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L’ANCIEN CHANT, L’ANCIENNE DANSE (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration: Annie Predal
    
L’ANCIEN CHANT, L’ANCIENNE DANSE

Toi, parce que tu m’aimes, serre-moi
Bien fort, caresse-moi, sois
Paisible et bonne, apaise-moi
De silence, ne dis pas un mot.

Toi, parce que je t’aime, je suis
Fort pour toi. Je te soutiens.
L’eau est vivante
Autour de nous. L’eau vive
Court dans les entailles de la terre entre
Nous. Toi, mon épouse, ta voix
Qui enjambe l’eau me parle.

Tes mains, tes bras solennels,
Traversent l’eau et m’étreignent.
Ton corps est magnifique.
Il parle et franchit l’eau.

Epouse, plus douce que le miel, au coeur
Heureux, nos coeurs battent sur
La passerelle de nos bras. Nos mots
Sont mots de joie dans la nuit
De la Toute-Joie. Nos mots vivent.

Nos mots sont des enfants qui dansent
Devant nous ainsi que des étoiles sur l’eau.
Mon épouse, ma bien-aimée chérie,
Plus douce que le miel, que le fruit mûr,
Solennelle, grave, oiseau en vol,
Serre-moi. Sois paisible et bonne.
Je t’aime. Sois gentille avec moi.

Je suis fort pour toi. Je te
Soutiens. L’aurore de dix mille
Aurores s’embrase dans le ciel.
L’eau inonde la terre
Les enfants rient dans l’air.

(Kenneth Rexroth)

 

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MIROIR VIDE (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
MIROIR VIDE

Tant que nous vivons perdus
Dans le règne de la finalité
Nous ne sommes pas libres. Je suis assis
Dans ma cabane de dix mètres carrés.

Les oiseaux chantent. Les abeilles bourdonnent.
Les feuilles frémissent. L’eau
Murmure sur les rochers.
Le canyon me referme sur moi-même.

Un mouvement, et la grenouille de Basho
Sauterait dans l’étang.
Tout l’été les feuilles dorées
Des lauriers ont tourné dans l’espace.

Aujourd’hui, une feuille
D’érable dérivait sur l’eau.
A la tombée de la nuit, je contemple le feu.

Il fut un temps où je voyais des cités de feu,
Des villes, des palais, des guerres,
Des aventures héroïques
Dans les feux de camp de ma jeunesse.

Aujourd’hui, je ne vois plus qu’un feu.
Je respire doucement.
Les étoiles se meuvent dans le ciel.

Dans l’obscurité pure
Seule une petite lueur rougeoyante
Palpite encore parmi la cendre.

Sur la table, une peau
De serpent desséchée, une pierre brute.

(Kenneth Rexroth)

 

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FUYARDE (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



 

Illustration: Delphin Enjolras
    

FUYARDE

Les cheveux lumineux qui tombent
Sur ton front étincellent de pluie;
Tes yeux sont humides et tes lèvres
Humides et froides, ta joue rigide de froid.

Pourquoi être partie
Si longtemps ? Pourquoi me revenir
Maintenant seulement, tard dans la nuit
Après avoir marché des heures dans la pluie et le vent ?

Enlève ta robe et tes bas;
Installe-toi dans le fauteuil près du feu.
Je réchaufferai tes seins et tes cuisses de baisers.
Si seulement je pouvais faire brûler en toi
Un feu qui ne s’éteindrait jamais.

Comme je voudrais être sûr qu’au fond de toi
Se trouve un aimant qui toujours te ramènerait ici.

(Kenneth Rexroth)

 

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VOYAGEURS EN EREWHON* (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration
    
VOYAGEURS EN EREWHON*

Tu ouvres ta
Robe sur le lit
Poussiéreux où personne
N’a dormi depuis des années
Une chouette gémit sur le toit
Tu dis mon
Chéri mon
Chéri
Dans la lumière fumante de la vieille lampe
A pétrole tes épaules tes seins tes fesses
Sont comme des fleurs de pêcher
D’énormes étoiles lointaines écartées
Derrière la vitre fêlée
Immenses animaux immortels
Chacun un oeil
Te regardent
Ouvrir ton corps
Nuit sans fin
Forêt sans fin
Maison abandonnée toute une vie
Dans la forêt dans la nuit
Personne n’arrivera jamais
A cette maison
Seule
Dans le monde noir
Au pays des yeux

* Erewhon : anagramme de «nowhere», littéralement : «nulle part».
Titre d’un célèbre roman de Samuel Butfer (N.d.T.).

(Kenneth Rexroth)

 

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NORTHAMPTON 1922 – SAN FRANCISCO 1939 (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
NORTHAMPTON 1922 – SAN FRANCISCO 1939

Toute la nuit la pluie transperce le brouillard.
Les yeux ouverts, je me retourne sur l’oreiller défait.
Des cornes de brume gémissent sur la mer déserte.
Combien de temps
Depuis cette nuit où les fleurs de poirier.

Tremblaient dans la lumière palpitante de la lune ?
Je suis réveillé en sursaut
Par cette odeur âcre et charnelle des fleurs de poirier.
Quelque part dans le monde, je suppose,
Tu es toujours en vie, la quarantaine, mère de famille,
Des enfants au seuil de la jeunesse.

(Kenneth Rexroth)

 

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SOLITUDE (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
SOLITUDE

Penser à toi écrasée de
Solitude. Entendre ta voix
Au magnétophone dire
«Solitude». Le mot, la voix,
En débordent, et moi,
Sans toi, si perdu en elle —
Perdu dans la solitude et la douleur.

Noire et insoutenable souffrance
De penser à toi de chaque
Corpuscule de ma chair,
A chaque instant de la nuit
Et du jour. O mon amour, toutes les fois
Où nous avons oublié l’amour,
Assis seuls côte à côte.

Nous avons mangé ensemble,
Seuls derrière nos assiettes,
Nous nous sommes cachés derrière des enfants,
Nous avons dormi ensemble dans
Un lit solitaire. Aujourd’hui mon coeur
Se tourne vers toi, éveillé enfin,
Repentant, perdu dans la dernière
Solitude. Parle moi. Dis moi
Quelque chose. Brise le silence noir.

Parle d’un arbre plein de feuilles,
D’un oiseau en vol, de la nouvelle
Lune au soleil couchant, d’un poème,
D’un livre, de quelqu’un — tous ces mots
Simples et réparateurs
De ta voix résonnante et douce.
Le mot liberté. Le mot paix.

(Kenneth Rexroth)

 

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En raison inverse du carré des distances (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2016



En raison inverse du carré des distances

Il fait chaud ce soir, rien ne bouge.
Les étoiles sont floues. Le fleuve —
Indistinct et monstrueux sous les lucioles —
Coule, à peine audible, d’un flot
Résonnant et grave dans le lointain.
Je devine tes yeux, tes lèvres humides.
Invisible, majestueux, odorant,
Ton corps s’ouvre à moi en secret.
Voilà bien l’ultime énigme.
Après tout ce temps, je ne sais rien
De plus étrange. Nous qui nous connaissons comme
Une chose une et double, dont les membres
Sont les instruments habiles d’un seul plaisir,
Nous restons des mystères dans les bras l’un de l’autre.

***

It is warm tonight and very still.
The stars are hazy and the river —
Vague and monstrous under the fireflies —
Is hardly audible, resonant
And profound at the edge of hearing.
I can just see your eyes and wet lips.
Invisible, solemn, and fragrant,
Your flesh opens to me in secret.
We shall know no further enigma.
After all the years there is nothing
Stranger than this. We who know ourselves
As one doubled thing, and move our limbs
As deft implements of one fused lust,
Are mysteries in each other’s arms.

(Kenneth Rexroth)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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Tu me demandes à quoi je pensais (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2016



Tu me demandes à quoi je pensais
Avant que nous ne soyons amants.
La réponse est simple.
Avant de te rencontrer
Je n’avais rien à quoi penser.

***

You ask me what I thought about
Before we were lovers.
The answer is easy.
Before I met you
I didn’t have anything to think about.

(Kenneth Rexroth)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Otto Mueller

 

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