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Posts Tagged ‘langueur’

Jane (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



Ciric  Sybille

Jane

Je pâlis et tombe en langueur :
Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.

Rose pourprée et tout humide,
Ce n’était pas sa lèvre en feu ;
C’étaient ses yeux d’un si beau bleu
Sous l’or de sa tresse fluide.

Je pâlis et tombe en langueur :
Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.

Toute mon âme fut ravie !
Doux étaient son rire et sa voix ;
Mais ses deux yeux bleus, je le vois,
Ont pris mes forces et ma vie !

Je pâlis et tombe en langueur :
Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.

Hélas ! la chose est bien certaine :
Si Jane repousse mon voeu,
Dans ses deux yeux d’un si beau bleu
J’aurai puisé ma mort prochaine.

Je pâlis et tombe en langueur :
Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.

(Leconte de Lisle)

 

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UNE COMPLAINTE JUIVE (David Einhorn)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019



Illustration: Rafal Olbinski
    
UNE COMPLAINTE JUIVE

Comme à leur arc rivées
Les cordes sont tendues,
Tirées à se briser
Par des mains inconnues,
Mais sans frémir, muettes,
Comme avant la tempête
Dans les yeux la tristesse
Se calcine, embrasée.

Terrifiant silence
Qu’on ne peut endurer,
Douleur à ne pas dire
Plaie à ne pas montrer,
Comme harpes qui pendent
Muettes sur les branches
Quand dans les doigts se fendent
Les sanglots étranglés.

Pourtant les heures restent
Quand l’océan s’endort,
Que du bleu sourd le presque
Imperceptible accord,
Vers nous, de chaque corde,
Un écho monte alors,
Comme prière il flotte
Comme une voix implore.

Tout s’allège et la peine
Peut alors déposer
Au coeur comme au désert
Un semblant de rosée.
Le réconfort nous berce
Comme longue langueur,
Une complainte juive
Se trempe dans les pleurs.

(David Einhorn)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le champ a réveillé ses enfants (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



    
Le champ a réveillé ses enfants
Son visage est choeur, ses mains sont cithare

Les oiseaux récitent leur passion
Un rossignol ravale sa langueur
Trempe sa corde
Dans le nectar de l’arbre

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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LÉDA (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019



 

Leda_Botero

LÉDA

Au centre du bassin où le marbre arrondi
Entoure une onde léthargique qui tressaille
D’une ride qu’y fait, de son bec qui l’entaille,
Un cygne se mirant à son miroir verdi,

Elle cambre son corps qu’une attente roidit;
Son pied nu touche l’eau que son orteil éraille,
Et sa langueur s’accoude à la rude rocaille,
Et son geste s’étire au métal engourdi.

Les cygnes nonchalants qui nagent autour d’elle
Approchent de la Nymphe et la frôlent de l’aile
Et caressent ses flancs de leurs cols onduleux;

Et le bronze anxieux dans l’eau qui le reflète
Semble encor palpiter de l’amour fabuleux
Qui jusqu’en son sommeil trouble sa chair muette.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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Eté (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

Albert Pinkham Ryder  6 [1280x768]

Eté

Le clair soleil d’avril ruisselle au long des bois.
Sous les blancs cerisiers et sous les lilas roses
C’est l’heure de courir au rire des hautbois.

Vos lèvres et vos seins, ô les vierges moroses,
Vont éclore aux baisers zézayants du zéphyr
Comme aux rosiers en fleur les corolles des roses.

Déjà par les sentiers où s’étouffe un soupir,
Au profond des taillis où l’eau pure murmure,
Dans le soir où l’on sent le sommeil s’assoupir,

Les couples d’amoureux dont la jeunesse mûre
Tressaille de désir sous la sève d’été
S’arrêtent en oyant remuer la ramure

Et hument dans l’air lourd la langueur du Léthé.

(Stuart Merrill)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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« Vous devez être fatiguée… » (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2019



« Vous devez être fatiguée… » L’employé de la gare me salue
et ces mots résonnent subtilement
dans la langueur de mon coeur

(Tawara Machi)

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Locutions des Pierrots (I) (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2019



 

Pietro Annigoni (1922)

Locutions des Pierrots

I

Les mares de vos yeux aux joncs de cils,
Ô vaillante oisive femme,
Quand donc me renverront-ils
La Lune-levante de ma belle âme ?

Voilà tantôt une heure qu’en langueur
Mon coeur si simple s’abreuve
De vos vilaines rigueurs,
Avec le regard bon d’un terre-neuve.

Ah ! madame, ce n’est vraiment pas bien,
Quand on n’est pas la Joconde,
D’en adopter le maintien
Pour induire en spleens tout bleus le pauv’ monde !

(Jules Laforgue)

Illustration: Pietro Annigoni

 

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PALE ET LENTE, SI PALE EN SA ROBE D’ÉTÉ… (André Rivoire)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



Christophe Gilbert la mariée aux gants [800x600]

PALE ET LENTE, SI PALE
EN SA ROBE D’ÉTÉ…

Pâle et lente, si pâle en sa robe d’été,
Si lente en ses langueurs, oh ! si pâle et si lente,
Elle va promenant sa douleur nonchalante,
Par les prés sans parfum, sous le ciel sans clarté.

Et voici qu’en son cœur, serré d’une agonie,
L’adieu d’un cor se traîne en de mornes abois…
Oh ! s’en aller ainsi, quand les feuilles des bois
S’entassent, pour mourir, parmi l’herbe jaunie !

Mourir aussi, mourir avec les feuilles d’or,
Dans la douceur et la tristesse de l’automne,
En écoutant pleurer la bise monotone,
Sourire au soir qui tombe, et rêver qu’on s’endort !

(André Rivoire)

 

 

 

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Penché dans la brise légère (Liu Yong)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



Penché dans la brise légère, au sommet de la tour,
Je scrute les lointains, et une langueur printanière
Confusément monte de l’horizon.
Les teintes de la végétation s’embrument dans les vestiges du jour.
Silencieux, je reste accoudé à la balustrade : qui pourrait me comprendre?

Je vais sans retenue boire jusqu’à l’oubli.
Avec l’ivresse viennent les chansons,
Mais gaîté forcée n’apporte point de plaisir.
Ma robe peut bien flotter, je n’ai aucun regret,
Car elle vaut la peine que je perde la santé.

(Liu Yong)


Illustration: Jean-Charles Blais

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Cette averse (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2019



Illustration: Leonid Afremov
    
Cette averse, Badoure, où ma langueur balance
A t’émouvoir, s’éloigne ainsi qu’un messager,
Écoutes-en tarir le battement léger
Dans nos coeurs, et l’amour s’enchanter de silence.

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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