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Poésie

Posts Tagged ‘larme’

Je suis un voyageur en noir (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2021



Je suis un voyageur en noir.
Qui voudrait suivre mes empreintes?
Qui voudrait m’entendre et savoir?
Bateau de deuil, bateau de plaintes,
Je suis un voyageur en noir.

Je suis un navire en détresse
Sous l’offense du mauvais sort.
Ma cargaison n’est que tristesse,
Ah! ne montez pas à mon bord,
Je suis un navire en détresse.

Je suis un voyageur en noir.
Toute saison m’est étrangère.
Un souvenir veut me revoir,
Ma pensée est sa messagère,
Je suis un voyageur en noir.

Enfants, beaux oiseaux demoiselles,
Citadelles d’enlacements,
Dites, la parole peut-elle,
Peut-elle égarer le tourment?
Enfants, beaux oiseaux demoiselles,

Peut-elle égarer le malheur,
Lui faire quitter son ouvrage,
Le changer en saule pleureur
Drapant une chambre d’ombrage?
Peut-elle égarer le malheur?

Mes mains sont herbier de caresses.
Herbes d’amour, fleurs de mes soins
Ne sont plus qu’ombre et sécheresse
En ma paume et bruissant au loin.
Mes mains sont herbier de caresses.

Notre lit était un pays,
Une île, une gorge bien creuse,
La plaine où nous avons cueilli
Des fleurs du nom d’aventureuses.
Notre lit était leur pays.

Jeunes filles battant des ailes,
Premiers rayons, premier oubli.
Dites, la parole peut-elle
Plier le drap de l’ancien lit ?
Jeunes filles battant des ailes,

Peut-elle égarer le chagrin,
Le changer en rose des vents marins,
Soit en forêt, soit en prairie ?
Peut-elle égarer le chagrin ?

Si vous montez du puits des larmes,
Enfants, vous venez de mon coeur.
Vous êtes, peut-être, en vos charmes
Ma morte libre de mes pleurs?
Si vous montez du puits des larmes

Vais-je m’arrêter à jamais
Auprès de vous, mes patineuses ?
Comme vous, celle que j’aimais
Etait en étant nombreuse.
Vais-je m’arrêter à jamais

Pour votre chaleur à ma hanche,
Pour goûter à votre pâleur
Et pour vos doux bras de peau blanche ?
Ne serais-je plus voyageur
Pour votre chaleur à ma hanche?

Sous quelque auvent, guettant mon pas,
Un petit garçon me supplie,
Il crie :  » Oh! ne t’attarde pas,
Ma mère croit que tu l’oublies
Sous quelque auvent, guettant un pas  »

Femme, mon ange fiancée,
Nous marierons nos souvenirs.
Cultive un jardin de pensées
Je viendrai bientôt les cueillir.
Femme, mon ange fiancée,

Regarde aux miroirs du trépas,
Rougissante des nuits prochaines,
Ta lèvre où mon baiser soupa.
Attend la fin de ma semaine,
Regarde aux miroirs du trépas.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Max Mitenkov

 

 

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Orange (Diana Burazer)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2021



    

Orange
(ou poème d’amour)

Grosse et mûre, je la prends dans ma main gauche,
je la caresse de la droite,
mon index effleure presque tous ses plis.
Les noeuds,
où demeure sa tristesse durcie,
me surprennent toujours par leur taille.
De mes ongles, je fais une première incision.
Pas de résistance particulière,
pas de révolte.
En silence
une larme jaune
marque notre consentement
mutuel au pénible processus qui s’ensuit
et annonce le début.
Le reste en découle:
je lui dénude une épaule,
puis l’autre.
Ensuite la taille.

Bientôt entièrement nue
dans une fine chemisette transparente,
elle tremble devant nos yeux.

Vas-y, partage-la, elle a l’air bonne —
en attendant à une distance d’où
tout a l’air bon.
Je retarde mes derniers gestes
car je sais
qu’une fois nue et partagée
il sera difficile de garder
ne fût-ce que la mémoire
de sa beauté intégrale.

(Diana Burazer)

Traduit du croate par Vanda Miksic

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Après l’hiver (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2021



    

Après l’hiver

Tout revit, ma bien aimée !
Le ciel gris perd sa pâleur ;
Quand la terre est embaumée,
Le coeur de l’homme est meilleur.

En haut, d’où l’amour ruiselle,
En bas, où meurt la douleur,
La même immense étincelle
Allume l’astre et la fleur.

L’hiver fuit, saison d’alarmes,
Noir avril mystérieux
Où l’âpre sève des larmes
Coule, et du coeur monte aux yeux.

O douce désuétude
De souffrir et de pleurer !
Veux-tu, dans la solitude,
Nous mettre à nous adorer ?

La branche au soleil se dore
Et penche, pour l’abriter,
Ses boutons qui vont éclore
Sur l’oiseau qui va chanter.

L’aurore où nous nous aimâmes
Semble renaître à nos yeux ;
Et mai sourit dans nos âmes
Comme il sourit dans les cieux.

On entend rire, on voit luire
Tous les êtres tour à tour,
La nuit les astres bruire,
Et les abeilles le jour.

Et partout nos regards lisent,
Et, dans l’herbe et dans les nids,
De petites voix nous disent :
« Les aimants sont les bénis ! »

L’air enivre ; tu reposes
A mon cou tes bras vainqueurs.
Sur les rosiers que de roses !
Que de soupirs dans nos coeurs !

Comme l’aube, tu me charmes ;
Ta bouche et tes yeux chéris
Ont, quand tu pleures, ses larmes,
Et ses perles quand tu ris.

La nature, soeur jumelle
D’Eve et d’Adam et du jour,
Nous aime, nous berce et mêle
Son mystère à notre amour.

Il Suffit que tu paraisses
Pour que le ciel, t’adorant,
Te contemple ; et, nos caresses,
Toute l’ombre nous les rend !

Clartés et parfums nous-mêmes,
Nous baignons nos coeurs heureux
Dans les effluves suprêmes
Des éléments amoureux.

Et, sans qu’un souci t’oppresse,
Sans que ce soit mon tourment,
J’ai l’étoile pour maîtresse ;
Le soleil est ton amant ;

Et nous donnons notre fièvre
Aux fleurs où nous appuyons
Nos bouches, et notre lèvre
Sent le baiser des rayons.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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À l’instant du réveil (Ishikawa Takuboku)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2020




    
À l’instant du réveil, en proie à l’émotion !
L’article sur un vieillard qui a quitté son foyer
m’a fait venir les larmes aux yeux.

***

(Ishikawa Takuboku)

 

Recueil: Le jouet triste
Traduction: Jérôme Barbosa et Alain Gouvret
Editions: Arfuyen

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Si tu me quittes (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



Illustration: Edvard Munch
    
Si tu me quittes, le lendemain je serai déjà vieux…

Notre soif n’est pas de ce monde, je te réponds.
Retenir les larmes ne rend pas l’homme plus fort,
pleure, si tu peux, pendant que tu es encore dans ma joie.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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Graine d’amour (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2020



 

Illustration: Oleg Zhivetin
    
Graine d’amour

Ô toi, si loin de mes regards,
c’est à Dieu que je te confie.
Tu m’as brûlé l’âme, pourtant
moi, je t’aime plus que ma vie.
Tant que je ne tirerai pas
le pan de mon linceul sous terre,
Ne crois pas que j’ôte ma main
du pan de ta robe légère.
Laisse-moi voir l’arcade sainte
de tes sourcils : au petit jour,
J’étendrai les bras pour prier
et les mettre autour de ton cou.
Même si je dois m’adresser
à l’ange déchu de Babel,
Je ferai cent tours de magie
pour te ramener, ô ma belle !
Je voudrais mourir avant toi,
ô mon médecin infidèle !
Vas donc ausculter ton patient :
je suis dans une attente telle !
J’ai fait ruisseler de mes yeux
sur mon sein cent ruisseaux de larmes,
pour arroser les grains d’amour
que je sèmerai dans ton coeur.
Le Bien-Aimé versa mon sang,
me sauvant des peines de coeur :
Voici ton clin d’oeil assassin
qui me transperce comme une arme.
Mais je pleure, et mon seul désir,
au sein de ce torrent de larmes,
C’est de pouvoir semer en toi
la seule graine de l’amour.
Sois généreux ! Reçois-moi donc,
pour que, dans l’ardeur de mon âme,
Mes larmes tombent à tes pieds,
comme des perles, tour à tour.

Vin, amour et libertinage,
Hâfez. ne sont pas ton partage ; –
Et pourtant. c’est ce que tu fais.
Tant pis pour toi, c’est bien dommage

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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DIMANCHE DE POISSONS (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2020



    

DIMANCHE DE POISSONS

Et puis un jour vient encore, un autre jour,
allonger la corde des jours perdus
à reculer sans cesse devant la montagne
des livres, des lettres ; un jour

propre et net, ouvert comme un lit, un quai
à l’heure des adieux — et le mouchoir qu’on tire
est le même qu’hier, où les larmes ont séché
— un lit de pierres, et c’est là où nous sommes,

occupés à nous taire longuement,
à contempler par cœur la mer au plafond
comme les poissons rouges du bocal,
avec une fois de plus, une fois encore

tout un dimanche autour du cou.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Le pêcheur d’eau
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES DERNIÈRES PIÈCES (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2020



Illustration: Erich Heckel
    
LES DERNIÈRES PIÈCES
à Jacques

Comme ceux qui crurent un jour dépasser l’horizon
et qui, le geste las, ne parlent plus qu’avec leur chien

tu répètes que le bonheur est plein de vide
et qu’on a beau crier contre les murs sournois,

l’herbe demeure le chemin le plus tendre
vers l’abattoir — et le boucher peut encore

caresser sa femme avec des mains de soie.
Et tu cries, oui tu cries, mais de plus en plus bas :

bonheur, bonheur, comme on jette,
couché sur la margelle du ciel,

ses dernières pièces dans le bleu qui bouge :
ces yeux que rien ne comble plus

sinon dans la nuit des amants outragés
la sourde et lente montée des larmes.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Le pêcheur d’eau
Traduction:
Editions: Gallimard

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DERNIER CHANT (Miguel Hernández)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2020



Illustration: Siegfried Reich
    
Poem in French, Dutch, Spanish, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Kurdish, Bangla, Irish, Gurajati, Serbian

Poem of the week Ithaca 658
« LAST SONG » Miguel Hernández, Spain
(Orihuela 1910 – Alicante 1942)

from “Flores detelarañas – Spinragbloemen”, POINT Editions 1993

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

DERNIER CHANT

Peinte, non dépouillée:
ma maison est peinte
de la couleur des grandes
passions et de l’adversité.

Elle reviendra de la vallée de larmes
où on l’a menée
avec sa table abandonnée,
et son lit délabré.

Sur les coussins fleuriront
les baisers.

Et le drap tordra
sa liane nocturne
autour des corps.

La haine
s’apaisera derrière la fenêtre.

La griffe s’adoucira.

Laissez-moi l’espoir.

Traduction Elisabeth Gerlache
Translation into French by Elisabeth Gerlache

(Miguel Hernández)

***

LAATSTE LIED

Geschilderd, niet leeg:
mijn huis is geschilderd
met de kleur van grote
passies en tegenspoed.

Het zal terugkeren uit het tranendal
waarheen het werd gevoerd

met zijn verlaten tafel,

met zijn vervallen bed.

De kussen zullen
op de kussens bloeien.
En het laken
zal haar intens geurende,
nachtelijke winde rond
de lichamen wentelen.

De haat
zal achter het raam bedaren.

De klauw zal zachtaardig worden.

Laat mij de hoop.

Vertaling Germain Droogenbroodt
Translation into Dutch by Germain Droogenbroodt

***

CANCIÓN ÚLTIMA

pintada, no vacía:
pintada está mi casa
del color de las grandes
pasiones y desgracias.

Regresará del llanto
adonde fue llevada
con su desierta mesa
con su ruidosa cama.

Florecerán los besos
sobre las almohadas.
Y en torno de los cuerpos
elevará la sábana
su intensa enredadera
nocturna, perfumada.

El odio se amortigua
detrás de la ventana.

Será la garra suave.

Dejadme la esperanza.

Miguel Hernández (de “El hombre acecha”)

***

LAST SONG

Painted, not empty
my house is painted
with the color of great
passions and misfortunes.

It will return from the wailing place
where it was carried
with its deserted table,
with its noisy

Kisses will flower
on the pillows.
And wrapped around the bodies
the sheet will elevate
its urgent creeper
nocturnal, perfumed.

Hatred will be softened,
behind the window.

The claw will be gentled.

Grant me the hope.

Translation into English by Stanley Barkan

***

CANZONE ULTIMA

Dipinta, non vuota:
dipinta è la mia casa
con il colore delle grandi
passioni e disgrazie.

Ritornerà dal pianto
dove è stata confinata
con il suo tavolo deserto,
con il suo letto in rovina.

Fioriranno i baci
sui cuscini.

e avvolto intorno ai corpi
innalzerà il lenzuolo
la sua densa edera
notturna, profumata.

L’odio si placa
dietro la finestra.

Sarà dolce l’artiglio.

Lasciatemi la speranza.

Traduzione di Luca Benassi
Translation into Italian by Luca Benassi

***

LETZTES LIED

Bemalt, nicht leer:
bemalt ist mein Haus
mit der Farbe großer
Leidenschaften und Missgeschicke.

Es wird zurückkommen vom Jammer
wohin es gebracht wurde
mit seinem verwaisten Tisch
mit seinem lärmenden Bett.

Küsse werden
auf den Kissen blühen.

Und um die Körper
wird das Betttuch
seine betörend duftende
nächtliche Schlingpflanze erheben

Der Hass wird sich mildern
hinter dem Fenster .

Sanft wird die Pranke sein.

Lass mir die Hoffnung.

Übersetzung Wolfgang Klinck
Translation into German by Wolfgang Klinck

***

ÚLTIMA CANÇÃO

Pintada, não vazia:
pintada está minha casa
com as cores das grandes
paixões e das desgraças.

Regressará do pranto
para onde foi levada
com sua deserta mesa
com sua ruidosa cama.

Florescerão os beijos
em cima de almofadas.

E em volta dos corpos
levantará o lençol
sua intensa trepadeira
noturna, perfumada.

O tédio amortecido
por trás dessa janela.

Será sua unha suave.

Deixando-me a esperança.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia
Translation into Portuguese by José Eduardo Degrazia

***

ULTIMMA CANZUNI

Pittata, non vacanti
Pittata è la me casa
dî culuri di li granni
passioni e disgrazzii.

Ritornirà di lu chiantu
unni fu purtata
cu la so tavula diserta,
cu lu so scrusciusu lettu.

Li baci ciurirannu
supra di li chiumazzi.
E attornu di li corpi
lu linzolu jsarà
lu so ntenzu, notturnu,
e profumatu rampicanti

L’odiu si smorza
darreri a la finestra
La so granfa sarà duci.

Lassatimi la spiranza.

Traduzioni in Sicilianu di Gaetano Cipolla
Translation into Sicilian by Gaetano Cipolla

***

ULTIMA CÂNTARE

spoită, nu golită:
spoită-i casa mea
în tonul marilor
pasiuni și suferințe.

Va reveni din plânset
pe unde a fost purtată
cu masa ei stingheră
cu patul zgomotos.

Vor înflori săruturi
pe perne.
Și-ncolăcit pe trupuri
cearșaful răspândi-va
amețitoarea-i boare
de iederă în noapte

Ura se va îmblânzi
în spatele ferestrei.

Va fi o gheară blândă.

Lăsați-mi doar speranța.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translation into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

OSTATNIA PIEŚŃ

Malowany, bez pustki
malowany jest mój dom
barwami wielkich
pasji i przeciwności losu.

Powróci z miejsca lamentu
dokąd go zaniosą
z opróżnionym stołem,
z czyniącym hałas łóżkiem.
Pocałunki rozkwitną
na poduszkach,
a wokół ciał
uniesie prześcieradło
silne nocne pnącze
rozsiewające woń.

Nienawiść się wytłumia
z drugiej strony okna.

To będzie łagodny pazur.

Pozostaw mi nadzieję.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień
Translation into Polish by Miroslaw Grudzień

***

ΤΕΛΕΥΤΑΙΟ ΤΡΑΓΟΥΔΙ

Βαμμένο, όχι άχρωο
το σπίτι μου βάφτηκε
με το χρώματα εξαίσιου πάθους
και κακομοιριάς.

Θα επιστρέψει απ’ των δακρύων τον τόπο
που το είχαν μεταφέρει
με το άδειο του τραπέζι και
τοέρημοκρεβάτιτου
φιλιά θ’ ανθίσουν στα μαξιλάρια
και θα τυλίξουν τα κορμιά
τα σεντόνια θα εντείνουν
το νυχτερινό τους άρωμα

Το μίσος θα ξαχαστεί πίσω
απ’ το παράθυρο

τα νύχια θα λειανθούν

πιστεύω στην ελπίδα

ΜετάφρασηΜανώληΑλυγιζάκη
Translation into Greek by Manolis Aligizakis

***

最后的歌

涂绘过,不会空白:
我的房舍用
伟大激情和不幸
的色彩描绘
它会从泪水的深处
返回,在那里它和它的
废弃桌子,和它的被毁
的床一起被抬走。
亲吻会开花
在枕头上。
而包裹着身体的
这被单会提升
它的巨大攀登者
夜间活动的,芳香的。
仇恨会缓和
于这窗外。
爪子会变软的。
准予我希望吧。

英译:比利时杰曼·卓根布鲁特
汉译:中国周道模 2020-11-12
Translation into Chinese by William Zhou

***

الأغنية الأخيرة

أقطن منزلا صنعته
ريشة رسام، لا العدم
وزينته ألوان العواطف المتقدة لا الحظوظ السيئة.
وسيؤوب من جدار النواح
هناك حيث نقلت اللوحة.
مع مائدتها المهجورة،
وسريرها المحطم.
هناك حيث تزهر القبلات
على الوسائد.
وتدثر حول الأجسام
فترفع الألواح
ما ينبت في الأرض بسرعة
لتعبق عطرا كل ليلة.
ستتوارى الكراهية خلف النافذة
وتستحيل المخالب ناعمة.
لأحظى بالأمل.

Translation into Arab by Sarah Slim

***

अंतिम गीत

चित्रित, शून्य नहीं:
मेरा घर रंगा हुआ है
महान के रंग के साथ
जुनून और दुर्भाग्य।
यह घूमते हुए स्थान से वापस आ जाएगी
इसे कहां ले जाया गया
इसकी सुनसान मेज के साथ,
अपने खाली बिस्तर के साथ।
इच्छा फूल चुंबन
तकिए पर l
और शवों के चारों ओर लिपटा हुआ
चादर ऊँचा होगा
इसकी तत्काल लता
रात्रिचर, सुगंधित।
घृणा को परिशोधित किया जाएगा
खिड़की के पीछे।
पंजे की चपेट में आ जाएंगे।

मुझे आशा व्यक्त करो।

Translation into Hindi by Jyotirmaya Thakur

***

最後の歌

無ではなく、描かれている
わたしの家は描かれている
大きな情熱と不幸で彩色されて

それは悲嘆の場所から戻るだろう
打ち捨てられたテーブルと
使われなくなったベッドを運ばれたところから

口づけは枕の上に花を散りばめる
そして身体を包んだシーツは
急いで這う昆虫を上に追いやる
夜行性の、香りを放つ昆虫を

憎しみは窓の後ろで分割される
鋭い爪は馴らされる

わたしに希望を与えたまえ

Translation into Japanese by Manabu Kitawaki

***

آخرین ترانه

نقاشی شده، نه تهی:
نقاشی شده خانه من
با رنگ های سرشار
از شهوت و شوربختی.
بازگشت به دامان اشک
به همانجایی می رسد
به میز خالیشان،
به تخت پر سر و صدایشان.
شکوفه می دهند بوسه ها
به روی بالش ها.
و ملافه پیچیده
به دور بدن ها،
بر ساقه خواهد پیچید
با عطر شب.
خفقان گرفته، نفرت
در پشت پنجره رنگ می بازد.
پنجه ها آرام خواهند گرفت.
این امید را به من بده.

ترجمه: سپیده زمانی
Translation into Farsi by Sepideh Zamani

***

ПОСЛЕДНА ПЕСЕН

Боядисана, а не празна –
моята къща е боядисана
с цвета на велики
страсти и нещастия.

Тя ще се завърне от ридаещото място,
където беше занесена
със своята изоставена маса,
със своето самотно легло.

Целувки ще цъфтят
по възглавниците.
И увит около телата
чаршафът ще издигне
своите спешни лиани,
нощни, парфюмирани.

Омразата зад прозореца
ще бъде разрушена.

Нокътът ще бъде разнежен.

Подари ми надежда.

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian by Ivan Hristov

***

LOKASÖNGUR

Málað, ekki tómt:
húsið mitt er málað
ílitummikilla
ástríðnaogólána.

Þaðmunsnúaafturfrávolaðastaðnum
semþað var flutt á
meðsittauðaborð,
ogsitttómarúm.
Kossar munu blómstra
á koddunum.
Og vafið um líkamana
mun lakið hefja upp
sína áköfu skriðjurt
um nótt, ilmandi.

Hatrið verður greitt niður
handan gluggans.

Klærnar verða blíðar.

Leyfið mér að vona.

Translation into Icelandic by Þór Stefánsson

***

ПОСЛЕДНЯЯПЕСНЯ

Покрашенисовсем непуст:
мойдомпокрашен
вцвет огромной страсти
и несчастья.

Онвосстанет из плача,
куда ушел однажды
с пустым столом
и опрокинутой кроватью.
Поцелуизацветут
на подушках.
И простыня
обовьетсявокругнашихтел
ночной пахучей лианой.

Ненависть
останется за окном.
Когти втянутся.

Оставь мне надежду.

Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

HULING AWIT

Pinturado, hindi bakante:
ang bahay ko ay may pintura
may kulay ng dakilang
mga kinahiligan at kasawian.

Magbabalik ito mula sa mga tumataghoy na mga lugar

kung saan binuhat ito
kasama ang walang lamang lamesa,
kasama pati ang nabakanteng kama.
Mamumulaklak ng halik
sa mga unan.

At nakapulupot sa mga katawan

itataas ng sapin
ang kagyat na gumagapang na
halimuyak ng pabango sa gabi.
Ang pagkamuhi ay mapapawi
sa likod ng bintana.
Magiliw ang mga kuko.
Pagkakalooban ako ng pag-asa.

Translation into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

זֶמֶר אחרון / מיגואל הרננדז

צָבוּעַ, לֹארֵיק:
בֵּיתִיצָבוּעַ
בְּצֶבַעשֶׁלתַּאֲווֹת
עֲצוּמוֹתוְאֻמְלָלֻיּוֹת.

יָשׁוּבמִמְּקוֹםהַקִּינוֹת
שָׁםנָשְׂאוּאוֹתוֹ
עִםשֻׁלְחָנוֹהַנָּטוּשׁ,
עִםמִטָּתוֹהַמְּרֻקֶּנֶת.

נְשִׁיקוֹתיִפְרְחוּ
עַלהַכָּרִיּוֹת.
וּמִסָּבִיבלַגּוּפוֹת
יָרִיםהַסָּדִין
אֶתהַגֶּפֶןהָעַזָּה
לֵילִית, מְבֻשֶּׂמֶת.

הַשִּׂנְאָהעֲמוּמָה
מֵאֲחוֹרֵיהַחַלּוֹן.

הַטֹּפֶריִהְיֶהרַךְ.

הַשְׁאִירוּלִיתִּקְוָה.

תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translation into Hebrew by Dorit Weisman

***

கடைசிப் பாடல்

வர்ணம் அடித்தாயிற்று,வெறுமை அல்ல
எனது வீடு வர்ணம் அடிக்கப்பட்டுள்ளது
அருமையான உணர்ச்சிகளோடு
துரதிருஷ்டங்களோடும் :
எடுத்துச்செல்லப்பட்ட இடத்திலிருந்து
கைவிடப்பட்ட மேசையோடு
காலிசெய்யப்பட்ட படுக்கையினின்று
அழுகை இடத்திலிருந்து திரும்பிவரும்.
தலையணைன்மீது
முத்தங்கள் மலரும்!
உடலைச் சுற்றியுள்ள
விரிப்பு மேலே எழும்
அதன் அவசர படர்கொடி
இரவிற்குரிய நருமணத்தோடு
சாளரத்திற்குப் பின்னால்
வெறுப்பு அமைதிபெறும்
கூர்மையான நகங்கள் மிருதுவாகும்
நம்பிக்கையைத்தாருங்கள்!

ஆக்கம்

Translation into Tamil by N V Subbaraman

***

STIRANA DAWIYÊ

Hatiye resmkirin, ne vala ye:
mala min hatiye resmkirin
bi rengê meraqên
mezintir û bêbextiyan.

Wê vegere ji keseran
li ew dera biribûn wir
li maseya xwe yî sêwî
li nivîna xwe yî şikestî.

Maç wê
li ser balgî geşbibin.

Û li dor govde
wê desmala li ser nivînê
bi bîhna xwe yî cadûyî rewzên
şevînî yen lihevgeryayî berzbibin.

Kîn wê nermbibe
li paş pencerê.

Neperûşk wê dilovan be.

Hêviyê ji min re bihêle.

Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

শেষেরগান

চিত্রিত,কিন্তু নয়শূন্য:
আমারঘরটি রঞ্জিত
অসাধারনরংদিয়ে
আবেগআরদুর্ভাগ্যের এটিপ্রত্যাবর্তনকরবেশোকেরজায়গাথেকে ।
যেখানেএটিঘটেছিলো
তারএকাকীটেবিলসহ
শূন্য তারবিছানানিয়ে,
চুম্বনহবেপ্রস্ফুটিত ।
বালিশেরউপরে
আরমৃতদেহগুলিআবৃতকরেরাখা
চাদরগুলি উদিতকরবে ।
এরজরুরীলতাগুল্ম
যারানিশাচরসুগন্ধযুক্ত
ঘৃণাহবেঅনুশীলিত ।
জানালারপিছনে
নখগুলিকেকোমলকরেদেওয়াহবে ।
আমাকেএকটু।
আশাদানকরুন ।

Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

AN TAMHRÁN DEIREANACH

Ní aoldaite, ach ildaite atá sé:
ar dhath an teasghrá
is na tubaiste
a phéinteáil mé mo theach.

Fillfidh sé ón olagón
ón áit ar iompraíodh é,
lena bhord ocrach
is a leaba thréigthe.

Fásfaidh bláthanna
ar na piliúir.

Agus crochta timpeall na gcorp
éireoidh an taibhse
sna braillíní oíche
le boladh túise uaithi.

Ní chluinfear an ghráin
Ná scríob shéimh an bháis

Taobh thiar den fhuinneog.

Tabhair dúinn misneach.

Translation into Irish by Rua Breathnach

***

અંતિમ ગાન

ચીતરેલું, નહિ કે ખાલી:
મારું ઘર ચીતરેલું છે
ઊર્મિઉછાળ અને દુર્ભાગ્યના રંગોથી
તે રુદનસ્થળથી પાછું આવશે
જ્યાં લઈ જવાયેલું તેને
ત્યજાયેલી મેજ અને
ખાલીખમ ખાટલા સાથે.
તકિયા પર મહોરશે ચુંબનો
કાયાને વિંટળાતી ચાદર પરથી
ઉપર ઊઠશે રાતરાણીની વેલ

ધિક્કાર હપ્તે હપ્તે ધકેલાશે
બારીબહાર
નહોર કૂણા થતા જશે
મને આપો એવી આશા

-મિગ્યુએલ હર્નાન્ડેઝ, સ્પેન (૧૯૧૦-૧૯૪૨), અનુવાદ: ઉદયન
Translation into Gujarati by Udayan Thakkar

***

ZADNJA PESMA

Ofarbana, nijenepostojeća:
mojakućajeobojena
bojomvelikih
patnji i nesreća.

Vratiće se sa mesta naricanja
gde je bila odnešena
sa napuštenim stolom,
sa ispražnjenim krevetom.

Poljupci će cvetati
na jastucima.
Zavijen oko tela čaršav će odići
njegovan puzavica
noćna, namirisana.

Mržnja će biti odbačena
iza prozora.

Kandže će biti nežnije.
Usliši moju nadu.

Na srpski prevela S. Piksiades
Translation into Serbian by S. Piksiades

(Miguel Hernández)

 

Recueil: ITHACA 658
Editions: POINT
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Les yeux brillants (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



Les yeux brillants

Les yeux dans les yeux
Le cœur sur la main
La clé sous la porte
La fenêtre ouverte
Le temps d’un soupir
Le bruit d’un baiser
Les larmes du soir
Le train du retour

(Michel Butor)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

 

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