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Nuit lasse de ton destin de nuit (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo e5_o

Nuit lasse de ton destin de nuit et vieille de ce qu’il advient chaque nuit dans la nuit
tu es sevrée car l’homme est debout au soleil et dormant à ta face

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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En chemise bleue (Célie Diaquoi-Deslandes)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2019



 

fumée bleue

En chemise bleue

Un fume-cigarette dort en chemise bleue
Bleu d’azur sombre bleu de fumée
Fumée de cigarettes défuntes
Un fume-cigarette dort en chemise bleue

Cauchemar peuplé de rires
Rire jaune rire de cristal
Cristal de larmes fugitives
Un fume-cigarette dort en chemise bleue

Dans un cendrier couleur de nuit
Nuit de mains lasses de mains fiancées
Fiancées nubiles fiancées lascives
Un fume-cigarette dort en chemise bleue

(Célie Diaquoi-Deslandes)

Illustration

 

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MADRIGAL (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019



MADRIGAL

Du temps qu’on l’aimait lasse d’elle-même
Elle avait juré d’être cet amour
Elle en fut le charme et lui le poème
La terre est légère aux serments d’un jour

Le vent pleurait les oiseaux de passage
Berçant les mers sur ses ailes de sel
Je prends l’étoile avec un beau nuage
Quand la page blanche a bu tout le ciel

Dans l’air qui fleurit de l’entendre rire
Marche un vieux cheval couleur de chemin
Connais à son pas la mort qui m’inspire
Et qui vient sans moi demander sa main

(Joë Bousquet)

 

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BERCEUSE (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



 

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BERCEUSE

Mer, parle-moi des galets que tu roules…
N’es-tu jamais lasse ?
Des rochers dont tu fais du sable,
De tes rides, de tes bulles, de tes écumes, de ton odeur ;
Des pins que ta rosée fait jaillir de tes îles
Et que tes vents tourmentent ;
De tes aubes de lait;
Des poissons, des coquilles, des algues, des méduses
Qui naissent, se fécondent, se balancent en toi
Et de tous ceux qui meurent
N’es-tu jamais lasse ?

Parle-moi de la voûte du ciel qui t’attire,
Des étoiles qui voudraient se mirer dans tes eaux
Et dont tes vagues brisent, sans cesse, les images.
Du soleil qui te fuit à l’aurore, qui t’aspire, t’entraîne,
Que, le soir, tu voudrais retenir dans ta couche,
Qui t’échappe toujours

Parle-moi des galets.
N’es-tu jamais lasse

(André Spire)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Le soir quotidien descend (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



Le soir quotidien descend
Dans les vitres qu’il décompose;
On y voit s’évanouissant
Comme un encens sur une rose.
C’est un funèbre et bref conflit
Dans les vitres, lasses d’attendre.
Enfin le destin s’accomplit,
Pauvres vitres pleines de cendre…
Et le soir qui manigançait
Dans la demeure enfin pénètre.

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

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L’ombre des collines sur le loch tranquille (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018




L’ombre des collines sur le loch tranquille,
Mystérieuse terre verte et vierge
Dont le soleil a la fraîcheur de l’eau,
Dont les pierres ne blessent pas, semble
La patrie de l’âme, cette route lasse
Le pays obscur vu dans un miroir.

***

Shadow of hills on the still loch, mysterious
Inviolate green land, whose sun is cool as water,
Whose stones bruise not,
Seems soul’s native place, this weary road
The dark country in a glass.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Extase (Théodore Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018



 

Robert Liberace crucifix-study-close-up-12

Extase

Ainsi l’amour du Ciel ravit en ces hauts lieux
Mon âme sans la mort, et le corps en ce monde
Va soupirant çà bas à liberté seconde
De soupirs poursuivant l’âme jusques aux Cieux.

Vous courtisez le Ciel, faibles et tristes yeux,
Quand votre âme n’est plus en cette terre ronde :
Dévale, corps lassé, dans la fosse profonde,
Vole en ton paradis, esprit victorieux.

Ô la faible espérance, inutile souci,
Aussi loin de raison que du Ciel jusqu’ici,
Sur les ailes de foi délivre tout le reste.

Céleste amour, qui as mon esprit emporté,
Je me vois dans le sein de la Divinité,
Il ne faut que mourir pour être tout céleste.

(Théodore Agrippa d’Aubigné)

Illustration: Robert Liberace

 

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Oder blues (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



Oder blues

Le poisson de lune
le poisson du désespoir
l’ami des brumes
le sale petit poisson maudit
le douanier des dunes
qui file entre deux eaux
dans les herbiers du lac noir
ne doit être vu ni tard
ni tôt
par les fils de l’Oder
par les simples fils de l’Oder
marins sincères
comme le houblon.

Marika ne laisse pas Hans
pêcher les ondines qui dansent
quand est tombé le soir
sous la lune.
S’il en voit une
Hans ne t’aimerait plus
Hans se moquerait de toi.
Les poissons de lune
se changent en ondines.
Quand il a plu
les ondines dînent
sur la dune
– en robe d’écaille et de soie
pour cacher leur queue –
d’une soupe de poisson
avec des sardines
et des oeufs
de saumon.

Les ondines de fortune
volent les maris aux filles
pour les faire mourir dans l’année
quand la feuille du bouleau est fanée.
Les ondines pillent
leurs soeurs de la terre
en les torturant une à une
au bord de l’Oder.

Le vent du sud le vent bulgare
le vent frôleur de jarres
endort Marika aux berges du lac noir.
Hans se baigne. Une écaille luit
sous la lune
à minuit.
-J’en ai vu une!
-Hans ferme les yeux !
Hans ne te retourne pas !
Hans les anciens dieux
du Walhalla
ne pardonnent pas !
Hans hélas Hans hélas…
Dans la nuit hanséatique
les pieds dans les sables baltiques
semés d’ambre
devant Marika si lasse
et qui tremble
Hans est un roi de pierre déjà
roi surpris
tiré de l’onde
par les sirènes blondes
comme un grand esturgeon
de granit gris.

Tous les soirs
et tous les matins
image facile du destin
dans le port de Stettin
l’Oder où nagent les ondines
l’Oder meurt dans la haute mer.

(Armand Lanoux)


Illustration

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Dans la terre torride… (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



 

Diego Dayer blanc

Dans la terre torride, une plante exotique
Penchante, résignée : éclos hors de saison
Deux boutons fléchissaient, d’un air grave et mystique ;
La sève n’était plus pour elle qu’un poison.

Et je sentais pourtant de la fleur accablée
S’évaporer l’effluve âcre d’un parfum lourd,
Mes artères battaient, ma poitrine troublée
Haletait, mon regard se voilait, j’étais sourd.

Dans la chambre, autre fleur, une femme très pâle,
Les mains lasses, la tête appuyée aux coussins :
Elle s’abandonnait : un insensible râle
Soulevait tristement la langueur de ses seins.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Diego Dayer

 

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Sarah (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



David Alfaro Siqueiros the-sob-1939
    
Sarah

La femme qui est dans mon lit
N´a plus 20 ans depuis longtemps
Les yeux cernés
Par les années
Par les amours
Au jour le jour
La bouche usée
Par les baisers
Trop souvent, mais
Trop mal donnés
Le teint blafard
Malgré le fard
Plus pâle qu´une
Tâche de lune

La femme qui est dans mon lit
N´a plus 20 ans depuis longtemps
Les seins si lourds
De trop d´amour
Ne portent pas
Le nom d´appas
Le corps lassé
Trop caressé
Trop souvent, mais
Trop mal aimé
Le dos vouté
Semble porter
Des souvenirs
Qu´elle a dû fuir

La femme qui est dans mon lit
N´a plus 20 ans depuis longtemps
Ne riez pas
N´y touchez pas
Gardez vos larmes
Et vos sarcasmes
Lorsque la nuit
Nous réunit
Son corps, ses mains
S´offrent aux miens
Et c´est son cœur
Couvert de pleurs
Et de blessures
Qui me rassure

(Georges Moustaki)

Illustration: David Alfaro Siqueiros 

 

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