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Poésie

Posts Tagged ‘langue’

Besoin d’être tenu (Cyril Dion)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2022



    

Besoin d’être tenu
contenu,
que d’autres peaux, d’autres mains
soulagent le lointain
la béance
besoin que les bras
les claquements de langue
les gorges déployées
repoussent le froid,
le gris,
le raide.

Besoin d’une caresse.

(Cyril Dion)

Recueil: A l’orée du danger
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Procédé (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2022



Illustration: https://wordart.com/
    
Procédé

Les mots les plus simples, les plus communs,
Ceux à rapporter à la maison et à échanger,
En langue d’un autre monde se convertissent :
Il suffit que les yeux du poète, de soleil
Rasant, les illuminent.

***

Processo
As palavras mais simples, mais comuns,
As de trazer por casa e dar de troco,
Em língua doutro mundo se convertem:
Basta que, de sol, os olhos do poeta,
Rasando, as iluminem.

(José Saramago)

 

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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LE CHAT (Maurice Rollinat)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    

LE CHAT

Je comprends que le chat ait frappé Baudelaire
Par son être magique où s’incarne le sphinx ;
Par le charme câlin de la lueur si claire
Qui s’échappe à longs jets de ses deux yeux de lynx,
Je comprends que le chat ait frappé Baudelaire.

Femme, serpent, colombe et singe par la grâce,
Il ondule, se cambre et regimbe aux doigts lourds ;
Et lorsque sa fourrure abrite une chair grasse,
C’est la beauté plastique en robe de velours :
Femme, serpent, colombe et singe par la grâce,

Vivant dans la pénombre et le silence austère
Où ronfle son ennui comme un poêle enchanté,
Sa compagnie apporte à l’homme solitaire
Le baume consolant de la mysticité
Vivant dans la pénombre et le silence austère.

Tour à tour triste et gai, somnolent et folâtre,
C’est bien l’âme du gîte où je me tiens sous clé ;
De la table à l’armoire et du fauteuil à l’âtre,
Il vague, sans salir l’objet qu’il a frôlé,
Tour à tour triste et gai, somnolent et folâtre.

Sur le bureau couvert de taches d’encre bleue
Où livres et cahiers gisent ouverts ou clos,
Il passe comme un souffle, effleurant de sa queue
La feuille où ma pensée allume ses falots,
Sur le bureau couvert de taches d’encre bleue.

Quand il mouille sa patte avec sa langue rose
Pour lustrer son poitrail et son minois si doux,
Il me cligne de l’œil en faisant une pause,
Et je voudrais toujours l’avoir sur mes genoux
Quand il mouille sa patte avec sa langue rose.

Accroupi chaudement aux temps noirs de décembre
Devant le feu qui flambe, ardent comme un enfer,
Pense-t-il aux souris dont il purge ma chambre
Avec ses crocs de nacre et ses ongles de fer ?
Non ! assis devant l’âtre aux temps noirs de décembre

Entre les vieux chenets qui figurent deux nonnes
À la face bizarre, aux tétons monstrueux,
Il songe à l’angora, mignonne des mignonnes,
Qu’il voudrait bien avoir, le beau voluptueux,
Entre les vieux chenets qui figurent deux nonnes.

Il se dit que l’été, par les bons clairs de lune,
Il possédait sa chatte aux membres si velus ;
Et qu’aujourd’hui, pendant la saison froide et brune,
Il doit pleurer l’amour qui ne renaîtra plus
Que le prochain été, par les bons clairs de lune.

Sa luxure s’aiguise aux râles de l’alcôve,
Et quand nous en sortons encor pleins de désir,
Il nous jette un regard jaloux et presque fauve
Car tandis que nos corps s’enivrent de plaisir,
Sa luxure s’aiguise aux râles de l’alcôve.

Quand il bondit enfin sur la couche entr’ouverte,
Comme pour y cueillir un brin de volupté,
La passion reluit dans sa prunelle verte :
Il est beau de mollesse et de lubricité
Quand il bondit enfin sur la couche entr’ouverte.

Pour humer les parfums qu’y laisse mon amante,
Dans le creux où son corps a frémi dans mes bras,
Il se roule en pelote, et sa tête charmante
Tourne de droite à gauche en flairant les deux draps,
Pour humer les parfums qu’y laisse mon amante.

Alors il se pourlèche, il ronronne et miaule,
Et quand il s’est grisé de la senteur d’amour,
Il s’étire en bâillant avec un air si drôle,
Que l’on dirait qu’il va se pâmer à son tour ;
Alors il se pourlèche, il ronronne et miaule.

Son passé ressuscite, il revoit ses gouttières
Où, matou lovelace et toujours triomphant,
Il s’amuse à courir pendant des nuits entières
Les chattes qu’il enjôle avec ses cris d’enfant :
Son passé ressuscite, il revoit ses gouttières.

Panthère du foyer, tigre en miniature,
Tu me plais par ton vague et ton aménité,
Et je suis ton ami, car nulle créature
N’a compris mieux que toi ma sombre étrangeté,
Panthère du foyer, tigre en miniature.

(Maurice Rollinat)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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Le Petit Chat (Edmond Rostand)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le Petit Chat

C’est un petit chat noir effronté comme un page,
Je le laisse jouer sur ma table souvent.
Quelquefois il s’assied sans faire de tapage,
On dirait un joli presse-papier vivant.

Rien en lui, pas un poil de son velours ne bouge ;
Longtemps, il reste là, noir sur un feuillet blanc,
A ces minets tirant leur langue de drap rouge,
Qu’on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.

Quand il s’amuse, il est extrêmement comique,
Pataud et gracieux, tel un ourson drôlet.
Souvent je m’accroupis pour suivre sa mimique
Quand on met devant lui la soucoupe de lait.

Tout d’abord de son nez délicat il le flaire,
La frôle, puis, à coups de langue très petits,
Il le happe ; et dès lors il est à son affaire
Et l’on entend, pendant qu’il boit, un clapotis.

Il boit, bougeant la queue et sans faire une pause,
Et ne relève enfin son joli museau plat
Que lorsqu’il a passé sa langue rêche et rose
Partout, bien proprement débarbouillé le plat.

Alors il se pourlèche un moment les moustaches,
Avec l’air étonné d’avoir déjà fini.
Et comme il s’aperçoit qu’il s’est fait quelques taches,
Il se lisse à nouveau, lustre son poil terni.

Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates ;
Il les ferme à demi, parfois, en reniflant,
Se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes,
Avec des airs de tigre étendu sur le flanc.

Mais le voilà qui sort de cette nonchalance,
Et, faisant le gros dos, il a l’air d’un manchon ;
Alors, pour l’intriguer un peu, je lui balance,
Au bout d’une ficelle invisible, un bouchon.

Il fuit en galopant et la mine effrayée,
Puis revient au bouchon, le regarde, et d’abord
Tient suspendue en l’air sa patte repliée,
Puis l’abat, et saisit le bouchon, et le mord.

Je tire la ficelle, alors, sans qu’il le voie,
Et le bouchon s’éloigne, et le chat noir le suit,
Faisant des ronds avec sa patte qu’il envoie,
Puis saute de côté, puis revient, puis refuit.

Mais dès que je lui dis : « Il faut que je travaille,
Venez vous asseoir là, sans faire le méchant ! »
Il s’assied… Et j’entends, pendant que j’écrivaille,
Le petit bruit mouillé qu’il fait en se léchant.

(Edmond Rostand)

Recueil: Les Musardises
Traduction:
Editions:

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MIROIR (Hanadi Zarka)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2022



    

MIROIR

Je suis svelte, comme tu le veux
Et je prends soin de moi,
comme il convient pour une femme que tu aimes.
J’utilise ta brosse à dents
et ma langue sait bien répéter, comme tu le souhaites,
les mots qu’il faut
avec calme et dignité.
J’aime la même musique que toi.
Je possède tes livres.
J’embrasse les lieux que tu visites.
Je te ressemble beaucoup.
Tu m’as fait devenir toi.

je ne t’aime plus

(Hanadi Zarka)

 

Recueil: Anthologie des femmes poètes du monde arabe
Traduction: Maram al-Masri
Editions: Le Temps des Cerises

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Dans le silence des yeux (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2022



    

Dans le silence des yeux

En quelle langue dit-on, en quelle nation,
En quelle autre humanité a-t-on appris
Le mot qui ordonne le désordre
Qui s’est tissé dans ce tourbillon ?
Quel murmure de vent, quels chants dorés
D’un oiseau posé sur les hautes branches
Diront, en sons, les choses que, muets,
Dans le silence des yeux nous confessons ?

***

No silêncio dos olhos
Em que língua se diz, em que nação,
Em que outra humanidade se aprendeu
A palavra que ordene a confusão
Que neste remoinho se teceu?
Que murmúrio de vento, que dourados
Cantos de ave pousada em altos ramos
Dirão, em som, as coisas que, calados,
No silêncio dos olhos confessamos?

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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Question de mots (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2022



    

Question de mots

Je mets des mots morts sur le papier,
Tels les timbres léchés par d’autres langues
Ou les insectes percés par surprise
Par la rigueur impersonnelle des aiguilles.

De mots ainsi adjugés
Je remplis des scènes d’ébahissement et de bâillement :
Entre les portes je me montre, galonné,
Passant des fleurs séchées pour des billets.

Qui pourra savoir de quelle manière
Les mots sont des roses sur le rosier.

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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Le cœur se régénère plus lentement que d’autres organes (Volja Hapeyeva)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2022



Illustration: Natalia Fernández Díaz-Cabal  
    
Poem in French, English, Spanish, Dutch and in Arabic, Armenian, Bangla, Catalan, Chinese, Farsi, Filipino, German, Greek, Hebrew, Hindi, Icelandic, Indonesian, Irish (Gaelic), Italian, Japanese, Kiswahili, Kurdish, Macedonian, Polish, Portuguese, Romanian, Russian, Serbian, Sicilian, Tamil

Painting by Natalia Fernández Díaz-Cabal

Poem of the Week Ithaca 716,
VOLJA HAPEYEVA (Belarus)

From: “In my garden of mutants”
Arc Publications, UK, 2021

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

Le cœur se régénère
plus lentement que d’autres organes
et ne se renouvelle jamais complètement
c’est ce que mentionne le manuel

cela signifie
je suppose
que tout le monde y restera présent

le côté gauche du corps de quelqu’un s’effacera
un visage disparaîtra
un nouveau prendra la place de l’ancien

langues, années, noms
se mélangeront
dans mon jardin de mutants
où nous avons perdu le chemin.

(Volja Hapeyeva)

, (Belarus)
Traduction de Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache

***

The heart regenerates
more slowly than other organs
and is never renewed completely,
that’s what it says in the textbook.

this means
I think
that everyone in there will remain.

the left side of one person’s body will be erased
a face will disappear
a new one growing in place of the old.

languages, years, names
will intermingle
in my garden of mutants
where we lost our way.

VOLJA HAPEYEVA (Belarus),
English translation Annie Rutherford

***

El corazón se regenera
más lentamente que otros órganos
y nunca se renueva por completo,
eso es lo que se dice en los libros.

Yo creo
que significa
que todo ahí dentro permanecerá.

Se borrará el lado izquierdo del cuerpo de una persona
una cara desaparecerá
una nueva surge en el lugar de la antigua.

Idiomas, años, nombres
se entremezclarán
en mi jardín de mutantes
donde perdimos nuestro camino.

VOLJA HAPEYEVA, Bielorrusia
Traducción al español de: Natalia Fernández Díaz-Cabal

***

Het hart regenereert
trager dan andere organen
en wordt nooit volledig hernieuwd,
dat is wat in het handboek staat vermeld.

dat betekent,
veronderstel ik,
dat iedereen erin aanwezig zal blijven.

De linkerkant van iemands lichaam zal weggewist worden
een gezicht zal verdwijnen
een nieuw zal in plaats van het oude ontstaan.

Talen, jaren, namen
zullen zich vermengen
in mijn tuin van mutanten
waarin we de weg zijn kwijtgeraakt.

VOLJA HAPEYEVA (Belarus),
Vertaling uit het Engels van Germain Droogenbroodt

***

يَتَجَمَّعُ القَلْبُ
بِبُطْءٍ لَيسَ كَبَاقِي الأَعْضَاءِ الأُخْرَى
وَلَكِنَّهُ لَنْ يَكْتَمِلَ فِي النِّهَايَة
كَمَا جَاءَ فِي النَّصِ
هَذَا يَعْنِي
بِإعْتِقادِي
أنَ الجَمِيعَ سَوفَ يَبْقَونَ
الجَنْبُ الأَيْسَرُ لِكًلِّ شَخْصٍ سَوفَ يُزَال
يَخْتَفِي وَجْهٌ ويَنْمُو آخَرٌ فِي مَكَانِ القَدِيمِ

اللغُاتُ، السَّنَوَاتُ، الأَسْمَاُء
تَمْتَزِجُ فِي حَدِيقَة المُهَجَّنِينَ خَاصَّتِي
حَيثُ فَقَدنَا طَرِيقَنَا.

فوليا هابييفا (VOLJA HAPEYEVA)، روسيا البيضاء
ترجمة للعربية: عبد القادر كشيدة
Translated into Arab by Mesaoud Abdelkader

***

Սիրտը վերականգնվում է
ավելի դանդաղ, քան մյուս օրգանները
և երբեք ամբողջությամբ չի թարմացվում.
աա այն է, ինչ գրված է դասագրքում:
Նշանակում է՝
ովքեր այնտեղ կան, կարծում եմ,
կմնան այնտեղ:
:
Մեկ մարդու մարմնի ձախ կողմը կջնջվի,
մի դեմք կվերանա,
հնի փոխարեն կաճի նորը:
Լեզուները, տարիները, անունները
կխառնվեն
իմ մուտանտների այգում,
որտեղ մենք կորցրեցինք մեր ճանապարհը:

Վոլյա Հապեևա, Բելոռուս
Անգլ. թարգմանությունը Աննի Ռութերֆորդի
՛՛Իմ մուտանտների այգում՛՛ ժողովածուից
Arc Publications, UK, 2021
Հայերեն թարգմանությունը Արմենուհի Սիսյանի
Translated into Armenian by Armenuhi Sisyan

Հյուջիեթ Բերթրան, Կանադա
Translated into Armenian by Armenuhi Sisyan
Հայերեն թարգմանեց Արմենուհի Սիսյանը

***

হৃদয়ের পুনর্জন্ম হয়
অন্যান্য অঙ্গের তুলনায় অনেক ভিড়ে
আর হয় না কখনো সম্পূর্ণভাবে পুনর্জীবিত,
আর তাইতো বলা হয় পাঠ্যবইয়ে ।

আমার মনে হয়
এর মানে
যে সবাই সেখানে থাকবে ।

ব্যক্তির শরীরের বাম পাশ যাবে
মুছে
একটি মুখ হবে অদৃশ্য
একটি মুখ হবে উদিত পুরনো মুখের জায়গায় ।

ভাষা, বছর, নামসমূহ
একত্র হয়ে মিশে যাবে
আমার রূপান্তর বাগানে
যেখানে আমরা হারাই আমাদের পথ ।

ভোলজা হাপেয়েভা (বেলারুশ)
ইংরেজি অনুবাদ অ্যানি রাদারফোর্ড
Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

el cor es regenera
més lentament que altres òrgans
i mai es renova completament
això és el que diu al llibre de text

això vol dir
penso
que tots hi romandran

el costat esquerre del cos d’una persona s’esborrarà
una cara desapareixerà
una de nova creixerà en el lloc de l’antiga

idiomes, anys, noms
s’entremesclaran
al meu jardí de mutants
on hem perdut el camí

VOLJA HAPEYEVA, Bielorrusia
Traducció al català de: Natalia Fernández Díaz-Cabal

***

心脏再生
比其它器官慢
而且永远不会完全更新,
教科书上就是这么说的。

这意味着
我想
那里的每个人都会留下来。

一个人身体的左侧将被清除
一张脸会消失
一个新人正代替旧人生长。

语言、年份、姓名
将混合
在我的异体花园里
那我们迷路的地方。

原作:白俄罗斯 沃尔贾·哈皮耶娃
英译:安妮·卢瑟福
汉译:中 国 周道模2022-1-21
Translated into Chinese by Willam Zhou

***

قلب آرامتر از سایر اعضاء
احیاء میشود
و هرگز دوباره کامل بازسازى نمى‌شود
این را در متون درسی میگویند

من فکر می‌کنم
این یعنی
هر آنکه در آنست ماندگارست

سمت چپ بدنش نابود میشود
صورت ناپدید می‌شود
و‌ صورت جدیدی جای قدیمی رشد می‌کند.

زبانها، سالها، اسامی
در هم آمیخته خواهد شد
در باغ جهش یافته‌های من
جایی که تو راه خود را گم کردی

ولجا هپی‌یوا، بلغارستان
ترجمه از سپیده زمانی
Translated by Sepideh Zamani

***

ang puso ay napasisigla mas mabagal kaysa sa ibang mga organo
at hindi kailanman napapasiglang ganap,
yan ang nakasulat sa mga aklat sa paaralan.

Ibig sabihin nito
Sa aking palagay
na lahat ng naroon ay mananatili.

Ang kaliwang bahagi ng katawan ng isang tao ay mabubura
mawawala ang isang mukha
tutubo ng panibago sa dating lugar.
Mga wika, mga taon, mga pangalan
ay magsasama
sa aking hardin ng mga mutant
kung saan kami ay naligaw ng landas.

VOLJA HAPEYEVA (Belarus)
Isinalin sa Wikang Filipino-Eden Soriano Trinidad

***

Das Herz heilt
langsamer als andere Organe
und ist nie vollständig erneuert,
so steht es im Lehrbuch.

das bedeutet,
denke ich,
dass jeder darin erhalten bleibt.

die linke Seite des Körpers eines Menschen wird gelöscht
ein Gesicht wird verschwinden
ein neues wird wachsen, anstelle des alten.

Sprachen, Jahre, Namen
werden sich vermischen
in meinem Garten der Verwandlungen
wo wir unseren Weg verloren.

VOLJA HAPEYEVA (Weißrussland),
Übersetzung Germain Droogenbroodt – Wolfgang Klinck

***

Η καρδιά ξαναζωντανεύει
πιο αργά απ’ τ’ άλλα όργανα
και ποτέ δεν ξαναγίνεται όπως πριν
αυτό λένε τα βιβλία

που νομόζω πως σημαίνει
ότι όλα θα παραμείνουν όπως ήταν
το αριστερό μέρος του σώματος θα σβηστεί
το πρόσωπο θα εξαφανιστεί

ένα νέο θα μεγαλώσει στη θέση του παλιού
γλώσσες, χρόνια, ονόματα
θ’ αναμιχθούν
στον κήπο μου των μεταλλαγμένων
όπου εσύ κι εγώ χάσαμε το δρόμο μας.

VOLJA HAPEYEVA (Belarus),
Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated into Greek by Manolis Aligizakis

***

הַ לֵּב מִ תְ חַ דֵּ ש
לְ ַאט יוֹתֵּ ר מֵּ אֵּ יבָ רִ ים אֲחֵּ רִ ים
ּולְ עוֹלָם אֵּ ינוֹ מִ תְ חַ דֵּ ש לַחֲלּוטִ ין ,
זֶה מָ ה שֶ כָתּוב בְ סֵּ פֶ ר הַ לִ ּמּוד.
זֶה אוֹמֵּ ר
אֲנִי חוֹשֶ בֶ ת
שֶ כֻּלָם שָ ם יִשָ אֲרּו.
הַ צַ ד הַ שְ מָ אלִ י שֶ ל ּגּופוֹ שֶ ל ָאדָ ם יִּמָ חֵּ ק
פָ נִים יֵּעָ לְ מּו
חָ דָ ש צוֹמֵּ חַ בִ מְ קוֹם הַ יָשָ ן .
שָ פוֹת, שָ נִים , שֵּ מוֹת
יִתְ עַ רְ בְ בּו
בְ גַן הַ ּמּוטַ נְטִ ים שֶ לִ י
בוֹ אִ בַ דְ נּו אֶ ת דַ רְ כֵּנּו .

VOLJA HAPEYEVA (Belarus)•
תרגום לאנגלית: Rutherford Annie
תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translated into Hebrew by Dorit Weisman

***

दिल नवीनीकृत करता है
अन्य अंगों की तुलना में अधिक धीरे-धीरे
और कभी भी पूरी तरह से नवीनीकृत नहीं होता है,
पाठ्यपुस्तक में यही कहता है।

इसका मतलब है की
मुझे लगता है
कि वहां सभी लोग रहेंगे।
एक व्यक्ति के शरीर का बायां हिस्सा मिटा दिया जाएगा
एक चेहरा गायब हो जाएगा
पुराने के स्थान पर एक नया बढ़ रहा है।

भाषाएं, वर्ष, नाम
आपस में मिल जाएगा
म्यूटेंट के मेरे बगीचे में
जहां हम रास्ता भटक गए।

वोल्जा हापयेवा (बेलारूस),
ज्योतिर्मय ठाकुर द्वारा हिंदी
अनुवाद

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

Hjartað endurmyndast
hægar en önnur líffæri
og er aldrei skipt alveg út,
þetta stendur í námsbókinni.

það þýðir
held ég
að allir í hjartanu haldi kyrru fyrir.

vinstri hlið líkamans máist út
andlitið hverfur
og nýtt vex í stað hins gamla.

tungumál, ár, nöfn
blandast
í stökkbrigðagarðinum mínum
sem við villtumst í.

VOLJA HAPEYEVA (Hvíta Rússlandi),
Þór Stefánsson þýddi samkvæmt enskri þýðingu Annie Rutherford
Translated into Icelandic by Thor Stefansson

***

Peremajaan jantung
dari pada organ lain lebih sendat
dan tak pernah diperbarui secara mutlak,
itu tertera di buku pelajaran.

ini berarti
Aku pikir
bahwa setiap orang di sana akan tetap tinggal.

sisi kiri tubuh seseorang akan terhapus
wajah tak nampak
yang baru tumbuh menggantikan yang usang

bahasa-bahasa, tahun-tahun, nama-nama
akan berbaur
di kebun mutan milikku
di mana kita tersesat.

VOLJA HAPEYEVA (Belarus),
Translated into Indonesian by Lily Siti Multatuliana

***

Athghineann an croí é féin
níos moille ná na horgáin eile
ach ní dhéantar é a athnuachan ina iomláine riamh,
sin mar a mhíníonn an téacsleabhar.

Is éard is brí leis sin,
má thuigim i gceart é,
go bhfanfaidh cuid den chroí gan athrú.

Scriosfar an taobh clé den cholainn, mar shampla,
rachaidh aghaidh as radharc;
aghaidh nua ag dealramh ina háit.

Meascfar teangacha, blianta, ainmneacha,
i gcathair ghríobháin
an ghairdín
ina ndeachaimid ar strae.

VOLJA HAPEYEVA (an Bhealarúis),
Leagan Gaeilge le Rua Breathnach
Translated into Irish (Gaelic) by Rua Breathnach

***

Il cuore si rigenera
più lentamente degli altri organi
e non si rinnova mai completamente,
così si legge nei libri di testo.

Questo significa
penso
che è là che ciascuno rimane.

Il lato sinistro del corpo di una persona sarà cancellato
un volto svanirà
e uno nuovo crescerà al posto del vecchio.

linguaggi, anni, nomi
si mescoleranno tra loro
nel mio giradino di mutanti
dove abbiamo smarrito la nostra strada.

VOLJA HAPEYEVA, (Bielorussia),
Traduzione di Annie Rutherford – Germain Droogenbroodt – Luca Benassi

***

心臓は他の臓器と比べ
再生に時間がかかる
そして完全に新しくはならない
教科書に書かれている通りだ
これは心臓の中のあるものは
そのまま残るということだと思う

人の体の左側は取り除かれる
顔は消失する
新しいものが古いものの場所で育っている

ことば、年月、名前は
私の変異種の庭で交じり合い
わたしは道に迷う

ボルジャ・ハぺエヴァ(ベラルーシ)
Translated into Japanese by Manabu Kitawaki

***

Moyo huzaliwa upya polepole zaidi kuliko viungo vingine
na haufanywi upya kabisa,
ndivyo inavyosema kwenye kitabu cha kiada.

Hii ina maana nadhani, kila mtu mle atabaki.

Upande wa kushoto wa mwili wa mtu mmoja utafutwa, na uso utatoweka upya unaokua
mahali pa zamani.

Lugha, miaka, majina yatachangana kwenye bustani yangu ya mabadiliko ya uhai ambapo tulipotea njia.

VOLJA HAPEYEVA (Belarus),
English translation Annie Rutherford
Mtafsiri ni Bob Mwangi Kihara
Translated into Kiswahili by Bob Mwangi Kihara

***

Dil ji endamên din
derengtir çêdibe
lê bitevahî ew tucaran wek berê nabê
weha di pirtûka hînbûnê de nivisîne.

ew tê wê wateyê,
ço ez diramînim
ku her tiştek tê de dimîne.

Ailyê çepê ji tena meriyekî tê vemirandin
rûyek hindadibe
yekî din derdikeve li şûna yê kevn.

Ziman, sal, nav
tevhevdibin
di baxê min î guhurtinan de
li kurderê em rêya xwe hindadikin.

VOLA HAPERYAN Rûsiya Sipî
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

Срцето се регенерира
побавно од другите органи
и никогаш не се обновува целосно,
така пишува во учебникот.

мислам
ова значи
дека секој таму и ќе остане.

левата страна од телото на некој човек ќе биде избришана
нечие лице ќе исчезне
некое ново ќе порасне на местото на старото.

јазиците, годините, имињата
ќе се измешаат
во мојата градина со мутанти
каде го изгубивме нашиот пат.

VOLJA HAPEYEVA (Belarus),
ВОЛЈА ХАПЕЕВА (Белорусија)
English translation Annie Rutherford
Translation into Macedonian: Daniela Andonovska Trajkovska
Превод на македонски: Даниела Андоновска-Трајковска

***

Serce się odradza
wolniej niż inne organy
i nigdy nie odnawia się zupełnie
tak mówi podręcznik

a to znaczy
tak sądzę
że każdy, kto się tam znalazł, pozostanie

u kogoś lewa strona ciała będzie wymazana
zniknie twarz
na miejsce starej wyrośnie nowa

przemieszają się
języki, lata, imiona
w moim ogrodzie mutantów
gdzie zabłądziliśmy

WOLHA (WOLIA) HAPIEJEWA (Białoruś),
Przekład (autoryzowany) na polski: Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień
Translated to Polish: Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień

***

O coração regenera-se
mais lentamente que os outros órgãos
e nunca se restabelece por completo,
é o se diz nos livros.

Creio
que isto significa
que tudo permanecerá lá dentro.

Será apagado o lado esquerdo do corpo
um rosto vai desaparecer
surgindo um novo no lugar do antigo.

Idiomas, anos, nomes
misturar-se-ão
no meu jardim de mutações
onde perdemos o nosso caminho.

VOLJA HAPEYEVA, Bielorrúsia
Tradução portuguesa: Maria do Sameiro Barroso

***

inima se regenerează
mai lent decât alte organe
și niciodată nu e nouă pe deplin,
așa reiese de prin manuale.

aceasta înseamnă,
zic eu,
că se acumulează totul în ea.

latura stângă a unui corp se șterge,
iar când dispare un chip
crește unul nou pe locul celui vechi.

limbile, anii, numele
se întrepătrund
în grădina mea cu mutanți
în care am uitat drumul.

VOLJA HAPEYEVA, (Bielorusia),
Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translated into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

Сердце восстанавливается
медленнее других органов
и полностью никогда не обновляется –
так написано в инструкции.

А это значит,
я думаю,
что все в нем останутся.

Левую сторону чьего-то тела сотрут,
лицо исчезнет,
и вместо появится новое.

Языки, годы, имена
смешаются
в моем саду мутантов,
там, где мы совсем потеряли дорогу.

ОЛЬГА ГАПЕЕВА (Беларусь)
Перевод с английского языка Гермайна Дрогенбродта
Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translated into Russian by Daria Mishueva

***

Srce se obnavlja sporije
od drugih organa
i nikada nije potpuno obnovljeno,
kažu udžbenici.

mislim
da to znači
da će svi koji su tamo
ostati tamo.

leve strane tela osoba u srcu će
biti izbrisane
lica će nestati
i nova će porasti umesto njih.

Jezici, godine, imena
će se srasti
u mom vrtu bogalja
gde smo zalutali.

VOLJA HAPEYEVA (Belarus),
Sa engleskog prevela S. Piksiades
Translated into Serbian by S. Piksiades

***

lu cori si riggenira
chiù lentamenti di l’autri organi
e non si rinnova cumpletamenti,
accussì dicunu li libbra di testu.

Chistu voli diri,
cridu,
ca tutti restanu ddaddintra.

Lu latu mancu dû corpu di na pirsuna
veni scancillatu,
na facci scumpari
nautra crisci a lu so postu.

Linguaggi, anni, nomi
si mmiscanu ntra d’iddi
ntô me jardinu di mutanti
unni pirdemmu la via.

VOLJA HAPEYEVA (Belarus),
Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

***

மற்ற அவயவங்களைக்காட்டிலும்
மிகவும் மெதுவாக
இதயம் புத்துயிரீட்டுகிற து
எப்பொழுதுமே முழுமையாக

புதியதாக்குவதில்ல
அப்படித்தான் புத்தகம் சொல்கிறது!
அதாவது
ஒவ்வொருவரும் இருப்பார்

என நினைக்கிறேன்
ஒரு மனிதனின் இடது பக்கம் அழிக்கப்பட்டு விடும்
முகம் மறைந்துவிடும்
அதன் இடத்தில் புதியதாக

ஒன்று வளர்ந்துவிடும்
மொழிகள், ஆண்டுகள், பெயர்கள்
எல்லாம் ஒறோடு ஒன்று கலந்துவிடும்
எங்கே நாம் வழியை விட்டோமோ அங்கு
எனது ஓசையற்ற தோட்டத்தில் !

ஆக்கம் மொழிமாற்றம்
வோல்ஜா ஹபேயேவா (பெலாரஸ்)
அன்னீ ரூதர்ஃபோர்ட் – ஆங்கிலத்தில்
Translated into Tamil by DR. N V Subbaraman

Recueil: ITHACA 716
Editions: POINT
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Je ne sais pas si tu m’aimais (Joan Fuster i Ortells)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2022




    
Je ne sais pas si tu m’aimais : je t’aimais
et c’était tout, et ça suffisait, et les jours
faisaient pour moi des recoins les plus tendres.

Je t’aimais avec les heures et avec le rêve,
je te chantais, tu passais, et ce fut avril
et par toi je connus l’étonnement de ma chair.

Oui, je t’aimais, lent et sourd.
Comme des choses flétries tiennent l’une à l’autre.
Comme on apprend la langue de l’absence.

(Joan Fuster i Ortells)

, Espagne
Traduction Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache

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JE TOUCHE TES LEVRES (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2022



Illustration: Alice de Miramon
    
JE TOUCHE TES LEVRES

Je touche tes lèvres,
je touche d’un doigt le bord de tes lèvres.
Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main,
comme si elle s’entrouvrait pour la première fois
et il me suffit de fermer les yeux
pour tout défaire et tout recommencer.

Je fais naître chaque fois la bouche que je désire,
la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage,
une bouche choisie entre toutes, choisie par moi
avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui,
par un hasard que je ne cherche pas à comprendre,
coïncide exactement à ta bouche
qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.

Tu me regardes, tu me regardes de tout près,
tu me regardes de plus en plus près,
nous jouons au cyclope,
nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent,
et les cyclopes se regardent, respirent confondus,
les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres,
appuyant à peine la langue sur les dents,
jouant dans leur enceinte où va et vient
un air pesant dans un silence et un parfum ancien.

Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux,
caressent lentement la profondeur de tes cheveux,
tandis que nous nous embrassons
comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons,
de mouvement vivants, de senteur profonde.

Et si nous nous mordons, la douleur est douce
et si nous sombrons dans nos haleines mêlées
en une brève et terrible noyade,
cette mort instantanée est belle.

Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr,
et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Marelle
Traduction: Laure Bataillon & Françoise Rosset
Editions: Gallimard

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