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Posts Tagged ‘léguer’

Personne et cependant l’immensité de l’être (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019



    

Personne et cependant l’immensité de l’être
L’infini lègue aux choses un vêtement d’éther

Chemin de l’un vers l’unité
Le présent se donne à l’instant

Ici l’intensité
L’arc du corps

Ici l’effort
La corde raide

Ici l’énergie
La flèche en vérité

La cible sans circonférence ni centre coïncide avec la visée
L’archer s’éveille à la réalité

C’est l’éclair de haute pression physique
Où la terre sombre dans l’eau

Et la noyade appelle la fièvre
Et l’eau sombre dans le feu

De ce brasier les corps s’évadent
Le feu sombre dans l’air

Alors du vide de la chute
Monte le souffle en partage

Avec la lumière
Et la lumière de la lumière

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

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Aux morts (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo 13

Aux morts

Après l’apothéose après les gémonies,
Pour le vorace oubli marqués du même sceau,
Multitudes sans voix, vains noms, races finies,
Feuilles du noble chêne ou de l’humble arbrisseau ;

Vous dont nul n’a connu les mornes agonies,
Vous qui brûliez d’un feu sacré dès le berceau,
Lâches, saints et héros, brutes, mâles génies,
Ajoutés au fumier des siècles par monceau ;

Ô lugubres troupeaux des morts, je vous envie,
Si, quand l’immense espace est en proie à la vie,
Léguant votre misère à de vils héritiers,

Vous goûtez à jamais, hôtes d’un noir mystère,
L’irrévocable paix inconnue à la terre,
Et si la grande nuit vous garde tout entiers !

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Le suicidaire (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2018



 

Le suicidaire

Il ne restera dans la nuit aucune étoile
Il ne restera pas la nuit.
Je mourrai et avec moi la somme
De l’intolérable univers.
J’effacerai les pyramides, les médailles
Les continents et les visages.
J’effacerai l’accumulation du passé.
De l’histoire, je ferai poussière, poussière la poussière.
Je regarde le dernier crépuscule.
J’écoute le dernier oiseau.
Je lègue le rien à personne.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

 

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NUMÉRO UN (Ewa Lipska)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018




    
NUMÉRO UN

La planète a été réservée.
Et alors
qu’est-ce que ça peut bien faire.

La lune est inscrite au registre du cadastre.
Le soleil légué par acte notarial.

Villes numérotées. Rues alignées.
Un destin à plusieurs chiffres.

De nouvelles guerres
sont garanties
sur les biens immobiliers du Décalogue.

Des sommes folles d’espoir
s’envolent aux enchères.

Qu’est-ce que ça peut nous faire
si l’amour
brindille qui se balance au vent
reste toujours Numéro Un
et se penche vers nous.

(Ewa Lipska)

 

Recueil: Moi ailleurs l’écharde
Traduction: Isabelle Macor-Filarska et Irena Gudaniec-Barbier
Editions: Grèges

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Chamois (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



Chamois

Le roc me légua sa robe
De prudence et de rigueur
Solitaire je traverse
Le passage
de l’éclipse
Et lèche le lait bleui
de l’altitude.

(Charles Dobzynski)


Illustration

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Bulle de savon (Thierry Cazals)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



 

Bulle de savon

bulle de savon
explosant sur ton nez: pof!

malle en osier
– toute vide –
dans un grenier à l’abandon

que te léguer d’autre?

une vie réussie
dépend aussi
dépend surtout

de ses lacunes

(Thierry Cazals)

Illustration

 

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Tout pauvre (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



    

Tout pauvre à qui tu donnes toi-même,
Tu l’aimeras comme toi-même.
Donne joyeusement ton obole,
N’amasse pas de trésor à léguer ;
Hâte-toi joyeusement de préférer
La présence à la mémoire.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Goethe Le Divan
Traduction: Henri Lichtenberger
Editions: Gallimard

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Le roi de Thulé (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Illustration: Pierre Jan Van Der Ouderaa
    
Le roi de Thulé

Il était un roi de Thulé
A qui son amante fidèle
Légua, comme souvenir d’elle,
Une coupe d’or ciselé.

C’était un trésor plein de charmes
Où son amour se conservait :
A chaque fois qu’il y buvait
Ses yeux se remplissaient de larmes.

Voyant ses derniers jours venir,
Il divisa son héritage,
Mais il excepta du partage
La coupe, son cher souvenir.

Il fit à la table royale
Asseoir les barons dans sa tour ;
Debout et rangée alentour,
Brillait sa noblesse loyale.

Sous le balcon grondait la mer.
Le vieux roi se lève en silence,
Il boit, – frissonne, et sa main lance
La coupe d’or au flot amer !

Il la vit tourner dans l’eau noire,
La vague en s’ouvrant fit un pli,
Le roi pencha son front pâli…
Jamais on ne le vit plus boire.

(Gérard de Nerval)

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Les solitaires disent (Avraham Ben-Yitzhak)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017



Illustration: Egon Schiele

    
Les solitaires disent

Le jour lègue au jour un soleil déclinant
Et la nuit se lamente sur la nuit
Un été après l’autre s’achève dans l’effeuillement
Et le monde chante du fond de son chagrin.

Nous viendrons demain à mourir, privés de toute parole,
Et le jour du départ nous trouvera devant la porte à la clôture
Si le coeur se réjouit que Dieu nous ait rapprochés
Il se repentira et tremblera — craignant la traîtrise.

Le jour porte au jour un soleil ardent
Et une nuit après l’autre verse ses étoiles
Sur les lèvres des solitaires le chant s’interrompt :
Nous divergeons par sept chemins mais par un seul nous revenons.

(Avraham Ben-Yitzhak)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Moses
Editions: Gallimard

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CE QU’ON M’A LÉGUÉ (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



CE QU’ON M’A LÉGUÉ

marqué d’une croix,
le Un :

je dois en déchiffrer l’énigme,
pendant que toi, en habit de jute,
tu travailles au tricot du mystère.

(Paul Celan)

Illustration

 

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