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Poésie

Posts Tagged ‘lac’

Sirmione (Pierre Della Faille)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
Sirmione

Il faisait un soleil du tonnerre
– et je pensais croiser Catulle avec des filles.

Je n’ai trouvé personne,
hors mon ombre courte dans les ruines.

Alors, je suis descendu contre le lac, pour y faire mon poème,
et j’ai jeté dans l’eau des pierres qui ont fait des ronds.

Mais je ne sais pas s’ils ont atteint, ces ronds,
le pied de la montagne, en face.

Alleluia.
Quand même.

(Pierre Della Faille)

 

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La chanson de la lune (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




    
La chanson de la lune

Au lac de claire améthyste
Se mire la lune blonde
Et sa lumière m’inonde,
Fausse, à travers tes yeux tristes.

Mais trop d’incertaines dunes
Sous les pêchers qu’on émonde,
Pleines de fosses profondes,
Roses dans du clair de lune,

En la vague violette,
De la couleur qu’ont les prunes,
Des vergers où dort la lune
Vraiment trop d’effroi qui guette!

Eparse à travers cette onde
Que brise et meurtrit la rame,
Aux étangs bleus de mon âme
Se mire la lune ronde.

C’est ta tendresse ambiguë
Qui sourit au ras des vagues:
Fleurs des pêchers qu’on élague,
Rameaux des pourpres ciguës.

Je cueillerai ces fleurs tristes,
Hélas! sans créance aucune,
Au songe du clair de lune
Sur les étangs d’améthyste.

(Marie Dauguet)

 

 

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Chuchotements (James Denis)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Chuchotements

Au bord d’un lac glacé, un vestige miroir
S’est dévêtu d’un gel qui ornait sa guêpière
D’un soupir noir, Vénus était beauté d’un soir,
Un secret décoiffé par un fil de lumière.

Un sombre désespoir au regard de satin,
Un esprit engorgé d’acide ! Des étoiles
Aux paupières de sang se sont émerveillées
En s’aveuglant d’un ciel bleu au petit matin.
Chaussés de sable fin les rides sont les voiles
D’un secret s’accrochant à des Lunes fardées.

L’éclat s’est assoiffé de plaisirs élégants,
Les racines de l’âge ont sucré mes entrailles,
Un gout de miel poivré de souvenirs fondants,
Chuchote ainsi l’amour aux douces funérailles.

(James Denis)

 

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Aux immortels couchants ! (James Denis)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Illustration: Guy Baron
    
Aux immortels couchants !

Le vent a moissonné les gestes gracieux
De notre amour sincère, une feuille d’aurore
Aux immortels couchants ! Remous capricieux !
J’ai entendu ton encre ou j’ose à peine éclore.

L’allure débraillée en matin de printemps,
Je darderai l’étoile éclose de ton rêve,
Je t’offrirai l’éclair de mon âme, le temps
D’une éphémère vie, un dévoué sans trêve.

Ambitieux d’espoir à l’abri des lotus
Sacrés, et sur le lac immortel, l’espérance
Est des schèmes émus, des songes court-vêtus
Un sanctuaire en fils brodés de patience.

Un calicot fleurit d’or pour te contempler !
J’ai rêvé ton soleil ou dansent tes lumières,
Et j’ai carillonné la noirceur pour pleurer !
Sur ta peau j’ai glissé sur tes épistolières.

Et ta fontaine arrose ainsi tes mots d’amour
Que l’océan des nuits profondes et magiques
A dessiné l’éclat des violons du jour
Ou le silence implore ainsi nos sens cloniques !

L’écho de mes douceurs s’évanouira au ciel
Comme un cristal limpide, un tableau poétique
Illuminé d’aisance, un amour essentiel
Pour tracer le portrait de notre été lyrique.

(James Denis)

 

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L’Automne et sa douceur (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



Stances

I

Dépouille de l’allée où j’ai marché souvent,
Feuilles mortes, tendres feuillages,
Que suivait mon regard quand, portés sur le vent,
Vous mêliez de l’or aux nuages ;

L’Automne et sa douceur vont s’alanguir là-bas,
Dans les sous-bois, le long des grèves.
Et l’ancien souvenir ramènera mes pas
Aux lieux où se plaisaient mes rêves.

O feuilles, que me fait, non plus que le carmin
Des fleurs, votre pâle sourire ?
Mon âme et la douleur sur le sombre chemin
Passent et n’ont rien à se dire.

II

La rose du jardin que j’avais méprisée
A cause de son simple et modeste contour.
Sans se baigner d’azur, sans humer la rosée,
Dans le vase, captive, a vécu plus d’un jour,

Puis lasse, abandonnée à ses pâleurs fatales,
Ayant fini d’éclore et de s’épanouir,
Elle laissa tomber lentement ses pétales,
Indifférente au soin de vivre ou de mourir.

Lorsque l’obscur destin passe, sachons nous taire;
Pourquoi ce souvenir que j’emporte aujourd’hui ?
Mon cœur est trop chargé d’ombres et de mystère :
Le spectre d’une fleur est un fardeau pour lui. :

III

Lorsque se lamentant comme auprès d’une tombe,
Dans le creux du vallon
Passait, tout vêtu d’or par la feuille qui tombe,
Le tragique Aquilon,

Qu’a-t-il dit au rameau qui balançait encore
Un beau fruit, une fleur,
Au soleil de novembre, à la tardive aurore,
A mon âme, à mon cœur ?

IV

J’allais dans la campagne avec le vent d’orage,
Sous le pâle matin, sous les nuages bas ;
Un corbeau ténébreux escortait mon voyage,
Et dans les flaques d’eau retentissaient mes pas.

La foudre à l’horizon faisait courir sa flamme
Et l’Aquilon doublait ses longs gémissements ;
Mais la tempête était trop faible pour mon âme,
Qui couvrait le tonnerre avec ses battements.

De la dépouille d’or du frêne et de l’érable
L’Automne composait son éclatant butin,
Et le corbeau toujours d’un vol inexorable
M’accompagnait sans rien changer à mon destin.

V

Voici donc une fois encore
La fin précoce de l’été:
Quelle pâle et tremblante aurore
Se réveille sur la cité !

VI

Tout l’esprit d’Apollon et cette ardeur divine
Qui n’était que lumière et que frémissement.
Quand nous prenions la lyre au pied de la colline
Que le Tarb dans son cours baigne secrètement! …

Le bruit des chariots sur la route poudreuse,
Au crépuscule lent, sous les matins jaillis;
La vigne et la prairie et cette ombre joueuse
Qui tournait au soleil dans les jeunes taillis! …

L’orageux Orion guidait nos belles courses,
Pan gonflait notre cœur, et nous avions bien su
Donner des noms jolis à ces petites sources,
Qui filtraient doucement au creux d’un roc moussu.

VI

J’ai revu le jardin autour de la maison,
Il est plein de zéphyrs et plein d’oiseaux encore
Et le même treillis, n’importe la saison,
Laisse passer Vénus, Sirius et l’Aurore.

Mais le gazon qui pousse et le chemin sablé.
Du lac et du bassin le familier rivage,
Et cette belle fleur plus jaune que le blé,
Ne reconnaissent plus mes pas ni mon visage

VIII

Le jour à son déclin semait tout le couchant
D’un flocon velouté de couleur amarante.
Seul sur le quai désert, immobile ou marchant.
Je laissais sur la mer aller mon àme errante.

O misère! ô destin! Je me pris à songer,
Et j’ avais à la bouche une fade amertume . . .
Mais la vague en courant montait pour se briser
Dans le joyeux élan de ses éclats d’écume.

IX

Quand de la tragique vie
Se condense l’épaisseur,
L’âme se sent assouvie
De tendresse et de douceur.

Mais soudain la flamme brève
D’un mystérieux trésor
Illumine, et dans un rêve
La bouche sourit encor ;

Et d’espérance s’égaie
Notre ancienne douleur.
Comme se pare une haie
Auprès d’une jeune fleur.

X

Aujourd’hui ma pensée erre sur le Céphise
Et je soupire après
Les pâles oliviers et la cime indécise
Qu’élance le cyprès.

Mais que me font mes yeux, qu’ai-je à marquer la trace
De mes pas terriens ?
O mon âme, ô torrent, c’est l’absence et l’espace
Qui forment vos liens.

XI

Mon cœur n’est plus le rameau tendre
Qui reverdit sous le ciel bleu ;
Il n’est plus même cette cendre
Qui couve encore un sombre feu.

Mais ma blessure est si profonde,
Virgile, ô Dante, mes aïeux !
Que j’envelopperai le monde
Dans un amour plus orgueilleux.

XII

Par ce soir pluvieux, es-tu quelque présage,
Un secret avertissement,
O feuille, qui me viens effleurer le visage
Avec ce doux frémissement ?

L’Automne t’a flétrie et voici que tu tombes,
Trop lourde d’une goutte d’eau ;
Tu tombes sur mon front que courbent vers les tombes
Les jours amassés en fardeau.

Ah ! passe avec le vent, mélancolique feuille
Qui donnais ton ombre au jardin !
Le songe où maintenant mon âme se recueille
Ouvre les portes du destin.

(Jean Moréas)

Illustration

 

 

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Brûlé du feu de l’amour (Koul Himmet)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2017



Illustration
    
Brûlé du feu de l’amour, mon désir est d’être cendre
Foulé aux pieds, mon désir est d’être route

Traversant cette multitude, volant au pays de l’Unité
Ouvrant la voie à l’infini, mon désir est d’être désert

A travers les épreuves, à la rencontre de l’amant
L’Océan une fois atteint, mon désir est d’être lac

Sans égards pour les ruses du moi, sans croire aux promesses
Sur une branche de la roseraie d’amour, mon désir est d’être rose

Qui demande à Himmeti qui arrive sur la route de l’ami
Qui donne des nouvelles de Dieu, mon désir est d’être son esclave

(Koul Himmet)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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Mon amour (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017



Illustration
    
Mon amour fut une eau profonde,
où un soir de printemps je noyai mon âme :

— un grand lac bleu, une fraîche demeure,
où il était si bon de se sentir mort,

sans nuls pensées, ni souvenirs….

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Soleil (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017




    
Soleil, âme ardente,
tu bois les fleuves, les lacs,
la rosée de la nuit,
le sang de la terre,
les esprits des fleurs ;
tu bois notre vie, notre souffle.

O Soleil! tu as donc en toi
l’insatiable désir des amants ?

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Un bateau peut être mis à l’abri (Chang-Tzu)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




    
Un bateau peut être mis à l’abri dans une crique ;
une nasse mise à l’abri dans un lac,
mais à minuit un homme robuste peut venir et les emporter.

L’ignorant ne sait pas que
quels que soient les lieux où vous mettez un objet à l’abri,
les plus petits dans les plus grands,
ce que vous avez caché peut disparaître et vous être enlevé.

Mais si vous cachez l’univers dans l’univers,
ce qui vous était précieux ne risque pas de vous être enlevé,
et ce que vous possédez est à vous pour toujours.

Donc, le sage sait que la séparation n’est pas possible
et que ce qui est perdu n’est pas vraiment perdu.

(Chang-Tzu)

 

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Du plus lointain reflet (Silvia Baron Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



Illustration: Claude Monet
    
du plus lointain
reflet la lecture
transforme mes yeux
en lacs statiques
où un saule d’or
et pluie respire
encore

(Silvia Baron Supervielle)

 

Recueil: Sur le fleuve
Editions: Arfuyen

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