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Poésie

Posts Tagged ‘là-haut’

Invitation (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020



    

Invitation

Le vent et l’orage cinglant autour de moi,
je monte là-haut sur la montagne et la lande.
Qui veut me rejoindre ? Qui veut gravir les cimes avec moi ?
Traverser les torrents, tailler son chemin dans la neige ?

Ce n’est pas dans le cercle étriqué des cités
que j’habite, à l’étroit entre vos portes et vos murs ;
au-dessus de moi Dieu est bleu dans le ciel,
contre moi le vent et la tourmente se rebellent.

Ici dans mes domaines je joue avec la solitude,
de l’infortune je me suis fait une amie.
Qui veut vivre vaste ? Qui veut vivre libre ?
Qu’il grimpe ici sur les sommets battus par les vents.

Je suis le seigneur de la tempête et de la montagne,
je suis l’Esprit de liberté et de fierté.
Fort doit-il être et allié du danger,
qui partage mon royaume et marche à mes côtés

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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SÉCHERESSE (Jacob-Zvi Sharguel)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019



    

SÉCHERESSE

Deux bonzes japonais font tinter leurs clochettes
Et de la canicule égrènent la chanson.
Chacun porte un lotus à sa robe accroché
Afin de conjurer la mauvaise moisson.

Deux curés en soutane noire prient en choeur,
Agenouillés devant de pieuses images :
Jésus que tout le sang qui coule de ton coeur
Au-dessus du pays se transforme en nuage.

Deux rabbins sont blottis au profond de leur être
Et pleurent en priant la résurrection :
Ô Toi qu’ils ont trouvé, que nos lointains ancêtres
Plaident pour nous Ta grâce et Ta compassion.

Tandis que tout là-haut le visage solaire
Scintille – ardent buisson dans l’azur embrasé,
Et que deux arbrisseaux, la bouche grande ouverte
Semblent, à l’agonie, attendre la rosée.

(Jacob-Zvi Sharguel)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le halo de la lune (Buson)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2019



 

Le halo de la lune
n’est-ce pas le parfum des fleurs de prunier
monté là-haut?

(Buson)

Illustration: Hokusaï

 

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FIXATION (Ron Padgett)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2019




    
FIXATION

Il n’est pas si difficile de grimper
en haut d’une croix et d’avoir des clous plantés
dans les mains et les pieds.
Bien sûr que ça fait mal, mais
quand on a suffisamment de volonté
on ne le remarque même pas. Ce qu’on
remarque, c’est qu’on voit bien plus loin
de là-haut, et qu’il
y a même une brise
pour rafraîchir le sang qui coule.
Les collines d’oliveraies s’enroulent à
d’autres collines avec des routes et des masures,
des troupeaux de moutons sur une hauteur au loin.

(Ron Padgett)

 

Recueil: On ne sait jamais
Traduction: Claire Guillot
Editions: Joca Seria

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TÉLÉGRAMME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
TÉLÉGRAMME

MOI JAMAIS CONTENT RESTER MÊME CHOSE
MOI TOUJOURS PARTIR NOUVEAU
FUIR ENNUI DU TOUJOURS MÊME
TOUJOURS ESPÉRER TROUVER FENÊTRE
AU BOUT TUNNEL APRÈS SUIE ET OMBRE
TOUJOURS VOULOIR BRISER ENTRAVES
OUVRIR PORTE SAUTER MONTER
LA-HAUT-LA OÙ NOIR-NOIR
S’ÉCARTE OÙ BRILLE AURORE
TOUJOURS FRAÎCHEUR TOUJOURS
INCONNU RECONNU.

(De nulle part. An zéro.
Signé : Personne.)

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans le Paris de Notre-Dame (Edmond Bacri),(Marius Herschkovitch)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2019



 

    

Dans le Paris de Notre-Dame
De Notre-Dame de Paris
Y a un clochard qu’en a plein le dos
De porter Notre-Dame sur son dos
Il se prend pour Quasimodo
Regarde en l’air, la vie qui grouille
Au lieu de faire des ronds dans l’eau
Tu peux pas vivre comme une grenouille
Moitié sur terre, moitié sur l’eau
Moi, je préfère rester là-haut

Dans le jardin de Notre-Dame
Où l’on se fait de bons amis
Y a qu’à se promener chaque matin
Un peu de maïs au creux des mains
Les pigeons, moi, je les aime bien
Les péniches
Se fichent
Des pigeons de la Cité
Goélettes
Mouettes
Elles n’ont que ça dans l’idée

Oui, mais autour de Notre-Dame
Y a des voyages à bon marché
Et ces petits coins où le bonheur
Empêche les maisons de pousser
On l’appelle « Marché aux fleurs »
Henri Quatre
Verdâtre
Aime sous son verre de gris
La vieille flèche
Qui lèche
Le plafond gris de Paris

Et toi, sous le pont de Notre-Dame
Regarde en l’air, tu comprendras
Que si tout le monde faisait comme toi
Dans ton pinard y’aurait de la pluie
Même les ponts, ça se construit
Car pour aller de Notre-Dame
De Notre-Dame jusqu’à Paris
Il a bien fallu se mettre au boulot
Et porter de pierres sur son dos
Pour passer par-dessus l’eau

Voilà pourquoi Paris s’enroule
S’enroule comme un escargot
Pourquoi la terre s’est mise en boule
Autour des cloches du parvis
De Notre-Dame de Paris

(Edmond Bacri),(Marius Herschkovitch)

 

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REFUGE D’OISEAUX NOCTURNES (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018




    
REFUGE D’OISEAUX NOCTURNES

Là-haut il est un pin tordu;
aux aguets écoutant l’abîme
le tronc tendu comme un ressort.

Refuge d’oiseaux nocturnes
aux petites heures il retentit
d’un battement d’ailes rapides.

Il a aussi son nid, mon coeur,
suspendu dans le noir, une voix;
lui aussi est à l’écoute, la nuit.

***

RIFUGIO D’UCELLI NOTTURNI

In alto c’è un pino distorto;
sta intente ed ascolta l’abisso
col fusto piegato a balestra.

Rifugio a ucelli notturni,
nell’ora più alta risuona
d’un battere d’ali veloce.

Ha pure un suo nido il mie cuore
sospeso nel buio, una voce;
sta pure in ascolto , la netto.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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Bouddha (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018




    
Bouddha

Comme s’il écoutait. Silence : un lointain…
Nous retenons notre souffle et ne l’entendons pas.
Il est étoile. Entouré d’étoiles plus grandes
que nous ne voyons pas.

Il est tout. Nous attendons-nous vraiment
à ce qu’il nous voie ? En aurait-il besoin ?
Et quand on se prosterne il reste loin
profond et pesant comme un animal.

Car ce qui nous jette à ses pieds
circule en lui depuis le fond des millénaires.
Négligeant notre savoir
il pénètre ce qui nous rejette.

*

Bouddha

De loin déjà le pèlerin, craintif étranger,
ressent cette pluie d’or qui ruisselle de lui;
comme si des riches, soucieux de se racheter,
avaient amassé là tous leurs trésors.

Mais en s’approchant il est troublé
par la majesté de ces sourcils;
ce qu’il voit là ne ressemble guère
ni à leur vaisselle ni aux pendants d’oreilles
que portent leurs femmes.

Ah, si quelqu’un pouvait donc dire
quelles furent les choses qu’il fallut fondre
pour ériger dans le calice d’une fleur
cette image plus muette d’un jaune plus calme
que celui de l’or et qui effleure
tout l’espace autant que soi-même.

*

Bouddha en majesté

Coeur de tous les coeurs, centre de tous centres,
amande qui se clôt et perd son amertume, —
tout cela jusqu’aux étoiles
est ta pulpe : Je te salue.

Vois, tu le sens : rien à toi ne tient plus;
ta coque est dans l’infini,
la vigueur de ta sève s’y presse.
Et du dehors l’aide un rayonnement,

car tout là-haut tes soleils
pleins et ardents sont renversés.
Mais en toi déjà et né
ce qui surmonte tout soleil.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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ACHAWAKAMIK (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2018



 

ontario

ACHAWAKAMIK

Lá-haut sur le bord de la baie d’Hudson
titre la rivière Severn et la rivière Winisk
se trouve un lieu nommé Achawakamik

en langue Cree, cela veut dire
d’un lieu pour regarder.

on raconte qu’un vieil homme au bord de la mort
planta là son wigwam
afin que, mourant, il pût voir
les forêts et les eaux
et le souffle du grand esprit
si tu vas là-haut un jour

essaie de voir avec ses yeux

*

ACHAWAKAMIK

Up on the edge of Hudson’s Bay
between the river Severn and the river Winisk
there is a place called Achawakamik

in the Cree language, that means
« a place towatch from »

they say, on the point of dying, an old man
planted his wigwam there
so that in his dying he might see
the forests and the waters

and the breath of the great spirit
if you go up there one day
try and see with his eyes

(Kenneth White)

Illustration

 

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Etendu dans l’herbe (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018




    
étendu dans l’herbe
regard perdu dans l’azur

le ciel a rejoint
la terre

là-haut
invisible
l’alouette
en son vol
immobile

un chant
qui tombe
du ciel

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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