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Union des corps (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2019



Illustration: Christophe Merlot
    
Union des corps

Chaque membre réclame chaque membre.
L’union de l’esprit appelle l’union des corps.
Le corps possédé par le coeur sous la pression du coeur
Languit de s’évanouir dans ton corps.
Les yeux sans cesse attirés par tes yeux,
Les lèvres cherchent à mourir à l’intérieur de tes lèvres.
L’âme assoiffée qui gémit amèrement
Pour te contempler avec chaque membre.
Le coeur dissimulé dans la mare du corps,
Sur son bord éternellement je verse mes larmes.
Remplissant de tous mes membres la soif du coeur
Je plongerai au fond du mystère du corps.
Jour et nuit mon esprit, mon corps pour toujours
Seront absorbés par chacun de tes membres.

***

Bodies meeting

Each limb craves for every limb.
Ûnion of spirit looks for union of bodies.
Body possessed by heart with the weight of heart
Longs to faint into your body.
Eyes endlessly drawn by your eyes,
Lips want to die inside your lips.
Thirsty the soul is bitterly wailing
To contemplate you with every limb.
Heart concealed in the pool of body,
Eternally I keep on weeping on its bank.
Pouring all my limbs in the yearning heart
I shall plunge into the mystery of body.
Day and night, my mind, my body for ever
Will get absorbed in each of your limbs.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Au bord de la nuit (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2018




    
Au bord de la nuit

Ma chambre et cette immensité
veillant sur le pays crépusculaire
sont une seule chose. Je suis corde
tendue sur les amples
rumeurs des résonances.

Les choses sont corps de violons
chargés d’obscurité grondante;
y rêvent les larmes des femmes,
y bouge en dormant la colère
de races entières…
Je dois
être frémissement d’argent : tout alors
sous moi prendra vie,
et ce qui erre dans les choses
aspirera à la lumière
qui, de ma chanson dansante
autour de quoi le ciel ondule,
à travers les minces fentes
languissantes tombe
dans les antiques
abîmes
sans fin…

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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UNE CHOSE TROUBLE… (Pierre Minet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2018




    
UNE CHOSE TROUBLE…

Une chose trouble
marque le corps de sa valeur imperceptible,
grandit
vient habiter le tabernacle du regard,
laisse se fondre les plaisirs de l’ œil,
engendre dans le coeur une ligne blanche —
L’affaire naturelle: l’alliage conduit,
chaque mouvement fait languir et renaître:
depuis l’origine
la graduation des silences;
le fol alignement du cœur —
Sur nos deux bouches court le voyageur de l’amour

(Pierre Minet)

 

Recueil: Les poètes du Grand Jeu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le temps qui peut changer (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018




    
Le temps qui peut changer
Le nuage en nuage
Et le roc en rocaille,

Qui fait aussi languir
Un oiseau dans les sables

Et réduit au silence
De l’eau pure tombéе
Dans l’oubli des crevasses,

Le temps existe,
A mi-chemin.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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CANTIQUES SPIRITUELS DE L’ÂME (Saint Jean de la Croix)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Illustration: Marc Chagall
    
CANTIQUES SPIRITUELS DE L’ÂME

I
Où vous étes-vous caché, mon bien-aimé ?
Vous m’avez abandonnée dans les gémissements ;

Vous avez pris la fuite comme un cerf,
Après m’avoir blessée;
Je suis sortie après vous en criant ;
mais déjà vous vous en étiez allé.

II
Pasteurs, autant que vous êtes qui irez
Par les cabanes à la colline,
Si par hasard vous voyez
Celui que je chéris plus que tout le monde,
Dites-lui que je languis,
que je suis tourmentée, que je me meurs.

III
En cherchant mes amours,
J’irai par ces montagnes et par ces rivages ;
Je ne cueillerai point de fleurs,
Je ne craindrai pas les bêtes sauvages,
Et je passerai par les forts et par les frontières.

IV
O forêts, ô épaisseurs,
Plantées par la main de mon bien-aimé !
O pré toujours vert,
Émaillé de fleurs!
Dites si mon amant a passé par vos campagnes.

V
En répandant mille grâces,
Il a passé à la hâte par ces forêts,
Et en les regardant
De sa seule figure,
Il les a laissées revêtues de sa beauté.

VI
Hélas qui me pourra guérir?
Ah! donnez-vous véritablement tout à moi;

Ne m’envoyez plus
D’ici en avant des messagers,
Qui ne peuvent dire ce que je souhaite.

VII
Et tous autant qu’ils sont qui s’appliquent à vous connaître,
Me parlent de mille grâces qui viennent de vous ;

Mais alors ils me blessent davantage,
Et me laissent toute mourante;
Ils disent je ne sais quoi en bégayant,
Mais ils ne s’expliquent pas clairement.

VIII
Mais comment subsistez-vous,
O vie, ne vivant pas où vous vivez,
Puisque les traits qui vous viennent des choses
que vous connaissez en votre bien-aimé,
vous donnent la mort?

IX
Pourquoi donc avez-vous blessé ce coeur,
Et pourquoi ne l’avez-vous pas guéri?
Et puisque vous l’avez dérobé,
Pourquoi l’avez-vous laissé?
Pourquoi ne prenez-vous pas la proie que
vous avez faite ?

X
Éteignez mes ennuis,
Que personne que vous ne peut adoucir ;
Que mes yeux vous voient,
Puisque vous êtes leur lumière ;
Je ne désire les avoir que pour vous.

XI
Faites voir votre présence,
Et que votre beauté me fasse mourir :
Considérez que la maladie d’amour ne se guérit bien
que par la présence et par la figure.

XII
O fontaine cristalline,
Si dans vos surfaces argentées
Vous formiez promptement les yeux que je désire,
Et que j’ai ébauchés dans mes entrailles !

XIII
Détournez vos yeux,mon bien-aimé,
Parce que je m’envole.
Revenez, ma colombe;
Car le cerf qui est blessé paraît sur le haut de la colline,
Et le vent de votre vol le rafraîchit…

XIV
Mon bien-aimé est comme les montagnes,
Comme les vallées solitaires et pleines de bois,

Comme les îles étrangères,
Comme les fleuves qui coulent avec bruit,
Comme le souffle des doux zéphyrs.

XV
Il est comme une nuit tranquille
Qui approche de l’aurore naissante ;
Comme une musique sans bruit,
Comme une solitude harmonieuse,
Comme un souper qui recrée et qui attire l’amour.

XVI
Notre lit est couvert de fleurs,
Entrelacé de cavernes de lions,
Teint de pourpre,
Fait sur la paix,
Couronné de mille boucliers d’or.

XVII
Après vos vestiges,
Les jeunes filles courent au chemin,
Au toucher d’une étincelle,
Au vin mixtionné,
Aux odeurs d’un baume divin.

XVIII

J’ai bu dans la cave intérieure de mon bien-aimé;
Et quand je suis sortie
Par toute cette plaine,
Je ne connaissais plus rien,
Et j’ai perdu le troupeau que je suivais auparavant.

XIX
Là il m’a donné ses mamelles,
Là il m’a enseigné une science très-savoureuse ;

Et je me suis donnée effectivement toute à lui,
sans réserver aucune chose ;
Là je lui ai promis d’être son épouse.

XX
Mon âme et toute ma substance s’emploient à son service;
Je ne garde plus mon troupeau, et je ne fais plus d’autre office,
Car tout mon exercice est d’aimer.

XXI
Si donc d’ici en avant
on ne me voit plus dans les prés,
et si on ne m’y trouve plus,

Dites que je me suis perdue;
car, étant tout enflammée d’amour,
je me suis volontairement perdue;
mais ensuite on m’a recouvrée.

XXII
De fleurs et d’émeraudes
Choisies dès le grand matin,
Nous ferons des bouquets.
Fleuris en votre amour,
Et liés de l’un de mes cheveux.

XXIII
Dans ce seul cheveu
Que vous avez considéré volant sur mon cou,

Et que vous avez regardé sur mon cou,
Vous avez été lié,
Et vous avez été blessé par l’un de mes yeux.

XXIV
Lorsque vous me regardiez,
Vos yeux m’imprimaient votre grâce ;
C’est pourquoi vous m’aimez.
En cela mes veux méritaient d’adorer ce qu’ils voyaient en vous.

XXV
Ne me méprisez pas ;
Car si vous avez trouvé en moi une couleur noire,

Vous pouvez maintenant me regarder.
Après que vous m’avez déjà regardée,
Car vous m’avez laissé de la grâce et de la beauté.

XXVI
Prenez-nous les renards,
Car notre vigne est déjà fleurie,
Pendant que nous faisons un bouquet de roses,

En forme de pomme de pin,
Et qu’aucun ne paraisse dans nos collines.

XXVII
Arrête-toi, vent du septentrion, qui donnes la mort;

Viens, vent du midi, qui réveilles les amours ;

Souffle par mon jardin,
Et que ses odeurs se répandent,
Et que mon bien-aimé se repaisse entre les fleurs.

XXVII
L’épouse est maintenant entrée
Dans l’agréable jardin qu’elle désirait,
Et elle repose à son gré,
Le cou penché,
Sur les doux bras de son bien-aimé.

XXIX
Sous un pommier
Je vous ai épousée ;
Là je vous ai donné la main,
Et vous avez été réparée
Où votre mère avait été violée.

XXX
Oiseaux, qui avez les ailes légères,
Lions, cerfs, daims sautants,
Montagnes, vallées, rivages,
Eaux, vents, ardeurs,
Craintes, gardes de nuit,

XXXI
Par les lyres agréables,
Et par le chant des syrènes, je vous conjure
D’apaiser votre colère,
Et de ne point toucher la muraille,
Afin que l’épouse dorme plus sûrement.

XXXII
O nymphes de Judée,
Pendant qu’entre les fleurs et les rosiers
L’ambre gris répand son parfum,
Demeurez dans les faubourgs,
Et ne touchez pas le seuil de nos portes.

XXXIII
Cachez-vous, mon bien-aimé,
Et tournez le visage pour regarder les montagnes,

Et ne le dites à personne ;
Mais, au contraire, voyez les campagnes
De celle qui va par les îles étrangères.

XXXIV
La colombe blanche
Revint dans l’arche avec une branche d’olivier;

Et la chaste tourterelle
Trouve sa compagne qu’elle désire
Dans les rivages verts.

XXXV
Elle vivait dans la solitude;
Et elle a mis son nid dans la solitude :
Et son bien-aimé seul
La conduit dans la solitude;
Il est ainsi blessé d’amour dans la solitude.

XXXVI
Réjouissons-nous, mon bien-aimé;
Allons nous regarder dans votre beauté.
Sur la montagne ou sur la colline,
D’où coule une eau pure;
Entrons plus avant dans l’épaisseur.

XXXVII
Et incontinent nous irons ensemble
Aux sublimes cavernes de la pierre,
Qui sont fort cachées,
Et nous entrerons là,
Et nous y goûterons le jus des grenades.

XXXVIII
Là vous me montreriez
Ce que mon âme prétendait ;
Et là même vous me donneriez encore aussitôt,

O ma vie, ce que vous m’aviez donné l’autre jour.

XXXIX
L’agréable souffle du vent,
Le doux chant du rossignol,
Le bois et son agrément,
Pendant la nuit sereine,
Avec la flamme qui consume et qui n’est pas fâcheuse.

XXXX
Aminadab n’était vu de personne,
Et il ne paraissait pas ;
Le siège s’adoucissait,
Et la cavalerie descendait
A la vue des eaux.

***

I
Adonte te eseondiste,
Amado, y me dexaste con gemido ?

Como ciervo huiste,
Aviéndome herido;
Sali iras ti clamando, y eras ido.

II
Pastores, los que fuerdes
Allá por las majadas al otero,
Si por ventura vierdes
Aquel que yo mas quiero,
Dezidle que adolezco, peno, y muero.

III
Buscando mis amores
Iré por essos montes y riberas;
Ni cogeré las flores,
Ni temeré las fieras,
Y passaré las fuertes, y fronteras.

IV
O bosques y espessuras,
Plantadas por la mano de mi amado !
O prado de verduras !
De flores esmaltado,
Dezid si por vosotras ha passade

V
Mil gracias derramando
Passó por estos sotos con presura,
Y yéndolos mirando
Con sola su figura
Vestidos los dexó de su hermosura.

VI
Ay quien podrá sanarme !
Acaba de entregarte va de vero,

No quieras embiarme
De oy mas ya mensagero,
Que no saben dezirme lo que quiero

VII
Y todos quantos vagan

De li me van mil gracias referiendo,

Y todas mas me liagan,
Y déxame muriendo
Un no se que, que
Queda balbuciendo.

VIII
Mas como perseveras,
O vida, no viviendo donde vives,
Y haziendo porque mueras,
Las flechas que recibes,
De lo que del amado en ti concibes?

IX
Porqué pues has Ilagado
Aqueste corazon , no le sanaste ?
Y pues me le lias robado,
Porqué asi le dexaste,
Y no tomas et robo que robaste ?

X
Apaga mis enojos,
Pues que ninguno basta à dehazellos,
Y véante mis ojos,
Pues qu’ ere lumbre dellos,
Y solo para ti quiero tenellos.

XI
Descubre tu presencia,
Y máterne tu vista y hermosura ;
Mira que la dolencia
De amor no bien se cura,
Sino con la presencia y la figura.

XII
O cristalina fuente,
Si en essos tus semblantes plateados,
Formasses de repente los ojos deseados,

Que tengo en mis entrañas dibuxados.

XIII
Apartaos, amado,
Que voy de buelo.
Buelete, paloma,
Que el ciervo vulnerado
Por el otero assoma,
Y el ayre de tu buelo fresco toma.

XIV
Mi amado, las montañas,
Los valles solitarios nemorosos,

Las insulas estranas,
Los rios sonorosos
El silvo de ios ayres amorosos.

XV
La noche sossegada,
En par de los levantes del aurora,
La musica callada,
La soledad sonora,
La cena que recrea, y enamora.

XVI
Nuestro lecho florido,
De cuevas de leones enlaçado ;
En purpura teñido,
De paz edificado,
Con mil escudos de oro coronado.

XVII
A zaga de tu huella,
Las jovenes discurren al camino,
Al toque de centella,
Al adobado vino,
Emissiones de bàlsamo divino.

XVIII
En la interior bodega de mi amado bebi,
Y quando salla,
Por toda aquesla vega,
Ya cosa no sabia,
Y el ganado perdi, que antes seguia.

XIX
Alli me dió su pecho,
Alli me enseñó ciencia muy sabrosa :

Vo le di de hecho ;
A mi, sin dexar cosa,
Alli le prometi de ser su esposa.

XX
Mi alma se ha empleado, y todo mi caudal en su servicio;
Ya no guardo ganado, ni ya tengo otro oficio,
Que ya solo en amares mi exercicio.

XXI
Pues ya si en et exido de oy
mas no fuere vista ni hallada;

Direis, que me he perdido;
que andando enamorada,
mehize perdedizà, y fui ganada.

XXII
De flores y esmeraldas
En las frescas mañanas escogidas
Haremos las guirnaldas,
En tu amor florezidas,
Y en un cabello mio entretexidas.

XXIII
En solo aquel cabello,
Que en mi cuello volar consideraste,

Mirastele en mi cuello,
Y en él preso quedaste,
Y en uno de mis ojos te Ilagaste.

XXIV
Quando tu me mirabas,
Tu gracia en mi tus ojos imprimian ;
Por esso me amabas,
Y en esso merecian,
Los mios adorar lo que en ti vian.

XXV
No quieras despreciarme ;
Que si color moreno en mi hallaste,

Ya bien puedes mirarme,
Despues que me miraste,
Que gracia, y hermosura en mi dexaste.

XXVI
Cogédnos las eaposas,
Que está ya florecida nuestra viña,
En tanto que de rosas,

Hazemos una piña,
Y no paresca nadie en la montiña.

XXVII
Detente cierço muerto,

Ven austro que recuerdas los amores ;

Aspira por mi huerto,
Y corran sus odores,
Y pacerá et amado entre las flores.

XXVII
Entrado se ha la esposa,
En el ameno huerto deseado,
Ya su sabor reposa,
El cuello reclinado,
Sobre los dulzes braços del amado.

XXIX
Debaxo del mançano
Alli con migo fuiste desposada ;
Alli te di la mano,
Y fuiste reparada
Donde tu madre fuera violada

XXX
A las aves ligeras,
Leones, ciervos, gamos saltadores,
Montes, valles, riberas,
Aguas, ayres, aidores,
Y miedos de la noche veladores,

XXXI
Por las amenas liras,
Y cantos de syrenas os conjuro,
Que cessen vuestras iras,
Y no toqueis al muro,
Porque la esposa duerma mas seguro.

XXXII
O ninfas de Judea,
En tanto que en las flores y rosales
El ambar parfumea,
Morad en los arrabales,
Y no querais locar nuestros umbrales.

XXXIII
Escóndete, carillo,
Y mira con tu haz á las montañas,

Y no quieras dexillo;
Mas mira las campañas,
De la que va por insulas extrañas.

XXXIV
La blanca palomica
A la arca con el ramo se ha tornado;

Y ya la tortolilla,
Al socio deseado,
En las rilteras verdes ha hallado.

XXXV
En soledad vivia ;
Y en soledad ha puesto ya su nido :
Y en soledad la guia,
A solas su querido,
Tambien en soledad de amor herido.

XXXVI
Gozémonos, amado,
Ya vámonos á ver en tu hermosura,
Al monte ó al collado,
Do mana et agua pura ;
Entremos mas adentro en la espesura.

XXXVII
Y luego alas subidas
Cabernas de la piedra nos iremos,
Que estan bien escondidas,
Y alii nos entraremos,
Y el mosto de granadas gustaremos.

XXXVIII
Alli me mostrarias,
Aquello que mi alma prelendia,
Y luego me darias

Alli tu, vida mia, aquello que me diste el otro dia.

XXXIX
El aspirar del ayre
El canto de la dulce filomela,
El soto y su donayre,
En la noche serena,
Con llama que consume, y no da pena.

XXXX
Que nadie lo miraba Aminadab,
Tam poco parecia,
Y el cerco sossegava,
Y la caballeria,
A vista de las aguas descendia.

(Saint Jean de la Croix)

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/carmel/jeandelacroix/jeandelacroix08.htm#_Toc134006116

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Impérissable créature (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Impérissable créature,
D’où te vient, non ta valeur,
Mais ce qu’en notre âme tu es,
Cette force que trahison,
Désillusion jamais n’épuisent,
Qui, toujours vive, à vous nous condamne ? Invincibles
Vous rôdez dans l’obscure trame
De nos cités, vous maintenez en vie
Une race détruite, vous les ultimes
Ministres de l’espérance, fût-elle vaine
En fin de compte !

Faut-il adoucir des souffrances :
Une femme le pourra ; un homme désespère
De son destin : c’est encore une femme
Qui le soutiendra le long du rocailleux chemin ;
Un homme brise son épée :
La femme aimée la lui remet,
Pure et brillante, en main.
Et pourtant nous savons
Combien cruelle, vile, traîtresse
Elle est.

Siècles et millénaires
S’étaient entassés l’un sur l’autre
Et désormais elle languissait, se défaisait
La race humaine, jadis glorieuse…
Sur la pourriture, sur le purin
Quelque chose flottait et c’était une femme.

***

Inesauribile creatura,
Donde ti viene, non già il tuo valore,
Ma quello che nel nostro anima sei,
Quella virtù che tradimento,
Che delusione non sgomenta,
Che sempre viva a voi ci sforza ? Invitte
Voi vi aggirate per l’oscura trama
Delle nostre città, serbate in vita
Una razza distrutta, voi ministre
Ultime di speranza, e sia pur vana
Infne !

Un male è da lenire
Una donna potrà ; dispera un uomo
Del suo destino : ed una donna ancora
Lo sosterrà lungo la via ronchiosa ;
Un uomo spezza la sua spada
Schietta e lucente nella mano
A lui la riporrà la donna amata.
E tuttavia sappiamo pure
Quanto feroce, vile, traditrice,
Ella.

S’erano i secoli, i millenni
L’uno sull’altro accatastati
Ed oramai languiva e si sfaceva
La stirpe umana, un di gloriosa…
Sul putridume, sul liquame
Qualcosa galleggiava : era una donna.

(Tommaso Landolfi)


Illustration: William Bouguereau

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IVRESSE D’AMOUR (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018



Illustration 
    
IVRESSE D’AMOUR
Li-Taï-Pé

Le vent agite doucement, à l’entour du Palais des Eaux,
les fleurs embaumées des nénuphars.

Sur la plus haute terrasse de Kou-sou
on peut apercevoir le roi de Lou, étendu nonchalamment.

Devant lui, Sy-Ché, la beauté même, danse, avec une grâce incomparable,
des gestes délicats et sans force.

Puis elle rit d’être aussi voluptueusement lasse, et, languissante,
vient s’appuyer du côté de l’Orient, au rebord de jade blanc du lit royal.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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LE MESSAGE (John Donne)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



 

Illustration: Achille Devéria
    
LE MESSAGE

Rends-moi mes yeux, qui s’égarèrent
Trop longtemps, quand sur toi restèrent :
Mais y eurent telles leçons
De tromperie
Et félonie
Qu’en est leur vue
Toute perdue
Par ta faute : garde-les donc.

Et rends-moi mon coeur sans malice,
Que méchants pensers ne ternissent;
Mais si lui enseigna le tien
A faire liesse
De la tendresse
Et simagrée
De foi jurée
Garde-le, car il n’est point mien.

Rends-moi pourtant mon coeur, ma vue,
Que tes ruses me soient connues,
Et que je rie, et sois comblé
Si, languissante,
Tu te tourmentes
Pour créature
Qui n’en a cure,
Ou perfide autant que tu l’es.

***

THE MESSAGE

Send home my long strayd eyes to mee,
Which (Oh) too long have dwelt on thee;
Yet since there they have learn’d such ill,
Such forc’dfashions,
And false passions,
That they be
Made by thee
Fit for no good sight, keep them still.

Send home my harmlesse heart againe,
Which no unworthy thought could stain;
But if it be taught by thine
To make jestings
Of protestings,
And crosse both
Word and oath,
Keepe it, for then ’tis none of mine.

Yet send me back my heart and eyes,
That I may know, and see thy lyes,
And may laugh and jay, when thou
Art in anguish
And dont languish
For some one
That will none,
Or prove as false as thou art now.

(John Donne)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: J.Fuzier et Y. Denis
Editions: Gallimard

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Thé et café (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



Thé et café

Le fleur de café voulut un jour faire le voyage de Chine
pour aller rendre visite à sa soeur la fleur de thé.
Celle-ci la reçut avec une bienveillance dans laquelle perçait un
léger sentiment de supériorité.
Pour la fleur de thé, en effet, le café n’était qu’une fleur barbare
avec laquelle elle consentait à entrer en relations
malgré la distance qui sépare une Chinoise civilisée
d’une étrangère encore plongée dans les ténèbres de l’ignorance:

—Ma noblesse est de six mille ans plus vieille que la vôtre,
elle date de la fondation même du royaume de Chine,
qui est le plus ancien des royaumes connus.
—Vous êtes si fade, s’écria le café, que les Chinois eux-mêmes
ont été obligés de vous abandonner pour l’opium.
Vous n’êtes plus pour eux un excitant, père de doux rêves,
mais une simple boisson de table, comme chez nous le
cidre ou la petite bière.
—J’ai conquis, répliqua le thé avec vivacité,
un peuple qui a vaincu les Chinois.
Je règne en Angleterre.
—Et moi en France.
—J’ai inspiré Walter Scott et lord Byron.
-J’ai animé la verve de Molière et de Voltaire.
—Vous êtes un poison lent.
—Et vous un vulgaire digestif.
—Tu brûles, moi je console.
—Je fortifie, tu fais languir.
—A moi le coeur.
—A moi la tête.

Les deux fleurs exaspérées allaient se prendre aux feuilles,
lorsqu’elles convinrent de s’en rapporter à un tribunal mi-parti de buveurs de thé et de café.
Ce tribunal siège depuis des siècles, il n’a pu encore formuler un jugement.

(J.J. Grandville)

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Paméla (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



 

Illustration: Yann Rivron
    
Paméla
Tango chanté

1
À Séville,
Belle ville,
Plus tranquille
Qu’à Bell’ ville
L’ beau Dédé fait travailler sa belle.
Aux «Señors» amoureux qui l’appellent
Elle vend
Pour de l’argent
Son beau corps ardent;
Plus félin’ qu’une Espagnole
Ell’ les affole,
Si bien qu’un jour,
Pâmé d’amour,
Don Pedro creva comme un tambour!

Refrain
Paméla, poupée d’amour
Née dans nos faubourgs,
Tu es le plus beau bijou
De l’Andalou,
Et tes soeurs
Dans leurs ardeurs
Les plus grisantes
A leurs possesseurs
Paraissent languissantes;

2
Paméla, tes yeux vainqueurs
Percent tous les coeurs
Paméla, ton corps pervers
Est comme un enfer!
Paméla, poupée d’amour
Née dans nos faubourgs,
Tu es le plus beau bijou
De l’Andalou
Un Alcade
De Grenade
En balade,
Par bravade,
Voulut voir la fameuse hétaïre
Se vantant qu’ell’ ne pourrait l’ séduire,
Mais devant
Ce corps troublant
Il tomba dément,
Et depuis ce jour fatal
D’vint radical
Si bien qu’un jour,
Grisé d’amour,
Il creva Alphons’ comme un tambour!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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