Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘jumeau’

À mon frère Miguel (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2019




    
À mon frère Miguel
In memoriam.

Petit frère, je suis là assis sur le banc de notre maison,
où tu nous manques infiniment!
Je me rappelle, c’est l’heure où nous jouions, et maman
nous câlinait : « Vraiment, les enfants… »

Maintenant je me cache,
comme avant, toutes ces prières
vespérales, et j’espère que tu ne me trouveras pas.
Dans la grande salle, le vestibule, les couloirs.
Ensuite, c’est à toi de te cacher et moi, je ne te trouve pas.
Je me rappelle que nous nous faisions pleurer,
petit frère, à ce jeu-là.

Miguel, tu t’es caché
une nuit d’août, au lever du jour;
mais au lieu de te cacher en riant, tu étais triste…
Et ton coeur jumeau de ces après-midi
consumées, s’est lassé de ne pas te trouver. Et voilà
l’ombre qui tombe sur mon âme.

Dis, petit frère, ne tarde pas
à sortir. Allons? Maman pourrait s’inquiéter.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE CARREAU (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019



LE CARREAU

Pures pluies, femmes attendues,
La face que vous essuyez,
De verre voué aux tourments,
Est la face du révolté ;
L’autre, la vitre de l’heureux,
Frissonne devant le feu de bois.

Je vous aime mystères jumeaux,
Je touche à chacun de vous;
J’ai mal et je suis léger.

(René Char)

Illustration: Mitty Desques

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LES ZOOLOGIES (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018


 


 

Igor Morski -9 [1280x768]

LES ZOOLOGIES

Un poisson nage au fond de ma poitrine,
Un oiseau plane au creux de mon cerveau.
Je me soumets à leurs libres critiques :
Ils ont la grâce éclatante des mots
Venus tout droit de leurs zoologies.

Ce manuscrit, qu’en dirait le coyote,
Et ce roman, plairait-il au lézard ?
Cette musique, est-ce toi qui la portes
Ou l’hirondelle ou le sage cafard ?
Et si mon corps n’était que faune et flore !

Jamais genette ici ne put survivre.
Les animaux fiancés à la mort,
En s’enfermant dans leurs prisons de cuivre
Ont fait chanter mon âme un peu plus fort.
Je les aimais du fond de mes élytres.

Zèbre ici-bas de pampas se contente
Et zèbre ailleurs marche au fond de la mer.
Un rouge-gorge est un bijou qui chante,
Une prunelle un oiseau toujours vert
Et chaque lèvre un frisson d’eau dormante.

Ils sont tous là : aigles, poissons, virgules
Et double V, redoutable animal.
Tout leur cortège en ma phrase circule,
Un cri s’élève : amour est le fanal,
Je suis gardé par ses tendres globules.

Il n’est qu’ara pour parler de contrainte,
Il n’est que lièvre à dévorer le vent.
Je me soumets, animaux, à vos plaintes.
Toute douleur est préface du chant,
Vivez en moi, frères venus des limbes.

Imprimez-vous en ma peau, lettres vives,
Et gardez-moi d’oublier vos pelages.
Qu’un livre soit le jumeau, le sosie
Des animaux échappant à nos cages.
Un tigre d’or circule dans mes phrases,
La coccinelle est au bout de ma ligne,
Tout livre est jungle où la parole est libre.

(Robert Sabatier)

Illustration: Igor Morski

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Et la neige tomba sur Hermon (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018



neige désert [800x600]

La floraison du bâton

[36]
Et la neige tomba sur Hermon,
le lieu de la Transfiguration,

et la neige tomba sur Hébron
où, au printemps dernier, poussait les anémones,

dont l’écarlate et le rose et le rouge et le bleu,
Il compara aux robes d’un Roi,

mais Salomon même, dit-Il,
n’était pas si bien vêtu que l’un d’eux ;

et la neige tomba sur les amandiers
et les muriers furent couvert d’un dôme

comme une hutte de forestier ou de berger
sur les pentes du mont Liban,

et la neige tomba
en silence… en silence.

[37]
Tandis que la neige tombait sur Hébron,
le désert fleurit comme il l’avait toujours fait ;

en une nuit, un million de millions de petites plantes
jaillirent du sable,

et sur chaque million de millions de petits brins d’herbe
apparut une toute petite fleur,

elles étaient si petites, on pouvait à peine
les visualiser séparément,

ainsi finit-on par dire,
la neige tombe sur le désert ;

cela était déjà arrivé,
cela arriverait encore.

[38]
Et Kaspar fut peiné comme toujours,
quand un seul jumeau de ses nombreuses chèvres se perdit —

un si petit chevreau, de si peu d’importance,
il était si riche, d’innombrables troupeaux, bétail et moutons —

et il laissa les chèvres montagnardes à long poil
rentrer au pâturage plus tôt que de coutume,

car elles s’irritaient dans leurs enclos, reniflaient l’air
et l’herbe fleurie ; et lui même resta éveillé toute la nuit

près de la plus jeune de ses chamelles blanches mettant bas avec peine,
et choya son chamelon — pareil à une grosse chouette blanche —

sous son manteau et l’emporta dans sa tente
à l’abri et au chaud ; ce fut ainsi que se répandit la légende

que Kaspar
était Abraham.

***

And the snow fell on Hermon,
the place of the Transfiguration,

and the snow fell on Hebron
where, last spring, the anemones grew,

whose scarlet and rose and red and blue,
He compared to a King’s robes,

but even Solomon, He said,
was not arrayed like one of these;

and the snow fell on the almond-trees
and the mulberries were domed over

like a forester’s hut or a shepherd’s hut
on the slopes of Lebanon,

and the snow fell
silently … silently .. .

And as the snow fell on Hebron,
the desert blossomed as it had always done;

over-night, a million-million tiny plants
broke from the sand,

and a million-million little grass-stalks
each put out a tiny flower,

they were so small, you could hardly
visualize them separately,

so it came to be said,
snow falls on the desert;

it had happened before,
it would happen again.

And Kaspar grieved as always,
when a single twin of one of his many goats was lost—

such a tiny kid, not worth thinking about,
he was such a rich man, with numberless herds, cattle and sheep—

and he let the long-haired mountain-goats
return to the pasture earlier than usual,

for they chafed in their pens, sniffing the air
and the flowering-grass; and he himself watched all night

by his youngest white camel whose bearing was difficult,
and cherished the foal—it looked like a large white owl—

under his cloak and brought it to his tent
for shelter and warmth; that is how the legend got about

that Kaspar
was Abraham.

(Hilda Doolittle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Signe d’eau (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




    
Signe d’eau

L’eau vive m’a porté jadis
comme la vague porte au rivage
la graine qui prendra
racine, chair et visage.

Elle est inscrite en lettres bleues
sur la page de mon ciel:
poissons jumeaux qui vont nageant
dans le sillage des étoiles.

Elle est maîtresse de mon corps,
source sombre, ruisseau, rivière,
serrée entre terre et feu.

Et désormais dans une lourde nuit
j’entends une eau secrète
qui bouge et qui respire
tandis que rôde dans les chambres
l’odeur funèbre des marais.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il a su toucher mon coeur (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Il a su toucher mon coeur
ou Les Deux jumeaux

1
L’autre soir j’ai rencontré
Un séduisant jeune homme
Et nous avons folâtré
Et dégusté la pomme
Dans le lit que j’étais bien!
Car le lit c’était le sien.

Refrain 1
Il avait su toucher mon coeur
Tout en fièvre
Et j’aimais déjà la saveur
De ses lèvres
Au bout d’un petit instant
Un instant
Qui dura longtemps
Mais qui me parut trop rapide
Il me quitta d’un air languide
Pour aller se laver les mains
Tout près, dans la sall’ de bains.

2
Peu après il est rentré
Tout rempli de courage
Et il a recommencé
Plein de coeur à l’ouvrage
Car douze fois dans la nuit
La même chose il refit.

Refrain 2
Il avait su toucher mon coeur
Tout en fièvre
Et je garde encor la saveur
De ses lèvres
Mais le lendemain matin
Du festin
Sur le traversin
Je vis qu’il y avait trois têtes
Et je compris toute la fête
C’était tour à tour deux jumeaux
Qui s’étaient donné le mot.

3
J’ai gardé ces deux chameaux
Ne sachant lequel prendre
Maint’nant j’aim’ les deux jumeaux
Qui sav’nt bien me le rendre
Et je cherche chaque nuit
Si c’est l’autre ou si c’est lui.

Refrain 3
Car ils ont su toucher mon coeur
Tout en fièvre
Il me faut toujours la saveur
De leurs lèvres
L’un à l’autre fait pendant
C’est charmant
Mais c’est fatigant
Je me demande très anxieuse
Quel serait mon sort d’amoureuse
Si leur mère mieux stimulée
Avait fait des quintuplés.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Univers parallèles (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



 

Univers parallèles

Quel univers jumeau du nôtre?
Un soir
On ne sait plus ce qui de nous divorce
Quel arbre en nous fut dépouillé d’écorce
L’image fuit par les trous des miroirs.
Que sommes-nous derrière la barrière
De cet état instable du réel ?
Être n’est rien qu’un clivage cruel
Entre deux murs récusant leur arrière.
Où donc est le soleil qui devait poindre
Mais dans tes yeux tout à coup s’est noyé ?
Quel est le sens de vivre ? Dévoyé.
Je suis un pont qui cherche à te rejoindre.
Où est ton corps, ce rivage sans mer
Et l’horizon dont on trancha les ailes ?
Captifs de nos univers parallèles,
Nous sommes expulsés de nos amers.
Nous avançons mais c’est en claudicant
Vers l’au-delà de ce que nous vécûmes
De l’un l’autre ne tient que son écume
En son sommeil la cendre du volcan.

(Charles Dobzynski)

Illustration: Rafal Olbinski

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ARBRE DE L’ORIENT (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2017



ARBRE DE L’ORIENT

Moi je suis devenu miroir :
J’ai inversé toute chose
J’ai marqué de ton feu le rite de l’eau et des plantes
J’ai marqué le son de la voix et le son de l’appel

Et je t’ai vu deux:
Toi et cette perle qui vogue dans mes yeux

Deux amants sommes devenus l’eau et moi :
Je nais au nom de l’eau
L’eau naît en moi

Jumeaux sommes devenus l’eau et moi.

(Adonis)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ô doux parler (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Ô doux parler, dont l’appât doucereux
Nourrit encore la faim de ma mémoire,
Ô front, d’Amour le Trophée et la gloire,
Ô ris sucrés, ô baisers savoureux ;

Ô cheveux d’or, ô côteaux plantureux
De lis, d’oeillets, de porphyre et d’ivoire,
Ô feux jumeaux dont le ciel me fit boire
Ô si longs traits le venin amoureux ;

Ô vermillons, ô perlettes encloses,
Ô diamants, ô lis pourprés de roses,
Ô chant qui peut les plus durs émouvoir,

Et dont l’accent dans les âmes demeure.
Et des beautés, reviendra jamais l’heure
Qu’entre mes bras je vous puisse r’avoir ?

(Pierre de Ronsard)

Illustration: Fritz Zuber-Buhler

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SOURIRE POLI (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



les-trois-soupirs-amoureux-9-800x600

SOURIRE POLI

Je regrette le temps où nos deux cœurs jumeaux
Se querellaient. Un rien vous mettait en colère.
Vos caprices, changeants comme un spectre solaire,
Boudaient, criaient, mordaient ainsi que des marmots.

Aujourd’hui, dans vos yeux plus durs que des émaux,
L’orgueil calme fleurit tel qu’une fleur polaire.
Indifférente à tout, votre humeur me tolère
Et ne se cabre plus sous l’éperon des mots.

Ah ! qu’un éclair de rage en tes regards s’allume!
Fâches-toi ! frappe-moi ! prends mon front pour enclume !
Déchire-moi le cœur en lambeaux ! Manges-en!

Réveille-toi, terrible, en tigresse des jungles!
Mais ne me jette pas, avec l’air méprisant.
Ce sourire poli, poli comme tes ongles.

(Jean Richepin)

 Illustration: Martial Barrault

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :