Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘joyau’

Dans le soir de soleil (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Illustration: Alfred Stevens
    
Dans le soir de soleil
la veuve baigne son corps,
et l’eau est un pauvre mari
tiède et discrète sur ses cuisses.

Eau transparente où je me vois,
et mon joyau est sous la terre,
le bruit du vent qui m’ensorcelle,
filtre du pin sous quoi il gît.

Que reste-t-il sur les tombeaux
de la chaleur qui m’enfermait ?
je dors dans un froid plus profond
que celui d’au delà des pierres.

Je veux partager les racines
qui forment ombre à tes cheveux,
et renoncer à l’air terrible
qui me prive de tes baisers.

Au caillou des visages
il est encore des étincelles,
ô mes yeux noirs partis du jour,
personne, hélas, ne vous rappelle.

Et mon amant, malgré mes pleurs,
viendra bientôt fendre mon corps,
menuisier aux gestes précis,
et le plaisir grandira ma plaie.

Qu’est mon sang de haut parfum,
et ma voix rosée du printemps,
à ce bouvier qui prendrait sa joie
de l’étreinte d’un faisceau d’orties ?

J’ai perdu le nom de l’amour
en perdant ma neige torride,
tout s’attiédit à mon entour
comme cette eau, bracelet livide.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

POUR CONNAITRE DE MOI (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Pour connaître de moi
Le meilleur et le pire,
Un filet de ton sang
Sous chacun de mes pas
Depuis toujours attend.

Errant, parlant,
Je sais à quelles fibres
Commencent la faim, le désert.
Mon silence est plein de pierres
Où tu te chauffes les mains
Et dans le mouvant refuge
Où chaque soir nous ramène,
Contre la nuit, l’habitude
La bonne chaleur nous défend,
Complices dans la honte,
Dans le fiel de nos bouches
Cernant nos deux sommeils.

Cette molle blessure au goût de larmes
Où dorment les mauvaises pensées
Comme ses joyaux dans l’ombre
Fait le tour de notre peine
Se souvient de notre temps.

(Jean Rousselot)

Illustration: Odd Nerdrum

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dehors c’est un couchant (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Dehors c’est un couchant, sombre joyau
enchâssé dans le temps,
et une profonde ville aveugle
de ne pas t’avoir vue.
Le soir se tait ou chante.
Quelqu’un libère les désirs
que le piano crucifiait.
Sans cesse, la multitude de ta beauté.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nocturne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Nocturne

Le sang n’est pas nu sous les robes pâles
dont la soif monte au corps de l’amant ;
passeur sans lassitude le simple sang des femmes
ne coule qu’une fois pour cent mille blessures.

Laissez en repos ce veilleur suave
dont le vol aux lèvres donne un goût de roses
bénissez le feu de cette doublure
qui sait cheminer dans les plis du marbre

— et ton sang lui-même saurais-tu l’atteindre
qui perce ton coeur d’appels sans écho ? –
ton sang dont tu vis, ton sang solitaire
long pleur assouvi par aucun sanglot
joyau sans pareil qui veut son pareil
ton sang dont tu vis, ton sang dont tu meurs
le sang n’est pas nu sous les robes pâles
ton désir est vain comme tout espoir.

Par les rues l’homme de songes
marche sur la neige morte dans la ville aveugle
un feu de lune dans son char
par les rues guidant son cheval
avec le double éclair dans le brouillard
de ses yeux clairs

Des femmes sont en prières qui n’ont plus d’amour
derrière les volets
des vierges s’éteignent au frisson des faims
beaux sangs tentés de partages.

Par les rues l’homme de songes
va sur la neige morte dans la ville aveugle
et nul ne l’entend
la femme morte de son coeur marche en avant
belle de l’éternel hiver
et blanche.

Un cor rouillé de chasse sans gibier brille à son cou
il rit, il passe, il rit et n’éveille personne
dans la ville fanée glissant vers les cyprès
dans la ville où seuls les miroirs se souviennent.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

La chevelure (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



La chevelure

La chevelure vol d’une flamme à l’extrême
Occident de désirs pour la tout déployer
Se pose (je dirais mourir un diadème)
Vers le front couronné son ancien foyer

Mais sans or soupirer que cette vie nue
L’ignition du feu toujours intérieur
Originellement la seule continue
Dans le joyau de l’oeil véridique ou rieur

Une nudité de héros tendre diffame
Celle qui ne mouvant astre ni feux au doigt
Rien qu’à simplifier avec gloire la femme
Accomplit par son chef fulgurante l’exploit

De semer de rubis le doute qu’elle écorche
Ainsi qu’une joyeuse et tutélaire torche.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Le Titien

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Je suis un rayon du Soleil (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



    

Je suis un rayon du Soleil,
bien que j’erre parmi toutes ces demeures.

Je suis cornaline, or et rubis,
bien que je sois né d’eau et d’argile.

Quelle que soit la perle que tu vois,
cherche-en une autre en elle.

Chaque atome de poussière dit:
« Intérieurement je suis un trésor ».

Chaque joyau te dit:
« Ne te contente pas de ma beauté,car la lumière de ma face
provient de la chandelle de ma réalité intérieure ».

Je me tairai,
car tu ne peux comprendre.

Ne secoue pas la tête,
n’essaie pas de me tromper,
car mon œil discerne l’intelligence

(Mawlana Rûmî)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Demain est aux vingt ans fiers (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2017



 

Demain est aux vingt ans fiers;
Leurs rires passent, et l’on reste accoudé;
On a honte, un peu, de ses joyeux hiers,
Comme d’un habit démodé.

Demain, c’est l’automne qui parle
De plus près à l’oreille qui l’écoute.
Je suis sans regret, mais j’ai mal;
Je suis sans effroi, mais je doute;

Non certes, de ma journée:
J’ai vécu, au mieux, le poème;
Mais l’âme reste étonnée
De n’être plus elle-même.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chanson pour Elle (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Chanson pour Elle

L’ORGUEIL endolori s’obstine
A travestir ton coeur lassé,
Ténébreux comme la morphine
Et le mystère du passé.

Tu récites les beaux mensonges
Comme on récite les beaux vers.
L’ombre répand de mauvais songes
Sur tes yeux d’archange pervers.

Tes joyaux sont des orchidées
Qui se fanent sous tes regards
Et les miroitantes idées
Plus hypocrites que les fards.

Tes prunelles inextinguibles
Bravent la flamme et le soleil…
Et les Présences Invisibles
Rôdent autour de ton sommeil.

(Renée Vivien)

Illustration: Abbott Handerson Thayer

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tacite (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



 


Tacite

Tes yeux sont comme un lagon
Ils en ont aussi la rondeur,
Ils en ont aussi la verdeur…
Tout de noir ourlés,
Ils sont deux joyaux,
Deux émeraudes sur le velouté
De ta tête sur ma main posée…
Tu me regardes, ronronnes,
Me murmures  » Bien-aimée « …
Que d’adoration dans tes yeux mi-clos,
Que d’abandon…

Qui pourrait penser
Que l’instant d’après,
Un saut,
Et tu fais le gros dos
Et redeviens un mystérieux félin,
La terreur du jardin…

(Mireille Gaglio)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Des joyaux de marées (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



   Illustration: Jolly Koh
    
des joyaux de marées descendues de l’écume des
mots dans une dentelle de hurlements
qui suent
la révolte dans les gazes des yeux
la couleur d’un baiser follement consenti
à une fleur cervicale
dans l’urne des divagations

une encre meut ses arabesques vespérales
ses arabesques hurlantes

(Mathieu Bénézet)

 

Recueil: … Et nous apprîmes
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :