Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘journée’

Huitième soliloque (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020




Huitième soliloque

J’ai été larme dans les yeux de Marilyn
j’ai été eau vive étoile filante
j’ai été infrarouge ultraviolet
caresse au bord de l’abîme

j’ai été cœur battant
parmi les météores
baptisé par trois gouttes d’arc-en-ciel
pris à la gorge par une rose écorchée

j’ai été collectionneur d’éclipses
j’ai été où les arbres savent écrire
j’ai été toute une journée sans toi
j’ai été avec toi pour toujours

j’ai été toupie d’absolu
j’ai été la clé de mille alphabets
j’ai été allumeur de constellations

(Zéno Bianu)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Je suis un berger de troupeaux (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Rosa Bonheur
    
Je suis un berger de troupeaux.
Le troupeau sont mes pensées
et mes pensées sont toutes des impressions.
Je pense avec mes yeux et mes oreilles
avec mes mains et mes pieds
mon nez et ma bouche.

Penser une fleur est la voir et la respirer
et manger un fruit est goûter sa saveur.

C’est ainsi que, lorsqu’au cours d’une chaude journée
je me sens triste d’avoir tellement joui
et lorsque dans l’herbe je m’étends
et ferme mes yeux brûlants,
je sens tout mon corps s’enfoncer dans la réalité,
je connais la vérité et je suis heureux.

***

Sou um guardador de rebanhos.
O rebanho é os meus pensamentos
E os meus pensamentos sao todos sensaçaóes.
Penso com os olhos e com os ouvidos
E com as maos e os pés
E com o nariz e a boca.

Pensar urna flor é ve-la e cheirá-la
E comer um fruto é saber-lhe o sentido.

Por isso quando num dia de calor
Me sinto triste de gozá-lo tanto,
E me deito ao comprido na erva,
E fecho os olhos quentes,
Sinto todo o meu corpo deitado na realidade,
Sei a verdade e sou feliz.

***

Ich bin ein Hüter von Herden.
Die Herde sind meine Gedanken
und meine Gedanken sind alle Empfindungen.
Ich denke mit Augen und Ohren
und mit Händen und Füßen
und mit Mund und Nase.

Eine Blume zu denken ist sie sehen und riechen
und eine Frucht essen ist erfahren wie sie schmeckt.

Deswegen, wenn ich an einem heißen Tag
mich traurig fühle, so vieles zu genießen
und mich auf dem Rasen ausstrecke
und die heißen Augen schließe,
fühle ich wie mein ganzer Körper in der Realität versinkt,
ich die Wahrheit kenne und glücklich bin.

***

Sono un guardiano di greggi.
Il gregge è i miei pensieri.
E i miei pensieri sono tutti sensazioni.
Penso con gli occhi e con gli orecchi
e con le mani e i piedi
e con il naso e la bocca.

Pensare un fiore è vederlo e odorarlo
e mangiare un frutto è saperne il senso.

Perciò quando in un giorno di calura
sento la tristezza di goderlo tanto,
e mi corico tra l’erba
chiudendo gli occhi accaldati,
sento tutto il mio corpo immerso nella realtà,
so la verità e sono felice.

***

I am a herdsman of flocks.
The flock is my thoughts,
and my thoughts are all sensations.
I think with my eyes and my ears
and with my hands and feet
and with my nose and mouth.

To think a flower is to see and smell it,
and to eat a fruit is to sense its taste.

Therefore, when on a hot day
I feel sad, because of enjoying so much,
I stretch out on the grass
and close my sun-warmed eyes,
I feel my whole body immersed in reality,
know the truth and am happy.

***

Soy un guardador de rebaños.
El rebaño es mis pensamientos
y mis pensamientos son todos sensaciones.
Pienso con los ojos y con los oídos
y con las manos y los pies
y con la nariz y la boca.

Pensar una flor es verla y olerla
y comer un fruto es saberle el sentido.

Por eso cuando en un día de calor
me siento triste de gozarlo tanto
y me tiendo a lo largo sobre la hierba
y cierro los ojos calientes,
siento todo mi cuerpo tumbado en la realidad,
sé la verdad y soy feliz.

***

Ik ben een herder van kudden.
De kudde zijn mijn gedachten
en mijn gedachten zijn allemaal gewaarwordingen.
Ik denk met mijn ogen en mijn oren
en met mijn handen en mijn voeten
en met mijn neus en mijn mond.

Een bloem te denken is ze zien en ze ruiken
en een vrucht eten is de smaak ervan te proeven.

Daarom is het, als ik mij op een warme dag
verdrietig voel door zoveel te genieten
en als ik mij languit uitstrek op het gras
en mijn warme ogen sluit,
voel ik mijn hele lichaam wegzakken in de werkelijkheid,
ken ik de waarheid en ben ik gelukkig

(Fernando Pessoa)(Pseudo Alberto Caeiro)

 

Recueil: ITHACA 579
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Portugais Original / Allemand Wolfgang Klinck / Italien Luca Benassi / Anglais Stanley Barkan / Espagnol Pablo del Barco / Néerlandais Germain Droogenbroodt /
Editions: POINT

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pendant toute la journée (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2020



Illustration    
    
Pendant toute la journée
seul le jour passait

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

UNE JOURNÉE QUI COMMENCE (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2020



écoliers rl

UNE JOURNÉE QUI COMMENCE

Le même cartable de cuir
Prix d’un mois de travail
Les mêmes baisers furtifs
Au bord de la route,
Le même vélo historique et quotidien
Tous les trois, la marche en avant
Au goût d’appréhension,
Les camarades qui accrochent leurs yeux
Aux souliers de la grande soeur
A la blouse lavée et raccommodée
Le chef serrant une poignée de main de traître,
Mais le soir, une nourriture
Réchauffée,
Savoureuse.
Maternelle,
Amoureuse,
Une communion solidaire
Après,
Un partage du livre :
Les hommes auront la force d’être ;
Il faut comprendre,
Rappelle la voix fatiguée
Et forte du Père.

(Yvon Le Men)

Illustration: Robert Doisneau

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Devenir soi-même petit (Jean-Marie-Gustave Le Clézio)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



devenir soi-même petit,
si petit qu’on est à l’ombre d’une herbe et d’une fleur,
et vivre au soleil, dans la poussière, sous le vent
dans une seule journée longue comme une saison

(Jean-Marie-Gustave Le Clézio)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

La parole descend (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



La parole descend

Tous les coquelicots ou les lèvres des femmes
reflétées dans le ciel
Il a plu
Les enfants se noient sur le trottoir
Et le flot de la rue
La ville en entonnoir

De profil la journée glisse vers le couchant
Le pavé de descelle
Et les bêtes craintives
au bruit que fait le vent
s’en vont
Et elles s’appellent

Sur les balcons les vitres tremblent
– un moment –
La maison a la fièvre
5 heures
à part la nuit qui se mêle au tournant
Les arbres en prières

(Pierre Reverdy)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MENHIR (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



MENHIR

Tout est bien de ce qui est
Tout est bien de ce qui sera
J’ai vécu mes journées
Viendra ma nuit
La mort ailleurs continue les songes de la vie
Le soleil ne se lasse de caresser la stèle funéraire
Sans que la terre en tire ombrage
Et les pluies adoucissent la rigueur ossuaire

Tout ce qu’il est possible d’aimer
Je l’ai aimé
J’ai fait aller le mythe avec la théologie
Et le rêve toujours épousa ma raison
Ainsi par les chemins d’Argol
La pierraille chante avec l’ancolie

Menhir
Je veux une mort verticale
Parmi les ronces paysannes
Que nul féalement ne grave mon nom
Nulle épitaphe sur la pierre
Nulle dédicace au granit

Menhir
Je veux seulement des vocables de lichen
Et la jaune écriture que silencieusement burinent
Les bruines hivernales et les vents d’océan.

(Xavier Grall)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

C’est notre camaraderie (Suzanne François)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2020




    
C’est notre camaraderie

C’est notre camaraderie
Qui est la plus joyeuse
C’est notre camaraderie
Qui est la plus jolie.

Tous les jeudis nous accourons
La mine radieuse
Pour retrouver nos compagnons
Le coeur plein de chansons.

Nous lançons à tous les échos
Nos voix mélodieuses
Et dans les bois tous les oiseaux
Se disent : que c’est beau !

Les chants, les jeux, le cinéma
Font la journée heureuse
Jeudi prochain nous serons là
Et vivent les Francas !

(Suzanne François)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La guerre à peine entendue dans la voix (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



La guerre à peine entendue dans la voix et d’autres
paroles qui n’étaient rien reviennent

Ecoute qui entend et n’entend pas d’autres paroles qui
n’étaient rien

La bouche qui remue dans sa toile et dénonce à peine
entendue la guerre ou se tait.

Et les arbres de moins en moins autour de nous
qui commencions des journées

dont personne ne parlait
Tout ce qui est touché s’entend plier

et verse à la question
la vieille répétition du travail accroché à la terre

La question est alors
qui parle à se parler.

Parlait disait si nous parlions parle reviens le dos
courbé pendant que tout tombe ; est-ce loin, loin attendant son heure ?

Disait dormait son mois de cendre, solitudes, bêlements
qu’on va souffler.

Disait, disait si le temps si la terre ici ou rien, le large
et le long parlant dans l’ombre avancée où l’on parle
et dit ce n’est rien.

0n disait c’était bien ma voix
couchée à l’image des phrases
elle me désignait
parlant sans me voir
avec des taches qui se fixaient en touchant terre
c’était l’alignement obstiné où la bouche est absente

Face contre face
je devais passer par elle régulièrement
obligé d’apparaître ou de disparaître
les yeux ouverts.

(Georges Drano)

Illustration: Erich Heckel

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’APPARITION (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2020




    
(Recueil Accents)
L’APPARITION

L’homme avançait à petits pas,
Puis il tourna la poignée de la porte,
(Le cuivre du bouton ne brillait pas
Car la lumière était éteinte ou morte),

Entra sans heurt, s’approcha de mon lit
Et, d’une voix que je connais, me dit :
« Que fais-tu donc ? Dors-tu ? Es-tu parti,
J’entends avec un rêve, loin d’ici ?
J’arrive à temps pour empêcher ta fuite.
Refuse encor ces images sans suite,
Crains leur désordre et leurs fausses clartés ;
Moi je te dis de ne pas t’en aller.

Pense d’abord à ta chambre, à la forme
De la maison, à tes rideaux tirés,
À tant de gens autour de toi qui dorment
Comment, comment pourrais-tu t’évader ?

Rappelle-toi que tu as travaillé
Tout aujourd’hui. Pourquoi ? Pour te loger,
Pour acheter de quoi boire et manger.
Tu es ici gisant dans ta journée.

As-tu bien mis de l’ordre en tout cela ?
As-tu compris tout ce qui se passa,
Ce qui fut dit, ce qui te menaça ?
As-tu compté les heures et l’argent ?

As-tu rangé ton étroit logement ?
(Il te faudra, dans cet encombrement,
Atteindre, après la table, la fenêtre
Et te mouvoir, quand le jour va paraître !)

Allons ! Tu peux dormir jusqu’au matin.
Je te permets d’évoquer la fumée,
L’espace ouvert entre les cheminées
Ou le soleil vu à travers les mains.
—Je reviendrai t’accompagner demain. »

Moi qui feignais de dormir, j’entendis
Qu’il soupirait. Puis, pour lui-même, il ajouta :
« Demain, nous parlerons d’autres soucis ! »
Enfin, hochant la tête, il s’éloigna.

Il est là chaque soir, et sa voix
N’en dit pas plus sur le monde et sur moi.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :