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Poésie

Posts Tagged ‘lait’

C’est du bleu pur (Katell Antoine)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



c’est du bleu pur
la dragée et son amande
les dents de lait
l’oreiller blanc
on plonge dedans
une voix demande,
le paradis, c’est
le bleu tout le temps ?

(Katell Antoine)


Illustration

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LYDIA (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



LYDIA

Lydia, sur tes roses joues,
Et sur ton col frais et plus blanc
Que le lait, coule étincelant
L’or fluide que tu dénoues.

Le jour qui luit est le meilleur :
Oublions l’éternelle tombe.
Laisse tes baisers de colombe
Chanter sur tes lèvres en fleur.

Un lys caché répand sans cesse
Une odeur divine en ton sein :
Les délices, comme un essaim,
Sortent de toi, jeune Déesse !

Je t’aime et meurs, ô mes amours !
Mon âme en baisers m’est ravie.
O Lydia, rends-moi la vie,
Que je puisse mourir toujours !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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Qu’est-ce qui fait tant rire « la vache qui rit » ? (Matthieu Ricard)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



    
Qu’est-ce qui fait tant rire « la vache qui rit » ?
La mort imminente du veau qu’on lui a arraché
avant qu’elle ait pu lui donner une goutte de lait ?
Le fait qu’elle va restée coincée des années dans un box
avant d’être « réformée » et envoyée aussi à la mort ?

(Matthieu Ricard)

 

Recueil: Plaidoyer pour les animaux
Traduction:
Editions: Allary

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Je prend plaisir et me réjouis des vertus qui soulagent les êtres (Shantideva)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



 

Je prend plaisir et me réjouis
Des vertus qui soulagent les êtres
Du tourment dans les mauvaises destinées
Et placent ceux qui souffrent dans le bonheur.
Je me réjouis dans l’accumulation de bienfaits
Qui est cause de l’éveil du Petit Véhicule;
Je me réjouis de la libération définitive pour les êtres
Des maux du cycle.
Je me réjouis de l’éveil des Protecteurs
Et des terres des Fils des Vainqueurs.

Je prends plaisir et me réjouis
De l’océan de vertus de l’esprit d’éveil,
Qui aspire au bonheur de tous les êtres,
Et de l’activité dispensatrice de bienfaits.

Les mains jointes, je supplie
Les Bouddhas de toutes les régions :
Qu’ils allument le flambeau de la doctrine
Pour les êtres enténébrés par la souffrance.

Les mains jointes, je supplie
Les Vainqueurs désireux de passer au-delà des peines :
Qu’ils demeurent pour des âges sans nombre
Et ne laissent pas ce monde aveugle.

Grâce aux vertus ainsi réunies
Par ce que j’ai accompli,
Puissent les souffrances de tous les êtres
Se dissiper entièrement !

Puissé-je être
Pour les malades
Le remède, le médecin et l’infirmier
Jusqu’à la disparition des maladies!

Puissé-je calmer par des pluies de nourriture et de breuvages
Les douleurs de la faim et de la soif,
Et, pendant l’âge des famines,
Puissé-je devenir moi-même nourriture et breuvage!

Puissé-je être un inépuisable trésor
Pour le pauvre et le démuni;
Puissé-je devenir tout ce dont ils ont besoin,
Et puissent ces choses se trouver à leur disposition!

Afin que le bien des êtres s’accomplisse,
Je donne sans retenue
Mes corps, mes jouissances
Et toutes mes vertus des trois temps.

En donnant, toute la douleur sera transcendée,
Et mon esprit réalisera l’au-delà des peines;
Mieux vaut offrir à présent aux êtres
Ce dont, pareillement, je devrai me défaire à l’heure de la mort.

Je livre ce corps
Au bon plaisir de tous;
Qu’ils en usent sans cesse à leur convenance,
Le tuant, l’injuriant ou le frappant.

Qu’ils jouent avec mon corps,
En fassent un objet d’amusement et de dérision;
Puisque je leur ai donné,
Pour quelle raison me serait-il cher?

Qu’ils lui fassent faire
Tous les actes qui ne leur nuiront pas,
Et que notre rencontre
Ne leur soit jamais inutile.

Si une pensée de colère ou de foi
Surgit chez ceux qui me rencontrent,
Que cela même serve perpétuellement
De cause pour la réalisation de tous leurs souhaits!

Que ceux qui m’insultent,
Me nuisent
Ou me raillent
Aient tous la fortune d’accéder à l’éveil!

Puissé-je être le protecteur des abandonnés,
Le guide de ceux qui cheminent,
La barque, le navire et le pont
Pour ceux qui désirent traverser les eaux!

Puissé-je être une île pour ceux qui recherchent une île,
Une lampe pour ceux qui en désirent une,
Une couche pour ceux qui veulent prendre du repos,
Et l’esclave des êtres souhaitant un esclave!

Puissé-je être un joyau qui exauce les voeux,
Une vase magique, un mantra d’accomplissement,
Un remède universel, un arbre à souhaits
Et une vache d’abondance pour le monde!

De même que la terre
Et les autres éléments tels l’espace,
Puissé-je toujours être un support
Pour la vie d’êtres innombrables!

Et jusqu’à ce qu’ils passent au-delà des peines,
Puissé-je, de toutes les manières, être une source de vie
Pour l’ensemble des mondes des êtres
Qui atteignent aux confins de l’espace!

De même que Ceux-allés-en-la-joie du passé
Ont engendré l’esprit d’éveil
Et maintenu progressivement
Les pratiques des bodhisattvas

De même, pour le bien des migrants,
J’engendre l’esprit d’éveil
Et m’appliquerai à ces pratiques
Selon leur ordre.

Afin de favoriser le développement
De l’esprit d’éveil saisi de la sorte,
Les personnes douées de discernement
Le loueront en ces termes!

Aujourd’hui ma vie a porté fruit;
Ayant atteint une destinée humaine
Je suis né dans la famille des Bouddhas
Je suis maintenant un fils de Bouddha!

Je ne dois pas souiller
Cette noble et pure famille,
Et tout ce que je fais
Doit s’accorder avec elle.

Comme un aveugle qui découvre un joyau
Dans un monceau d’ordures,
Ainsi, par chance,
L’esprit d’éveil est né en moi.

C’est le sublime nectar
Pour détruire la mort souveraine,
L’inépuisable trésor
Pour éliminer la misère du monde,

Le suprême remède
Pour apaiser ses maladies
L’arbre sous lequel se reposent les migrants
Las d’errer sur les chemins du cycle;

C’est le pont universel qui mène
Les êtres hors des destinées mauvaises,
La lune spirituelle levée
Pour soulager les tourments des passions du monde,

Le grand soleil qui écarte des migrants
Les brumes de l’ignorance,
La quintessence du beurre
Produite par le barattement du lait du Dharma.

Il satisfait les invités
Qui parcourent les voies du cycle
Et souhaitent connaître la jouissance du bonheur,
Il les installe dans la joie suprême.

Aujourd’hui, en présence des Protecteurs,
Je convie le monde à la félicité de Ceux-ainsi-allés
Et aux plaisirs temporaires.
Que les dieux, les dieux jaloux et tous les autres se réjouissent!

(Shantideva)

 

 

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LES ÉLÉMENTS (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Illustration: Victor Nizovtsev 
    
LES ÉLÉMENTS

Dans la terre
il jette le grain
d’où naîtra l’enfant aux yeux verts.

Il demande à la dormeuse
l’eau des rêves, l’océan,
ses monstres, baisers, sirènes.

Il prie le vent de traverser son corps,
de délivrer le coeur
obscur de ses entraves.

Il rêve que le soleil
est une femme rousse
puis noire
puis un lion qui le dévore.

Sur l’épaule de la dame
penchée vers l’eau
la salamandre
posait un bijou noir
taché de feu.

Mais sur le sein
luisait
le lait bleu d’une perle.

Ayant séché nos larmes,
ayant chassé la peur,
elle entrouvrit sa chevelure,
nous dédia sa bouche,
l’espace d’un sourire.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Lait noir de l’aube (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



violon camp  [800x600]

Lait noir de l’aube nous le buvons dans le noir
nous le buvons le matin le midi nous le buvons dans la nuit
nous buvons et buvons
nous creusons une tombe dans l’air nul n’y est à l’étroit
Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit
il écrit vers le soir en Allemagne ta chevelure d’or marguerite
il l’écrit et passe devant la maison et brillent les étoiles il siffle ses dogues
il siffle ses Juifs creusez donc une tombe dans la terre
il nous ordonne à présent jouez donc pour la danse

il crie jouez la mort de façon plus suave la mort est un maître venu d’Allemagne
il crie raclez vos violons de façon plus sombre ainsi vous monterez dans l’air en fumée
ainsi vous aurez une tombe dans les nues nul n’y est à l’étroit

Lait noir de l’aube nous te buvons dans la nuit
Nous te buvons le midi la mort est un maître venu d’Allemagne

ta chevelure d’or marguerite
tes cheveux de cendres Sulamith

(Paul Celan)

Illustration

 

 

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LA SOLITUDE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



 

Illustration: Edmond Grandjean
    
LA SOLITUDE

Pour qui maintenant farderais-je mes lèvres ?
Pour qui polirais-je mes ongles ?
Pour qui parfumerais-je mes cheveux ?

Pour qui mes seins poudrés de rouge, s’ils ne doivent plus la tenter?
Pour qui mes bras lavés de lait s’ils ne doivent plus jamais l’étreindre!

Comment pourrais-je dormir?
Comment pourrais-je me coucher?
Ce soir, ma main, dans tout mon lit, n’a pas trouvé sa main chaude.

Je n’ose plus rentrer chez moi, dans la chambre affreusement vide.
Je n’ose plus rouvrir la porte.
Je n’ose même plus rouvrir les yeux.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE SOUVENIR DÉCHIRANT (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
LE SOUVENIR DÉCHIRANT

Je me souviens… (à quelle heure du jour ne l’ai-je pas devant mes yeux !)
je me souviens de la façon dont Elle soulevait ses cheveux avec ses faibles doigts si pâles.

Je me souviens d’une nuit qu’elle passa, la joue sur mon sein, si doucement, que le bonheur me tint éveillée,
et le lendemain elle avait au visage la marque de la papille ronde.

Je la vois tenant sa tasse de lait et me regardant de côté, avec un sourire.
Je la vois, poudrée et coiffée, ouvrant ses grands yeux devant son miroir,
et retouchant du doigt le rouge de ses lèvres.

Et surtout, si mon désespoir est une perpétuelle torture,
c’est que je sais, instant par instant, comment elle défaille dans les bras de l’autre,
ce qu’elle lui demande et ce qu’elle lui donne.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Déjà (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018


maison_d_enfance

 

des bruits qu’on redécouvre
le soir de l’arrivée
une grille qui grince
le chien d’une ferme qui aboie
cette odeur de passé
– de vacances à la mer –
qu’on reçoit de plein fouet
la porte à peine poussée
(un journal étalé sur la table de la cuisine
du lait en train de bouillir
un tricot en arrêt)
et l’enfance à sa place
en haut de l’escalier
si on lève la tête

(François de Cornière)

Illustration

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LENDEMAIN DE FÊTE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

Illustration: Beatrice Lotta
    
LENDEMAIN DE FÊTE

Qu’as-tu donc ce matin, chère? Tu n’es pas gaie.
Parce que ta frimousse est un peu fatiguée,
Ta lèvre un peu pâlie et ton front un peu lourd.
Vas-tu me reprocher d’avoir bu trop d’amour?

Laisse là ton miroir où tu me fais la moue.
Que veux-tu, moi qui n’ai point de rose à la joue,
Comme toi je-ne puis être pâle au réveil.
Est-ce ma faute, à moi, si mon cuir peu vermeil,

Lui que le travail tanne et que le soleil dore.
Est plus solide au feu que ta fraîcheur d’aurore?

C’est vrai, tu gardes, toi, les traces de la nuit.
Mais cet air fatigué, tu crois donc qu’il te nuit ?
Non. Je t’aime encor mieux en ta paresse lasse,
Et ta défaite, enfant, te donne plus de grâce.

Sur tes lèvres de fraise, où courait un sang pur,
L’âpre fièvre a passé comme un glacis d’azur;
Et mes baisers ardents, qui les ont calcinées,
Font de ces roses des violettes fanées.

La pâleur de ton front mystérieux me plaît.
Ton visage aujourd’hui semble pétri de lait.
Le noir qui sous tes yeux met son estompe brune
Est comme un chaud nuage à l’entour de la lune.

Reste! je t’aime ainsi, quand ton regard mouillé
A l’air d’un fou qui rêve et dort tout éveillé,
Quand ton corps alangui s’abandonne à ta hanche
Comme un beau fruit trop mûr qui fait ployer sa branche,

Quand ta gorge palpite et ne peut s’apaiser.
Quand tu semblés prête à mourir sous un baiser.
Reste! je t’aime ainsi. Reste, ma pauvre chatte.
Pose bien sur mon cœur ta tête délicate,

Enlace-moi de tes deux bras mis à mon cou,
Et dors dans mon giron, chère, dors un grand coup.
Ferme tes yeux, ainsi qu’une fleur son calice.
Dors, je te bercerai, je ferai la nourrice.

Et je fredonnerai, sur des rythmes très lents,
Les chansons que l’on chante aux tout petits enfants.

(Jean Richepin)

 

 

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