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Poésie

Posts Tagged ‘languissante’

Le Cygne (Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018




Le Cygne

Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l’onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
A des neiges d’avril qui croulent au soleil ;
Mais, ferme et d’un blanc mat, vibrant sous le zéphire,
Sa grande aile l’entraîne ainsi qu’un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
Le courbe gracieux comme un profil d’acanthe,
Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.
Tantôt le long des pins, séjour d’ombre et de paix,
Il serpente, et, laissant les herbages épais
Traîner derrière lui comme une chevelure,
Il va d’une tardive et languissante allure.
La grotte où le poète écoute ce qu’il sent,
Et la source qui pleure un éternel absent,
Lui plaisent ; il y rôde ; une feuille de saule
En silence tombée effleure son épaule.
Tantôt il pousse au large et, loin du bois obscur,
Superbe, gouvernant du côté de l’azur,
Il choisit, pour fêter sa blancheur qu’il admire,
La place éblouissante où le soleil se mire.
Puis, quand les bords de l’eau ne se distinguent plus,
A l’heure où toute forme est un spectre confus,
Où l’horizon brunit rayé d’un long trait rouge,
Alors que pas un jonc, pas un glaïeul ne bouge,
Que les rainettes font dans l’air serein leur bruit,
Et que la luciole au clair de lune luit,
L’oiseau, dans le lac sombre où sous lui se reflète
La splendeur d’une nuit lactée et violette,
Comme un vase d’argent parmi des diamants,
Dort, la tête sous l’aile, entre deux firmaments.

(Sully Prudhomme)

Illustration

 

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Le sommeil de Leïlah (Charles-Marie Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Le sommeil de Leïlah

Ni bruits d’aile, ni sons d’eau vive, ni murmures ;
La cendre du soleil nage sur l’herbe en fleur,
Et de son bec furtif le bengali siffleur
Boit, comme un sang doré, le jus des mangues mûres.

Dans le verger royal où rougissent les mûres,
Sous le ciel clair qui brûle et n’a plus de couleur,
Leïlah, languissante et rose de chaleur,
Clôt ses yeux aux longs cils à l’ombre des ramures.

Son front ceint de rubis presse son bras charmant ;
L’ambre de son pied nu colore doucement
Le treillis emperlé de l’étroite babouche.

Elle rit et sommeille et songe au bien-aimé,
Telle qu’un fruit de pourpre, ardent et parfumé,
Qui rafraîchit le coeur en altérant la bouche.

(Charles-Marie Leconte de Lisle)

Illustration: Fabio Cipolla

 

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SOUVENIRS D’AVRIL (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



Anders Zorn La-Nymphe-Amour-1885-Anders-Zorn

SOUVENIRS D’AVRIL

Le rythme argentin de ta voix
Dans mes rêves gazouille et tinte.
Chant d’oiseau, bruit de source au bois,
Qui réveillent ma joie éteinte.

Mais les bois n’ont pas de frissons,
Ni les harpes éoliennes.
Qui soient si doux que tes chansons,
Que tes chansons tyroliennes.

*

Parfois le vent m’apporte encor
L’odeur de ta blonde crinière.
Et je revois tout le décor
D’une folle nuit, printanière ;

D’une des nuits, où tes baisers
S’entremêlaient d’historiettes,
Pendant que de tes doigts rosés
Tu te roulais des cigarettes ;

Où ton babil, tes mouvements
Prenaient l’étrange caractère
D’inquiétants miaulements,
De mordillements de panthère.

*

Puis tu livrais tes trésors blancs
Avec des poses languissantes…
Le frisson emperlait tes flancs
Émus des voluptés récentes.

*

Ainsi ton image me suit,
Réconfort aux heures glacées,
Sereine étoile de la nuit
Où dorment mes splendeurs passées.

Ainsi, dans les pays fictifs
Où mon âme erre vagabonde,
Les fonds noirs de cyprès et d’ifs,
S’égayent de ta beauté blonde.

*

Et, dans l’écrin du souvenir
Précieusement enfermée,
Perle que rien ne peut ternir,
Tu demeures la plus aimée.

(Charles Cros)

Illustration: Anders Zorn

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A UNE FLEUR DE SOUCI (Gilles Durant)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2017



 

A UNE FLEUR DE SOUCI

J’aime la belle violette
L’oeillet et la pensée aussi ;
J’aime la rose vermeillette,
Mais surtout j’aime le souci.

Belle fleur, jadis amoureuse
Du Dieu que nous donne le jour,
Te dois-je nommer malheureuse
Ou trop constante en ton amour ?

Ce Dieu qui en fleur t’a changée
N’a point changé ta volonté ;
Encor, belle fleur orangée,
Sens-tu l’effort de ta beauté.

Toujours ta face languissante
Aux rais de son oeil s’épanit
Et quand sa lumière s’absente,
Soudain la tienne se ternit.

Je t’aime, souci misérable,
Je t’aime, malheureuse fleur,
D’autant plus que tu m’es semblable
Et en constance et en malheur.

J’aime la belle violette
L’oeillet et la pensée aussi ;
J’aime la rose vermeillette,
Mais surtout j’aime le souci.

(Gilles Durant)

 

 

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