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Posts Tagged ‘jouvencelle’

Merci (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



 

Eugène Begarat dans le jatdin 65x50cm-600 [1280x768]

Merci

Etaient-elles mortelles
Aussi
Ô! si
Fraîches délicates et belles
Les Clara et les Isabelle
De ces dimanches sans souci
Du temps vieux de mes jouvencelles

Etaient-elles réelles
Aussi
Ô! si
Timidement amoureux d’elles
Qu’il se peut que je ne rappelle
Qu’un de ces rêves réussis
Qui laissent au coeur leurs séquelles

Troublantes sentinelles
Ainsi
Voici
Je vous reviens mes demoiselles
Par les étranges raccourcis
Que l’âge après lui amoncelle

Soyez clémentes Isabelle
Et vous belles Clara aussi

Ma vie a brûlé ses chandelles
Mais si vraiment vous fûtes telles
Merci

(Louis Calaferte)

Illustration: Eugène Begarat

 

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IDYLLE ROUGE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



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IDYLLE ROUGE

Le chemineux s’est dit : « Je veux
Cette jouvencelle aux cheveux
D’aurore blême ».
Mais la jouvencelle a du bien
Tandis qu’est gueux, gueux comme un chien
Le gars qui l’aime !

Et la belle, aux riches galants
Seuls ! ouvrira les rideaux blancs
De son alcôve ;
Elle course le miséreux…
Alors, par les chemins poudreux,
Le gars s’ensauve !

Errant le jour, de ci de là
Il geint, et la nuit lorsque la
Lune pâlotte
L’éveille au fond de son fossé,
Laissant saigner son cœur blessé
Le gars sanglote.

Dans l’ombre des vieux cabarets
Où le vin, des pichets de grés
A grands flots coule,
Il va se reposer un brin
Et, pour oublier son chagrin,
Le gars se saoule !

Enfin, il vient de faire don
De sa raison aux femmes dont
L’amour s’achète.
Il va par les quais, triste et seul…
Le grand fleuve ouvre son linceul…
Le gars s’y jette…

(Gaston Couté)

 

 

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L’Heure du retour (René Chalupt)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016



L’Heure du retour

Une bise aigre et monotone
Fait grincer les girouettes des maisons ;
Des nuages gris s’entassent à l’horizon.
Ton pas froisse des feuilles mortes et l’automne
A chassé les hirondelles de ton toit.
Voyageur, voyageur,
Ne vois-tu qu’il est l’heure
De rebrousser chemin et de rentrer chez toi ?
Ne vois-tu qu’il est l’heure ?

Les écus d’or et les maravédis
Qui, lorsque tu partis, chargeaient ton escarcelle,
Dis-moi dans quel tripot tu les perdis,
Pour les baisers de quelle jouvencelle
Qui t’engeigna et te montra du doigt ?
Voyageur, voyageur,
Ne vois-tu qu’il est l’heure
De rebrousser chemin et de rentrer chez toi ?
Ne vois-tu qu’il est l’heure ?

Tes yeux, me semble-t-il, ont besoin de lunettes.
Sur tes tempes voici des cheveux gris.
Ton épouse, que si souvent tu fis cornette,
T’attend sans un soupçon et de loin te sourit.
Et le vin de ta cave honorerait un roi.
Voyageur, voyageur,
Ne vois-tu qu’il est l’heure
De rebrousser chemin et de rentrer chez toi ?
Ne vois-tu qu’il est l’heure ?

***

Time to return

The North Wind, harsh and monotonous
Makes the weathercocks squeak on the houses;
Grey clouds build up on the horizon.
Your step crumples the dead leaves and autumn

Has chased the swallows from the roof.
Traveller, traveller,
Don’t you see it is time
To head back and return home?
Don’t you see it’s time?

Golden crowns and maravedis
That when you left were heavy in your purse,
Tell me in what dive you lost them,
For the kisses of what young maiden
Who tricked you and mocked you.
Traveller, traveller,
Don’t you see it is time
To head back and return home?
Don’t you see it’s time?

I think your eyes need spectacles.
On your temples there are grey hairs.
Your wife, whom so often you wimpled,
Waits for you without suspicion and smiles at you from afar,
And the wine from your cellar would honour a king.
Traveller, traveller,
Don’t you see it is time
To head back and return home?
Don’t you see it’s time?

(René Chalupt)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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La beauté immortelle (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016




Non pas comme devant jouvencelle ou dame vivant
Avec cette chaleur dans leur beauté humaine
Nous devons jeter nos regards
À la beauté immortelle.

Éloignée pour l’éternité, elle se montre,
Et calme, afin d’être adorée des êtres calmes.
C’est là sa seule façon d’être
Immortelle comme les dieux.

Que jamais la joie passagère
passagère
Ni la passion qui recherche parce qu’elle exige
Ne jettent par nos yeux
Regard sur la beauté.

Comme qui voit un Dieu et jamais n’ose
L’aimer plus fort que ce qu’il faut aimer un Dieu,
Devant la beauté
Faisons-nous sobres.

Pour rien d’autre les dieux ne la soumettent
A notre fièvre humaine et vaine de la vie,
Ainsi contemplons-la
Dans la lumière du délaissement.

Et puis de tout extrayons la beauté
En tant que présence humaine et voilée
Et sourire lointain
De qui à la vie assiste.

En ce jour-ci où la campagne est d’Apollon
La verte colonie dominée par les ors,
Telle une Dame au fond de nous
Soit notre sensation de la vie.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Theodore Chassériau

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Cette cruche (Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2016



Cette cruche, jadis, fut un amant fidèle
Epris, comme moi-même aujourd’hui, d’une belle
Et cette anse à son col était jadis un bras
Qui s’enlaçait au cou de cette jouvencelle.

(Omar Khayam)

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SOLITUDE (Lionello Fiumi)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2015



 

Nicholas Roerich   kiss-the-earth-1912-2

SOLITUDE

LORSQUE la peine au coeur mord trop cruellement,
S’en aller et mendier un peu de solitude
A l’ombre qui prend en pitié,
Même s’il est faible, est un soulagement.
Mais l’être le plus doux sera prompt à la haine
Pour peu qu’une présence intruse
Vienne fêler sa quête solitaire :
Celui qui est la bête en sang qui se tapit
Ne supporte pas son semblable.

Mais alors, ô mirage unique de salut,
Nirvana entrevu!
Autour des lents siècles des troncs,
Comme sur un fond de bonheur
Ignorant les bornes des dates,
Les heures oscillaient, légères, dans les lianes,
En dansant leurs jeux élastiques
De jouvencelles excitées par les épices.
Des calices étranges proposaient des philtres,
Promesses de béatitudes.

Et déjà l’humain se dissolvait, et l’angoisse
Cédait à cette nature clémente
Où nulle empreinte
Ne venait déflorer l’humus intact et vierge.
Le silence m’était la flûte qui subjugue
Les serpents de la peine, ils ne mordaient plus.

Là, enfin, vaste et absolue
Comme la nuit qui cache et qui console,
Enfin pure ainsi que le vide
Qui attire et donne l’oubli,
Je découvrais la face de la solitude.

(Lionello Fiumi)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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