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Posts Tagged ‘Léda’

LÉDA (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Mariano Fortuny Madrazo
    
LÉDA

Le cygne paraît de neige dans la nuit,
et son bec est d’ambre quand l’aube reluit ;
le crépuscule suave qui bientôt se perd
rosit les ailes candides de sa lumière.

Et puis, sur les ondes du lac azuré,
après que l’aurore perdit sa teinte vermeille,
les ailes tendues et le col recourbé,
le cygne est d’argent, baigné de soleil.

Tel est-il, quand il lustre ses plumes de soie,
olympique oiseau que l’amour a meurtri,
et dans les flots sonores, viole Léda,
un bec recherchant les lèvres cramoisies.

La belle soupire, dévêtue et vaincue,
et pendant que ses plaintes s’envolent au vent,
des vertes profondeurs d’un feuillage dru
étincellent les yeux troubles de Pan.

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Léda (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018



Illustration: Paul Véronèse
    
III

Pour un court moment, ô Cygne, je voudrais unir mes voeux
à ceux de tes deux ailes, qui embrassèrent Léda,
et à mon rêve d’adulte, encore vêtu de soie,
tu diras, pour les Dioscures, la gloire des cieux.

L’automne est là. De la flûte roulent des consolations.
Juste un instant, ô Cygne, en cette allée bordée de nuit,
je boirai entre deux lèvres malgré l’interdiction
de la Pudeur, mordant tour à tour Scrupules et Jalousie.

Cygne, j’aurai pour un instant tes ailes immaculées,
et le coeur de rose que ta douce poitrine abrite
palpitera dans la mienne avec son sang régulier.

Alors, Amour sera heureux, puisque sera vibrant
l’enthousiasme qui réveille le grand Pan et l’excite
tandis que son rythme cache la fontaine de diamant.

IV

Avant toute chose, Léda, gloire à toi !
Ton doux ventre recouvrit de soie
le Dieu. Miel et or au vent de Zéphyr !
Résonnèrent alternativement
flûtes et cristaux, la fontaine et Pan.
La Terre était chant et le Ciel sourire !

Devant l’acte suprême et céleste
un pacte fut conclu entre dieux et bêtes.
La lumière du jour pour l’alouette,
la sagesse advint aux chouettes
et pour les rossignols la mélodie.
Aux lions ce fut bien sûr la victoire,
les aigles reçurent toute la gloire
et tout l’amour aux colombes fut acquis.

Mais n’êtes-vous pas, vous, les divins
princes ? Indolents comme les bateaux
immaculés et purs comme le lin,
et merveilleux comme les oiseaux !

Vous avez dans vos becs les qualités
qui révèlent les coraux purs.
De vos poitrines, vous ouvrez les sentiers
que d’en haut vous indiquent les Dioscures.

La dignité de chacun de vos actes,
immortalisée dans l’infini,
fait qu’ils sont rythmes exacts,
lumières du mythe, voix de nos rêveries.

De l’orgueil olympien vous êtes le résumé,
ô blanches urnes de l’harmonie !
Joyaux éburnés qu’anime une volonté
de par sa céleste mélancolie.

Mélancolie d’avoir aimé,
auprès de la fontaine, dans le bois,
son cou lumineux étiré
entre les cuisses blanches de Léda !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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L’innocente Léda (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2017



Paul Prosper Tiller 1280 [800x600]

L’innocente Léda baignait ses membres nus,
La grâce de son corps enchantait l’eau du fleuve,
Et les roseaux, pressés de frissons inconnus,
Disaient une musique aussi douce que neuve,

Quand le cygne parut, blanche nef sur le fleuve.

Quand le cygne parut, blanche nef au front d’or,
Léda tressaillit d’aise et demeura songeuse,
Puis, lentement, sans bruit, elle revint au bord
Et se coucha dans l’herbe, à l’ombre d’une yeuse ;

La bête s’avançait, belle, ardente et songeuse.

La bête s’avançait, belle, ardente, et d’un air
Si royal et si mâle, que Léda fut charmée
Et qu’elle regretta, dans l’erreur de sa chair,
De n’être pas un cygne, afin d’en être aimée

Parmi l’ombre et parmi l’herbe molle et charmée.

Parmi l’ombre et parmi l’herbe molle et les lys,
Léda se ploie au poids de l’animal insigne,
Tout ruisselant encore des eaux de Simoïs,
Et son corps étonné frissonne et se résigne

A ne caresser que le plumage d’un cygne.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Paul Prosper Tillier

 

 

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Léda dans son premier sommeil (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2017



Je dormais couchée sur le ventre
J’avais conscience de mon ventre

Le ciel pesant coulait en moi
Par mille graines de blé vif

Par mille oiseaux exténués
Et qui se cachent pour mourir.

Le bruit l’odeur le feu venait fermer leurs ailes
Dans ma gorge écrasée dans le puits de mes mains

Le feu le froid l’azur rassemblaient mes épaules
La verdure tremblait dans mon sang prisonnier

J’étouffais de soleil j’étais noyée d’air pur
L’abus du coeur et de la chair m’anéantit.

Bientôt je limitai le ciel je me fermai
Profonde je souffris de la boue et des pierres

Tout encombrée de mes racines infinies
Je retrouvai le dur labeur de mon passé

Ma cécité mon ignorance de l’espace
L’inavouable progrès des murs multipliés.

Mes beaux yeux séparés du monde
Où sont les morts suis-je vivante

Je voudrais répéter le monde
Et non plus être ombre d’une ombre

Mes beaux yeux rendez-moi visible
Je ne veux pas finir en moi.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant le corps nu d’Europé (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016



Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant
Le corps nu d’Europé, qui jette son bras blanc
Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague,
Il tourne lentement vers elle son oeil vague ;
Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur
Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt
Dans un divin baiser, et le flot qui murmure
De son écume d’or fleurit sa chevelure.
– Entre le laurier-rose et le lotus jaseur
Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur
Embrassant la Léda des blancheurs de son aile ;
– Et tandis que Cypris passe, étrangement belle,
Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins,
Étale fièrement l’or de ses larges seins
Et son ventre neigeux brodé de mousse noire,
– Héraclès, le Dompteur, qui, comme d’une gloire,
Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion,
S’avance, front terrible et doux, à l’horizon !

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Gustave Moreau

 

Gustave Moreau

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LÉDA (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2015



 

Leda_Botero

LÉDA

Au centre du bassin où le marbre arrondi
Entoure une onde léthargique qui tressaille
D’une ride qu’y fait, de son bec qui l’entaille,
Un cygne se mirant à son miroir verdi,

Elle cambre son corps qu’une attente roidit;
Son pied nu touche l’eau que son orteil éraille,
Et sa langueur s’accoude à la rude rocaille,
Et son geste s’étire au métal engourdi.

Les cygnes nonchalants qui nagent autour d’elle
Approchent de la Nymphe et la frôlent de l’aile
Et caressent ses flancs de leurs cols onduleux;

Et le bronze anxieux dans l’eau qui le reflète
Semble encor palpiter de l’amour fabuleux
Qui jusqu’en son sommeil trouble sa chair muette.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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