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Posts Tagged ‘larron’

L’autre jour (Adamis Jamyn)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Peter Alexander Hay the-eve-of-st-agnes

L’autre jour que mon œil regardait d’aventure
Le vôtre, et mon esprit volait à l’environ,
De vos almes regards je devins un larron,
Dont j’ai vécu depuis, heureuse nourriture.

Vos regards sont faillis, et l’âme qui endure,
Mourante sans appâts, pleine d’affliction,
Me contraint retourner, et sans discrétion
En dérober encor pour ma douce pâture.

Je sais bien que je suis sacrilège et malin
De mortel dérober le bien qui est divin,
D’un semblable larcin fut puni Prométhée,

Ainsi contre un rocher il pleura son péché,
Et moi, pour me nourrir d’une œillade empruntée,
Contre un roc de rigueur je languis attaché.

(Adamis Jamyn)

Illustration: Peter Alexander Hay

 

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LES CRUCIFIES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Edvard Munch
    
LES CRUCIFIES

Les vrais crucifiés, ce sont les amoureux.
Ils sont cloués vivants aux bras de la femelle;
L’épine dérisoire à leurs cheveux se mêle ;
Le sang perle en sueur sur leur front douloureux:

Et quand les rouges pleurs tombent de leurs yeux creux.
Aucun ange ne vient rafraîchir de son aile
La brûlure du trou béant à leur mamelle;
Un Dieu n’entr’ouvre pas le ciel exprès pour eux.

Pas même un bon larron ! Golgotha solitaire !
Le désespoir qu’ils ont au cœur, il faut le taire.
Ou, s’ils osent crier « Ijimma Sabacthani »,

Leur croix, la femme, au vent railleur se prostitue ;
Et, sentant qu’avec eux leur amour est fini,
Ils meurent en doutant de la foi qui les tue.

(Jean Richepin)

 

 

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Et l’illumination ? (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



Illustration: Fra Angelico

    

Et l’illumination ? L’un des sens de ce mot
Outre le sens commun d’éclairement,
D’enluminure, et autres, est celui-ci :

Instant extraordinaire où l’esprit flamboie
Dans une pure joie, avant la mort —
Le bon larron en nous écoutant la promesse !

Voyez-le donc à la droite du Christ, du promontoire
Scrutant l’espace vide, le corps si disloqué qu’il semble
Qu’on ne pourra le translater dans la béatitude

Qu’appellent, à la frange lunaire de son front,
Sur la face obscure de son cerveau les cratères des clous :
Ce soir tu seras avec moi à la droite du Père.

***

And lightening? One meaning of that
Beyond the usual sense of alleviation,
Illumination, and so on, is this:

A phenomenal instant when the spirit flares
With pure exhilaration before death —
The good thief in us harking to the promise!

So paint him on Christ’s right hand, on a promontory
Scanning empty space, so body-racked he seems
Untranslatable into the bliss

Ached for at the moon-rim of his forehead,
By nail-craters on the dark side of his brain:
This day thou shalt be with Me in Paradise.

(Seamus Heaney)

 

Recueil: La lucarne
Traduction: Patrick Hersant
Editions: Gallimard

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Amour, toi le Larron… (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Illustration: Marc Chagall
    
Amour, toi le Larron…

Amour, toi, le larron éternel, qui dérobes
Les lourds trésors des coeurs et le secret des robes !

Tu te glisses et te dissimules la nuit,
Et ton pas est le pas du traître qui s’enfuit…

Ton pas est plus léger que le doux pas du Songe !
Et l’on n’entend jamais ce bruit sournois qui ronge.

N’as-tu point d’amitié ? N’as-tu point de raison ?
Voici que s’insinue en mon coeur ton poison.

Epargne-moi ! Vois mon visage et mon front blême…
Mon ennemi. l’Amour, je te hais et je t’aime.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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SOULEIKA (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Illustration: Irina Karkabi
    
SOULEIKA

Comblée de bonheur par ton amour,
Je ne reproche rien à l’occasion ;
Quand bien même elle fut pour toi un larron,
Combien je me réjouis de pareil larcin !

Et pourquoi parler de larcin ?
Donne-toi à moi par libre choix ;
I1 me serait très doux de croire —
Oui, c’est moi qui t’ai volé.

Ce que tu as donné si volontiers
Tе rapportera un gain splendide ;
Mon repos, ma vie en fleur,
Je te les donne volontiers, accepte-les !

Ne plaisante pas ! Ne parle pas de ruine !
L’amour ne nous fait-il pas riches ?
Quand je te tiens dans mes bras,
Mon bonheur ne le cède à aucun autre.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Goethe Le Divan
Traduction: Henri Lichtenberger
Editions: Gallimard

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SAINT THOMAS (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017




    
SAINT THOMAS

Poète ! René Guy Cadou ?
Mais montrez-moi trace des clous !

Montrez l’eau vive où il s’abreuve
Montrez rabots et planches neuves !

Montrez-le-moi sur le sentier
Larron avec le fer aux pieds !

Le toucherais l’écouterais
D’un doigt posé dedans la plaie

Reconnaîtrais qu’il s’agit bien
D’un Dieu déchu ou d’un vaurien

Montrez-le-moi de but en blanc
Agenouillé comme un enfant

Dans la maison couleur de pomme
Devant la femme ou devant l’Homme

Bègue à moitié navré transi
Montrez-le-moi quand il écrit

Ces mots à tort et à travers
Pareils aux vagues de la mer.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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LE LOUP, LA MÈRE ET L’ENFANT (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE LOUP, LA MÈRE ET L’ENFANT

Ce Loup me remet en mémoire
Un de ses compagnons qui fut encor mieux pris.
Il y périt ; voici l’histoire.

Un Villageois avait à l’écart son logis.
Messer Loup attendait chape-chute à la porte.
Il avait vu sortir gibier de toute sorte :
Veaux de lait, Agneaux et Brebis,
Régiments de Dindons, enfin bonne Provende.
Le larron commençait pourtant à s’ennuyer.
Il entend un enfant crier.
La mère aussitôt le gourmande,
Le menace, s’il ne se tait,
De le donner au Loup. L’animal se tient prêt,
Remerciant les Dieux d’une telle aventure,
Quand la Mère, apaisant sa chère géniture,
Lui dit : « Ne criez point ; s’il vient, nous le tuerons.
– Qu’est ceci ? s’écria le mangeur de Moutons.
Dire d’un, puis d’un autre ? Est-ce ainsi que l’on traite
Les gens faits comme moi ? me prend-on pour un sot ?
Que quelque jour ce beau marmot
Vienne au bois cueillir la noisette ! »
Comme il disait ces mots, on sort de la maison :
Un chien de cour l’arrête. Epieux et fourches-fières
L’ajustent de toutes manières.
« Que veniez-vous chercher en ce lieu ? » lui dit-on.
Aussitôt il conta l’affaire.
« Merci de moi, lui dit la Mère,
Tu mangeras mon Fils ! L’ai-je fait à dessein
Qu’il assouvisse un jour ta faim ? »
On assomma la pauvre bête.
Un manant lui coupa le pied droit et la tête :
Le Seigneur du Village à sa porte les mit,
Et ce dicton picard à l’entour fut écrit :
« Biaux chires Leups, n’écoutez mie
Mère tenchent chen fieux qui crie. »

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Qu’il repose en révolte (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017


 


Qu’il repose en révolte

Dans le noir, dans le soir sera sa mémoire
dans ce qui souffre, dans ce qui suinte
dans ce qui cherche et ne trouve pas
dans le chaland de débarquement qui crève sur la grève
dans le départ sifflant de la balle traceuse
dans l’île de soufre sera sa mémoire.

Dans celui qui a sa fièvre en soi, à qui n’importent les murs
dans celui qui s’élance et n’a de tête que contre les murs
dans le larron non repentant
dans le faible à jamais récalcitrant
dans le porche éventré sera sa mémoire

Dans la route qui obsède
dans le cœur qui cherche sa plage
dans l’amant que son corps fuit
dans le voyageur que l’espace ronge.

Dans le tunnel
dans le tourment tournant sur lui-même
dans celui qui ose froisser les cimetières

Dans l’orbite enflammé des astres qui se heurtent en éclatant
dans le vaisseau fantôme, dans la fiancée flétrie
dans la chanson crépusculaire sera sa mémoire.

Dans la présence de la mer
dans la distance du juge
dans la cécité
dans la tasse à poison.

Dans le capitaine des sept mers
dans l’âme de celui qui lave la dague
dans l’orgue en roseau qui pleure pour tout un peuple
dans le jour du crachat sur l’offrande.

Dans le fruit de l’hiver
dans le poumon des batailles qui reprennent
dans le fou de la chaloupe.

Dans les bras tordus des désirs à jamais inassouvis
sera sa mémoire.

(Henri Michaux)

Illustration: Sophie Rocco

 

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Le mauvais larron (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



 

Robert Campin  mauvais-larron

Le mauvais larron

J´aurais pu être celui-là
Qui t´a vu mourir sous la croix,
Un de tes derniers compagnons,
Le mauvais larron.
Bien sûr, j´ai mérité la corde
Plutôt que la miséricorde.
Je suis du gibier des prisons,
Le mauvais larron – mauvais larron – mauvais larron.

Bref, j´étais capable de tout
à part de tendre l´autre joue.
Je n´ai pas demandé pardon
D´être un larron.
J´ai pris ce que je pouvais prendre,
Les coups, l´argent, les filles tendres.
Elles trouvaient bien assez bon
Le mauvais larron – mauvais larron – mauvais larron.

Aujourd’hui je suis comme toi,
Quand tu n´avais dessus ta croix
Pour ultime fréquentation
Que les deux larrons.
Je n´ai plus rien qui me console.
Peut-être, en guise d´auréole,
On verra briller sur mon front
Le mauvais larron – mauvais larron – mauvais larron.

C´était peut-être un vendredi
Qu´il est allé au paradis
Par le chemin de la Passion
Des mauvais larrons.
Abandonné entre deux mondes
Jusqu’à sa dernière seconde,
Ainsi chantait de sa prison
Le mauvais larron – mauvais larron – mauvais larron.

(Georges Moustaki)

Illustration: Robert Campin

 

 

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