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Poésie

Posts Tagged ‘jouir’

Je suis un berger de troupeaux (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2019



Illustration: Rosa Bonheur
    
Je suis un berger de troupeaux.
Le troupeau sont mes pensées
et mes pensées sont toutes des impressions.
Je pense avec mes yeux et mes oreilles
avec mes mains et mes pieds
mon nez et ma bouche.

Penser une fleur est la voir et la respirer
et manger un fruit est goûter sa saveur.

C’est ainsi que, lorsqu’au cours d’une chaude journée
je me sens triste d’avoir tellement joui
et lorsque dans l’herbe je m’étends
et ferme mes yeux brûlants,
je sens tout mon corps s’enfoncer dans la réalité,
je connais la vérité et je suis heureux.

***

Sou um guardador de rebanhos.
O rebanho é os meus pensamentos
E os meus pensamentos sao todos sensaçaóes.
Penso com os olhos e com os ouvidos
E com as maos e os pés
E com o nariz e a boca.

Pensar urna flor é ve-la e cheirá-la
E comer um fruto é saber-lhe o sentido.

Por isso quando num dia de calor
Me sinto triste de gozá-lo tanto,
E me deito ao comprido na erva,
E fecho os olhos quentes,
Sinto todo o meu corpo deitado na realidade,
Sei a verdade e sou feliz.

***

Ich bin ein Hüter von Herden.
Die Herde sind meine Gedanken
und meine Gedanken sind alle Empfindungen.
Ich denke mit Augen und Ohren
und mit Händen und Füßen
und mit Mund und Nase.

Eine Blume zu denken ist sie sehen und riechen
und eine Frucht essen ist erfahren wie sie schmeckt.

Deswegen, wenn ich an einem heißen Tag
mich traurig fühle, so vieles zu genießen
und mich auf dem Rasen ausstrecke
und die heißen Augen schließe,
fühle ich wie mein ganzer Körper in der Realität versinkt,
ich die Wahrheit kenne und glücklich bin.

***

Sono un guardiano di greggi.
Il gregge è i miei pensieri.
E i miei pensieri sono tutti sensazioni.
Penso con gli occhi e con gli orecchi
e con le mani e i piedi
e con il naso e la bocca.

Pensare un fiore è vederlo e odorarlo
e mangiare un frutto è saperne il senso.

Perciò quando in un giorno di calura
sento la tristezza di goderlo tanto,
e mi corico tra l’erba
chiudendo gli occhi accaldati,
sento tutto il mio corpo immerso nella realtà,
so la verità e sono felice.

***

I am a herdsman of flocks.
The flock is my thoughts,
and my thoughts are all sensations.
I think with my eyes and my ears
and with my hands and feet
and with my nose and mouth.

To think a flower is to see and smell it,
and to eat a fruit is to sense its taste.

Therefore, when on a hot day
I feel sad, because of enjoying so much,
I stretch out on the grass
and close my sun-warmed eyes,
I feel my whole body immersed in reality,
know the truth and am happy.

***

Soy un guardador de rebaños.
El rebaño es mis pensamientos
y mis pensamientos son todos sensaciones.
Pienso con los ojos y con los oídos
y con las manos y los pies
y con la nariz y la boca.

Pensar una flor es verla y olerla
y comer un fruto es saberle el sentido.

Por eso cuando en un día de calor
me siento triste de gozarlo tanto
y me tiendo a lo largo sobre la hierba
y cierro los ojos calientes,
siento todo mi cuerpo tumbado en la realidad,
sé la verdad y soy feliz.

***

Ik ben een herder van kudden.
De kudde zijn mijn gedachten
en mijn gedachten zijn allemaal gewaarwordingen.
Ik denk met mijn ogen en mijn oren
en met mijn handen en mijn voeten
en met mijn neus en mijn mond.

Een bloem te denken is ze zien en ze ruiken
en een vrucht eten is de smaak ervan te proeven.

Daarom is het, als ik mij op een warme dag
verdrietig voel door zoveel te genieten
en als ik mij languit uitstrek op het gras
en mijn warme ogen sluit,
voel ik mijn hele lichaam wegzakken in de werkelijkheid,
ken ik de waarheid en ben ik gelukkig

(Fernando Pessoa)(Pseudo Alberto Caeiro)

 

Recueil: ITHACA 579
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Portugais Original / Allemand Wolfgang Klinck / Italien Luca Benassi / Anglais Stanley Barkan / Espagnol Pablo del Barco / Néerlandais Germain Droogenbroodt /
Editions: POINT

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On peut faire d’un être humain un squelette (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



1389.4 Holocaust A

On peut faire d’un être humain un squelette où gargouille la diarrhée,
lui ôter le temps de penser, la force de penser.
L’imaginaire est le premier luxe du corps qui reçoit assez de nourriture,
jouit d’une frange de temps libre,
dispose de rudiments pour façonner ses rêves.

A Auschwitz, on ne rêvait pas, on délirait.

(Charlotte Delbo)

 

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Attends, attends (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Jeanie Tomanek 00wi

Attends, attends, petit instant d’or,
de toi je veux jouir là;
attends, attends, petit instant d’or,
je veux de toi jouir ici !

***

¡Espera, ratito de oro,
que quiero gozarte allí;
espera, ratito de oro,
que quiero gozarte aquí!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Qu’il y a eu de temps (Bossuet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
Qu’il y a eu de temps où je n’étais pas!
Qu’il y en a où je ne serai point!

Dans l’entre-temps,
je ne jouis des moments de cette vie
que dans le passage,
car je suis entré dans la vie
avec la loi d’en sortir.

Je manquerai au temps,
non pas le temps à moi.

(Bossuet)

 

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A MES AMIS (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

William Bouguereau La Jeunesse de Bacchus 1884 (Détail)-

A MES AMIS

Rions, chantons, ô mes amis,
Occupons-nous à ne rien faire,
Laissons murmurer le vulgaire,
Le plaisir est toujours permis.
Que notre existence légère
S’évanouisse dans les jeux.
Vivons pour nous, soyons heureux,
N’importe de quelle manière.
Un jour il faudra nous courber
Sous la main du temps qui nous presse ;
Mais jouissons dans la jeunesse,
Et dérobons à la vieillesse
Tout ce qu’on peut lui dérober.

(Evariste Parny)

Illustration: William Bouguereau

 

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AUREA MEDIOCRITAS (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



 

Papillon

AUREA MEDIOCRITAS

Heureux l’ami secret des arts et de l’étude,
Pour qui la renommée est une servitude :
Le sourire du ciel a lui sur son berceau.
La gloire fait du mal : son sublime flambeau
A des éclairs trop vifs pour une humble chaumine :
Il aveugle toujours les yeux qu’il illumine.
L’appeler sous son toit, c’est bannir le sommeil ;
C’est y vouloir, pour lampe, attacher le soleil.
Au temple des grands noms suspendons nos guirlandes ;
Mais n’ayons pas d’autels, où nous servions d’offrandes.
Ambitieux amants du commerce des fleurs,
Ne les cultivons pas pour vendre leurs couleurs.
Tandis que, spéculant sur leur grâce fertile,
Pour en faire de l’or un autre les distille,
Aimez-les seulement ; ou, leurs dons les plus doux,
Un papillon qui passe en jouit plus que vous.

(Jules Lefèvre-Deumier)

 

 

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La vallée (André Miguel)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2019



La vallée aspire
le bleu céleste
Les platanes oscillent
sur un mur blanc
Je reste longtemps
à l’ombre
pour jouir de ce qui monte
palpitations visibles

(André Miguel)

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Fléchée vers son propre centre (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018



Comme l’on jouirait de se baigner
nu
dans l’allégresse
d’un torrent de haute montagne:

sensation physique
perception métaphysique
de fraîcheur

dès que la conscience
se sent fléchée
vers son propre centre:

la source
infiniment proche
infiniment lointaine.

(Michel Camus)

Illustration: Trulzsch

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EXIL (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




EXIL

Cette manie de me savoir un ange,
sans âge,
sans mort où me vivre,
sans piété pour mon nom
ni pour mes os qui pleurent à la dérive.

Et qui n’a pas un amour ?
Et qui ne jouit pas parmi des coquelicots ?
Et qui ne possède pas un feu, une mort,
une peur, une chose horrible,
même avec des plumes,
même avec des sourires ?

Sinistre délire que d’aimer une ombre.
L’ombre ne meurt pas.
Et mon amour
n’embrasse que ce qui flue
comme lave de l’enfer :
une loge secrète,
fantômes en douce érection,
prêtres d’écume
et surtout anges,
anges radieux comme des couteaux
qui se lèvent dans la nuit
et dévastent l’espérance.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Paul Delvaux

 

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AINSI SOIT ELLE (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
AINSI SOIT ELLE

Oui, nous ferons la croix ensemble,
Et je te clouerai sur le lit
Et je mêlerai mes membres
Aux tiens, ma petite amie.

Oui, cela ferons ensemble
Et je te prendrai la main
Comme à l’enfant pour descendre
Dans le ravin.

Nous jouirons de nous surprendre
Ainsi liés, oui, c’est promis,
Et caresserons nos cendres,
Avec mépris.

Nous regarderons en face
Nos deux pauvres corps meurtris
Sans y voir malice, et fasse
Que le bon Dieu n’y soit. Ainsi

Nous pourrons tous deux survivre
A cet enfer et paradis
Ainsi nous mourrons, et vive
Après l’hiver, l’âpre fruit.

Car il faut que tout finisse
En splendeur, chemise ou non
Ah! que le jour serait triste
Sans la nuit qui dit son nom.

Le plaisir veut qu’on y pense
Un rien de plus qu’il ne vaut
Que la bête en nous dépense
Son crescendo.

A l’amour rendons les armes,
Il nous dérange si peu!
Sois tel un soldat. Les larmes
Ne sont rien qu’un coup de feu

Qu’à personne l’on destine
Sans savoir pourquoi, comment,
Dresse ton corps et calcine
Ton sempiternel tourment.

Laisse-toi souffrir, ma belle,
Moi je laisse aller mon coeur.
Ainsi le navire appelle
L’ancre. Ainsi l’âme soeur, ma soeur.

(Georges Perros)

 

Recueil: J’habite près de mon SILENCE et 27 autres poèmes
Traduction:
Editions: Finitude

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