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Posts Tagged ‘lagune’

UN DÉSIR D’ODYSSÉE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2021




    
UN DÉSIR D’ODYSSÉE

Relever la parole ancienne
Ranimer les mots refroidis
Fermente aux lèvres un nouveau chant
Embrasements ? non, embrasures
Où sur la fresque de midi
S’éploie un désir d’odyssée

Un désir d’odyssée
Par les routes imprononcées
Par les routes jamais écrites
Par les mers encore inchantées

Par les lagunes innommées
Et les déserts indénombrés
Par les chemins non murmurés
Un désir d’odyssée
Par les vents à réinventer
Les orages inéclatés
Les azurs à revisiter

Par les prodiges improclamés
Les sirènes à réenchanter
Sur le portulan des légendes

Un désir d’odyssée
Par les îles inépelées
Et les embruns imbalbutiés
Des vagues jamais chuchotées

Un désir d’odyssée
Vers le lieu ou l’Improféré
Sibylle des mots à venir
Guette en sa grotte improfanée
Le poète qui, d’un baiser
Sur sa bouche délivrera
Les oracles inapaisés.

(Jacques Lacarrière)

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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MANGO (Adrien Jens)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2021



Illustration

    
MANGO

Je m’appelle Mango et le soir tombe sur la lagune d’Ébrié.
Il n’y a que le bruit de ma pagaie dans l’eau à peine mouvante.
Et mon frère, derrière moi, qui essaie de me rejoindre,
Déjà confondu dans la mer des ombres, et détaché de ma solitude.

Je suis Mango, le pêcheur de carpes et je vais vers ma femme,
Vers mes enfants,
Vers ma paillote. Qui m’attendent.

Quelle est mon attente ?
Les jours sont pareils, pareilles sont les nuits, pareils les visages de ma vie.

Quelle est mon attente ?
L’obscurité déjà m’enveloppe, et je ne suis plus qu’une silhouette,
Sur la lagune d’Ébrié,
Sous le ciel encore mauve avant de s’éteindre dans mon coeur au sang noir.

Je n’étais plus Mango, tantôt, au milieu de la lagune d’Ébrié,
Mais l’air humide et lourd qui couvrait mon corps nu ;
Mais l’eau qui me portait ;
J’étais tout et l’infini de mes paysages,
J’étais la forêt et la savane.

Je n’étais plus Mango, mais le chant qui sourd au fond de moi,
Âme de toutes les âmes,
Respiration secrète du fromager et du feu flamboyant.

J’étais terre et eau, et la sève de l’arbre enraciné dans la vérité de ma nature.

Maintenant, je m’approche de la rive obscure,
Et je retournerai parmi vous, mes amis :
Vous me demanderez qui je suis ?

Je serai le matin où je vous ai quittés et la nuit de mon retour.
Je serai le lieu entre deux pôles et vêtu d’univers,
Ma voix montera des origines avec le murmure des sources.

J’ai peu du poids que je porte en moi :
C’est le poids de ma vérité et le poids du monde.

Je suis Mango, le pêcheur de la lagune d’Ébrié, et vous ne me reconnaîtrez pas.

(Adrien Jens)

 

Recueil: Je est un autre Anthologie des plus beaux poèmes sur l’étranger en soi
Traduction:
Editions: Seghers

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Eau-Couleur (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2020



Eau-Couleur

Liquide est le Pays de la Couleur; il est
dans l’aniline des bocaux de pharmacie.
Tout juste un regard, et je plane sur le vert
non pas le vert forêt, mais le vert d’outre-vert.

Et dessous la cloche le bleu est une baie.
Je voudrais y naître; je suis en train de naître.
Du jaune je traverse la lagune d’or.
La couleur est l’étant; le reste, bavardage

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration

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ESTAMPE (Isabelle de Gill)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2020



Illustration: Hiroshige
    
ESTAMPE

Barque de joie
Harpe de soie
Forêt de nuit
Ombre qui luit

Sirop de lune
Dans la lagune
Soupirs d’un pont
Vers le lagon

(Isabelle de Gill)

 

Recueil: Arpèges
Traduction:
Editions: Les Délices

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Stérilités (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



Stérilités

Cautérise et coagule
En virgules
Ses lagunes des cerises
Des félines Ophélies
Orphelines en folie.

Tarentules de feintises
La remise
Sans rancune des ovules
Aux félines Ophélies
Orphelines en folie.

Sourd aux brises des scrupules,
Vers la bulle
De la lune, adieu, nolise
Ces félines Ophélies
Orphelines en folie!…

(Jules Laforgue)


Illustration: John William Waterhouse

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MICASCHISTE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



MICASCHISTE

Somnolence du temps. Feuilles des sédiments
au bas des eaux défuntes.
Socle de la mémoire. Lagune
où gît encore Mélusine endormie
qu’un jour réveillera le prince des limons.

(Jacques Lacarrière)

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VERS ITALIENS VENISE (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



VERS ITALIENS
VENISE

I
Avec elle, je partais en mer,
Avec elle, je quittais le rivage,
Avec elle, je m’en allais au loin,
Avec elle, j’oubliais mes proches…

O, la voile rouge
Dans le lointain vert !
Les perles noires
Sur un châle sombre !

Il vient de la messe obscure,
Celui qui n’a plus de sang dans le cœur,
Le Christ, fatigué de porter sa croix…

Mon amour adriatique —
Mon dernier amour —
Pardonne, pardonne-moi !

II

Un vent froid près de la lagune,
Des gondoles les silencieux cercueils.
Je suis cette nuit, malade et jeune,
Prosterné près de la colonne au lion.

Sur la tour, d’un chant d’airain
Les géants sonnent l’heure de minuit.
Et Marc a noyé dans la lagune d’argent
Son iconostase ouvragé.

Dans l’ombre de la galerie
A peine éclairée par la lune
Se cachant, passe Salomé
Portant ma tête ensanglantée.

Tout dort, palais, canaux, humains,
Seul vit le pas glissant du spectre,
Seule, la tête sur le plat noir
Contemple tristement les ténèbres ambiantes.

(Alexandre Blok)

Illustration: Roger Suraud

 

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Au Pays des Miracles (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Jimmy Lawlor

    

Au Pays des Miracles

Impérieusement je prendrai mon essor
Cette nuit : je fuirai vers les espaces d’or.

Je ferai ruisseler, fludités sereines,
Entre mes doigts ardents les cheveux des Sirènes.

Je verrai, dans un halo de parfums flottants,
Les fantômes errer sous le bleu du printemps.

J’entendrai les chasseurs étranges des ténèbres,
Les frissons noirs des ifs, le son des cors funèbres.

Auprès de moi, blancheurs de nuage et de jour,
Luiront les visions mortelles de l’amour.

Je pencherai mon coeur sur l’eau de la lagune,
Lorsque s’attendrira le rire de la Lune…

Impérieusement je prendrai mon essor
Cette nuit : je fuirai vers les espaces d’or.

(Renée Vivien)

 

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Le soir à marée basse (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



 

Le soir à marée basse

Rentrons ! Déjà le soir déroule ses fuseaux :
Un horizon rougi de soleil – ou de lune…
On ne sait. Mais tout est rouge sur la lagune ;
Un pan du ciel se traîne au dernier feu des eaux.

Tout repose. En mourant, le jour en ses biseaux,
A fait désert la mer et montagne la dune.
C’est l’heure de la nuit comme il n’en est aucune ;
Tout est roide et tranchant comme un coup de ciseaux.

Et la plage s’étale en immensité plate.
En traversant un banc de son sable écarlate,
Pieds nus, il peut sembler que l’on marche à jamais.

Et, se sentant très seul dans son âme très lasse,
Il semble qu’à l’esprit c’est aussi la mer basse,
Et que l’on est bien loin des souvenirs aimés !

(Bernard de Louvencourt)

Illustration: Guy Baron

 

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À toi (Alain Jouffroy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2017



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À toi

À toi la stupeur immobile de ma joie
Mon sourire de marbre blanc
Mon regard lavé dans la source du sous-bois
À toi mes mains de ville ouverte
À toi mes genoux d’écureuils
À toi ma voix la plus lointaine
À toi tout ce qui tisse nuit et jour à travers moi
À toi la lagune où nous nous sommes connus
À toi les revenants du soleil
À toi ces palais de lilas dans nos yeux
À toi tout ce qui est tout ce qui change
À toi
L’explosion de la perle au coeur de l’oiseau noir

(Alain Jouffroy)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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