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Aux morts (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo 13

Aux morts

Après l’apothéose après les gémonies,
Pour le vorace oubli marqués du même sceau,
Multitudes sans voix, vains noms, races finies,
Feuilles du noble chêne ou de l’humble arbrisseau ;

Vous dont nul n’a connu les mornes agonies,
Vous qui brûliez d’un feu sacré dès le berceau,
Lâches, saints et héros, brutes, mâles génies,
Ajoutés au fumier des siècles par monceau ;

Ô lugubres troupeaux des morts, je vous envie,
Si, quand l’immense espace est en proie à la vie,
Léguant votre misère à de vils héritiers,

Vous goûtez à jamais, hôtes d’un noir mystère,
L’irrévocable paix inconnue à la terre,
Et si la grande nuit vous garde tout entiers !

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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L’Horloge (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



L’Horloge

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit :  » Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !  »

(Charles Baudelaire)

 

 

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Fidélité à l’éclair (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




    
[Fidélité à l’éclair, un livre de conversations avec Daniel Gonzales Dueñas et Alejandro Toledo.
Un livre qui s’ouvre d’emblée sur cette question : quel est le sens de la verticalité dans votre poésie ?
Il y répond en évoquant d’abord son expérience de la lecture des poètes dans sa jeunesse, une lecture attentive où lui apparaissait déjà que : ]

Même chez les grands poètes, il y avait des zones plus faibles, un peu lâches,
des zones qu’on pouvait remplacer, laisser de côté.

Je trouvais, ajoutait-il, chez de nombreux auteurs (et aujourd’hui dans la majeure partie de la poésie),
des passages où la description, l’anecdote ou l’effusion sentimentale dévoraient la poésie.

Alors j’ai commencé à éprouver la nostalgie d’une aventure qui serait la recherche d’une poésie plus dense,
où chaque élément serait comme quelque chose d’irremplaçable, où déplacer une virgule,
changer un mot de place ou un blanc serait une catastrophe…

une poésie qui ne se limiterait pas à cultiver l’atmosphère, les réactions sentimentales,
mais qui aurait (qui oserait avoir) possibilité d’unifier une fois pour toutes
ce qui a été si absurdement séparé : la pensée et l’émotion.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Fidélité à l’éclair
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Lettres vives

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SCÈNE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Rolf Armstrong
    
SCÈNE

« Où étais-tu ?
— Chez la marchande de fleurs. J’ai acheté des iris très beaux. Les voici, je te les apporte.
— Pendant si longtemps tu as acheté quatre fleurs ?
— La marchande m’a retenue.

— Tu as les joues pâles et les yeux brillants.
— C’est la fatigue de la route.
— Tes cheveux sont mouillés et mêlés.
— C’est la chaleur et c’est le vent qui m’ont toute décoiffée.

— On a dénoué ta ceinture. J’avais fait le noeud moi-même, plus lâche que celui-ci.
— Si lâche qu’elle s’est défaite; un esclave qui passait me l’a renouée.

— Il y a une trace à ta robe.
— C’est l’eau des fleurs qui est tombée.
— Mnasidika, ma petite âme, tes iris sont les plus beaux qu’il y ait dans tout Mytilène.
—Je le sais bien, je le sais bien. »

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Citerne tarie (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



Citerne tarie

Lâche j’ai vu partir l’Art ma dernière idole,
Le Beau ne m’étreint plus d’un immortel. transport,
Je sens que j’ai perdu, car avec l’Art s’envole
Cette extase où parfois le vieux désir s’endort.

Trente siècles d’ennui pèsent sur mon épaule
Et concentrent en moi leurs sanglots, leurs remords.
Nos mains ont désappris le travail qui console.
Pas un jour où, poltron, je ne songe à la mort.

Sourd à l’illusion qui tient les multitudes,
Je me traîne énervé d’immenses lassitudes,
Tout est fini pour moi, je n’espère plus rien.

Tu bats toujours pourtant, coeur pourri, misérable!
Ah! si j’étais au moins, comme autrefois, capable
De ces larmes d’enfant qui nous font tant de bien!

(Jules Laforgue)


Illustration: Gilbert Garcin

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Ô montagnes décrépites (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018




    
Ô montagnes décrépites,
Quel mouvement vous agite
Et quel autre vous arrête
Quand vous sembliez être prêtes
A vous élancer au loin,
Lâches, lâches enjambées
Refusant votre destin.
Ô tristesse en plein soleil,
Même les herbes s’y mettent
Et chacun voudrait sa part,
Voyez, même le lézard.

(Jules Supervielle)

 

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LES MOUVEMENTS DU CARREFOUR (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



 

LES MOUVEMENTS DU CARREFOUR

Les mouvements du carrefour
Se divisent, gluants de pluie ;
Comme deux mains plongent et tournent
Dans la pâte, l’ouvrent, la plient.

Des cris de sirènes s’en vont
Que notre ennui se plait à suivre.
L’esprit ayant bu toute honte
Il reste un goût lâche de vivre.

(Jules Romains)

Illustration: Leonid Afremov

 

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Certains confient leurs enfants à la mort (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



    

Certains confient leurs enfants à la mort
Est-ce si tentant de mourir
qu’on envoie des éclaireurs

Lâches bouchers vendant la chair
de leur chair leur prunelle arrachée
l’avenir confisqué la bave aux lèvres

À hurler leur impuissance au bord de l’abîme

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Journée d’hiver (Léon Dierx)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017



Journée d’hiver

Nul rayon, ce matin, n’a pénétré la brume,
Et le lâche soleil est monté sans rien voir.
Aujourd’hui dans mes yeux nul désir ne s’allume ;
Songe au présent, mon âme, et cesse de vouloir.

Le vieil astre s’éteint comme un bloc sur l’enclume,
Et rien n’a rejailli sur les rideaux du soir.
Je sombre tout entier dans ma propre amertume ;
Songe au passé, mon âme, et vois comme il est noir !

Les anges de la nuit traînent leurs lourds suaires ;
Ils ne suspendront pas leurs lampes au plafond ;
Mon âme, songe à ceux qui sans pleurer s’en vont !

Songe aux échos muets des anciens sanctuaires.
Sépulcre aussi, rempli de cendres jusqu’aux bords,
Mon âme, songe à l’ombre, au sommeil, songe aux morts !

(Léon Dierx)

Illustration

 

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On ne badine pas avec l’amour ! (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration: René Julien
    
On ne badine pas avec l’amour !

Tous les hommes sont menteurs,
Inconstants, faux, bavards,
Hypocrites, orgueilleux, lâches,
Méprisables et sensuels.

Toutes les femmes sont perfides,
Artificieuses, vaniteuses,
Curieuses et dépravées.

Le monde n’est qu’un égout sans fond
Où les phoques les plus informes
Rampent et se tordent
Sur des montagnes de fange.

Mais il y a au monde,
Une chose sainte et sublime :
C’est l’union de deux de ces êtres,
Si imparfaits et si laids…

On est souvent trompé en amour,
Souvent blessé
Et souvent malheureux.

Mais au bord de la tombe,
on se retourne
Pour regarder en arrière
Et on se dit :

« J’ai souffert souvent,
Je me suis trompé quelquefois
Mais j’ai aimé.
C’est moi qui ai vécu

Et non un être factice
Créé par mon orgueil et mon ennui. »

(Alfred de Musset)

 

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