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Posts Tagged ‘(Julio Cortázar)’

HAPPY NEW YEAR (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2020




    
HAPPY NEW YEAR

Écoute, je ne demande pas grand-chose,
seulement ta main, la tenir
comme une rainette qui dort contente ainsi.
J’ai besoin de cette porte que tu m’offrais
pour entrer dans ton monde, ce petit bout
de sucre vert, joyeux de sa rondeur.
Me prêtes-tu ta main cette nuit
de fin d’année et de chouettes enrouées ?
Tu ne le peux pas pour des raisons techniques. Alors
je la tisse avec l’air, ourdissant chaque doigt,
la pêche soyeuse de la paume
et le verso, ce pays d’arbres bleus.
Je la prends ainsi et je la soutiens, comme
si de cela dépendaient
beaucoup des biens du monde,
la suite des quatre saisons,
le chant des coqs, l’amour des hommes.

***

Happy new year

Mira, no pido mucho,
solamente tu mano, tenerla
como un sapito que duerme así contento.
Necesito esa puerta que me dabas
para entrar a tu mundo, ese trocito
de azúcar verde, de redondo alegre.
¿No me prestás tu mano en esta noche
de fìn de año de lechuzas roncas?
No puedes, por razones técnicas.
Entonces la tramo en el aire, urdiendo cada dedo,
el durazno sedoso de la palma
y el dorso, ese país de azules árboles.
Así la tomo y la sostengo,
como si de ello dependiera
muchísimo del mundo,
la sucesión de las cuatro estaciones,
el canto de los gallos, el amor de los hombres.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Le simulacre (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration
    
Le simulacre

Chaque fois que je te vois dans le souvenir,
j’entends chanter le coq en pleine nuit
et une soif de combats et de clochers
me rend au sacrifice où je te perds.

Qui sait où tu te trouves, je ne sais plus
si tes yeux sont en or ou en argent,
mais mon sang est une lumière jaillissante
et à nouveau je mords la douce pomme.

Ô balbutiement des ténèbres, duel
de mousse et de léopard et gémissement,
désespéré qui contrefait le ciel !

L’aube sordide plane comme la cendre,
sur le rêve vaincu et l’oreiller
défiguré par le creux d’une seule tête.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’obéissance (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



 

Illustration: Edward Hopper
    
L’obéissance
To the dark lady

Encore une fois l’appel ancien se lève
dans le chant habituel de la guitare
et une solitude double nous amarre
nuit à nuit dans un bar, et je ne t’aime pas,

ceci n’est pas l’amour mais l’Éclaireur
avec ta peau, ta salive et cette griffe
qui nous déchire avec délicatesse
chaque fois qu’entre tes cuisses je me répands.

Deux corps en veille à voix basse se parlent
devant l’inébranlable sentinelle
du simulacre de cet amour gisant,

quelle servitude amère réconcilie
la ligne équinoxiale qui te modèle
avec ce pâle aura de l’occident.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Les amis (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




Illustration: Viktor Oliva

    
Les amis

Dans le tabac, le café ou l’alcool,
au bord de la nuit ils se redressent
comme ces voix lointaines qui entonnent
une mélodie inconnue sur le chemin.

Comme s’ils étaient des frères du destin,
les ombres pâles des dioscures chassent
les mouches des habitudes et me maintiennent
à la surface d’un tourbillon constant.

Les morts aiment parler mais à l’oreille,
et les vivants sont une main et un toit
qui totalisent le gain et la perte.

Ainsi, un jour, dans la barque de l’ombre,
l’absence de ma poitrine sera habitée
par l’ancienne tendresse qui les nomme.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Statue (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Aristide Maillol
    
Statue

de Maillol

La lumière s’en échappe et joue
avec ses ombres matinales,
et glisse sans toucher et fuit
la pure lumière du torse.

Un sein, un ventre et un genou
sont des abris où l’air cherche
sa réponse claire, le passage
qui mène à soi toute statue.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’autre (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
L’autre

De quel lieu me vient ce regard
qui quelquefois monte à mes yeux
quand je les laisse sur un visage
se reposer de la distance ?

C’est comme cette eau de la citerne
qui se dégage de son mystère,
dans sa profondeur sans temps
un ténébreux souvenir tremble.

Métamorphose, rapt double
qui me dévoile un être distinct
derrière cette identité feinte
de mes pupilles hallucinées.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Vois-toi dans la rivière (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Robert Hagan
    
Vois-toi dans la rivière
qui éloigne ton image,
comme s’en vont les soirs
libres de toi à l’oubli.

Incliné dans le geste
qui étanche la soif,
verrais-je au moins une fois
ton visage dans mes doigts ?

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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The Happy Child (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
The Happy Child

La pause brève de la joie
est un pétale autour de l’air
posé à peine sur tes cheveux
comme les abeilles de la brise.

Tu vas dansant dans la beauté
qui flue de cette joie légère,
ô petite fille qui ne voit pas
l’aile de la rose noire frémir.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Final (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



 


    
Final

De même quand la vie laissée derrière
revient légère, à peine dans le pas
fugace de l’air, du nuage, du verre
qui au soleil irise son vide courbe,

de même, grissaille au lever du jour
ou ombre d’un oiseau sur le plafond,
et moins qu’image, que souvenir, survol
du baiser sur la bouche déjà oubliée,

j’assiste à ta naissance de l’absence,
auréole des jeux d’eau où tu t’amuses
avec l’enfance souple des reflets,

et à nouveau se hisse dans ce désert
ta dure essence qui me livre, amour,
à la vaine espérance du miroir.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Hölderlin (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
Hölderlin

Les nuages sont des créatures d’eau et d’herbe
Qui montent sans violence par les gradins
De la forêt prodigieuse et évitent, souples,
L’excès redoutable de l’espace
Et sa dure résistance imprévisible.
Une joie légère les lance
Comme des jupons, des anémones ou des geysers,
Ils se poursuivent plus hauts que la topaze
Inébranlable du temps.
Les saules au sol les répètent ;
Des cavalcades d’oiseaux délibèrent
Comme de profondes choses solitaires.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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