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Poésie

Posts Tagged ‘lavandière’

Que ne suis-je l’âne du meunier (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



Que ne suis-je la poussière du chemin,
les pauvres me foulant sous leurs pieds…

Que ne suis-je les fleuves qui coulent,
avec les lavandières sur ma berge…

Que ne suis-je les saules au bord du fleuve,
n’ayant que le ciel sur ma tête et l’eau à mes pieds…

Que ne suis-je l’âne du meunier,
lequel me battrait tout en ayant pour moi de l’affection…

Plutôt cela plutôt qu’être celui qui traverse l’existence
en regardant derrière soi et la peine au cœur…

(Fernando Pessoa)


Illustration: Gilbert Garcin

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La lavandière (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018




La lavandière

Elle ouvrit la fenêtre
Pour suspendre ses draps
Et tendit les deux bras.

Midi venait de naître.
La mer parlait tout bas
Avec le ciel de mai.

La mer crut que c’était
Pour elle que la femme
Tendait ainsi les bras,

Et ses vagues fleurirent
Si vite que de loin
Tous les passants les virent.

La femme ne vit rien.
Elle tendait les bras
Et suspendait ses draps

Se demandant pourquoi,
Maintenant sur le quai,
Tous ceux qui étaient là,

Surpris, la regardaient.

(Maurice Carême)

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Amour, amour (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Amour, amour, à la tour du ciel les nuages
montèrent telles de triomphantes lavandières,
et tout brida en bleu d’azur, tout fut étoile :
la mer, la nef, le jour s’exilèrent ensemble.

Viens voir les cerisiers dans leur eau constellée
viens voir la ronde clef de l’univers rapide,
viens toucher le feu de l’azur instantané,
viens avant que ses pétales soient consumés.

Il n’est ici que lumière, quantités, grappes,
il n’est qu’espace ouvert par les vertus du vent
jusqu’à livrer les derniers secrets de l’écume.

Et parmi tant de bleus célestes, submergés,
nos yeux se sont perdus, ils devinent à peine
les puissances de l’air et les clefs de la mer.

***

Amor, amor, las nubes a la torre del cielo
subieron como triunfantes lavanderas,
y todo ardió en azul, todo fue estrella :
el mar, la nave, el día se desterraron juntos.

Ven a ver los cerezos del agua constelada
yla clave redonda del rápido universo,
ven a tocar el fuego del azul instantáneo,
ven antes de que sus pétalos se consuman.

No hay aquí sino luz, cantidades, racimos,
espacio abierto por las virtudes del viento
hasta entregar los últimos secretos de la espuma.

Y entretantos azules celestes, sumergidos,
se pierden nuestros ojos adivinando apenas
los poderes del aire, las llaves submarinas.

(Pablo Neruda)

Illustration: Rafal Olbinski

 

 

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PIERRE LAVÉE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



PIERRE LAVÉE

Sensible par ses feuillets disjoints,
cette dalle de mer
se calcine dans sa solitude.

Houle proche, mousseuse lessive.

Un torse en mouvement s’en imprègne,
et soudain il ruisselle.

Oripeaux tissés d’un or indéfinissable : vrais ou faux ?
Qu’importe !
Le soleil d’octobre achève de tordre ses derniers linges.

Défroque glissant à vau-l’eau, écharpe nouée au cou du vent,
il donne libre cours à sa phobie lavandière.

Flux et reflux. L’acte et le geste.

Puis cette surprise des yeux.

Dans un brassage d’écume,
la pierre lavée n’est plus désormais
qu’un corps effervescent.

(Jules Tordjman)

Illustration: Dominique Van den Broeck

 

 

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La prophétie (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



 

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La prophétie

D’une place de Paris jaillira une si claire fontaine
Que le sang des vierges et les ruisseaux des glaciers
Près d’elle paraîtront opaques.
Les étoiles sortiront en essaim de leurs ruches lointaines
Et s’aggloméreront pour se mirer dans ses eaux près de la Tour Saint-Jacques.

D’une place de Paris jaillira une si claire fontaine
Qu’on viendra s’y baigner, en cachette, dès l’aurore.
Sainte Opportune et ses lavandières seront ses marraines
Et ses eaux couleront vers le sud venant du nord.

Un grand marronnier rouge fleurit à la place
Où coulera la fontaine future.
Peut-être dans mon grand âge
Entendrai-je son murmure;

Or le chant est si doux de la claire fontaine
Qu’il baigne déjà mes yeux et mon coeur.
Ce sera le plus bel affluent de la Seine,
Le gage le plus sûr des printemps à venir, de leurs oiseaux et de leurs fleurs.

(Robert Desnos)

Illustration

 

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Retouche aux Indes Galantes (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2017




    
retouche aux Indes Galantes

Une lavandière sous les arbres
étend de grands linges blancs
où l’ombre des branches dessine un labyrinthe.
L’amour y tourne, berné par l’appel d’un coucou.

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Retouches
Editions: Gallimard

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Une nuit (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2017



Une nuit

Comme l’autre nuit vient le sommeil,
il s’insinue déjà dans mes pensées.
Alors,
comme pour une lavandière un drap, se tord
la nouvelle angoisse en mon cœur. Crier
je voudrais, mais ne le peux. La torture,
qu’on souffre une seule fois, est souffrance muette.
Ah, tout ce que j’ai perdu, moi seul le sait.

(Umberto Saba)

Illustration: Samuel Durkin

 

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Le Beau Temps (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2017



Le Beau Temps

La cerise commence à rougir,
mon cœur à n’avoir plus de peine,
et les lavandières à rire
le long de l’Oise et de la Seine.

Assis à l’ombre du village,
je ne me lasse point d’admirer,
d’ici au fond du paysage,
l’herbe à lapin aux fleurs dorées.

Sur un mur frissonnant de lierres,
avec leurs couronnes aux bras,
les croix de fer du cimetière
font une ronde tout là-bas.

Est-il bien utile d’agir ?
Entre mes doigts fleure une rose.
La cerise commence à rougir.
Ah ! Phébus, laissons faire aux choses

et se coiffer d’autres villages,
comme de gais bonnets pointus,
ces villages près des nuages
dans les bleus lointains confondus.

(Paul Fort)

 

 

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Sur l’eau verte de la rivière (Ping Hsin)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2017



Sur l’eau verte de la rivière
se penchent des lavandières
et passent quelques canards…
Le poète à dos de mulet
entre pas à pas
dans le paysage de son poème.

(Ping Hsin)

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Qu’il serait bon (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



Qu’il serait bon d’être la poussière de la route
Et que les pieds des pauvres viennent me fouler…

Qu’il serait bon d’être les fleuves qui s’écoulent
Et que les lavandières viennent sur mes berges…

Qu’il serait bon d’être les peupliers sur la rive du fleuve
Et d’avoir le ciel seul en contre-haut et l’eau en contre-bas…

Qu’il serait bon d’être l’âne du meunier
Et qu’il me batte et me câline…

Plutôt cela que d’être celui qui traverse la vie
En regardant derrière lui et sujet au chagrin…

(Fernando Pessoa)

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