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Ah! que j’aimais vos cheveux longs… (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2020



Pierre Auguste Renoir (1841-1919)  Children on the Seashore Guernsey 1883

Ah! que j’aimais vos cheveux longs…

Un! deux! trois! Tous en rond pon!

Ah! que j’aimais vos cheveux longs…
quand nous jouions, enfants, pleins d’été des campagnes

Au bout de la prairie, ô verte aquarelliste
zinzinule un ruisseau et nous buvons dedans
quand nous avons bien chaud l’eau qui glace les dents

Elles rient! Elles rient!
Je les entends encore …

Un! deux! trois! quatre! Beau colimaçon pon!

Elles rient, elles rient, gorges d’anges harpistes
leurs lèvres neuves sont des grappes de groseilles
luisantes de salive au feu d’or d’un rayon

Ah! que j’aimais ces baisers longs
que je nous supposais, virginales compagnes
En vous quittant le soir j’étais timide et triste
J’en pleurerais encore …

Adieu, vieil horizon
Elles s’en vont, je pars, et s’égrènent les ans
Tout s’espace, tout meurt, on tourne les talons
(Elles avaient des boucles d’argent aux oreilles)

Un! deux! trois! quatre! Allons

Ah! que j’aimais vos blancs jupons pon!

(Louis Calaferte)

Illustration: Pierre Auguste Renoir

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INFIMUS INFIMI (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



INFIMUS INFIMI

Ce point en toi
qui respire
qui souffre et jouit
qui voit

enfoui
dans l’eau de la chair
la glaise du corps
où il s’abrite

perdu parmi
l’abîme étoilé
des cellules
en chacune en nulle

glissant à travers
la vie la mort
l’avenir
déjà passé

pour le contenir
seule est assez petite
l’éternité.

(Jean Mambrino)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Si tu dois m’aimer, que ce soit pour rien (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



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Si tu dois m’aimer, que ce soit pour rien
Sinon pour l’amour en soi. Ne dis pas
« Je l’aime pour son sourire … son allure … sa façon
De parler si douce … sa finesse de pensée
Qui convient à la mienne, et suscita
Tel jour un bien-être fugitif et charmant –
Car ces choses en elles-mêmes, Aimé, peuvent
Changer, ou changer pour toi – et l’amour
Ainsi construit peut être ainsi détruit.
Ne m’aime pas par pitié pour mes larmes –
Qui jouit longtemps de ton soutien pourrait
Sécher ses pleurs, et perdre ton amour!
Mais aime-moi pour l’amour en soi, pour
Qu’à jamais tu m’aimes, d’un amour sans fin.

(Elizabeth Browning)

Illustration: Pascal Renoux

 

 

 

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Sommeil, paisible fils de la Nuit solitaire (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2019



Caroline Duvivier l'homme de la lune
    
Sommeil, paisible fils de la Nuit solitaire,
Père alme, nourricier de tous les animaux,
Enchanteur gracieux, doux oubli de nos maux,
Et des esprits blessés l’appareil salutaire :

Dieu favorable à tous, pourquoi m’es-tu contraire ?
Pourquoi suis-je tout seul rechargé de travaux,
Or que l’humide nuit guide ses noirs chevaux,
Et que chacun jouit de ta grâce ordinaire ?

Ton silence où est-il ? ton repos et ta paix,
Et ces songes volant comme un nuage épais,
Qui des ondes d’Oubli vont lavant nos pensées ?

Ô frère de la Mort, que tu m’es ennemi !
Je t’invoque au secours, mais tu es endormi,
Et j’ards, toujours veillant, en tes horreurs glacées.

(Philippe Desportes)

Illustration: Caroline Duvivier

 

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Les planètes s’arrêteront (Théophile de Viau)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo -   (50)

Les planètes s’arrêteront,
Les éléments se mêleront
En cette admirable structure
Dont le ciel nous laisse jouir.
Ce qu’on voit, ce qu’on peut ouïr,
Passera comme une peinture :
L’impuissance de la nature
Laissera tout évanouir.

Celui qui formant le soleil
Arracha d’un profond sommeil
L’air et le feu, la terre et l’onde,
Renversera d’un coup de main
La demeure du genre humain
Et la base où le ciel se fonde :
Et ce grand désordre du monde
Peut-être arrivera demain.

(Théophile de Viau)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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LES TROIS SOEURS (René Char)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2019



LES TROIS SOEURS

Mon amour à la robe de phare bleu,
je baise la fièvre de ton visage
où couche la lumière qui jouit en secret.

J’aime et je sanglote. Je suis vivant
et c’est ton coeur cette Étoile du Matin
à la durée victorieuse qui rougit avant
de rompre le combat des Constellations.

Hors de toi, que ma chair devienne la voile
qui répugne au vent.

(René Char)

Illustration: Andrzej Malinowski 

 

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Je suis un berger de troupeaux (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2019



Illustration: Rosa Bonheur
    
Je suis un berger de troupeaux.
Le troupeau sont mes pensées
et mes pensées sont toutes des impressions.
Je pense avec mes yeux et mes oreilles
avec mes mains et mes pieds
mon nez et ma bouche.

Penser une fleur est la voir et la respirer
et manger un fruit est goûter sa saveur.

C’est ainsi que, lorsqu’au cours d’une chaude journée
je me sens triste d’avoir tellement joui
et lorsque dans l’herbe je m’étends
et ferme mes yeux brûlants,
je sens tout mon corps s’enfoncer dans la réalité,
je connais la vérité et je suis heureux.

***

Sou um guardador de rebanhos.
O rebanho é os meus pensamentos
E os meus pensamentos sao todos sensaçaóes.
Penso com os olhos e com os ouvidos
E com as maos e os pés
E com o nariz e a boca.

Pensar urna flor é ve-la e cheirá-la
E comer um fruto é saber-lhe o sentido.

Por isso quando num dia de calor
Me sinto triste de gozá-lo tanto,
E me deito ao comprido na erva,
E fecho os olhos quentes,
Sinto todo o meu corpo deitado na realidade,
Sei a verdade e sou feliz.

***

Ich bin ein Hüter von Herden.
Die Herde sind meine Gedanken
und meine Gedanken sind alle Empfindungen.
Ich denke mit Augen und Ohren
und mit Händen und Füßen
und mit Mund und Nase.

Eine Blume zu denken ist sie sehen und riechen
und eine Frucht essen ist erfahren wie sie schmeckt.

Deswegen, wenn ich an einem heißen Tag
mich traurig fühle, so vieles zu genießen
und mich auf dem Rasen ausstrecke
und die heißen Augen schließe,
fühle ich wie mein ganzer Körper in der Realität versinkt,
ich die Wahrheit kenne und glücklich bin.

***

Sono un guardiano di greggi.
Il gregge è i miei pensieri.
E i miei pensieri sono tutti sensazioni.
Penso con gli occhi e con gli orecchi
e con le mani e i piedi
e con il naso e la bocca.

Pensare un fiore è vederlo e odorarlo
e mangiare un frutto è saperne il senso.

Perciò quando in un giorno di calura
sento la tristezza di goderlo tanto,
e mi corico tra l’erba
chiudendo gli occhi accaldati,
sento tutto il mio corpo immerso nella realtà,
so la verità e sono felice.

***

I am a herdsman of flocks.
The flock is my thoughts,
and my thoughts are all sensations.
I think with my eyes and my ears
and with my hands and feet
and with my nose and mouth.

To think a flower is to see and smell it,
and to eat a fruit is to sense its taste.

Therefore, when on a hot day
I feel sad, because of enjoying so much,
I stretch out on the grass
and close my sun-warmed eyes,
I feel my whole body immersed in reality,
know the truth and am happy.

***

Soy un guardador de rebaños.
El rebaño es mis pensamientos
y mis pensamientos son todos sensaciones.
Pienso con los ojos y con los oídos
y con las manos y los pies
y con la nariz y la boca.

Pensar una flor es verla y olerla
y comer un fruto es saberle el sentido.

Por eso cuando en un día de calor
me siento triste de gozarlo tanto
y me tiendo a lo largo sobre la hierba
y cierro los ojos calientes,
siento todo mi cuerpo tumbado en la realidad,
sé la verdad y soy feliz.

***

Ik ben een herder van kudden.
De kudde zijn mijn gedachten
en mijn gedachten zijn allemaal gewaarwordingen.
Ik denk met mijn ogen en mijn oren
en met mijn handen en mijn voeten
en met mijn neus en mijn mond.

Een bloem te denken is ze zien en ze ruiken
en een vrucht eten is de smaak ervan te proeven.

Daarom is het, als ik mij op een warme dag
verdrietig voel door zoveel te genieten
en als ik mij languit uitstrek op het gras
en mijn warme ogen sluit,
voel ik mijn hele lichaam wegzakken in de werkelijkheid,
ken ik de waarheid en ben ik gelukkig

(Fernando Pessoa)(Pseudo Alberto Caeiro)

 

Recueil: ITHACA 579
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Portugais Original / Allemand Wolfgang Klinck / Italien Luca Benassi / Anglais Stanley Barkan / Espagnol Pablo del Barco / Néerlandais Germain Droogenbroodt /
Editions: POINT

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On peut faire d’un être humain un squelette (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



1389.4 Holocaust A

On peut faire d’un être humain un squelette où gargouille la diarrhée,
lui ôter le temps de penser, la force de penser.
L’imaginaire est le premier luxe du corps qui reçoit assez de nourriture,
jouit d’une frange de temps libre,
dispose de rudiments pour façonner ses rêves.

A Auschwitz, on ne rêvait pas, on délirait.

(Charlotte Delbo)

 

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Attends, attends (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Jeanie Tomanek 00wi

Attends, attends, petit instant d’or,
de toi je veux jouir là;
attends, attends, petit instant d’or,
je veux de toi jouir ici !

***

¡Espera, ratito de oro,
que quiero gozarte allí;
espera, ratito de oro,
que quiero gozarte aquí!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Qu’il y a eu de temps (Bossuet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
Qu’il y a eu de temps où je n’étais pas!
Qu’il y en a où je ne serai point!

Dans l’entre-temps,
je ne jouis des moments de cette vie
que dans le passage,
car je suis entré dans la vie
avec la loi d’en sortir.

Je manquerai au temps,
non pas le temps à moi.

(Bossuet)

 

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