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Poésie

Posts Tagged ‘légèreté’

C’est enjamber (Éric Ferrari)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2018




    
C’est
enjamber sa propre agonie.
Désaveugler l’instant. La légèreté
d’un mouchoir blanc jeté dans
le fleuve.

(Éric Ferrari)

 

Recueil: Les Inventions
Traduction:
Editions: Cheyne

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CHANSON D’AUTOMNE AU PRINTEMPS (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: J.C. Fresnais
    
CHANSON D’AUTOMNE AU PRINTEMPS
A Martínez Sierra

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs !
Quand je veux pleurer, je ne peux…
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

Au pluriel s’est jouée dans les cieux
la longue histoire de mon coeur.
C’était une enfant douce, en ce
monde de souffrances et de pleurs.

Elle mirait comme l’aube pure ;
souriait comme sourient les fleurs.
Noire était sa chevelure,
comme la nuit et les douleurs.

Ma pudeur était enfantine.
Elle, naturellement, a été,
pour mon amour fait d’hermine,
Hérodias et Salomé…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs… !
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

La seconde était plus sensitive,
plus consolatrice, et plus
cajoleuse, plus expressive,
que jamais je ne l’aurais attendu.

Car à sa douceur infinie
elle joignait une passion violente.
Dans une toge de blanche soierie,
s’enveloppait une bacchante…

Elle prit mon rêve dans ses bras,
comme un poupon, le berça contre soi…
et l’étouffa, petit et las,
faute de jour, faute de foi…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu es partie pour un lointain ailleurs !
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

une autre jugea que ma bouche
était un écrin pour sa flamme,
Apt qu’elle rongerait, farouche,
de ses dents avides, mon âme,

faisant d’un amour dévorant
l’ambition de sa volonté,
étreintes et baisers cependant
résumaient seuls l’éternité ;

dans la légèreté de nos chairs
imaginer toujours un Éden
sans penser que d’égale manière,
le Printemps et la chair s’éteignent…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs !
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure !

Et les autres ! Sous des climats divers,
dans tant de pays, elles demeurent
si ce n’est prétexte à mes vers,
du moins des fantômes en mon coeur.

En vain, je cherchai une princesse
triste d’attendre et d’espérer.
La vie est dure. Elle aigrit et blesse.
Il n’y a plus de princesse à chanter !

En dépit du temps obstiné,
ma soif d’amour n’a pas de fin ;
Je m’approche, les cheveux argentés,
des buissons de roses du jardin…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs…
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

L’Aube d’or est mienne, pourtant !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Dans le soleil de midi (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration
    
— Dans le soleil de midi où s’endort la ville
tu es là;

Te voir
libère le monde que ta beauté exalte,
dissout les brumes,
les ombres,
les bruits,

Impose ce silence qu’enfante la mer,
accentue le dessin des toits et des rues,
donne à l’air une saveur d’ivresse,
qu’on inhale bouche ouverte et yeux clos ;

Tu es là,
et ton corps absorbe la lumière,
estompe les autres corps
qui sans hésitation,
se mettent à l’écart
du corps qui les ranime,

Qui donne à leurs mouvements banals
une légèreté nubile,
à leurs inquiétudes
une couleur pastel ;

Tu es là
et ton corps,
à jamais,
s’empare de ma mémoire ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Celui qui entre par hasard (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017




    

Celui qui entre par hasard dans la demeure d’un poète
Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui
Que chaque nœud du bois renferme davantage
De cris d’oiseaux que tout le coeur de la forêt
Il suffit qu’une lampe pose son cou de femme
A la tombée du soir contre un angle verni
Pour délivrer soudain mille peuples d’abeilles
Et l’odeur de pain frais des cerisiers fleuris
Car tel est le bonheur de cette solitude
Qu’une caresse toute plate de la main
Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes
La légèreté d’un arbre dans le matin.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Le besoin de sens (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



Le besoin de sens, comme une maladie qui emprisonne les hommes et consume leur vie.

Mais si Diogène, dans l’assemblée des doctes, exhibe le corps d’un simple hareng…
Si, devant tous les courtisans, l’enfant désigne la nudité du roi…

Le sérieux du sens, le sérieux du jeu.
Mais, pour unique ressource vis-à-vis du monde, la joyeuse candeur
qui, en toutes choses, nous dévoile le trésor du non-sens.

Cette lucidité merveilleusement respirable,
cette légèreté immensément transparente.

(Gérard Pfister)

Illustration: Jules-Bastien Lepage

 

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L’insoutenable légèreté de l’être (Milan Kundera)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



L’insoutenable légèreté de l’être

L’être humain, guidé par le sens de la beauté
transpose l’évènement fortuit
(une musique de Beethoven, une mort dans une gare)
pour en faire un motif
qui va ensuite s’inscrire
dans la partition de la vie.

(Milan Kundera)

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IL EST TROP TARD (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



 

Pier Toffoletti 31

IL EST TROP TARD

Rappelez-vous ces jours heureux,
Où mon coeur crédule et sincère
Vous présenta ses premiers voeux.
Combien alors vous m’étiez chère !
Quels transports ! quel égarement !
Jamais on ne parut si belle
Aux yeux enchantés d’un amant ;
Jamais un objet infidèle
Ne fut aimé plus tendrement.
Le temps sut vous rendre volage ;
Le temps a su m’en consoler.
Pour jamais j’ai vu s’envoler
Cet amour qui fut votre ouvrage :
Cessez donc de le rappeler.
De mon silence en vain surprise,
Vous semblez revenir à moi ;
Vous réclamez en vain la foi
Qu’à la vôtre j’avais promise :
Grâce à votre légèreté,
J’ai perdu la crédulité
Qui pouvait seule vous la rendre.
L’on n’est bien trompé qu’une fois.
De l’illusion, je le vois,
Le bandeau ne peut se reprendre.
Échappé d’un piège menteur,
L’habitant ailé du bocage
Reconnaît et fuit l’esclavage
Que lui présente l’oiseleur.

(Evariste Parny)

Illustration: Pier Toffoletti

 

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Celui qui manque (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017



Celui qui manque

Cherche-le, Toi, Soleil, dans l’effroyable désolation
Parce qu’il T’aime, cherche-le et bénis
Son visage abandonné d’une caresse divine.
Avec légèreté, Toi, Vent, sur sa chère, sa sombre tête
Où se déploient les ailes d’un sommeil sans rêves,
Murmure une bénédiction pour les morts.

Doucement, Toi, Pluie, pour l’amour de sa mère,
Répands sur lui Tes larmes; il ne s’éveillera pas :
Aucun pleur ne peut briser le repos des profondeurs

(Dylan Thomas)

 

 

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Quelque douleur qui traverse (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



Illustration: Jean-Claude Forez
    
quelque douleur qui traverse le texte
— et parfois elle en déchire la trame
jusqu’au silence,

quelle qu’en soit donc la gravité,
quels que soient même l’angoisse
et les doutes qui l’inspirent,

c’est bien de légèreté que rêve le poète.
Et d’aimer qu’il se nourrit.

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

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Légèreté (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



Illustration: Pablo Picasso
    
Légèreté
tromperie fameuse et jeu de dupes
On pariait alors pour l’épure
on s’appliquait aux mots d’envol
Donnez-moi maintenant un corps lourd
la boue les scories la vieille résistance
du poids sur la terre
non plus la retenue le juste équilibre
mais la dureté d’un corps de femme
souple et féroce

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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