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Posts Tagged ‘langueur’

La Veillée (Antoine de Bertin)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020



 

Domingo Moreno Otero  -fantasia-vespertina-pintores-latinoamericanos-juan-carlos-boveri

La Veillée

J’avais signalé ma tendresse ;
L’Amour applaudissait ; j’étais égal aux dieux.
Accablé de langueurs, de fatigue et d’ivresse :
Entre les bras de ma maîtresse
Le doux sommeil avait fermé mes yeux.
Elle qui n’est plus écolière
Dans l’art qu’elle a, sous moi, naguère commencé,
De sa bouche amoureuse entrouvrit ma paupière,
Et d’un son de voix doux à l’oreille adressé :
« Tu dors, paresseux, me dit-elle ?
Regarde, il n’est pas encor jour.
Tu dors à l’heure la plus belle
Que le cercle des nuits ramène pour l’amour.
Laissons, laissons la diligente aurore
S’arracher, sans pitié, du lit de son amant ;
Jouissons, nous mortels, profitons du moment :
Qui sait, hélas ! demain si nous serons encore !
Viens, je brûle, écartons ces voiles indiscrets !
prends-moi : contre ton sein que je meure enchaînée
Recommençons nos jeux ; invoquons Dionée :
Veillons, tu dormiras après,
Si tu veux, toute la journée.

(Antoine de Bertin)

Illustration: Domingo Moreno Otero

 

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Je me rappelle — instant de grâce (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2020




    
Je me rappelle — instant de grâce :
Quand tu parus à mes côtés,
Je fus saisis, — vision fugace
Du pur génie de la beauté.

Dans la langueur désespérante,
Dans le fracas des vanités,
Longtemps vibra ta voix pressante,
Longtemps, tes traits m’ont habité.

Les ans passèrent. Dans l’orage
Mes rêves furent emportés,
Et j’ai perdu ta douce image,
Ta voix pressante m’a quitté.

Claustrés au fond d’un lourd silence,
Paisiblement passaient mes jours,
Sans poésie, sans transcendance,
Sans vie, sans larmes, sans amour.

Mais l’âme a retrouvé la grâce,
Tu reparais à mes côtés,
Divinité, vision fugace
Du pur génie de la beauté.

Et, de nouveau, la renaissance,
Et la lumière est de retour —
La poésie, la transcendance,
La vie, les larmes et l’amour.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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DE L’ISOLEMENT (Christine de Pisan)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020




    
DE L’ISOLEMENT

Seulette suis et seulette veux être,
Seulette m’a mon doux ami laissée,
Seulette suis, sans compagnon ni maître,
Seulette suis, dolente et courroucée
Seulette suis, en langueur malaisée
Seulette suis, plus que nulle égarée,
Seulette suis, sans ami demeurée.

Seulette suis à la porte, en fenêtre,
Seulette suis en un coin bien murée,
Seulette suis pour moi de pleurs repaître,
Seulette suis, dolente ou apaisée,
Seulette suis, que rien tant ne m’agrée,
Seulette suis, en ma chambre enserrée,
Seulette suis, sans ami demeurée.

Seulette suis partout et en tout aître,
Seulette suis, que je marche ou je siée,
Seulette suis, plus que nul ne peut être,
Seulette suis, de chacun délaissée,
Seulette suis, durement abaissée,
Seulette suis, souvent toute éplorée,
Seulette suis, sans ami demeurée.

Envoi
Princes, or est ma douleur commencée
Seulette suis, de tout deuil menacée,
Seulette suis, plus sombre que nuitée,
Seulette suis, sans ami demeurée.

(Christine de Pisan)

 

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Jane (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



Ciric  Sybille

Jane

Je pâlis et tombe en langueur :
Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.

Rose pourprée et tout humide,
Ce n’était pas sa lèvre en feu ;
C’étaient ses yeux d’un si beau bleu
Sous l’or de sa tresse fluide.

Je pâlis et tombe en langueur :
Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.

Toute mon âme fut ravie !
Doux étaient son rire et sa voix ;
Mais ses deux yeux bleus, je le vois,
Ont pris mes forces et ma vie !

Je pâlis et tombe en langueur :
Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.

Hélas ! la chose est bien certaine :
Si Jane repousse mon voeu,
Dans ses deux yeux d’un si beau bleu
J’aurai puisé ma mort prochaine.

Je pâlis et tombe en langueur :
Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.

(Leconte de Lisle)

 

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UNE COMPLAINTE JUIVE (David Einhorn)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019



Illustration: Rafal Olbinski
    
UNE COMPLAINTE JUIVE

Comme à leur arc rivées
Les cordes sont tendues,
Tirées à se briser
Par des mains inconnues,
Mais sans frémir, muettes,
Comme avant la tempête
Dans les yeux la tristesse
Se calcine, embrasée.

Terrifiant silence
Qu’on ne peut endurer,
Douleur à ne pas dire
Plaie à ne pas montrer,
Comme harpes qui pendent
Muettes sur les branches
Quand dans les doigts se fendent
Les sanglots étranglés.

Pourtant les heures restent
Quand l’océan s’endort,
Que du bleu sourd le presque
Imperceptible accord,
Vers nous, de chaque corde,
Un écho monte alors,
Comme prière il flotte
Comme une voix implore.

Tout s’allège et la peine
Peut alors déposer
Au coeur comme au désert
Un semblant de rosée.
Le réconfort nous berce
Comme longue langueur,
Une complainte juive
Se trempe dans les pleurs.

(David Einhorn)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le champ a réveillé ses enfants (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



    
Le champ a réveillé ses enfants
Son visage est choeur, ses mains sont cithare

Les oiseaux récitent leur passion
Un rossignol ravale sa langueur
Trempe sa corde
Dans le nectar de l’arbre

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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LÉDA (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019



 

Leda_Botero

LÉDA

Au centre du bassin où le marbre arrondi
Entoure une onde léthargique qui tressaille
D’une ride qu’y fait, de son bec qui l’entaille,
Un cygne se mirant à son miroir verdi,

Elle cambre son corps qu’une attente roidit;
Son pied nu touche l’eau que son orteil éraille,
Et sa langueur s’accoude à la rude rocaille,
Et son geste s’étire au métal engourdi.

Les cygnes nonchalants qui nagent autour d’elle
Approchent de la Nymphe et la frôlent de l’aile
Et caressent ses flancs de leurs cols onduleux;

Et le bronze anxieux dans l’eau qui le reflète
Semble encor palpiter de l’amour fabuleux
Qui jusqu’en son sommeil trouble sa chair muette.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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Eté (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

Albert Pinkham Ryder  6 [1280x768]

Eté

Le clair soleil d’avril ruisselle au long des bois.
Sous les blancs cerisiers et sous les lilas roses
C’est l’heure de courir au rire des hautbois.

Vos lèvres et vos seins, ô les vierges moroses,
Vont éclore aux baisers zézayants du zéphyr
Comme aux rosiers en fleur les corolles des roses.

Déjà par les sentiers où s’étouffe un soupir,
Au profond des taillis où l’eau pure murmure,
Dans le soir où l’on sent le sommeil s’assoupir,

Les couples d’amoureux dont la jeunesse mûre
Tressaille de désir sous la sève d’été
S’arrêtent en oyant remuer la ramure

Et hument dans l’air lourd la langueur du Léthé.

(Stuart Merrill)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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« Vous devez être fatiguée… » (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2019



« Vous devez être fatiguée… » L’employé de la gare me salue
et ces mots résonnent subtilement
dans la langueur de mon coeur

(Tawara Machi)

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Locutions des Pierrots (I) (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2019



 

Pietro Annigoni (1922)

Locutions des Pierrots

I

Les mares de vos yeux aux joncs de cils,
Ô vaillante oisive femme,
Quand donc me renverront-ils
La Lune-levante de ma belle âme ?

Voilà tantôt une heure qu’en langueur
Mon coeur si simple s’abreuve
De vos vilaines rigueurs,
Avec le regard bon d’un terre-neuve.

Ah ! madame, ce n’est vraiment pas bien,
Quand on n’est pas la Joconde,
D’en adopter le maintien
Pour induire en spleens tout bleus le pauv’ monde !

(Jules Laforgue)

Illustration: Pietro Annigoni

 

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