pavots vifs des chars.

Le soleil envolé
tire l’eau de nos puits
et les ruisseaux se taisent sous les joncs fascinés.

Le désir est déjà dans la proie convoitée
que la sueur habille
souffle dans les coeurs noirs et le sang plus épais
son espoir d’étincelle.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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MÉLANCOLIE DU SOIR (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



 

MÉLANCOLIE DU SOIR

La forêt qui défunte s’étend —
Et des ombres la cernent, comme des haies.
Le gibier quitte en tremblant ses refuges
Tandis qu’un ru glisse tout bas,

Suivant des fougères et de vieilles pierres
Et scintille argenté à travers le feuillage.
On l’entend bientôt dans des gouffres noirs —
Peut-être que déjà brillent aussi des astres.

La plaine sombre semble illimitée,
Villages dispersés, marais, étangs,
Un je-ne-sais-quoi te fait croire à un feu.
Un éclat froid sur des routes se glisse.

Au ciel se devine une agitation,
Une armée de migrateurs prend son essor
Vers ces pays là-bas, autres et beaux pays.
Et monte et retombe le rythme des joncs.

(Georg Trakl)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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Mort d’un Poète (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Mort d’un Poète
I. M. Francis Jammes

Mon Dieu comme il fait silence ici
on dirait que les sources ont tari
que les coeurs ont perdu leur vie
et les feuilles le secret des nids.

Comme il fait silence, on dirait que les jeunes filles
ont perdu le goût de chanter leurs rêves
ou que leurs rêves sont restés sans récompense
ou qu’elles savent que Dieu veut les priver de vie.

Plus personne n’appellera les fleurs par leurs noms
tous les prés s’en iront nourriture à fenil
sans qu’un doigt ait noué chaque brin d’harmonie

Vois comme est triste la prairie
depuis qu’il n’est plus là pour la chanter
vois comme les joncs sont durs au bout du pré
comme l’aube est pressée d’abandonner les sources…

Il y a toute la nuit avec son chant d’enfance
et le cri des crapauds vers-luisants du silence
il y a toute la nuit fermée sur les amours
et la lutte d’ailes au vents

toute la nuit de larves et d’essaims
(l’assassin doucement tourne la roue de lune sur la lame)
(le lecteur fantastique sous l’ombre des cheveux
voit naître sur la page la lointaine bataille)

il y a toute la nuit au bruit de source :
goutte à goutte, chant à chant, râle à râle
les sanglots jusqu’à l’aurore
les gestes pour soi-même et le poème écrit…

solitude ! solitude ! oh ! beauté de la nuit !…
la porte frappe sur la chair d’attente.

(Alain Borne)

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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En avril (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017




    
En avril

En avril sous les bourgeons roux,
Voici le bouvreuil aux cris doux,
Voici le merle et la mésange,
Que nul vent glacé ne dérange,
Pépiant au soleil nouveau,
Pendant que d’argent clair se frange
La berge noire des ruisseaux.

Voici le vert cendré des pousses;
Étalant de bleuâtres housses,
La mousse où fleurissent dorés,
Caressés du ciel azuré
Les coucous, où les anémones
Ouvrent leurs pétales nacrés
À l’abri vaporeux des aulnes.

Voici la flûte verte et glauque
Des grives et la plainte rauque
Des crapauds en amour montant,
Des vases molles de l’étang
Et qui, bourdonnante, dévide
Son rythme par les joncs humides
Que chauffe un soleil éclatant.

Voici les trembleuses fougères
Déroulant leurs crosses légères
Et les longs iris flexueux
Qu’agite le vol anguleux
Et fantasque des demoiselles
Effleurant leurs calices bleus
Du bout transparent de leurs ailes.

Ah! Viens, mon amour, je le veux,
Viens, dans la nuit des chemins creux
Parmi les fleurs en avalanches,
Mon coeur est un nid sous les branches;
Viens, comme un doux oiseau lassé,
Dans le nid tiède reposer
A l’ombre des épines blanches.

(Marie Dauguet)

 

 

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Viens nous-en… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration
    
Viens nous-en…

Viens nous-en aux pentes rudes
Où la bruyère fleurit,
Ecouter la solitude,
Le bris

De l’herbe sèche et la brume
S`égoutter des ajoncs morts;
Aux bouleaux mouillés qui fument
L’essor

Des geais fuyards, et cette aigre
Chanson vibrer du vent faux,
Promenant dans l’herbe maigre
Sa faux.

La rauque plainte s’étrangle
De l’eau sous les joncs fleuris,
D’où quelque vol en triangle
Surgit.

Ecoutons tomber les baies
Blettes au pied des sorbiers
Et pleurer la sourde plaie
De nos désirs prisonniers.

(Marie Dauguet)

 

 

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