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Posts Tagged ‘laideur’

KALEIDOSCOPE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2020




    
KALEIDOSCOPE

Secoue de toutes tes forces
Comme un kaléidoscope
Ton propre crâne.
Et regarde ensuite
Par les trous de tes yeux
Pour voir ce qui en est sorti.
Si rien n’en est sorti, tout va bien,
Secoue encore une fois,
Trois fois, sept fois, neuf fois.
Si rien n’en est sorti, c’est toujours quelque chose;
Secoue, mon vieux, secoue,
Regarde encore une fois.
Et si tu vois de la beauté,
Secoue de sorte que la maison soit ébranlée,
Que le chemin se torde,
Que les montagnes tombent à genoux,
Que clignotent vite, vite, les étoiles
Et que l’homme pose sa main sur son coeur.
Mais s’il y a de la laideur,
Empoigne le crâne comme un pot fêlé,
Et jette-le !
Ou bien non !
Remplis-le plutôt de terre,
De bon engrais végétal
Et plantes-y
Un géranium rouge.

(Mihai Beniuc)

 

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Dors, ô blanche victime, en notre âme profonde (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



Josélito Donas  13 - 6

Dors, ô blanche victime, en notre âme profonde,
Dans ton linceul de vierge et ceinte de lotos;
Dors! l’impure laideur est la reine du monde,
Et nous avons perdu le chemin de Paros.

Les Dieux sont en poussière et la terre est muette:
Rien ne parlera plus dans ton ciel déserté.
Dors ! mais,vivante en lui, chante au coeur du poète.
L’hymne mélodieux de la sainte Beauté!

Elle seule survit, immuable, éternelle.
La mort peut disperser les univers tremblants,
Mais la Beauté flamboie, et tout renais en elle,
Et les mondes encor roulent sous ses pieds blancs!

(Leconte de Lisle)

Illustration: Josélito Donas

 

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Enfin je t’ai roulé, opiniâtre rocher, dans l’abîme (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Gurbuz Dogan Eksioglu  (38)

Enfin je t’ai roulé, opiniâtre rocher,
dans l’abîme.
— Temps,
(perdu ?), pierre, de mon oeuvre pure,
pour vaincre ta laideur grossière ! —

Maintenant, debout, haletant encore,
sur la plaine à nouveau. Là-haut, le ciel
du couchant pacifique, comme une eau de rose,
d’où j’ai rejailli, pur,
le front perlé d’étoiles pâles.

Et entre la poitrine et les bras douloureux,
la sensation divine d’une rose géante,
qui fut — mais quand ? — de pierre.

***

Ya te rodé, canto obstinado,
en el abismo.
— iTiempo
¿perdido?, piedra, de mi obra pura,
para vencer tu fealdad grosera!—

Ahora, de pie, jadeante aún,
otra vez en lo todo llano. Arriba, el cielo
del ocaso pacífico, como un agua rosada,
de donde me he salido, puro,
sudando estrellas pálidas.

Yentre el pecho y los brazos doloridos,
la sensación divina de una jigante rosa,
que fue — ¿cuándo? — de piedra.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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J’AVAIS TEINT LE FRONT (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Abdalieva Akzhan

 

J’AVAIS TEINT LE FRONT

J’avais teint le front avec laideur
au fond d’une rue sans soleil
recherchant l’emblème et la clef

Des marches infinies

Mais ta voix me devint ce message de soleil
de degrés sonores
afin que je me réveille au flanc de la mer

Désir arbre ancien
sein chaud connaissance suave
sein doux la fraîcheur des tombeaux
patrie engloutie

Nous marchâmes à côté des vagues
pour dormir ensemble parmi les pierres
souples et chaudes de feu et de mémoire

Les morts mâchent des remords
ceux qui ne se retournèrent pas sur l’autre flanc
ou ne connurent pas leur double emplacement

Cependant moi je te retrouverai
ombre sans fissure
dans l’éternité

Où deux mains et un baiser
allument le soleil

(Georges Themelis)

Illustration: Abdalieva Akzhan

 

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L’exil de la beauté (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



L’exil de la beauté

Va, cherche dans la vieille forêt humaine
L’abri que je destine à ta vie incertaine.
Ne tremble pas trop quand le soir resserrera tes veines ;
Songe que les chairs fanées ne peuvent refleurir
Et garde aux coins de ta bouche pâle l’ombre d’un sourire.
Prends un bâton, si tu veux, et aussi une besace,
Marche, en suivant, le long des champs, la trace
Que font les bœufs qui s’en vont au labour
Et les enfants en quête des fleurs nouvelles de l’amour.
Tu trouveras peut-être l’amour sur ton chemin
Ou la mort, ou des pauvres qui tendront la main
Vers ton cœur ou bien vers ta gorge ;
Tu leur donneras ce que tu as, un morceau de pain d’orge,
Mais ils diront des injures
Et des larmes te viendront aux yeux d’entendre des paroles impures.
Ne pleure pas, lève la tête, les dieux,
Quand ils sont en exil, marchent encore dans les cieux.
Dérobe aux hypocrites ta noble nudité,
Sois pour eux la laideur, toi qui es la beauté.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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Au retour de ces voyages (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018




    
Au retour de ces voyages
que certaines pensées font dans l’infini,
dans ces espaces habités seulement par l’Idée,
c’est pour elles une incompréhensible vision,
que celle de ce monde réel.

Les maladies du corps et de l’âme,
les laideurs, les monstruosités, les crimes, les prostitutions,
toutes les lâchetés et toutes les folies terrestres,
toutes ces tragédies terribles ou ces comédies ridicules,
qu’éclairent tranquillement tour à tour le soleil d’or ou la lune pâle,
tout ce spectacle enfin, cette danse macabre, cette comédie plus infernale que divine,

font qu’elles se demandent,
ne pouvant croire que tant d’horreurs soient vraies,
si elles ne sont pas sous l’empire d’une hallucination bizarre,
d’un rêve sans doute maladif,
qui les torture,
mais qui leur ment.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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La neige (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017



Illustration
    
La neige

Partout cette chape d’hermine
A la souple onctuosité
Sur la laideur qu’elle élimine
Etend sa somptuosité.

Bouquets de grands lys qu’illumine
Le reflet d’un jour argenté,
Marbre, lait, blancheur d’étamine,
Fastueuse idéalité,

C’est la neige que le givre aime,
Perles ou diamants qu’il sème,
Couvrir de ses fins entrelacs.

La lune y glisse et métallise
Sa surface où l’hurlante bise
Chante comme pleure un coeur las.

(Marie Dauguet)

 

 

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Je n’oublierai jamais (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2017




    
Je n’oublierai jamais, un soir d’été, dans un champ de foire,
au fond d’une baraque, devant laquelle s’agitait bruyamment,
parmi les lampions fétides,

une grosse femme soufflant dans un cornet à piston,

un homme à trois jambes, qui, tout souriant et satisfait,
montrait pour deux sous sa laideur.
Oui, il était fort aise, et il dit ce mot véritable :
Cela me fait gagner ma vie!

— Ô étoiles, ô ciel, ô Nature, qu’est-ce donc alors que la vie?

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Chauve-Souris (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017




    
Chauve-Souris

Vampire sans horreur et Monstre sans effroi,
Chimère sans beauté, Chauve-Souris, ô toi
Qui vas heurtant du front les ténèbres divines,
Ivre d’ombre et d’horreur, de nuit et de ruines,

Comment ne pas t’aimer en pleurant, ô ma soeur ? —
Ta laideur de sabbat éloigne la douceur, —
Ton pitoyable élan se brise dans le vide
Tant l’effort maladroit de ton lourd vol stupide

T’affolle et te tourmente, et ne t’élève pas ! —
Et tes regards meurtris sont aveugles et las
D’avoir trop adoré les astres et la lune…
Tu sembles apporter la sinistre infortune

Et les pressentiments du danger et de la mort
Tandis que l’univers se délasse et s’endort.
Ta muette souffrance erre et rôde et s’égare.
Plein de tâtonnements, ton passage bizarre

Mêle l’inquiétude et la fièvre aux beaux soirs.
C’est toi le frôlement d’étranges désespoirs,
Furtifs, enveloppés de terreur et de haine.

Passe, spectre éperdu, pareil à l’âme humaine
Dans ce qu’elle a de triste et d’ignoble et de beau,
Avec ton corps de bête et tes ailes d’oiseau !

(Renée Vivien)

 

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Alors que règne la tristesse noire (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017




Alors que règne la tristesse noire,
dans tous les règnes,
et qu’elle gagne la chair intérieure
comme un cancer.

Gangrenée par le plaisir
de l’horreur, le rire de la laideur
d’un crime.

Tout ce que l’âme abomine,
dans son dés-espoir.

Mais à la source sombre
de sa tristesse
une grâce infinie descend
plus bas qu’elle,

et lui donne de donner
par son néant
ce qu’elle n’a pas.

Et dans les larmes la tendresse,
la tendresse de ce néant !

(Jean Mambrino)

Illustration

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