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MÉLANCOLIE DU SOIR (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



 

MÉLANCOLIE DU SOIR

La forêt qui défunte s’étend —
Et des ombres la cernent, comme des haies.
Le gibier quitte en tremblant ses refuges
Tandis qu’un ru glisse tout bas,

Suivant des fougères et de vieilles pierres
Et scintille argenté à travers le feuillage.
On l’entend bientôt dans des gouffres noirs —
Peut-être que déjà brillent aussi des astres.

La plaine sombre semble illimitée,
Villages dispersés, marais, étangs,
Un je-ne-sais-quoi te fait croire à un feu.
Un éclat froid sur des routes se glisse.

Au ciel se devine une agitation,
Une armée de migrateurs prend son essor
Vers ces pays là-bas, autres et beaux pays.
Et monte et retombe le rythme des joncs.

(Georg Trakl)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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Mort d’un Poète (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Mort d’un Poète
I. M. Francis Jammes

Mon Dieu comme il fait silence ici
on dirait que les sources ont tari
que les coeurs ont perdu leur vie
et les feuilles le secret des nids.

Comme il fait silence, on dirait que les jeunes filles
ont perdu le goût de chanter leurs rêves
ou que leurs rêves sont restés sans récompense
ou qu’elles savent que Dieu veut les priver de vie.

Plus personne n’appellera les fleurs par leurs noms
tous les prés s’en iront nourriture à fenil
sans qu’un doigt ait noué chaque brin d’harmonie

Vois comme est triste la prairie
depuis qu’il n’est plus là pour la chanter
vois comme les joncs sont durs au bout du pré
comme l’aube est pressée d’abandonner les sources…

Il y a toute la nuit avec son chant d’enfance
et le cri des crapauds vers-luisants du silence
il y a toute la nuit fermée sur les amours
et la lutte d’ailes au vents

toute la nuit de larves et d’essaims
(l’assassin doucement tourne la roue de lune sur la lame)
(le lecteur fantastique sous l’ombre des cheveux
voit naître sur la page la lointaine bataille)

il y a toute la nuit au bruit de source :
goutte à goutte, chant à chant, râle à râle
les sanglots jusqu’à l’aurore
les gestes pour soi-même et le poème écrit…

solitude ! solitude ! oh ! beauté de la nuit !…
la porte frappe sur la chair d’attente.

(Alain Borne)

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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En avril (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017




    
En avril

En avril sous les bourgeons roux,
Voici le bouvreuil aux cris doux,
Voici le merle et la mésange,
Que nul vent glacé ne dérange,
Pépiant au soleil nouveau,
Pendant que d’argent clair se frange
La berge noire des ruisseaux.

Voici le vert cendré des pousses;
Étalant de bleuâtres housses,
La mousse où fleurissent dorés,
Caressés du ciel azuré
Les coucous, où les anémones
Ouvrent leurs pétales nacrés
À l’abri vaporeux des aulnes.

Voici la flûte verte et glauque
Des grives et la plainte rauque
Des crapauds en amour montant,
Des vases molles de l’étang
Et qui, bourdonnante, dévide
Son rythme par les joncs humides
Que chauffe un soleil éclatant.

Voici les trembleuses fougères
Déroulant leurs crosses légères
Et les longs iris flexueux
Qu’agite le vol anguleux
Et fantasque des demoiselles
Effleurant leurs calices bleus
Du bout transparent de leurs ailes.

Ah! Viens, mon amour, je le veux,
Viens, dans la nuit des chemins creux
Parmi les fleurs en avalanches,
Mon coeur est un nid sous les branches;
Viens, comme un doux oiseau lassé,
Dans le nid tiède reposer
A l’ombre des épines blanches.

(Marie Dauguet)

 

 

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Viens nous-en… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration
    
Viens nous-en…

Viens nous-en aux pentes rudes
Où la bruyère fleurit,
Ecouter la solitude,
Le bris

De l’herbe sèche et la brume
S`égoutter des ajoncs morts;
Aux bouleaux mouillés qui fument
L’essor

Des geais fuyards, et cette aigre
Chanson vibrer du vent faux,
Promenant dans l’herbe maigre
Sa faux.

La rauque plainte s’étrangle
De l’eau sous les joncs fleuris,
D’où quelque vol en triangle
Surgit.

Ecoutons tomber les baies
Blettes au pied des sorbiers
Et pleurer la sourde plaie
De nos désirs prisonniers.

(Marie Dauguet)

 

 

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Cantiques à la lune (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Adolf von Stademann
    
Cantiques à la lune

Lune qui t’endors à côté des charrues,
Attirant jusqu’à toi, comme d’un sein ouvert,
Les parfums du sillon et des sauges bourrues
Que le soc a fendus aux premiers jours d’hiver.

Tu veilles les troupeaux, broutant près des tourbières
Le thym et les orchis aux grappes de rubis,
Et tu tais tressaillir vers ta molle lumière
Les agneaux enfermés au ventre des brebis.

Lune printanière et maîtresse des germes.
Tu exaltes l’odeur des mares croupissant
Au long des murs d’étable et des portes des fermes
Qu’estompe à ta lueur un ténébreux encens.

Tu fais goûter l’odeur, douce comme une amie,
Qui traverse les toits abritant le bétail.
Celle des bœufs repus, des vaches endormies.
De la paille froissée où plonge leur poitrail.

Tu provoques la forte et sereine ambiance
Qui suinte des blés roux tassés sur les greniers
Et cette odeur de paix, qui donne confiance,
Des meules de fourrage et des tas de fumiers.

Lune printanière et telle une déesse
Qui pose sur les joncs l’éclat de tes pieds blancs
Et sème la moelleuse et flottante caresse
De tes cheveux au ras des moires de l’étang.

Lune, tu fais chanter sous l’oseille sauvage
Que frôle ton orteil d’ivoire, les crapauds.
Et pleuvoir la rosée au bleuissant treillage
Des saules prosternés et des tièdes sureaux.

Zébrant de tes lueurs l’ombre chèvrefeuillée.
En ton mauve péplos tu t’assieds sous les troncs
Et parmi l’herbe humide et les sauges mouillés.
Tu penches ton visage et tu baignes ton front.

Lune, voici mon cœur, brin séché de fougère,
Perdu dans l’épaisseur des bois enténébrés,
Lune, voici mon cœur, sombre rameau de lierre
Au pan de ce mur noir durement enserré.

Eclaire-le, ce cœur, mendiant misérable
Et qu’à l’immense fête on n’a point convié.
Triste quand sont joyeux l’églantier et l’érable,
Mon cœur humain qui pense au lieu de verdoyer.

Que ton rayonnement l’apaise et le pénètre.
Ce cœur comblé de nuit, d’un dieu déshérité.
Lune, verse sur lui comme aux branches des hêtres.
Ton calme enchantement et ta sérénité.

(Marie Dauguet)

 

 

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Lune printanière… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Shawna Erback
    
Lune printanière…

Lune printanière et telle une déesse
Qui pose sur les joncs l’éclats de tes pieds blancs
Et sème la moelleuse et flottante caresse
De tes cheveux au ras des moires de l’étang.

Lune, tu fais chanter sous l’oseille sauvage
Que frôle ton orteil d’ivoire, les crapauds,
Et pleuvoir la rosée au bleuissant treillage
Des saules prosternés et des tièdes sureaux.

Zébrant de tes lueurs l’ombre chèvrefeuillée,
En ton mauve péplos tu t’assieds sous les troncs
Et parmi l’herbe humide et les sauges mouillées,
Tu penches ton visage et tu baignes ton front.

Lune, voici mon coeur, brin séché de fougère,
Perdu dans l’épaisseur des bois enténébrés,
Lune, voici mon coeur, sombre rameau de lierre
Au pan de ce mur noir durement enserré.

Eclaire-le, ce coeur, mendiant misérable
Et qu’à l’immense fête on n’a point convié,
Triste quand sont joyeux l’églantier et l’érable,
Mon coeur humain qui pense au lieu de verdoyer.

Que ton rayonnement l’apaise et le pénètre,
Ce coeur comblé de nuit, d’un dieu déshérité,
Lune, verse sur lui comme aux branches des hêtres,
Ton calme enchantement et ta sérénité.

(Marie Dauguet)

 

 

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Plus de ces sens bornés… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Alexandre Cabanel
    
Plus de ces sens bornés…

Plus de ces sens bornés, étroite solitude,
Vérité ou raison, plus de frein qui jugule,
Je suis la chose enfin, je vis bien au delà
De mon corps méprisable, étriqué, ridicule;
Je suis parmi l’éther la lune qui circule,
Le ruisseau, ciel errant, que la nuit constella.

Mon âme se répand comme une onde élargie
Et ma prison s’écroule à la tendre élégie
Des ramiers amoureux perdus au bord du ciel.
O Nature, que j’ai souffert dans cette geôle,
Mon coeur, il me fallait l’espace où l’on s’envole,
La terre qui m’accueille au limon maternel.

Il me fallait l’oubli vaste que tu prodigues,
Calme fleuve étendu sans berges et sans digues;
Il me fallait pour lit la douceur des lotus
Et pour chevet l’odeur féconde et primitive
De la vase et des joncs pourrissant sur la rive
Où mes tourments muets à jamais se sont tus.

(Marie Dauguet)

 

 

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Les béatitudes (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



 

 
    
Les béatitudes

Bienheureux ceux qui vont cassés et vermoulus
S’appuyer souriants au mur du cimetière,
Sachant qu’ils sont vivants, tous ceux qui ne sont plus;
Certains d’être attendus par eux dans la lumière
Des paradis prochains dont les portes flamboient:
Bienheureux ceux qui croient.

Bienheureux ceux qui sont assis coeur contre coeur
La nuit sur les seuils noirs ou les vieux bancs de pierre
Dans le parfum des lys et de la vigne en fleur,
Partageant simplement l’ivresse de la terre,
Alors que la blancheur des vergers fous essaime:
Bienheureux ceux qui s’aiment.

Bienheureux les naïfs et bienheureux les fous
Dont les trésors sont faits d’un or impondérable:
Caresses de leur chien, cri d’un oiseau, le doux
Murmure qu’ont le soir les branches des érables
Aux souffles languissants du vent qui les soulèvent:
Bienheureux ceux qui rêvent.

Et bienheureux aussi les tendres dont les yeux
Sont humides quand un violon bégaie
Sous l’archet d’un aveugle, ou que vibre amoureux
Le contralto d’un merle à travers la futaie,
Quand parmi les joncs bleus des clartés d’astres meurent:
Bienheureux ceux qui pleurent.

(Marie Dauguet)

 

 

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LE SOLEIL ET LES GRENOUILLES (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE SOLEIL ET LES GRENOUILLES

Aux noces d’un Tyran tout le Peuple en liesse
Noyait son souci dans les pots.
Esope seul trouvait que les gens étaient sots
De témoigner tant d’allégresse.

Le Soleil, disait-il, eut dessein autrefois
De songer à l’Hyménée.
Aussitôt on ouït d’une commune voix
Se plaindre de leur destinée
Les Citoyennes des Etangs.
« Que ferons-nous, s’il lui vient des enfants?
Dirent-elles au Sort, un seul Soleil à peine
Se peut souffrir. Une demi-douzaine
Mettra la Mer à sec et tous ses habitants.
Adieu joncs et marais: notre race est détruite.
Bientôt on la verra réduite
A l’eau du Styx. » Pour un pauvre Animal,
Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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La harpe (Zbigniew Herbert)9

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



La harpe

L’eau est basse. Dans l’eau, une lumière dorée et plate.
Dans les joncs argentés, les doigts du vent entourent la seule colonne sauve.
Une jeune fille brune entoure la harpe.
Son grand oeil égyptien glisse sur les cordes comme un poisson triste.
Loin derrière lui de petits doigts.

(Zbigniew Herbert)

 

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