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Poésie

Posts Tagged ‘jouer’

Comme avec une paille (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020



Anna Akhmatova
    
Comme avec une paille tu bois mon âme,
Elle a un goût d’amertume et d’ivresse,
Mais tu sais que sans limites est mon calme
Et je ne prierai pas pour que le supplice cesse.

Dis-moi quand tu en auras fini, peu importe
Que mon âme ne doive plus exister ;
j’irai plus loin, là où mes pas me portent,
Pour voir seulement les enfants jouer.

Le groseillier en grappes se répand,
Le briquetier ne fait qu’aller et venir…
J’oublie – es-tu mon frère ou mon amant,
Et je ne veux plus même m’en souvenir.

Le corps épuisé repose un instant
Dans ce monde hostile et pourtant si clair,
Et les passants songent confusément :
Vrai, son veuvage ne date que d’hier.

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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IN MEMORIAM (Aron Kushnirov)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration

    

IN MEMORIAM

Meurs mon cri, meurs, car de toute manière
Des cieux tu ne seras même pas écouté.
Par la nuit la nouvelle lune fut pointée
Comme un couteau sur le cou de la terre.

S’étranglera bientôt soi-même le silence
Avec les aboiements exacerbés des chiens,
Mais la nuit ne cessera point ses violences
Et nul à mon aide ne vient.

Alors pour qui, pour qui tombe-t-on à présent,
Pour soi-même et pour vous faut-il demander grâce
Quand tremblantes d’effroi les étoiles se cachent
Dans les plis de fer du torrent ?

Je ne suspendrai pas ma harpe aux branches d’arbre
Mais pour tous les vents j’en jouerai,
Même en rêve déjà je n’ai plus en partage
Un pays de miel et de lait.

Un souriceau dans mon âme grignote,
Pères, aïeux, votre vieux chant s’abat
La semaine – clouant un astre sur sa porte –
Et il verrouille mon propre Shabbat.

Broyez-moi, broyez-moi, minuscules pépins,
Meules des temps passés et des temps à venir
Si seulement ainsi l’étoile du matin
Comme une pomme peut mûrir.

(Aron Kushnirov)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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BONSOIR (Guy Bellay)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020



BONSOIR

Les enfants pleurent
la grand-mère appelle dans le noir
l’homme réclame la paix.
Les fleurs sont calmes.

La jeune femme les étale avant d’éteindre
leur sourit comme à son miroir
change l’eau
change l’air
joue au bonheur.

Elle est la seule chose douce de la journée, et le sait.

(Guy Bellay)

Illustration: Rémy Disch

 

 

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LETTRE DE NOEL (Marie-Thérèse Brousse)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2019



LETTRE DE NOEL

J’habite au jardin de bois vert
l’allée détrempée.
Je vais, je fais avec le temps de longs devoirs dérisoires.
J’apprends ma leçon de Noël.

Chaque soir, la nuit se couche
à mes pieds, comme un chien noir
me gardant des rêves.
Le matin suspend aux fenêtres
leur collier de vitres bleues;
Sur la rue Décembre est là
avec son soleil de verre
Et la grande roue des toits.

Je ne sais plus jouer avec le temps.
Parfois, trompant la nuit, émerge
Un pays planté d’arbres blancs.
Alors je cache dans l’herbe houleuse mon faux visage de fatigue
qui attend.

(Marie-Thérèse Brousse)

Illustration

 

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Méditation (André Durand)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019


pluie

Tu te croyais enfermé dans ta vie
mais un visage brille
dont tu t’éprends, qui passe,
ou du cagibi peint en vert
ou d’un hangar parmi les sacs
tu entends ruisseler la pluie:
tu es ce sol battu de cour et tu es abrité pour lui,
tu passes tout entier dans ton oreille,
tu ne peux pas ne pas te donner à cette pluie:
elle a su, en se jouant, trouver une ouverture,
elle est l’avenir qui afflue, en elle tu es libre.

(André Durand)

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SONS (Jacob Glatstein)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019




    
SONS

La fille blonde à la harpe
Est pourtant un brigand camouflé.
Avec une lame de verre
Elle tranche les têtes bleues des résonances
Et les laisse en l’air palpitantes,
Agonisantes.

Et toi, et moi,
Qui durant des nuits entières
Avons étreint le sanglot de nos corps,
Vois comme elle se rit de nous,
La fille blonde à la harpe
Qui nous joue un chant de dérision
Jusqu’à l’orée du grand jour,
Jusqu’au coeur profond du jour.

(Jacob Glatstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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De ses pattes mouillées (Yosa Buson)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2019



    

Illustration: Josy Chatain 

(Yosa Buson)

 

Recueil: Les plus beaux HAÏKU(S)
Traduction: Akié Boulard
Editions: Arichi

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Le cruel vent d’hiver (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2019




    
Le cruel vent d’hiver
arrache toutes feuilles
si je joue de la flûte
serai-je son complice

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIENS
Traduction:
Editions: Seghers

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MA MÈRE CUIT DU PAIN (Moshe Szulstein)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2019



Illustration: Anna Sahlsten
    
MA MÈRE CUIT DU PAIN

Ma mère cuit du pain aujourd’hui – la maison est en joie,
Quel feu d’enfer dans le fourneau – rouge de joie,
Qui s’ouvre comme bouche et rit – et rit de joie,
flamme danse avec ardeur – comble de joie,
Le four s’embrase et le bois craque – éclats de joie,
Les copeaux tels des apprentis – l’aident avec joie,
La mère cajole les pains – les caresse de joie,
Les fait basculer dans ses mains – balancement de joie,
On dirait qu’elle joue au ballon – tout en joie,
Ou les berce tels des enfants – assoupis dans la joie,
Que son visage est lumineux – il rayonne de joie,
Sur le mur son ombre s’étend, de plus en plus vaste – de joie,
L’ombre elle-même est en liesse et danse aussi – de joie,
Lorsque ma mère cuit du pain – la maison est en joie.

(Moshe Szulstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans le parc Monceau (Max Olivier Bizeau)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2019




    
Dans le parc Monceau
Rentiers, nounous, Proust enfant
Jouant au cerceau

(Max Olivier Bizeau)

 

Recueil: Paris … en haïku et en brèves
Traduction:
Editions: La Simarre

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