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Poésie

Posts Tagged ‘justice’

Laurier (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Laurier

Il sont là tous les deux à se disputer sur leur prééminence,
et pendant ce temps-là le monde les oublie,
le monde se moque de leur système.
Le monde n’en est plus depuis bien longtemps au myrte et au laurier.
La galanterie et la bravoure sont deux qualités passées de mode;
le ridicule en a fait justice.
Pour qui se montrerait-on galant?
pour des femmes qui fument, qui boivent du grog,
qui montent à cheval, qui font de l’escrime et des romans.

A quoi sert la bravoure? il n’y a plus de guerres aujourd’hui;
on ne se bat plus en duel;
un héros n’est plus qu’un être souverainement ridicule.
Le règne du myrte et du laurier est passé.
Le marquis et le colonel ne s’en doutaient pas;
ils s’étaient retirés du monde assez à temps pour cela;
ils devaient emporter leurs illusions dans la tombe.

(J.J. Grandville)

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L’Ordre (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020


 

Assurances en tous genres, je garantis le vent,
les cornes du taureau et vos âmes paisibles.
Je garde la brise de devenir tempête
et la folie d’emplir de ses lunes les yeux des femmes.

Je maintiens les héritages, vous défends
contre la grivèlerie de l’étranger
aux détours pernicieux,
les retours d’amour fou,
et ce déboulé de frénésie, la justice.

La prime vous plaira: je ne prends que les songes.
(André Frénaud)

 

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Je sais parce que je le dis (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020




    
Je sais parce que je le dis
Que mes désirs ont raison
Je ne veux pas que nous passions
A la boue
Je veux que le soleil agisse
Sur nos douleurs qu’il nous anime
Vertigineusement
Je veux que nos mains et nos yeux
Reviennent de l’horreur ouvertes pures

Je sais parce que je le dis
Que ma colère a raison
Le ciel a été foulé la chair de l’homme
A été mise en pièces
Glacée soumise dispersée
Je veux qu’on lui rende justice
Une justice sans pitié
Et que l’on frappe en plein visage les bourreaux
Les maîtres sans racines parmi nous

Je sais parce que je le dis
Que mon désespoir a tort
Il y a partout des ventres tendres
Pour inventer des hommes
Pareils à moi
Mon orgueil n’a pas tort
Le monde ancien ne peut me toucher je suis libre
Je ne suis pas un fils de roi je suis un homme
Debout qu’on a voulu abattre

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poésie ininterrompue
Traduction:
Editions: Gallimard

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GABRIEL PÉRI (Paul Éluard)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2020



GABRIEL PÉRI
    
Un homme est mort qui n’avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oubli

Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre

Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amis
Ajoutons-y Péri
Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant.

(Paul Éluard)

 

Recueil: Au rendez-vous allemand
Traduction:
Editions:

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LA FENÊTRE (Forough Farrokhzad)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2020



Illustration: Barbaras BilderKunst
    
LA FENÊTRE

Quand ma foi
s’accrochait au faible fil de la justice
et que partout en ville
les cœurs de mes lampes
se brisaient et volaient en éclats,
quand le foulard noir de la loi
bandait les yeux d’enfant de mon amour
et que des fontaines de sang
giclaient des pauvres temples de mon désir,
quand la vie n’était rien de plus,
rien d’autre que le tic – tac d’une horloge,
j’ai découvert que je dois,
de manière absolue et sans mesure
dois aimer.

***

***

THE WINDOW

When my faith was hanging
by the weak thread of justice
and in the whole city
the hearts of my lamps were
being torn to pieces,
when the childlike eyes of my love
were being blindfolded by law’s black kerchief,
and fountains of blood were gushing forth
from the distressed temples of desire,
when my life was no longer anything,
nothing but the tick-tock of a wall clock,
I discovered that I must,
that I absolutely had to
love madly.

***

***

A JANELA

Quando a minha fé ainda dependia
do fio fraco da justiça
e em toda a cidade
os corações das minhas lâmpadas ficaram
feitos em pedaços;
quando os olhos infantis do meu amor
foram vendados com o pano escuro da lei,
e fontes de sangue escorriam aos borbotões
dos templos angustiados do meu desejo;
quando a minha vida já não era nada,
nada mais do que o tique-taque de um relógio de parede,
descobri então que devia,
que tinha obrigatoriamente
que amar com loucura.

***

LA VENTANA

Cuando mi fe aun pendía
del hilo débil de la justicia
y en toda la ciudad
los corazones de mis lámparas quedaron
hechos pedazos;
cuando los ojos infantiles de mi amor
fueron vendados con el pañuelo negro de la ley,
y fuentes de sangre manaban a borbotones
de los templos angustiados de mi deseo;
cuando mi vida ya no era nada,
nada más que el tic-tac de un reloj de pared,
descubrí entonces que debía,
que tenía absolutamente
que amar con locura.

****

DAS FENSTER

Als mein Glaube
am seidenen Faden der Gerechtigkeit hing
und in der ganzen Stadt
die Herzen der Lichter
in Stücke gerissen waren,
als die kindlichen Augen meiner Liebe
mit dem schwarzen Kopftuch des Gesetzes verbunden wurden,
und Fontänen von Blut
aus den verzweifelten Tempeln meines Verlangens strömten,
als mein Leben nichts mehr war,
nichts anderes als das Ticken einer Wanduhr,
entdeckte ich dass ich lieben muss,
dass ich unbedingt,
wahnsinnig lieben muss.

***

FEREASTRA

Când mi-a rămas credința suspendată
de firul gingaș al dreptății atârnând
iar prin oraș, răpusă la pământ,
inima razei mele a zăcut
călcată în picioare,
când din nevinovații ochi ai dragostei
sub vălul negru și reglementar ascunși
prinse-a țâșni izvorul sângelui
ce-a inundat locașul cel mai sfânt,
viața-mi pierdu orice valoare,
și numai sunetul pendulei
a mai bătut secundele
în care-am înțeles că negreșit
va trebui himeric să iubesc.

***

HET VENSTER

Toen mijn geloof
aan de zwakke draad van de gerechtigheid hing
en overal in de stad
de harten van mijn lampen
gebroken en versplinterd waren,
toen de kinderlijke ogen van mijn liefde
geblinddoekt werden door het zwarte hoofddoek van de wet,
en fonteinen van bloed
uit armoedige tempels van mijn verlangen gutsten,
toen mijn leven niets meer was,
niets anders, dan de tik tak van een wandklok,
ontdekte ik dat ik moet,
dat ik absoluut en mateloos
moet beminnen.

***

***

私の信念が正義という 名の細い糸でぶらさがり
街中で心臓の灯りが粉々に砕け散る時、
また、恋人の子どものような眼が
法律の黒いスカーフで覆われていて、
血の泉が打ちひしがれた欲望の寺院から湧き出る時
もう私の命は何ものでもなく
壁時計のチクタク鳴る音でしかない
その時に私は気づくのだ
狂ったように人を愛さなければいけないことを

***

GLUGGINN

Þegar trú min hékk
í veikum þræði réttlætis
og hjörtu lampa minna
voru tætt í sundur
út um alla borg,
þegar svartur klútur laganna
var bundinn fyrir barnsleg augu elskunnar minnar
og blóðið gaus fram úr
illa förnum hofum ástarinnar,
þegar líf mitt var ekki lengur neitt,
ekkert nema tifið í klukkunni á veggnum,
fann ég að ég yrði,
að ég gæti ekki annað
en elskað hömlulaust.

***

ΠΑΡΑΘΥΡΟ

Καθώς η πίστη μου κρέμονταν
απ’ τη λεπτή κλωστή της δικαιοσύνης
και σ’ όλη την πόλη του φωτός μου η καρδιά
είχε θρυμματιστεί
καθώς τα παιδικά της αγάπης μου μάτια
είχαν δεθεί με του νόμου το μαντήλι
και συντριβάνια αίμα χύνονταν
απ’ το απελπισμένο τέμπλο της επιθυμίας
καθώς η ζωή μου δεν είχε πια καμμιάν αξία
τίποτα παρά ένα χτύπημα του ρολογιού στον τοίχο,
αποφάσισα ότι έπρεπε
αναμφισβήτητα
να ξαναγαπήσω.

***

OKNO

Kiedy moja wiara wisiała
na wątłej nici sprawiedliwości
i w całym mieście
serca moich lamp
wciąż rozrywano na kawałki,
kiedy dziecinne oczy mojej miłości
zawiązane były czarną chustą prawa,
i tryskały fontanny krwi
z nieszczęsnych świątyń pożądania,
kiedy moje życie nie było już czymkolwiek,
niczym tylko tykaniem ściennego zegara,
odkryłam, że muszę,
że absolutnie muszę
kochać szaleńczo.

***

***

窗 户
当我的信仰被
正义的丝线悬挂
在整个城市
我的灯心正
被撕成碎片,
当我的童贞爱眼
被法律的黑手帕蒙住,
血液之泉正从痛苦的
欲望神殿喷涌而出,
当我的生命不再昂扬,
只剩挂钟的滴答声,
我发现: 我必须,
我只得命定地
疯狂地爱。

(Forough Farrokhzad)

 

Recueil: ITHACA 617
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Persan / Anglais : Sudeep Sen / Arabe : Amal Bouchareb / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Allemand Wolfgang Klinck / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Hébreu Dorit Wiseman / Japonais : Japonais: Manabu Kitawaki / Grec Manolis Aligizakis / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Indi Jyotirmaya Thakur / Chinois William Zhou /
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Tu es dans ton essence (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



 

Godfrey Reggio  spiritualité [1280x768]

Tu es dans ton essence constamment poète,
constamment au zénith de ton amour,
constamment avide de vérité et de justice.
C’est dans doute un mal nécessaire
que tu ne puisses l’être assidûment
dans ta conscience.

(René Char)

Illustration: Godfrey Reggio

 

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Rescousse (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



 

David Alfaro Siqueiros hart-crane-1931

Rescousse

Si ma guitare
Que je répare,
Trois fois barbare :
Kriss indien,

Cric de supplice,
Bois de justice,
Boîte à malice,
Ne fait pas bien…

Si ma voix pire
Ne peut te dire
Mon doux martyre…
– Métier de chien ! –

Si mon cigare,
Viatique et phare,
Point ne t’égare ;
– Feu de brûler…

Si ma menace,
Trombe qui passe,
Manque de grâce;
– Muet de hurler…

Si de mon âme
La mer en flamme
N’a pas de lame ;
– Cuit de geler…

Vais m’en aller !

(Tristan Corbière)

Illustration: David Alfaro Siqueiros

 

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Pris dans les rets de l’idée (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo - (98)

Pris dans les rets de l’idée
saluons l’humble moineau.
la hanche des tourterelles.
la possession charnelle,
la Justice sans bandeau,.
chantons d’avant le ciseau
la statue du bloc de pierre,
ce coin de nuit, le flûtieau
et les amours passagères.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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DIES IRAE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



DIES IRAE

Etranger suis en mon pays !
Plus un désir… seul, le calice.
Sombre penser, penser maudit,
Mets un bâillon à la justice.

Il sera tard… Vers moi cheminent
Les silences des anciens temps
Et sinistre, cette famine…
Ou des chants sans cesse pleurant :
— Allons, presse-toi, plus n’attends !

(George Bacovia)

 

 

 

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Sous la falaise (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018




    
Sous la falaise

Quand tu marches sous la falaise
N’oublie pas de faire offrande
D’une pensée transparente au pèlerin
N’oublie rien de son vol de cendre
Plus rapide que la pierre qui tombe du roc
O meurtrier silencieux
Souviens-toi de son vol plus lointain
Que le vent qui se jette à l’amont du fleuve
De sa trace coupante au nuage
Imite cet oiseau serein et cruel
Envie sa justice de maître de la vie et de la mort
Passant songeur, envie son aire et la sagesse de sa retraite
Et quand vient l’heure de l’ombre
Jour après jour souviens-toi de plonger en elle
Comme l’oiseau se jette au vide
(Ainsi le cœur au mal, l’âme au vent sans mémoire)
Et regarde en toi blanchir le gouffre
Passant calme
En retard sur l’eau des rêves

(Jacques Chessex)

 

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