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Posts Tagged ‘(Jules Romains)’

JAMAIS (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

JAMAIS

Jamais ne fut pareille solitude
Depuis que l’homme est sorti de ses bois.
Ilot cerné par une mer sans voiles
L’esprit connaît que l’horizon s’est tu.

Chacun là-bas, blotti dans son refuge,
Respire à peine et tremble de penser.
Le monde est fait de lèvres qui se figent
Et de regards peureusement baissés.

C’est chaque nuit qu’avant la prime aurore
Le compagnon est renié trois fois.
Les amitiés, les serments et les fois
Croulent, et le chaos crève de rire.

(Jules Romains)

 

 

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L’HOMME BLANC (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



ouzin massai [800x600]

L’HOMME BLANC

— Retourne chez toi, homme blanc!

Nous ne t’avions rien demandé ;
Des fièvres que ta race endure
Nous n’avions pas même l’idée.

Pieusement vers nous tournées
Nous allaitaient de solitude
Les sept mers au ventre ridé.

Tu nous as sept fois apporté
Ton malheur, ton inquiétude.
Ta puissance, tu l’as gardée.
Tu nous as fait divorcer d’avec les vieilles sagesses ;
Mais le savoir que tu vends ne les a pas remplacées.

Tu nous as fait divorcer d’avec la terre et les sources,
D’avec les forces du sol et les forces d’en dessous.
Mais les forces que tu vends ne les ont pas remplacées ;

Tes forces mal à toi, méchantes filles du feu roux,
Tes forces qu’un fil conduit et que moulinent des roues,
Tes forces de dieu voleur dont tu n’as jamais assez!

Comme on donne deux venins dans une seule morsure,
Tu nous as communiqué l’orgueil peu sûr d’être un homme,
Et la honte sans pardon d’être un homme dépassé.

Retourne chez toi, homme blanc!
Écoute les tambours tremblants
Qui nous ameutent sous les arbres ;
Les troncs creusés, les calebasses,
Les crécelles, les crins stridents ;
Les sifflements entre les dents,
Les cornes rauques, les coquilles,
Les fifres faits d’un ossement ;
Les cymbales, les oliphants ;
Entends le tam-tam circulaire
Comme l’horizon sur tes tempes
Qui se resserre en palpitant ;
Entends les gongs, les cloches plates,
Aux tours des couvents de montagne
Et les plaques sous les battants.
Entends le grand rassemblement
Qui nous soulève et qui te chasse.

(Jules Romains)

Illustration: Ouzin

 

 

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DEPUIS TOUJOURS (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



 

DEPUIS TOUJOURS

Depuis toujours ces choses tournent
Et se rapprochent, puis s’écartent
En se crachant de la lumière,
De la poussière, du feu mort,
Et se rapprochent, puis s’écartent.

Depuis toujours ces choses tournent,
Tournent plus vite, puis moins vite,
Se cherchent, on dirait, s’évitent,
Se hâtent, mais vers nulle part,
Vont pour se joindre, mais s’évitent.

Depuis toujours en toute hâte
Ces choses vont vers nulle part.
On dirait parfois qu’une pâte
Se prépare. De grands fouets tournent.
Et puis la pâte se défait.

(Jules Romains)

Illustration

 

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FIN DU MENSONGE (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



 

FIN DU MENSONGE

Tout le lieu se tient immobile.
Les feuilles trempent dans l’air clos.
Un nuage au point vertical
Ne bouge que si je l’oublie.

Le lieu mollement se repose.
Les feuillages collent au jour.
Une paresse moite et sourde
S’entremet du monde à la peau.

Tout cela ment ! Tout cela ment !
Tout est spasme, et déchirement
Par des vitesses furieuses.
Tout se démène horriblement.

(Jules Romains)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Rien ne dure (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



 

Monde à la triste figure,
Tout barbote dans l’ordure.
L’excuse est que rien ne dure.

(Jules Romains)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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MON CORPS SUR LE FAUTEUIL… (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



Serge Labégorre 9931

Mon corps sur le fauteuil est un bourg au soleil
Qui s’incline selon la pente et la colline ;
L’heure y sonne ; la rue est faite d’enfants blonds ;
Des femmes, à leur seuil, sourient d’être vivantes.

Avant de galoper mes instants se relayent ;
Je ne sais pas si quelqu’un meurt dans ma poitrine
Où la lumière envoie un vol de petits plombs
Qui déchirent à peine assez pour qu’on les sente.

Mon sang n’a pas de fin ni de commencement.

Là, c’est mon corps ; puis la table ; puis les murailles.
Je suis moi vaguement ; mes yeux et mes oreilles
Ne reconnaissent pas l’univers et s’embrouillent.
Je suis moi par-dessus quelque chose d’opaque.
Ce qui pense dans moi ressemble au chevrier
Qui est sur les plateaux un matin de printemps ;
La brume emplit tous les vallons jusqu’à ses pieds
Tandis que le soleil lui dilate les tempes.

(Jules Romains)

Illustration: Serge Labégorre

 

 

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COMME ON SERAIT CONTENT… (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018



COMME ON SERAIT CONTENT…

Comme on serait content si l’on avait un Dieu!
Les mots aimés qu’on lui dirait! Et les bons yeux
Qu’on lui ferait si tout à coup, demain, ce soir,
Il entrait se placer au coin de notre feu,
Où le siècle encor vert flambe mal et grésille,
A cause de la neige qui tombe dans l’âtre.

Si c’était pour demain, vraiment, ou pour ce soir!

La flamme éclairerait sa figure et ses mains,
Et nous attendrions que sa bouche remue.
Hélas! des dieux pareils, il n’en passera plus!
Ils ont peur de montrer leur costume trop simple
Et d’entailler sur quelque tesson leurs pieds nus.
Mais les autres, les dieux abstraits qu’on n’a pas vus,
Ceux que le souffle à peine chaud de la raison
Mit comme une buée aux vitres du destin,
Les dieux abstraits qui s’évaporent en divin,
Les dieux qui n’ont jamais parlé sur la montagne,
Et qui ne sont pas morts après avoir pleuré,
Ils peuvent exister, nos coeurs n’en veulent point.

(Jules Romains)

 

 

 

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LES MOUVEMENTS DU CARREFOUR (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



 

LES MOUVEMENTS DU CARREFOUR

Les mouvements du carrefour
Se divisent, gluants de pluie ;
Comme deux mains plongent et tournent
Dans la pâte, l’ouvrent, la plient.

Des cris de sirènes s’en vont
Que notre ennui se plait à suivre.
L’esprit ayant bu toute honte
Il reste un goût lâche de vivre.

(Jules Romains)

Illustration: Leonid Afremov

 

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LA FORMULE PEND DU CIEL (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



 

LA FORMULE PEND DU CIEL

La formule pend du ciel.
Elle glisse entre les astres.
Tu la heurtes par hasard
D’un battement de tes cils.

Elle ignore tout de l’âge
Où notre malheur est pris ;
Libre comme une souris
Qui trotte dans les cordages.

Elle échappe à tous les pièges.
La substance lui fait peur.
Un sourire voyageur
Se dispense de visage.

Peux-tu la saisir au vol ?
Peux-tu partir avec elle ?
Hélas ! Tu pèses bien lourd.
Le temps colle à tes semelles.

(Jules Romains)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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APPROCHE D’UN ASTRE (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2017



 

APPROCHE D’UN ASTRE

Il fait noir comme avant; froid comme avant.
Le même vide un peu sale s’écoule.
Ce vent ? C’est le néant que l’on refoule.
Pourtant une lueur éclot au fond;

Un point de feu, puis un rond d’ombre rouge
Qu’un brouillard voile et qu’une houle ronge.
L’alentour tiédit; le vide se palpe.
La lueur engendre un grand disque pâle;

Tout ce lieu là-bas se gonfle d’espace,
Lui qui fut petit impensablement.
La forme s’accroît, la flamme s’apaise.
Il monte l’évidence de Quelqu’un.

(Jules Romains)

Illustration: Edward Okun Mezczyzna

 

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