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Poésie

Posts Tagged ‘labour’

Bourdon, je t’envie (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Bourdon, je t’envie,
comme tu promènes,
noire fantaisie,
ta miette de vie
dans les compliqués
chemins de l’été!

Cependant que moi
je peine, je traîne
un araire lourd
au fond de moi-même

dans l’étroit labour,
un pas pour la haine,
un pas pour l’amour.

Le soleil me noie,
l’été me fait peur,
bourdonnante joie,
va bouffer les fleurs.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pour accéder à une vie nouvelle (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018




    
Pour accéder à une vie nouvelle, à la Sainte-Brigide,
Il fallait traverser sa ceinture de paille tressée :
Les hommes devaient passer d’abord la jambe droite,

Puis le bras droit, l’épaule droite, la tête, enfin l’épaule,
Le bras et la jambe gauches. Les femmes l’enfilaient
De la tête jusqu’aux pieds, puis sortaient de ce cercle.

L’espace ouvert soudain par ces gestes
Etait plus ouvert, dans la chute des cerceaux
Chacun pouvait sentir encore la douceur

De l’air de février sur sa tête, imaginer la tresse
Qui vacillait en s’effilant comme glanes au vent
Ou un chardonneret survolant les labours.

***

On St Brigid ‘s Day the new life could be entered
By going through her girdle of straw rope:
The proper way for men was right leg first,

Then right arm and right shoulder, head, then left
Shoulder, arm and leg. Women drew it down
Over the body and stepped out of it.

The open they came into by these moves
Stood opener, hoops came off the world,
They could feel the February air

Still soft above their heads and imagine
The limp rope fray and flare like wind-borne gleanings
Or an unhindered goldfinch over ploughland.

(Seamus Heaney)

 

Recueil: La lucarne
Traduction: Patrick Hersant
Editions: Gallimard

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Terre intérieure (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



Terre intérieure

Ma vie, ma blanche vie au revers des images.
Ma vie, mon éprise, ma claire, mon emportée ;
Comme une eau dans l’heure certaine,
Son vertige par coeur.

Ma vie, ma dénudée, mon âpre, mon impatiente,
Brûle, brûle l’aile de soie ;
Brûle les peurs, les mailles, le noeud des barques,
Le fiel, l’encens, l’herbe desséchée.

Ma vie, ma féroce vie, mon cristal et mes monstres ;
Ma vie dans l’éternel combat,
Nouée sous les labours et sous l’écorce ;
Ma vie grave d’enfance-roi.

Ma vie, ma tendre vie, ô mon premier visage,
Ton cri nul ne peut l’apaiser.
Ma vie, ma pierreuse vie, ô ma vie sans atteinte ;
Ma blanche, mon âpre, ma claire, ma dénudée.

(Andrée Chedid)


Illustration: Laszlo Mindszenti

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Paysage d’après-midi (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018




    
Paysage d’après-midi

Unique objet dans le grand azur vide
le seul soleil peuple l’après-midi.
Les toits terrés sous sa clarté livide
n’ont qu’à rêver comme un pâtre endormi.

Autour du bourg les labours nus s’étirent
jusqu’aux forêts dont l’ombre est si sauvage.
Ô bénie soit cette ombre en son empire
quand l’âme aussi est l’ombre du visage.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Les parvis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES CORBEAUX (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018




LES CORBEAUX

Au-dessus du coin noir s’affairent
A midi les corbeaux au cri dur.
Leur ombre effleure la biche
Et parfois on les voit, bougons, se poser.

Ô comme ils troublent le brun silence
Dans lequel un labour s’exalte
Comme femme charmée d’un lourd pressentiment,
Et parfois on entend leurs querelles

Pour une charogne qu’ils flairent quelque part,
Puis soudain ils mettent cap au nord
Et disparaissent tel un convoi mortuaire
Dans les airs qui tremblent de volupté.

***

DIE RABEN

Über den schwarzen Winkel hasten
Am Mittag die Raben mit hartem Schrei.
Ihr Schatten streift an der Hirschkuh vorbei
Und manchmal sieht man sie mürrisch rasten.

O wie sie die braune Stille stören,
In der ein Acker sich verzückt,
Wie ein Weib, das schwere Ahnung berückt,
Und manchmal kann man sie keifen hören

Um ein Aas, das sie irgendwo wittern,
Und plötzlich richten nach Nord sie den Flug
Und schwinden wie ein Leichenzug
In Lüften, die von Wollust zittern.

(Georg Trakl)

Illustration: Vincent Van Gogh

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ESPÈCE D’ART POÉTIQUE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




    
ESPÈCE D’ART POÉTIQUE

Goutte du crapaud sanglote
Des étoiles plein les toits.
Comme lui, donne ta note
Sans jamais forcer la voix,

Et sauve une ombre, une rose,
La caresse d’un tambour,
Les plaines noyées de songe,
Les danses du temps jadis,

La lourde paix des villages
Écartelés de chaleur,
Les yeux des chats sur la neige,
Les flambées des Chandeleurs.

Tout ce qui fait le coeur sourd
Quand on marche vers les tentes
Navré d’une pluie battante
Dans les pays des labours.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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JEUNESSE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



 

Akitaka Ito  rl

JEUNESSE

Jeunesse
Qui oscille
Entre chaos et clartés

Même si les rivières sont rares
Les réponses opaques
Les labours sans fruits
Et les coeurs dénudés

Tu cultiveras le partage
Brasseras des alluvions
Érigeras des lieux réconciliés.

Le Silence échappe
A l’éboulement du temps

Résorbant
La parole en charpies
Et le visage en miettes

Le Silence
Accourt vers les terrasses du souffle
Pour s’unir à l’amour

(Andrée Chedid)

Illustration: Akitaka Ito

 

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PROMENADE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Alexander Ye Pavlovets -  9

PROMENADE
À Emmanuel des Essarts.

Ce n’est pas d’hier que d’exquises poses
Me l’ont révélée, un jour qu’en rêvant
J’allais écouter les chansons du vent.

Ce n’est pas d’hier que les teintes roses
Qui passent parfois sur sa joue en fleur
M’ont parlé matin, aurore, fraîcheur,

Que ses clairs yeux bleus et sa chevelure
Noire, sur la nuque et sur le front blancs,
Ont fait naître en moi les désirs troublants

Que, dans ses repos et dans son allure,
Un charme absolu, chaste, impérieux,
Pour toute autre qu’Elle a voilé mes yeux.

Ce n’est pas d’hier. Puis le cours des choses
S’assombrit. Je crus à jamais les roses
Mortes au brutal labour du canon.

Alors j’aurais pu tomber sous les balles
Sans que son nom vînt sur mes lèvres pâles
— Car je ne sais pas encore son nom.

Puis l’étude austère aux heures inertes,
L’ennui de l’été dans les ombres vertes,
M’ont fait oublier d’y penser souvent.

Voici refleurir, comme avant ces drames,
Les bleuets, les lys, les roses, les femmes,
Et puis Elle avec sa beauté d’avant.

*

Dans le grand jardin, quand je vous retrouve,
Si je ralentis, pour vous voir, mes pas,
Peureuse ou moqueuse, oh ! ne fuyez pas !

Me craindre ?… Depuis que cet amour couve
En mon coeur, je n’ai même pas osé
Rêver votre bras sur le mien posé.

Qu’est-ce que je viens faire en votre vie,
Intrus désoeuvré ? Voilà votre enfant
Qui joue à vos pieds et qui vous défend.

Aussi, j’ai compris, vous ayant suivie,
Ce qu’ont demandé vos yeux bleus et doux :
« Mon destin est fait, que me voulez-vous ? »

Mais, c’est bien assez, pour qu’en moi frissonne
L’ancien idéal et sa floraison
De vous voir passer sur mon horizon !

Car l’âme, à l’étroit dans votre personne,
Dépasse la chair et rayonne autour,
— Aurore où s’abreuve et croît mon amour.

Diamants tremblant aux bords des corolles,
Fleur des pêches, nacre, or des papillons
S’effacent pour peu que nous les froissions.

Ne craignez donc pas d’entreprises folles,
Car je resterai, si cela vous plaît,
Esclave lointain, inconnu, muet.

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Ye Pavlovets

 

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Il y avait (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
— Il y avait la terre qu’un renard fouillait,
il y avait un arbre et ses branches brisées,
il y avait le ciel et ses nuages acides,
il y avait la pluie qui noyait les labours,
il y avait un fleuve et ses méandres de boue,
il y avait le froid qui censurait les gestes,
il y avait un corps qui observait le monde,
il y avait un jour d’une mort ordinaire ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Février (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2018




février

déjà ici
le printemps
triomphe

jamais
l’élan
ne fléchit

la faim
ne s’apaise

jamais
ne vient
le repos

et comment
vivre

comment aller
du labour aux moissons

comment ne rien détruire
et consentir à la soif

*

être un jour cet amandier
ne plus avoir
à s’inventer un chemin

(Charles Juliet)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Vincent Van Gogh

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