Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘joug’

Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



 

 

David Hockney  url

Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée,
Quand l’air de la maison, les soucis du foyer,
Quand le bourdonnement de la ville insensée
Où toujours on entend quelque chose crier,

Quand tous ces mille soins de misère ou de fête
Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné,
Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête,
Le regard de mon âme à la terre tourné ;

Elle s’échappe enfin, va, marche, et dans la plaine
Prend le même sentier qu’elle prendra demain,
Qui l’égare au hasard et toujours la ramène,
Comme un coursier prudent qui connaît le chemin.

Elle court aux forêts où dans l’ombre indécise
Flottent tant de rayons, de murmures, de voix,
Trouve la rêverie au premier arbre assise,
Et toutes deux s’en vont ensemble dans les bois !

(Victor Hugo)

Illustration: David Hockney

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Marées (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Marées

Le monde succombe
Aux mains des égorgeurs
En carcan de haine
Qui déciment les corps innocents

Puis s’échappant comme l’eau
De toute emprise
La liberté jaillit
Hors du joug des violences
Et des harnais du temps

Mais qui ramènera
Des contrées
De l’ombre et des glaives
Ces vies interrompues
Aux lisières de nos vies ?

(Andrée Chedid)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 6 Comments »

Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous (André Mage de Fiefmelin)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous,
Où la guerre, la paix, l’amour, la haine, l’ire,
La liesse, l’ennui, le plaisir, le martyre
Se suivent tour à tour et se jouent de nous.

Ce Monde est un théâtre où nous nous jouons tous
Sous habits déguisés à malfaire et médire.
L’un commande en tyran, l’autre, humble, au joug soupire ;
L’un est bas, l’autre haut, l’un jugé, l’autre absous.

Qui s’éplore, qui vit, qui joue, qui se peine,
Qui surveille, qui dort, qui danse, qui se gêne
Voyant le riche soûl et le pauvre jeûnant.

Bref, ce n’est qu’une farce, ou simple comédie
Dont, la fin des joueurs la Parque couronnant,
Change la catastrophe en triste tragédie.

(André Mage de Fiefmelin)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nie tout (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2018




    
Nie tout : ton plaisir foudroyé,
ton orageuse intimité, ta stupeur,
ta joie, ta délectation perpétuelle…
Tout aveu sous le joug du réel.
Nie surtout d’être né !

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La route des vents (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration: Jean Georges Cornelius
    
La route des vents

Lui sur lequel on voudrait poser
une épaule, un regard, un ciel,
lui musant sur la route des vents
et s’inscrivant au hasard des vagues
tout en haut, à l’écume du destin,
lui, quand même là, entre parenthèses
entre sommeil au matin feuillu
de tendresse et non serment, loin,
tout de même de lui, au sourire
entre guillemets, ensoleillé
clair, en marche singulière « vers »
vers, simplement « vers », en marche « vers »
un « vers » qui ne lui appartient pas.

Lui, sa rencontre avec l’arbre
d’un printemps et l’ami patient.
Lui qui rompt
le quotidien
l’emmurement et le murmure
du temps, jouit de l’éphémère,
interroge les questions sans point,
sans attente, et sans durée.
Sans attache, sans voeux, amoureux
de la dérive et du navire,
à la fois du joug et du galop
arrimé quand même au port,
à toi pour un temps.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Face au joug du temps (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018



face au joug du temps
le havre du poème
face à la tyrannie de l’amour
le havre du poème
face à la criante injustice
le havre du poème

(Abbas Kiarostami)

 
Illustration: ArbreaPhotos
 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | 5 Comments »

Servus — Reginae (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
Servus — Reginae

N’appelle pas. De mon plein gré
J’irai au temple.
Et, devant toi, sans dire un mot,
M’inclinerai.

Alors j’écouterai tes ordres,
Et j’attendrai,
Timide, un rendez-vous furtif —
Espérerai.

Vaincu et faible sous le joug
De tes passions,
Parfois servant, parfois aimé
Toujours esclave.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’OEIL DU MAÎTRE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

L’OEIL DU MAÎTRE

Un Cerf s’étant sauvé dans une étable à boeufs
Fut d’abord averti par eux
Qu’il cherchât un meilleur asile.
Mes frères, leur dit-il, ne me décelez pas :
Je vous enseignerai les pâtis les plus gras ;
Ce service vous peut quelque jour être utile,
Et vous n’en aurez point regret.
Les Boeufs à toutes fins promirent le secret.
Il se cache en un coin, respire, et prend courage.
Sur le soir on apporte herbe fraîche et fourrage
Comme l’on faisait tous les jours.
L’on va, l’on vient, les valets font cent tours.
L’Intendant même, et pas un d’aventure
N’aperçut ni corps, ni ramure,
Ni Cerf enfin. L’habitant des forêts
Rend déjà grâce aux Boeufs, attend dans cette étable
Que chacun retournant au travail de Cérès,
Il trouve pour sortir un moment favorable.
L’un des Boeufs ruminant lui dit : Cela va bien ;
Mais quoi ! l’homme aux cent yeux n’a pas fait sa revue.
Je crains fort pour toi sa venue.
Jusque-là, pauvre Cerf, ne te vante de rien.
Là-dessus le Maître entre et vient faire sa ronde.
Qu’est-ce-ci ? dit-il à son monde.
Je trouve bien peu d’herbe en tous ces râteliers.
Cette litière est vieille : allez vite aux greniers.
Je veux voir désormais vos bêtes mieux soignées.
Que coûte-t-il d’ôter toutes ces araignées ?
Ne saurait-on ranger ces jougs et ces colliers ?
En regardant à tout, il voit une autre tête
Que celles qu’il voyait d’ordinaire en ce lieu.
Le Cerf est reconnu ; chacun prend un épieu ;
Chacun donne un coup à la bête.
Ses larmes ne sauraient la sauver du trépas.
On l’emporte, on la sale, on en fait maint repas,
Dont maint voisin s’éjouit d’être.

Phèdre sur ce sujet dit fort élégamment :
Il n’est, pour voir, que l’oeil du Maître.
Quant à moi, j’y mettrais encor l’oeil de l’Amant.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Face au joug du temps (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2017



 

Mario Sanchez Nevado ,075,f [1280x768]

face au joug du temps
le havre du poème
face à la tyrannie de l’amour
le havre du poème
face à la criante injustice
le havre du poème

(Abbas Kiarostami)

Illustration: Mario Sanchez Nevado

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

MON PETIT (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Paul Klee
    
MON PETIT

Mon petit dont la langue est muette,
dont les doigts ne peuvent tenir à rien
et la jeunesse est si impitoyable,
il saute sur tout ce qui lui vient,

je ne le retiens pas. D’ailleurs, qui le pourrait ?
Il court dans le bois en feu.
Suis-le, suis-le si tu peux
Il en ressortira grand comme un homme

ayant oublié ceux qu’il embrassait,
qui l’attrapaient par son mince poignet
et le tenaient sous un tendre joug
que, ne comprenant pas, il dénoue.

***

MY LITTLE ONE

My little one whose tongue is dumb,
whose fingers cannot hold to things,
who is so mercilessly young,
he leaps upon the instant things,

I hold him not. Indeed, who could?
He runs into the burning wood.
Follow, follow if you can!
He will come out grown to a man

and not remember whom he kissed,
who caught him by the slender wrist
and bound him by a tender yoke
which, understanding not, he broke.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :