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Poésie

Posts Tagged ‘justifier’

CHEMIN DES RONCES (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2019



    
CHEMIN DES RONCES

I
Mon amour mon amour
je t’appelle sans répit
je te donne des noms inutiles
des noms sans magie
des noms qui n’éclatent pas
comme un mauvais fruit

Mon amour si mal appris
mon détour ma belle eau sale
mon corsage de l’été
déserté par le désir

Tout est toujours à renoncer
à partir d’une larme
le cri de l’oiseau
l’honneur du pain bis
le fruit qui séduit
le pli de la nappe

Et toi mon amour
mon oeillet de soufre
ma nuit qu’il faudrait refaire
pour donner une chance au soleil.

II
Cette larme si terrible
que j’ai serrée dans un mot
maintenant elle déclenche
tous les jeux de l’océan

Dieu connaît le sang des choses
il séduit le naufragé
avant que j’aie dérobé
cette mémoire frivole
il avait planté un cèdre
dans mon coeur pour le nouer

Regarde ce puits confident
cette larme si terrible
ce voile de Véronique
où j’ai préservé ton nom.

III
Poète des chaos
des amours fous des épines
d’un royaume sans pitié
d’un visage sans appel

Par le sacre de la mort
je retrouve l’innocence
je justifie la parole
j’en fais une eau amicale.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Le Poète (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019


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Je mets d’abord – si tant est que je compte –
Le Poète – Puis le Soleil –
Puis l’Eté – Puis le Ciel de Dieu –
Après quoi – la Liste est close –

Mais, à la réflexion – le Premier semble
Si bien Comprendre le Tout –
Que les Autres font Figure de superflu –
J’écris donc – le Poète – Tout –

Son Eté – dure une Solide Année –
Il peut s’offrir un Soleil
Que l’Est – estimerait exorbitant –
Et si le Futur Ciel –

A la Beauté de celui qu’il prépare
Pour Ceux qui Le vénèrent –
C’est une Grâce plus qu’ardue –
De justifier ce Rêve –

(Emily Dickinson)

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Tout pour l’homme est ciel illimité (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2018



Tout pour l’homme est ciel illimité
vent qui fonce à l’appel du vide
ou mer cernant des continents rongés.
Tout est conquête en fonction de nature.
L’herbe est promise à la faucille
comme au bélier la brebis
et la mortaise au tenon qui la justifiera…

(Pierre Béarn)

 

 

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Un iris (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



Illustration: Razvan Ciocanel
    
Un iris,
et tout le créé justifié;
Un regard,
et justifiée toute la vie.

(François Cheng)

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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Diagnostic existentiel (Pentti Vihtori Holappa)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Diagnostic existentiel

Une fois encore cloué à un soir solitaire il
chercha dans sa mémoire les moments de bonheur, pouvant
justifier son existence, et il ravit une place dans le vaisseau spatial.
Puis il se souvint que sur l’écran de télévision il avait vu un homme
que les dauphins avaient accepté pour compagnon de jeu.

Ainsi donc ils s’ébattaient à la surface des eaux de l’océan
gorgés d’existence, les dauphins comme l’homme,
chaque geste réglé selon leur seule présence.
Alors dès la nuit suivante il décida d’apprendre à nager,
d’attendre les dauphins, d’oublier. – Il oublia.

(Pentti Vihtori Holappa)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

 

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Sur l’ombre des vaisseaux noyés (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



Sur l’ombre des vaisseaux noyés
la mer ne cesse d’effeuiller
ses fleurs d’écume
et dès l’approche de la nuit
la lune
les protège de ses multiples mains d’argent.
Le vent battu des eaux
garde encore encore leur empreinte
mais les hommes les ont oubliés.

Peuple éclaté des vaisseaux noyés
qui naviguez en cimetière
dans la nuit décharnée des eaux,
peuple pillé des vaisseaux noyés
privés de cet espoir sauveur des hommes
de repartir un jour ressuscités,
peut-être existe-t-il un dieu
qui voudra bien vous convier un jour
sous la cathédrale immense des eaux
à vous justifier.

(Pierre Béarn)

 

 

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Mystère de l’aube (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



    

— Mystère de l’aube,
mystère de la beauté,
mystère du sourire,
mystère de la bonté,
mystère de la peur,
mystère du mal,
mystère de la vie,
il n’est que la mort à n’être pas mystère,

Je te regarde,
j’écoute tes paroles,
les battements de ton coeur,
seul, ton corps tient le mystère à l’écart,
donne à l’énigme une valeur réelle
qui la justifie ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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La tension vers le succès (Pensées celtiques)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



 

La tension vers le succès

Quand je faisais tous mes efforts pour réussir,
Pour marquer le monde de mon empreinte,
Je commettais beaucoup de péchés.
J’exploitais beaucoup de gens
Afin d’atteindre mes buts.
Quand j’avais mauvaise conscience, je disais :
« Tout se justifiera quand ma tâche sera accomplie. »

Maintenant que j’ai fini de faire des efforts
Et ne désire plus marquer le monde de nouvelles empreintes,
Je désire seulement être pur
Et vivre en harmonie avec le monde.
Je ne vois aucune différence entre l’acte et le but :
L’acte est le but, le but l’acte.
« Tout doit se justifier ici et maintenant. »

(Pensées celtiques)

 

 

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Le complice (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



 

Le complice

On me crucifie et je dois être la croix et les clous,
On me tend la coupe et je dois être la ciguë.
On me trompe et je suis le mensonge.
On me brûle et je dois être l’enfer.
Je dois rendre grâce et hommage à chacun des instants du temps.
Ma nourriture, c’est toutes les choses.
Le poids précis de l’univers, l’humiliation, l’allégresse.
Je dois justifier ce qui me blesse.
Qu’importe mon bonheur ou mon malheur.
Je suis le poète.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Misha Gordin

 

 

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Le miracle (Charles Bukowski)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Le miracle

Travailler une forme artistique
ne signifie pas
se tortiller comme un ver solitaire
rassasié,
ça ne justifie pas non plus les grands airs
ni la cupidité, ni en aucun cas
le sérieux, mais je crois deviner
que ça occupe les meilleurs moments
des meilleurs d’entre nous,
et lorsque ceux-là meurent
et que quelque chose d’autre ne meurt pas,
nous voyons le miracle de l’immortalité :
des hommes arrivés comme des hommes,
repartis comme des dieux –
des dieux dont nous savions qu’ils étaient ici,
des dieux qui nous laissent maintenant continuer
quand tout nous presse d’arrêter.

***

The miracle

To work with an art form
does not mean to
screw off like a tape-worm
with his belly full,
nor does it justify grandeur
or greed, nor at all times
seriousness, but I would guess
that it calls upon the best men
at their best times,
and when they die
and something else does not,
we have seen the miracle of immortality:
men arrived as men,
departed as gods –
gods we knew were here,
gods that now let us go on
when all else says stop.

(Charles Bukowski)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

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