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Poésie

Posts Tagged ‘lâcheté’

De lentes hirondelles (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018




De lentes hirondelles
volent sur le terne crépuscule.
Jamais je ne serai plus morne: seulement
un peu plus fatigué, à l’agonie finale.

Ce n’est pas lâcheté:
les moribonds qui se laissent étreindre
par un râle à la gorge
sont-ils lâches aussi?

Les hirondelles haletantes,
prisonnières du ciel,
rendent fou de monotonie.

Dans mon sang qui mugit,
un atroce désir de folie
bouleverse mon esprit.

(Cesare Pavese)

Illustration

 

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Qui Quoi (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Atsushi Suwa z9v0to1_500 [1280x768]

Qui Quoi

Il y a si longtemps que tu n’existes pas
Visage quelquefois célèbre et suffisant
Comment je t’aime Je ne sais Depuis longtemps
Je t’aime avec indifférence Je t’aime à haine
Par omission par murmure par lâcheté
Avec obstination Contre toute vraisemblance
Je t’aime en te perdant pour perdre
Ce moi qui refuse d’être des nôtres entraîné
De poupe (ce balcon chantourné sur le sel)
Ex-qui de dos traîné entre deux eaux
Maintenant quoi
Bouche punie
Bouche punie coeur arpentant l’orbite
Une question à tout frayant en vain le tiers

(Michel Deguy)

Illustration: Atsushi Suwa

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Au retour de ces voyages (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018




    
Au retour de ces voyages
que certaines pensées font dans l’infini,
dans ces espaces habités seulement par l’Idée,
c’est pour elles une incompréhensible vision,
que celle de ce monde réel.

Les maladies du corps et de l’âme,
les laideurs, les monstruosités, les crimes, les prostitutions,
toutes les lâchetés et toutes les folies terrestres,
toutes ces tragédies terribles ou ces comédies ridicules,
qu’éclairent tranquillement tour à tour le soleil d’or ou la lune pâle,
tout ce spectacle enfin, cette danse macabre, cette comédie plus infernale que divine,

font qu’elles se demandent,
ne pouvant croire que tant d’horreurs soient vraies,
si elles ne sont pas sous l’empire d’une hallucination bizarre,
d’un rêve sans doute maladif,
qui les torture,
mais qui leur ment.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



 

Illustration: Jean-Jacques Henner
    
SONNET

J’ai peur de la femme qui dort
Sur le canapé, sous la lampe.
On dirait un serpent qui mord,
Un serpent bien luisant qui rampe.

Je ne suis pas un homme fort,
Mais ce soir le sang bat ma tempe.
L’amour va bien avec la mort;
Mon poignard, essayons ta trempe.

Arrêtons son rêve menteur.
Nulle langueur, nulle senteur,
Acier, n’empêchera ton oeuvre.

Ô lâcheté! le lendemain
J’aspirais l’odeur de jasmin
De ma triomphante couleuvre!

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Peur du déluge de chants et d’images (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Illustration: Marie-Christine Thiercelin
    
— Peur du déluge de chants et d’images,
peur du torrent de mots et de cris,
peur du tourbillon de rêves et de désirs,
peur du vertige où mon corps se disloque,

Ô bien-aimé silence,
empare-toi de moi,
protège-moi des assauts incessants
des maîtres invisibles qui cherchent à soumettre
ceux qui osent résister aux défaites du temps,
aux paresses, aux lâchetés du monde,

Ô silence bien aimé,
envahis-moi de toi ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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J’ai perdu ce qui faisait de moi un poète (Mireille Havet)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



J’ai perdu
ce qui faisait de moi un poète

et je suis devenue un être
avec toutes les paresses,
toutes les lâchetés,

tous les désirs des êtres
que la vie a domestiqués,

asservis sous son poing de fer,
courbés sous le joug de l’argent,
de l’amour et de l’ennui.

(Mireille Havet)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

 

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JE NE RENONCE PAS… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



 

JE NE RENONCE PAS…

Je ne renonce pas à découvrir sur mes terres
Des couchants qui rugissent
Des fleurs qui marchent
Des cathédrales d’herbe
Du charbon comestible
Et tout ce qu’on voudra d’aladines splendeurs,
De passages secrets, d’énigmes foudroyées,
Je ne renonce pas aux épiphanies promises
Aux orgies permises
Aux miracles des mots.
Il se peut qu’en moi-même, entre chair et regard,
Entre mes loisirs d’arbre et mes travaux d’insecte
Je trouve un jour l’espace où reposer ma tête
Et la décence
Et le respect
Qui m’auront tant manqué ;
Il se peut que je sache, avant que d’en mourir,
Forcer le coeur de l’homme
Y trouver mon image dont je porte le deuil.
Je ne renonce à rien de ce que je dois devenir ;
Un homme enfin capable de se croire immortel.
Mais aujourd’hui laissez-moi ronger
La neige rouge de ma douleur
Avec la lâcheté que m’ont léguée
Ceux d’autrefois, qui croyaient au péché ;
Laissez-moi me croire coupable
De mon malheur ;
Laissez-moi consentir à la perpétuité de mon impuissance
Et de mon châtiment.

(Jean Rousselot)

Illustration: Melissa Launay

 

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ECUME SPORE POLLEN (Piero Bigongiari)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016




ECUME SPORE POLLEN

Avec ses yeux ultramarins la mer regarde
se défaire le vent, les îles instaurer
une plainte d’écumes dans les baies
de tes jours heureux et malheureux.

Toute pensée a sa plainte, la lâcheté
de la terre crépite en élément
— spore, monade — ocellé, la lâcheté
sans regard regardée, fixée

dans l’éternelle défaite, plume dans l’air
ton sourire que le pétrel
répand et ne défend pas, les accalmies,
fleurs de lumière, sont, les tiennes, mes

espérances désolées, intraitables
vers un large de mains qui se serrent
sur le message des vents : déjà il dissout
les horizons en d’autres événements cachés.

***

SPUMA SPORA POLLINE

Guarda con occhi oltremarini il mare
disfarsi il venta, le isole accampare
un lamento di spume nelle baie
dei tuoi giorni felici e infelici.

Ogni pensiero ha il suo lamento, crepita
la viltà della terra in elemento
– spora, monade – occhiuto, la viltà
che non guarda ed è guardata, fissa

nell’eterno disfarsi, piuma all’aria
il tuo sorriso che la procellaria
diffonde e non difende, le accalmie,
fiori di luce, sono, tue, le mie

desolate, intrattabili speranze
in un largo di mani che si stringono
sul messaggio dei venti : già discioglie
gli orizzonti in altri oscuri eventi.

(Piero Bigongiari)

Illustration: Waldemar Nobre

 

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Combien il a vu juste (André Hardellet)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015



Ernest Pignon-Ernest extases 2

Combien il a vu juste celui qui inventa cette formule : l’être pour mourir !
Car chaque existence aboutit à cela : rien.

Se dire qu’un être unique, irremplaçable, a fait place à une abstraction,
s’enfoncer cette évidence dans la cervelle, prendre le monde en haine,
se révolter ou acheter la résignation contre de petites lâchetés accumulées,
se tirer une balle dans la tête
ou s’en aller doucement vers le gâtisme comme un fonctionnaire vers sa retraite,

tout revient au même : le dénominateur commun.

(André Hardellet)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

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