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La chanson des ingénues (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2021



 

Alexander Sulimov (12) [1280x768]

La chanson des ingénues

Nous sommes les Ingénues
Aux bandeaux plats, à l’oeil bleu,
Qui vivons, presque inconnues,
Dans les romans qu’on lit peu.

Nous allons entrelacées,
Et le jour n’est pas plus pur
Que le fond de nos pensées,
Et nos rêves sont d’azur ;

Et nous courons par les prés
Et rions et babillons
Des aubes jusqu’aux vesprées,
Et chassons aux papillons ;

Et des chapeaux de bergères
Défendent notre fraîcheur
Et nos robes – si légères –
Sont d’une extrême blancheur ;

Les Richelieux, les Caussades
Et les chevaliers Faublas
Nous prodiguent les oeillades,
Les saluts et les « hélas ! »

Mais en vain, et leurs mimiques
Se viennent casser le nez
Devant les plis ironiques
De nos jupons détournés ;

Et notre candeur se raille
Des imaginations
De ces raseurs de muraille,
Bien que parfois nous sentions

Battre nos coeurs sous nos mantes
À des pensers clandestins,
En nous sachant les amantes
Futures des libertins.

(Paul Verlaine)

Illustration: Alexander Sulimov

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MES MEMBRES FOURMILLENT… (Thérèse Plantier)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2021




    
MES MEMBRES FOURMILLENT…

Mes membres fourmillent de reflets pétrifiés
je ne peux m’endormir sans devenir la terre
sans rabattre mon linceul
comme le vent rabat aux cerisiers
leurs jupons sur la tête
une fois devenue bloc
je porte en croupe les eaux
obsédantes
je ne sais jamais qui est moi

(Thérèse Plantier)

 

Recueil: Je est un autre Anthologie des plus beaux poèmes sur l’étranger en soi
Traduction:
Editions: Seghers

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Démarche doucine (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2020



Démarche doucine
tu marches flammèche
créole crépuscule
aux jupons superposés
Longue étirée fauve
corolle ouverte
aux félines caresses
Chanel
Tu t’éloignes
et les prothèses du néon
boitent dans la nuit

(Werner Lambersy)

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MIRAGES (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



Claude Sauzet Les-trois-graces-100x81cm-550 [1280x768]

MIRAGES

Autour de la lune
Trois étoiles tournent,
Trois abeilles d’or
Autour d’une prune.

Emmitouflé d’ombre
Le poirier s’endort;
Quatre poires pendent
A la même branche :
Une William tombe.

La grenouille au bord
De la vasque bâille,
Voit les trois abeilles
Au ciel balancées,
Et tout à coup plonge
Dans le miroir d’eau.

Tandis qu’en pensée
Le tendre vieux beau
Voit trois jeunes filles
En jupons de bal
Qui se déshabillent :
La vie est un songe.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Claude Sauzet

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PAYSANNE DU VERCORS (Gabriel Cousin)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



Camille Pissarro_-_Le_Repos,_paysanne_couchée_dans_l´herbe,_Pontoise_-_1882 [800x600]

PAYSANNE DU VERCORS

La pièce de terre est si pentue que la moisson se fait à fa faucille,
à genoux, poignée par poignée.
Aujourd’hui la femme est allée briser les mottes des sillons bruns.
La fatigue l’a prise là, comme un amant impétueux.
Et sur la pente, face au vide, dans le seul bruit du torrent tout en bas, elle dort.
Elle dort à même sa terre trop coriace pour être abandonnée,
trop dure pour être vendue, trop pénible pour être oubliée.
Elle dort sous le regard des faces nord encore gelées,
dans l’odeur d’étable, de silex et de sueur,
au milieu de ses jupons, comme une bête humaine.
Elle dort sous l’écriture des réacteurs
qui là-haut incisent la glace bleue du ciel, gravant leurs sillons blancs.

(Gabriel Cousin)

Illustration: Camille Pissarro

 

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Ah! que j’aimais vos cheveux longs… (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2020



Pierre Auguste Renoir (1841-1919)  Children on the Seashore Guernsey 1883

Ah! que j’aimais vos cheveux longs…

Un! deux! trois! Tous en rond pon!

Ah! que j’aimais vos cheveux longs…
quand nous jouions, enfants, pleins d’été des campagnes

Au bout de la prairie, ô verte aquarelliste
zinzinule un ruisseau et nous buvons dedans
quand nous avons bien chaud l’eau qui glace les dents

Elles rient! Elles rient!
Je les entends encore …

Un! deux! trois! quatre! Beau colimaçon pon!

Elles rient, elles rient, gorges d’anges harpistes
leurs lèvres neuves sont des grappes de groseilles
luisantes de salive au feu d’or d’un rayon

Ah! que j’aimais ces baisers longs
que je nous supposais, virginales compagnes
En vous quittant le soir j’étais timide et triste
J’en pleurerais encore …

Adieu, vieil horizon
Elles s’en vont, je pars, et s’égrènent les ans
Tout s’espace, tout meurt, on tourne les talons
(Elles avaient des boucles d’argent aux oreilles)

Un! deux! trois! quatre! Allons

Ah! que j’aimais vos blancs jupons pon!

(Louis Calaferte)

Illustration: Pierre Auguste Renoir

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A PEINE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



Illustration: Pierre Brault
    
A PEINE

A peine si le vent retrousse un peu la mer
fait mousser sur son bleu un coin de jupon blanc
à peine si le sang à ton front quand tu dors
compte tout doucement l’aller retour du temps

A peine si les cris des enfants sur la plage
se mélangent au flot qui chuchote ses plis
à peine si le blanc d’un tout petit nuage
éclabousse le bleu du ciel ourlé de gris

A peine si j’écris à peine si tu dors
à peine s’il fait chaud à peine si je vis
et je ferme les yeux croyant laisser dehors
tout ce qui n’est pas toi mon amour endormi.

(Claude Roy)

 

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Oiseau (Joël Sadeler)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018



 

acacia

Oiseau

Sous les jupons
de l’acacia
l’oiseau s’engouffre
à toutes plumes

Mais se pose-t-il
à la fourche du tronc
ce trousseur d’arbre
bien trop pressé?

(Joël Sadeler)

Illustration

 

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Hymne à la beauté (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Hymne à la beauté

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton oeil le couchant et l’aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l’Horreur n’est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L’éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L’amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l’air d’un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m’ouvrent la porte
D’un Infini que j’aime et n’ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,
Qu’importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?

(Charles Baudelaire)

Illustration: Katarina Smuraga

 

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LA FILLE CONTRE LE MUR (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018




LA FILLE CONTRE LE MUR

La fille regardait les reprises à ses bas
le bruit des métiers se perdait,
les roseaux se frôlaient ;
le teint mat et les genoux croisés
elle rassemblait ses os.
Ciel qui fut bleu à tuer tous les courages
ciel appris, ciel vivant,
le premier dépliement de ses doigts se fit
quand monta la faible musique de derrière le mur
pétri d’argile mêlée à la paille hachée ;
ce mur avait séché au temps des guerres
les soldats avaient alors posé la main sur lui,
l’un au large pouce l’autre à l’index long;
depuis le mur avait fleuri,
l’éclat d’un jupon blanc le rendait roide et merveilleux
sous un ciel qu’une cloche ébranla.

(Jean Follain)

Illustration: Leon Levinstein

 

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