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Poésie

Posts Tagged ‘jouir’

THE BILINGUALIST (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020



THE BILINGUALIST

To answer the question I’m always asked [voyons réfléchissons]
No I do not feel that there is a space between the two tongues that talk in me [oui peut-être un tout petit espace]
On the contrary [plus ou moins si on veut]
For me the one and the other seem to overlap [et même coucher ensemble]
To want to merge {oui se mettre l’une dans l’autre]
To want to come together [jouir ensemble]
To want to embrace one another [tendrement]
To want to mesh one into the other [n’être qu’une]
Or if you prefer [ça m’est égal]
They want to spoil and corrupt each other [autant cue possible]
I do not feel as some other bilingualists have affirmed that one tongue is vertical in me the other horizontal [pas du tout]
If anything my tongues seem to be standing or lying always in the same direction [toujours penchées l’une vers l’autre]
Sometimes vertically [ce haut en bas]
Other times horizontally [d’un côté à l’autre]
Depending on their moods or their desires [elles sont très passionnées vous savez]
Though these two tongues in me occasionally compete with one another in some vague region of my brain [normalement dans la partie supérieure de mon cerveau]
More often they play with one another [des jeux très étranges]
Especially when I am not looking [quand je dors]
I believe that my two tongues love each other [cela ne m’étonnerait pas]
And I have on occasion caught them having intercourse behind my back [je les ai vues une fois par hasard]
but I cannot tell which is feminine and which is masculine [personnellement on s’en fout]
Perhaps they are both androgynous [c’est très possible].

***

LE BILINGUISTE

Pour répondre à la question qu’on me pose tout le temps [let’s see – let me think]
non je ne sens pas qu’il y a un espace entre les deux langues qui parlent en moi [yes perhaps just a little space]
au contraire [more or less if you wish]
pour moi mes deux langues semblent plutôt se chevaucher [and even sleep together]
elles veulent tout le temps jouir ensemble [they want to come together]
s’embrasser [tenderly]
elles veulent être l’une dans l’autre [be only one]
ou si vous préférez [it’s all the same to me]
elles veulent se corrompre [as much as possible]
je ne sens pas comme certains bilinguistes ont affirmé [without proving it]
qu’une langue est verticale en eux tandis que l’autre est horizontale [not at all]
j’ai plutôt l’impression que mes deux langues sont ou droites ou allongées dans la même direction [always leaning towards each other]
parfois verticalement [from top to bottom]
parfois horizontalement [from side to side]
cela dépend de leur humeur et de leurs désirs [they are very passionate – you know]
bien que parfois mes deux langues se disputent ou se font concurrence dans une vague région de mon cerveau [normally in the upper part of my brain]
le plus souvent elles jouent ensemble [some very strange games]
surtout quand je fais pas attention [when l am alseep]
je crois que mes deux langues sont amoureuses l’une de l’autre [it wouldn’t surprise me – the way they act]
et je les ai attrapées une fois en train de faire l’amour derrière mon dos [yes I saw them by chance]
mais je ne peux pas vous dire laquelle est féminine et laquelle est masculine [personally I don’t give a damn]
Peut-être qu’elles sont androgynes [it’s quite possible] .

(Raymond Federman)

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UNE LIBELLULE EST ARRIVÉE (William Zhou)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020




    
UNE LIBELLULE EST ARRIVÉE

Au bord du lac
je jouissais de l’heure matinale

Soudain
une petite libellule s’approcha de moi,
se plaça sur mon épaule
pour s’y reposer,

et je devins pour elle
un arbre de printemps.

***

飞来一只蜻蜓

周道模
静立在湖边
我享受着清晨
突然
一只小蜻蜓飞来
栖息在我肩膀上
把我变成
一棵春天的树

***

A DRAGONFLY ARRIVED

Standing at the shore of a lake,
I enjoyed the early morning.

Suddenly
a small dragonfly arrived
and took a rest on my shoulder

turning me
into a spring tree.

***

EEN WATERJUFFER IS AANGEKOMEN

Aan de oever van het meer
genoot ik van de vroege ochtend
Plotseling
kwam een kleine waterjuffer naar mij toe,
zette zich op mijn schouder neer
om er op uit te rusten,
en ik werd voor haar
een lenteboom.

***

***

EINE LIBELLE IST GEKOMMEN

Am Ufer des Sees
genoss ich den frühen Morgen.
Plötzlich
kam eine kleine Libelle zu mir,
setzte sich auf meine Schulter
um dort auszuruhen
und verwandelte mich
in einen Frühlingsbaum.

***

ΛΙΒΕΛΟΥΛΑ

Στέκομαι στην όχθη της λίμνης
κι απολαμβάνω το εξαίσιο πρωινό
ξάφνου
μια μικρή λιβελούλα πετά
και κάθεται στον ώμο μου
μεταμορφώνοντας με
σ’ ανοιξιάτικο δέντρο

***

***

***

ARRIVÒ UNA LIBELLULA

Sulle rive di un lago,
godevo del primo mattino.

All’improvviso,
arrivò una piccolo libellula
a riposarsi sulla mia spalla

per trasformarmi
in un albero a primavera.

***

UNA LIBÉLULA LLEGÓ

De pie, a la orilla de un lago,
disfruté de la madrugada.

De repente,
una pequeña libélula llegó
y se posó en mi hombro

convirtiéndome
en un árbol de primavera.

***

PRZYFRUNĘŁA WAŻKA

Stojąc na brzegu jeziora,
cieszyłem się wczesnym porankiem.

Nagle,
przyfrunęła mała ważka
i spoczęła na moim ramieniu

zamieniając mnie
w wiosenne drzewo.

***

UMA LIBÉLULA CHEGOU

De pé, na margem de um lago
disfrutei da madrugada.

De repente,
uma pequena libélula chegou
e pousando no meu ombro

convertendo-me
na árvore da primavera.

***

A venit o libelulă
Stam la margine de lac
savurând zorii.
Deodată
o mică libelulă
mi-a poposit pe umăr
făcând din mine
un pom de primăvară.

***

(William Zhou)

 

Recueil: ITHACA 630
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache William Zhou / Chinois / Anglais Germain Droogenbroodt – William Zhou / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Arabe Sarah Silt / Allemand Wolfgang Klinck / Grec Manolis Aligizakis / Hébreu Dorit Wiseman / Indi Jyotirmaya Thakur / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Japonais Naoshi Koriyama / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Portugais José Eduardo Degrazia / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Russe Daria Mishueva /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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La Veillée (Antoine de Bertin)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020



 

Domingo Moreno Otero  -fantasia-vespertina-pintores-latinoamericanos-juan-carlos-boveri

La Veillée

J’avais signalé ma tendresse ;
L’Amour applaudissait ; j’étais égal aux dieux.
Accablé de langueurs, de fatigue et d’ivresse :
Entre les bras de ma maîtresse
Le doux sommeil avait fermé mes yeux.
Elle qui n’est plus écolière
Dans l’art qu’elle a, sous moi, naguère commencé,
De sa bouche amoureuse entrouvrit ma paupière,
Et d’un son de voix doux à l’oreille adressé :
« Tu dors, paresseux, me dit-elle ?
Regarde, il n’est pas encor jour.
Tu dors à l’heure la plus belle
Que le cercle des nuits ramène pour l’amour.
Laissons, laissons la diligente aurore
S’arracher, sans pitié, du lit de son amant ;
Jouissons, nous mortels, profitons du moment :
Qui sait, hélas ! demain si nous serons encore !
Viens, je brûle, écartons ces voiles indiscrets !
prends-moi : contre ton sein que je meure enchaînée
Recommençons nos jeux ; invoquons Dionée :
Veillons, tu dormiras après,
Si tu veux, toute la journée.

(Antoine de Bertin)

Illustration: Domingo Moreno Otero

 

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Qui (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020



Illustration: Josephine Wall 
    
Qui

Dans le bleu du ciel, dans le vert des forêts,
quelle main a peint ces rayons de lumière ?
Quand les vents dormaient encore au sein du firmament,
qui les éveilla et leur ordonna de souffler ?

Perdu dans le coeur, dans la caverne de la Nature,
retrouvé dans le cerveau, Il bâtit la pensée ;
tissé dans le dessin et dans l’éclat des fleurs,
saisi dans le réseau lumineux des astres,

Il est la force d’un homme, la beauté d’une femme,
le rire d’un garçon, l’émoi d’une fille ;
et Sa main qui fit tournoyer Jupiter dans le ciel
met tout son art à façonner une boucle.

Tels sont Ses oeuvres et Ses voiles et Ses ombres ;
mais Lui, où est-Il donc ? Par quel nom Le connaître ?
Est-il Brahma ou Vishnu ? Homme ou femme ?
Avec ou sans corps ? Double ou unique ?

Nous aimons un jeune garçon au teint sombre et radieux,
une femme, redoutable et nue, est notre souveraine.
Nous L’avons vu méditer sur la neige des montagnes,
nous L’avons vu à l’oeuvre au coeur des sphères.

Au monde entier nous dirons Ses voies et Son art ;
Il sent l’extase de la torture, de la passion, de la douleur ;
Il jouit de notre chagrin et fait couler nos larmes,
puis à nouveau nous séduit par Sa joie et Sa beauté.

Toute musique n’est que le son de Son rire,
toute beauté le sourire de Sa béatitude passionnée ;
nos vies sont les battements de Son coeur, notre extase les noces
de Râdhâ et Krishna, et notre amour leur baiser.

Sa force retentit dans la sonnerie des trompettes,
c’est Lui qui roule dans le char, qui frappe dans le combat ;
Il tue sans compter et Il est plein de compassion ;
Il combat pour le monde jusqu’à la fin des temps.

Dans la ruée des mondes, dans la houle des âges,
ineffable, puissant, majestueux et pur,
par-delà le dernier pinacle atteint par le penseur
Il trône en Ses royaumes qui demeurent à jamais.

Maître de l’homme et son éternel Bien-Aimé,
Il est proche de nos coeurs, si seulement nous savions Le voir ;
mais notre orgueil nous aveugle et le faste de nos passions,
nous sommes prisonniers de nos pensées, et nous nous croyons libres.

C’est Lui dans le Soleil qui est sans âge et sans mort,
et dans la minuit Son ombre est étendue ;
quand les Ténèbres étaient aveugles et englouties par les Ténèbres,
Il se tenait en elles, immense et solitaire.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Le bleu regard (Martine Broda)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2020



 

Anne-Marie Zilberman (25)

lorsque le corps vidé

d’avoir pleuré le jour
d’avoir pleuré la joie

(gerbe d’angoisse)

de chaume auréolé
on croise

le bleu regard qui fait jouir

(Martine Broda)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Ah! que j’aimais vos cheveux longs… (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2020



Pierre Auguste Renoir (1841-1919)  Children on the Seashore Guernsey 1883

Ah! que j’aimais vos cheveux longs…

Un! deux! trois! Tous en rond pon!

Ah! que j’aimais vos cheveux longs…
quand nous jouions, enfants, pleins d’été des campagnes

Au bout de la prairie, ô verte aquarelliste
zinzinule un ruisseau et nous buvons dedans
quand nous avons bien chaud l’eau qui glace les dents

Elles rient! Elles rient!
Je les entends encore …

Un! deux! trois! quatre! Beau colimaçon pon!

Elles rient, elles rient, gorges d’anges harpistes
leurs lèvres neuves sont des grappes de groseilles
luisantes de salive au feu d’or d’un rayon

Ah! que j’aimais ces baisers longs
que je nous supposais, virginales compagnes
En vous quittant le soir j’étais timide et triste
J’en pleurerais encore …

Adieu, vieil horizon
Elles s’en vont, je pars, et s’égrènent les ans
Tout s’espace, tout meurt, on tourne les talons
(Elles avaient des boucles d’argent aux oreilles)

Un! deux! trois! quatre! Allons

Ah! que j’aimais vos blancs jupons pon!

(Louis Calaferte)

Illustration: Pierre Auguste Renoir

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INFIMUS INFIMI (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



INFIMUS INFIMI

Ce point en toi
qui respire
qui souffre et jouit
qui voit

enfoui
dans l’eau de la chair
la glaise du corps
où il s’abrite

perdu parmi
l’abîme étoilé
des cellules
en chacune en nulle

glissant à travers
la vie la mort
l’avenir
déjà passé

pour le contenir
seule est assez petite
l’éternité.

(Jean Mambrino)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Si tu dois m’aimer, que ce soit pour rien (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



>

Si tu dois m’aimer, que ce soit pour rien
Sinon pour l’amour en soi. Ne dis pas
« Je l’aime pour son sourire … son allure … sa façon
De parler si douce … sa finesse de pensée
Qui convient à la mienne, et suscita
Tel jour un bien-être fugitif et charmant –
Car ces choses en elles-mêmes, Aimé, peuvent
Changer, ou changer pour toi – et l’amour
Ainsi construit peut être ainsi détruit.
Ne m’aime pas par pitié pour mes larmes –
Qui jouit longtemps de ton soutien pourrait
Sécher ses pleurs, et perdre ton amour!
Mais aime-moi pour l’amour en soi, pour
Qu’à jamais tu m’aimes, d’un amour sans fin.

(Elizabeth Browning)

Illustration: Pascal Renoux

 

 

 

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Sommeil, paisible fils de la Nuit solitaire (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2019



Caroline Duvivier l'homme de la lune
    
Sommeil, paisible fils de la Nuit solitaire,
Père alme, nourricier de tous les animaux,
Enchanteur gracieux, doux oubli de nos maux,
Et des esprits blessés l’appareil salutaire :

Dieu favorable à tous, pourquoi m’es-tu contraire ?
Pourquoi suis-je tout seul rechargé de travaux,
Or que l’humide nuit guide ses noirs chevaux,
Et que chacun jouit de ta grâce ordinaire ?

Ton silence où est-il ? ton repos et ta paix,
Et ces songes volant comme un nuage épais,
Qui des ondes d’Oubli vont lavant nos pensées ?

Ô frère de la Mort, que tu m’es ennemi !
Je t’invoque au secours, mais tu es endormi,
Et j’ards, toujours veillant, en tes horreurs glacées.

(Philippe Desportes)

Illustration: Caroline Duvivier

 

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Les planètes s’arrêteront (Théophile de Viau)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo -   (50)

Les planètes s’arrêteront,
Les éléments se mêleront
En cette admirable structure
Dont le ciel nous laisse jouir.
Ce qu’on voit, ce qu’on peut ouïr,
Passera comme une peinture :
L’impuissance de la nature
Laissera tout évanouir.

Celui qui formant le soleil
Arracha d’un profond sommeil
L’air et le feu, la terre et l’onde,
Renversera d’un coup de main
La demeure du genre humain
Et la base où le ciel se fonde :
Et ce grand désordre du monde
Peut-être arrivera demain.

(Théophile de Viau)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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