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Posts Tagged ‘lascif’

La Source (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



Victor Karlovich Shtemberg X8IHE

La source

Une eau vive étincelle en la forêt muette,
Dérobée aux ardeurs du jour ;
Et le roseau s’y ploie, et fleurissent autour
L’hyacinthe et la violette.

Ni les chèvres paissant les cytises amers
Aux pentes des proches collines,
Ni les pasteurs chantant sur les flûtes divines,
N’ont troublé la source aux flots clairs.

Les noirs chênes, aimés des abeilles fidèles,
En ce beau lieu versent la paix,
Et les ramiers, blottis dans le feuillage épais,
Ont ployé leur col sous leurs ailes.

Les grands cerfs indolents, par les halliers mousseux,
Hument les tardives rosées ;
Sous le dais lumineux des feuilles reposées
Dorment les Sylvains paresseux.

Et la blanche Naïs dans la source sacrée
Mollement ferme ses beaux yeux ;
Elle songe, endormie ; un rire harmonieux
Flotte sur sa bouche pourprée.

Nul oeil étincelant d’un amoureux désir
N’a vu sous ces voiles limpides
La Nymphe au corps de neige, aux longs cheveux fluides
Sur le sable argenté dormir.

Et nul n’a contemplé la joue adolescente,
L’ivoire du col, ou l’éclat
Du jeune sein, l’épaule au contour délicat,
Les bras blancs, la lèvre innocente.

Mais l’Aigipan lascif, sur le prochain rameau,
Entr’ouvre la feuillée épaisse
Et voit, tout enlacé d’une humide caresse,
Ce corps souple briller sous l’eau.

Aussitôt il rit d’aise en sa joie inhumaine ;
Son rire émeut le frais réduit ;
Et la Vierge s’éveille, et, pâlissant au bruit,
Disparaît comme une ombre vaine.

Telle que la Naïade, en ce bois écarté,
Dormant sous l’onde diaphane,
Fuis toujours l’oeil impur et la main du profane,
Lumière de l’âme, ô Beauté !

(Leconte de Lisle)

 

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Mers écarlates (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



Illustration
    
Mers écarlates

Un gémissement mollusque
Ne semble d’aucune importance ;
Mais de nuit un gémissement c’est les vagues
De marbre enflammé,
Corolles fatiguées
Ou lascives colonnes.

Un gémissement n’est rien ; ce sont les mers
Couronnées d’automne
Face à la porte sèche, comme un lit de fleuve
Oublié de tous,
Sa douleur contre un mur.

Un cri pourrait avoir peut-être plus de charme,
Avec le manteau écarlate,
Avec la poitrine écarlate.

Ce sont les mers, les mers en crue
Traversant des villes fumantes.

***

Un gemido molusco

Parece nada de importancia;
Mas de noche un gemido son las olas
De mármol encendido,
Corolas fatigadas
O lascivas columnas.

Un gemido no es nada; son los mares
Coronados de otoño
Ante la puerta seca, como cauce
Olvidado de todos,
Su dolor contra un muro.

Un grito acaso pueda ofrecer más encantos,
Con el manto escarlata,
Con el pecho escarlata.

Son los mares, los mares desbordados
Que atraviesan ciudades humeantes.
Mares escarlata

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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On s’amusait sous la lumière jaune (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



    
On s’amusait sous la lumière jaune,
Le cercle, près des murs, rétrécissait,
La masse des danseurs se dédoublait sans cesse,
Et j’avais l’illusion qu’un ami me suivait.

Le désir faisait se soulever les poitrines,
Sur les visages la chaleur se reflétait.
Je déambulais rêvant de miracle,
Et j’étais accablé par leurs désirs lascifs…

On eût dit que, derrière le voile de poussière,
Quelqu’un vivait, caché parmi la foule,
Et son étrange regard épiait sans cesse,
Et sa voix s’élevait, et chantait et parlait…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Les allées du jardin, une à une, sortent de l’ombre (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2017



Les allées du jardin, une à une, sortent de l’ombre,
et le premier oiseau et la première abeille
Encore mal dégagés de la chevelure des ténèbres et des rumeurs
Dans leur vol liquide se cognent contre les étoiles et les fleurs.
Poète, à mon métier, tandis que se défait l’immense toile d’araignée céleste,
la page du cahier où je travaille et que j’oubliais sur l’écritoire
Fut un miroir à son dernier quartier où toute la nuit s’est penchée, où vinrent boire,
Écartant les souffles lascifs des roseaux, les bêtes nocturnes, la source nue
Et je n’ai, sur le calque de leurs traces, qu’à repasser à l’encre par-dessus.

J’écris avec les pattes des lièvres qui n’ont cessé de courir dans les prés,
Avec le frôlement de la sauvagine et des astres,
et tout ce qu’ils auront à me dire je ne le saurai que bien après.
J’écoute la joie de vivre et de sentir battre un cœur universel dans ma poitrine.
Et l’aube me reçoit debout, pasteur des mots,
comme un à qui l’on confia un troupeau et qui se réveille le gardien des collines.

(Jean Malrieu)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

 

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Gravités de la Solitude (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



 


    
Gravités de la Solitude

Je vis dans le farouche exil
De la volupté qui s’isole,
Et le rythme de ta parole
Fait rire en moi les chants d’avril.

J’aspire les fraîcheurs nocturnes
Et la langueur de ton repos,
Dans l’ombre de tes yeux mi-clos
Et sur tes lèvres taciturnes.

Le sanglot lointain des douleurs
Ne trouble plus la quiétude
De notre étrange solitude,
Ivre de musique et de fleurs.

Ah ! les soirs de fauve agonie,
Versant les rayons violets !
Ah ! les échos et les reflets
Des temples lascifs d’Ionie !

(Renée Vivien)

 

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Quand au temple nous serons (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



Quand au temple nous serons
Agenouillés, nous ferons
Les dévots selon la guise
De ceux qui pour louer Dieu
Humbles se courbent au lieu
Le plus secret de l’église.

Mais quand au lit nous serons
Entrelacés, nous ferons
Les lascifs selon les guises
Des amants qui librement
Pratiquent folâtrement
Dans les draps cent mignardises.

Pourquoi donque, quand je veux
Ou mordre tes beaux cheveux,
Ou baiser ta bouche aimée,
Ou toucher à ton beau sein,
Contrefais-tu la nonnain
Dedans un cloître enfermée ?

Pour qui gardes-tu tes yeux
Et ton sein délicieux,
Ta joue et ta bouche belle ?
En veux-tu baiser Pluton
Là-bas, après que Charon
T’aura mise en sa nacelle ?

Après ton dernier trépas,
Grêle, tu n’auras là-bas
Qu’une bouchette blêmie ;
Et quand mort, je te verrais
Aux Ombres je n’avouerais
Que jadis tu fus m’amie.

Ton test n’aura plus de peau,
Ni ton visage si beau
N’aura veines ni artères :
Tu n’auras plus que les dents
Telles qu’on les voit dedans
Les têtes des cimeteres.

Donque, tandis que tu vis,
Change, maîtresse, d’avis,
Et ne m’épargne ta bouche :
Incontinent tu mourras,
Lors tu te repentiras
De m’avoir été farouche.

Ah, je meurs ! Ah, baise-moi !
Ah, maîtresse, approche-toi !
Tu fuis comme faon qui tremble.
Au moins souffre que ma main
S’ébatte un peu dans ton sein,
Ou plus bas, si bon te semble.

(Pierre de Ronsard)

Illustration: Raphaëlle Zecchiero

 

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NUDITES (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



 

NUDITES

Tu m’as dit : Je veux être ta camarade;
Je veux entrer chez toi sans avoir peur de te troubler;
Nous passerons de longues soirées en causeries;
Nous penserons ensemble à nos frères qu’on tue;
Nous irons, à travers le cruel univers,
Découvrir un pays où reposer leur tête.
Mais je ne veux pas voir tes prunelles briller,
Ni les veines brûlantes de ton front se distendre,
Car je suis ton égale et non pas une proie.
Regarde! mes habits sont chastes, presque pauvres,
Et tu ne vois pas même la base de mon cou.

Moi je t’ai répondu : Femme, tu es nue.
Les cheveux de ton cou sont frais comme une coupe;
Ton chignon qui s’écroule palpite comme un sein;
Tes bandeaux sont lascifs comme un troupeau de chèvres…
Fais couper tes cheveux.

Femme, tu es nue.
Sur notre livre ouvert se posent tes mains nues;
Tes mains, la fin subtile de ton corps,
Tes mains sans bagues, qui vont toucher les miennes tout à l’heure.
Femme, mutile tes mains.

Femme, tu es nue.
Ta voix chantante de ta poitrine monte;
Ta voix, ton souffle, la chaleur elle-même de ta chair,
Qui sur mon corps s’étale, puis pénètre en ma chair.
Femme, arrache ta voix.

(André Spire)

Illustration: Alfred Joseph Woolmer

 

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Le soleil lascif (Damien Gabriels)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2016



Le soleil lascif
a couvert ton corps d’été
d’un bain d’or massif

(Damien Gabriels)

Illustration: Alexander Sigov

 

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