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Poésie

Posts Tagged ‘lamentable’

Le Luxembourg (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Le Luxembourg

À Béranger.

Jardin si beau devenu sombre,
Tes fleurs attristent ma raison,
Qui, semblable au ramier dans l’ombre,
S’abat au toit de ta prison.
Mais à rêver j’ai passé l’heure ;
Vous qui nous épiez d’en bas,
Ce n’est qu’un pauvre oiseau qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Au pied des barreaux formidables
Qui voilent des parents perdus,
Comme en des songes lamentables,
De longs sanglots sont entendus.
Grâce aux sanglots qui bravent l’heure !
Vous qu’ils ont irrité là-bas,
Ce n’est qu’un faible enfant qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Partout les lampes sont éteintes,
Les bruits des verroux et des fers
Sont étouffés comme les plaintes
De ces silencieux enfers.
Plus morne et plus lente que l’heure,
A genoux, qui donc est là-bas ?
Ce n’est qu’une femme qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Sous l’oeil rouge du réverbère,
Quel est cet objet palpitant,
Près du guichet mordant la terre,
D’âme et de pitié haletant,
Sourd au cri de l’homme et de l’heure ? …
Vous qui le menacez d’en bas,
Ce n’est qu’un pauvre chien qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Paix ! Voici qu’on ouvre une porte :
C’est la mort traînant ses couleurs,
Et l’humble bière qu’on emporte,
Brise en passant de pâles fleurs.
Quand du rebelle a frappé l’heure,
Qui donc ose bénir tout bas ?
Ce n’est qu’un vieux prêtre qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

 

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L’absence (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Steven Rushefsky  The-Letter [1280x768]

L’absence

Quinze longs jours encore et plus de six semaines
Déjà ! Certes, parmi les angoisses humaines
La plus dolente angoisse est celle d’être loin.

On s’écrit, on se dit que l’on s’aime, on a soin
D’évoquer chaque jour la voix, les yeux, le geste
De l’être en qui l’on met son bonheur, et l’on reste
Des heures à causer tout seul avec l’absent.
Mais tout ce que l’on pense et tout ce que l’on sent
Et tout ce dont on parle avec l’absent, persiste
À demeurer blafard et fidèlement triste.

Oh! l’absence! le moins clément de tous les maux!
Se consoler avec des phrases et des mots,
Puiser dans l’infini morose des pensées
De quoi vous rafraîchir, espérances lassées,
Et n’en rien remonter que de fade et d’amer!

Puis voici, pénétrant et froid comme le fer,
Plus rapide que les oiseaux et que les balles
Et que le vent du sud en mer et ses rafales
Et portant sur sa pointe aiguë un fin poison,
Voici venir, pareil aux flèches, le soupçon
Décoché par le Doute impur et lamentable.

Est-ce bien vrai ? Tandis qu’accoudé sur ma table
Je lis sa lettre avec des larmes dans les yeux,
Sa lettre, où s’étale un aveu délicieux,
N’est-elle pas alors distraite en d’autres choses?
Qui sait ? Pendant qu’ici pour moi lents et moroses
Coulent les jours, ainsi qu’un fleuve au bord flétri,
Peut-être que sa lèvre innocente a souri ?
Peut-être qu’elle est très joyeuse et qu’elle oublie?

Et je relis sa lettre avec mélancolie.

(Paul Verlaine)

Illustration: Steven Rushefsky

 

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Retouche à la femme adultère (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



Illustration: Tyler Shields
    
retouche à la femme adultère

La dame qui s’enfuit avec l’expert-comptable
rêve plus que jamais
du poète qu’elle a dans un livre trouvé

mais sa main lamentable
ne porte désormais
que la cage des rimes
d’où s’est sauvée la vérité
l’oiseau des îles
son ombre démesurée

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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Tant de cœurs ont battu, déjà, sur cette terre (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Tant de cœurs ont battu, déjà, sur cette terre,
Et les petits objets blottis dans leurs armoires
Racontent la sinistre et lamentable histoire
De ceux qui n’ont pas eu d’amour sur cette terre.

La petite vaisselle des vieux célibataires,
Les couverts ébréchés de la veuve de guerre
Mon dieu ! Et les mouchoirs des vieilles demoiselles
L’intérieur des armoires, que la vie est cruelle !

Les objets bien rangés et la vie toute vide
Et les courses du soir, restes d’épicerie
Télé sans regarder, repas sans appétit

Enfin la maladie, qui rend tout plus sordide,
Et le corps fatigué qui se mêle à la terre,
Le corps jamais aimé qui s’éteint sans mystère.

(Michel Houellebecq)

découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Kalf Willem

 

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Child wife (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2017



Vous n’avez rien compris à ma simplicité,
Rien, ô ma pauvre enfant !
Et c’est avec un front éventé, dépité
Que vous fuyez devant.

Vos yeux qui ne devaient refléter que douceur,
Pauvre cher bleu miroir
Ont pris un ton de fiel, ô lamentable soeur,
Qui nous fait mal à voir.

Et vous gesticulez avec vos petits bras
Comme un héros méchant,
En poussant d’aigres cris poitrinaires, hélas !
Vous qui n’étiez que chant !

Car vous avez eu peur de l’orage et du coeur
Qui grondait et sifflait,
Et vous bêlâtes vers votre mère – ô douleur ! –
Comme un triste agnelet.

Et vous n’aurez pas su la lumière et l’honneur
D’un amour brave et fort,
Joyeux dans le malheur, grave dans le bonheur,
Jeune jusqu’à la mort !

(Verlaine)

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SOMBRES PLAISIRS (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



SOMBRES PLAISIRS

Il serait plus viril et plus noble sans doute
De croiser sur son cœur ses bras las et meurtris,
Et de ne point pousser de lamentables cris
Comme un enfant perdu la nuit sur la grand’route.

Il faudrait, ainsi qu’un cadavre qui dégoûte,
Enfouir son amour, en brûler les débris ,
Et chanter au besoin, et crier qu’on est gris,
Et boire en souriant ses larmes goutte à goutte.

Mais on est soulagé par les pleurs, les sanglots,
La rage folle. Ainsi vos mères, matelots,
Quand vous êtes noyés par la houle inhumaine,

Arrachent des galets au bord du gouffre amer,
Et, les jetant aux flots avec des cris de haine,
Apaisent leur douleur en outrageant la mer.

(Jean Richepin)

Illustration: Claude Cordier 

 

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Dernière nuit (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



Dernière nuit

Toute ma lampe a brûlé goutte à goutte,
Mon feu s’éteint avec un dernier bruit.
Sans un ami, sans un chien qui m’écoute,
Je pleure seul, dans la profonde nuit.

Derrière moi ― si je tournais la tête,
Je le verrais, ― un fantôme est placé :
Témoin fatal apparu dans ma fête,
Spectre en lambeaux de mon bonheur passé.

Mon rêve est mort, sans espoir qu’il renaisse.
Le temps m’échappe, et l’orgueil imposteur
Pousse au néant les jours de ma jeunesse,
Comme un troupeau dont il fut le pasteur.

Pareil au flux d’une mer inféconde,
Sur mon cadavre au sépulcre endormi
Je sens déjà monter l’oubli du monde
Qui, tout vivant, m’a couvert à demi.

Oh ! la nuit froide ! oh ! la nuit douloureuse !
Ma main bondit sur mon sein palpitant.
Qui frappe ainsi dans ma poitrine creuse ?
Quels sont ces coups sinistres qu’on entend ?

Qu’es-tu ? qu’es-tu ? parle, ô monstre indomptable
Qui te débats, en mes flancs enfermé ?
Une voix dit, une voix lamentable :
« Je suis ton cœur, et je n’ai pas aimé ! »

(Louis Bouilhet)

 

 

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L’épouvantail (Jôsô)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2015


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Chauffer l’eau du bain
telle est de l’épouvantail
la fin lamentable

(Jôsô)

Illustration

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RETOUCHE A LA FEMME ADULTÈRE (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2015


 


 Declan Boyle (3) [1280x768]

RETOUCHE A LA FEMME ADULTÈRE

La dame qui s’enfuit avec l’expert-comptable
rêve plus que jamais
du poète qu’elle a dans un livre trouvé

mais sa main lamentable
ne porte désormais
que la cage des rimes
d’où s’est sauvée la vérité
l’oiseau des Iles
son ombre démesurée

(Daniel Boulanger)

Illustration: Declan Boyle

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