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QUELQUE CHOSE… (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2018



Quelque chose passe en fraude
Les marges de ma raison
Et prend feu sur l’émeraude
Suspendue à l’horizon.

Falaise tu t’ouvres seule.
Sang inerte tu repars.
Brasillement de la meule
Aiguiseuse des regards.
Quelque chose vibre, fuse

Puis installe dans ma voix
La miraculeuse ruse
Des rires cloués en croix.

Quelque chose qui pénètre :
Épée, épineuse fleur,
Cri vif au centre de l’être,
Arête de la douleur.

(Jules Tordjman)

 

 

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PRESENTE – ABSENTE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



PRESENTE – ABSENTE

Toujours la même et d’une nuit à l’autre
Elle m’attend sous la lumière exsangue.
Elle est assise au centre de ma table.
Je la regarde : elle mange mon pain
Et boit mon vin goulée après goulée.
Toujours la même et sa bouche est un fruit
Qui saigne un peu — gercé par le sommeil.
Toujours la même… Elle ôte enfin sa robe,
Gagne ma couche y jetant un poids d’ombre
Sans que mon corps ne frémisse d’un choc.
Elle me parle en pétales qui brûlent
Et deviendront murmures calcinés.
Elle me parle et nous nous épousons
Chair contre chair jusqu’à jouir du feu
Dont au matin je respire la cendre.

(Jules Tordjman)

Illustration: Odd Nerdrum

 

 

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L’ALGUE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



L’ALGUE

A quel rêve lourd s’est-il attelé ? Parti d’une brûlure
pour se rejoindre, il arrive aux portes de la mer.
Il s’arrête. L’opaque et le transparent lui content hier
et demain. Seule l’algue de l’abîme est désormais le nom
de sa soif…

(Jules Tordjman)

Illustration

 

 

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UNE VOIX (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



UNE VOIX

Elle parlait à l’enfant et sa parole vibrait d’un son fermé.
Quelle légende disait-elle en frôlant ce corps ?

Peut-être celle du torrent qui se fige dans sa course.

Ou celle du coquillage qui a perdu l’oreille de la mer.

Elle parlait d’au-delà les monts et lui, de son regard
intérieur, écoutait :

« J’épouserai ton souffle, j’habiterai ton coeur. »

On entendit le vent galoper. On vit monter la tige
du froid. La mort vint par ce chemin.

(Jules Tordjman)

Illustration: Jacqueline Roberts

 

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FACÉTIE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018




FACÉTIE

La glace où je me regarde ? et quel est ce personnage ?
Il escamote mes jambes, mes bras.

Faut-il en rire ?

Il ôte maintenant mes cheveux. Ma tête s’isole.

Qu’est-ce que cette facétie ? Moi qui ne suis plus moi !

Un ongle long et strié est venu gratter le tain du miroir.
La blanche poudre dessine un profil.

Figure de rien !

(Jules Tordjman)

Illustration

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CHOSES (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



CHOSES

Il y a pour m’étonner et me convaincre cette lampe sûre
de sa clarté double, ce buste de penseur aux tempes
irritées de signes, ce miroir qui n’épuise pas sa multiple aventure.

Irradiation des choses !

L’envers et l’endroit se trahissent en croisant leurs feux :
ce verre d’eau me parle avec les mots de la source,
cette main nervurée m’explique le marbre.

… Puis il y a ce couteau planté dans l’écorce de la nuit.

(Jules Tordjman)

Illustration: Ben Madeska

 

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L’IMPOSSIBLE PRISE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



L’IMPOSSIBLE PRISE

L’étang cligna ses yeux d’alevins — présage d’une récolte
écailleuse. D’où venait alors ce poisson en forme de lampe ?
Échappé de quelle baie chaude, comment ne pas songer à sa capture ?

Il me faut associer ruse et audace, brouiller la surface pour atteindre les fonds.

Jusqu’où pourrais-je le suivre ?
Je dis vrai quand je parle d’un holacanthe à l’oeil bleu.

Est-il pour moi, pour personne ?

L’eau mouchetée d’invraisemblables reflets garde sa proie.

Aux marges d’un midi percé à vif, je reste ce pêcheur mystifié.

(Jules Tordjman)

Illustration

 

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GENÈSE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



GENÈSE

Ni anges ni dieux, peut-être sommes-nous les hôtes
d’une terre d’avant la pomme et le serpent.

Genèse de notre amour : l’air se sculpte de visages,
la lumière se creuse d’alvéoles, tout n’est pas que fausses images
dans la distance et nous jouissons de minutes
où l’algue rime avec la roche, la ruche avec la rose.

L’arbre né de mes yeux rejoint le vol de la colombe
que ton regard enfante.

Je presse tes mains au goût d’herbe,
je respire l’odeur du buis sur tes cheveux.

Entends-tu bien-aimée les salves du soleil ?
vois-tu la chute des falaises blanches ?

(Jules Tordjman)

Illustration: René Julien

 

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LE DIALOGUE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



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LE DIALOGUE

C’était dans l’intervalle rayonnant où ils s’épousèrent
en flèche — proies l’un de l’autre.
— Un même chemin nous relie, mais je n’entends pas
ta voix. Tes mots seraient-ils bulles d’ombre ?
— Ma voix part des extrémités du silence, mes mots
brûlent de flamme sourde.
— Où es-tu qui me parles pourtant dans la chambre déserte ?
— Je suis là où tu me souhaites, je suis là où tu m’éprouves.
— Es-tu l’amour ?
Elle était l’Écharde. Il était le Tison.

(Jules Tordjman)

Illustration: Dorina Costras 

 

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La tête à feux et la tête à ombres (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



La tête à feux et la tête à ombres,
quand ce n’est une poulie ou une tourelle.

À présent une silhouette bouge dans le bleu.

Derrière le panache d’une fumée
se balance une longue clef d’or.

Le navire accélère sa marche.
Il aborde.

Lorsque ce sifflement de sirène m’arrache à moi-même,
la mer n’est qu’une immense vague figée.

Je débarque dans ce port de silence.

Une mouette passe.

L’oeil d’une étoile étonnamment vive
rend soudain la nuit aveugle.

(Jules Tordjman)

Illustration: Jean-Robert Doumont

 

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