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Posts Tagged ‘lent’

Odelette (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022




    
Odelette

Si j’ai parlé
De mon amour c’est à l’eau lente
Qui m’écoute quand je me penche
Sur elle ; si j’ai parlé
De mon amour, c’est au vent
Qui rit et chuchote entre les branches ;
Si j’ai parlé de mon amour, c’est à l’oiseau
Qui passe et chante

Avec le vent ;
Si j’ai parlé
C’est à l’écho.

Si j’ai aimé de grand amour,
Triste ou joyeux
Ce sont tes yeux ;
Si j’ai aimé de grand amour,
Ce fut ta bouche grave et douce,
Ce fut ta bouche ;
Si j’ai aimé de grand amour,
Ce furent ta chair tiède et tes mains fraîches:
Et c’est ton ombre que je cherche.

(Henri de Régnier)

Recueil: Poèmes par coeur
Traduction:
Editions: Seghers

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Des filles chantent (Rainer-Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2022



Illustration: Anne-François-Louis Janmot
    
Des filles chantent:

L’époque dont les mères ont parlé
n’a pas trouvé l’accès de nos alcôves,
et tout y est resté lisse et clair. Elles
nous disent qu’elles se brisèrent lors
d’une année fouaillée de tempête.

Nous ne savons pas : qu’est-ce que c’est la tempête ?

Nous habitons toujours dans les profondeurs de la tour,
et parfois, de loin seulement, nous entendons
dehors les forêts bruire dans le vent ;
une fois, une étoile étrangère
s’est arrêtée chez nous.

Et puis si nous sommes au jardin, nous
tremblons que cela ne commence, et
nous attendons jour après jour —
Mais il n’est nulle part un vent
qui voudrait nous plier.

***

Longtemps nous avons ri dans la
lumière, et chacune apportait à l’autre
des brassées d’oeillets et de résédas,
solennellement, comme à une promise
et c’était devinette et réponse.

Puis avec le nom de la nuit,
lentement, le silence s’est étoilé.
Nous fûmes alors comme réveillées de tout, et
très éloignées l’une de l’autre :
nous avons appris le désir, qui rend triste,
comme une chanson…

***

Les filles, sur la pente du jardin,
ont ri longtemps,
et en chantant,
comme si elles avaient fait une longue marche,
se sont fatiguées.

Les filles à côté des cyprès
tremblent : l’heure
commence où elles ignorent
de qui seront toutes choses.

(Rainer-Maria Rilke)

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PLUS TRANSPARENTE QU’UNE GOUTTE D’EAU… (Marc Rombaut)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2022



Illustration: Egon Schiele
    
PLUS TRANSPARENTE QU’UNE GOUTTE D’EAU…

Plus transparente qu’une goutte d’eau
tu brilles de ton sexe déployé.
Tu es un fleuve blessé, tu es le jour
qui dispense l’air, tu brûles les mots
morts et les mots tu les traverses avec ton ventre.
Tes seins se gonflent au vertige de mes mains. Jambes
ouvertes, tu dispenses le miel et la braise, je m’habille de
ta chair et je me répands en toi, femme. Nous habitons
une déchirure que le soleil et l’eau polissent lentement
pendant que nos corps émigrés dans les caresses s’inventent
leur écriture.

(Marc Rombaut)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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OH ! TES SI DOUCES MAINS… (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2022




    
OH ! TES SI DOUCES MAINS…

Oh ! tes si douces mains et leur lente caresse
Se nouant à mon cou et glissant sur mon torse
Quand je te dis, au soir tombant, combien ma force
S’alourdit, jour à jour, du plomb de ma faiblesse !

Tu ne veux pas que je devienne ombre et ruine
Comme ceux qui s’en vont du côté des ténèbres,
Fût-ce avec un laurier entre leurs mains funèbres
Et la gloire endormie en leur creuse poitrine.

Oh ! que la loi du temps m’est par toi adoucie,
Et que m’est généreux et consolant ton songe.
Pour la première fois tu berces d’un mensonge
Mon coeur qui t’en excuse et qui t’en remercie ;

Mais qui sait bien pourtant que toute ardeur est vaine
Contre tout ce qui est et tout ce qui doit être,
Et qu’un profond bonheur se rencontre peut-être
A finir en tes yeux ma belle vie humaine.

(Emile Verhaeren)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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La marche lente (Ying Chen)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2022


marche

La marche lente
De quelques passants
A un temps sans voiture

(Ying Chen)

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Invention de Mars (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2022



Illustration
    
Invention de Mars

Aubes d’argent sur des champs
D’herbes jamais vues, où le vent
Passe au large et doucement, dans un silence
D’émeraudes éternelles. Mouvement
De ballet ou de lumière purifiée,
Lents canaux de Mars que j’invente
Dans mon humain langage condamné.

***

Invenção de Marte

Madrugadas de prata sobre campos
De nunca vistas ervas, onde o vento
Passa de largo e manso, num silêncio
De esmeraldas eternas. Movimento
De bailado ou de luz purificada,
Lentos canais de Marte que eu invento
Na minha humana fala condenada.

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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QUIA HORTULANUS ESSET (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2022



Illustration: Salvadore Dali    
    
QUIA HORTULANUS ESSET

Je suis l’ouvrier du silence,
L’au-delà des gestes humains,
L’obole qui contrebalance
L’or des Césars entre vos mains.

Je suis l’innocence de l’aube
Et l’oeuf fragile au fond du nid;
Les replis usés de ma robe
Ont la largeur de l’infini.

Je suis plus vendu qu’un esclave,
Et, plus qu’un pauvre, abandonné;
Je suis l’eau céleste qui lave
Le sang que pour vous j’ai donné.

Les lys et les agneaux, mes frères,
Sont comme moi sans défenseur;
Je revêts tous ceux qui pleurèrent
D’une cuirasse de douceur.

Peu m’importe que l’on me nie :
Je suis l’obscur et l’insulté
Semant sa sueur d’agonie
Aux sillons du futur été.

Je suis la neige qui prépare
La lente éclosion des fleurs;
Deux bras ouverts, vivante barre,
Diamètre de vos douleurs.

La rose à mes côtés relève
Son visage innocent et beau;
Le bois mort s’humecte de sève;
Et la Madeleine au tombeau,

Moite encor des larmes versées,
Reconnaît, dieu qui sanglota,
Le jardinier aux mains percées
Sous l’arbre noir du Golgotha.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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UNE CANTILÈNE DE PENTAOUR (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022



Illustration: Vincent Van Gogh
    
UNE CANTILÈNE DE PENTAOUR

La mort est près de moi, la mort est près de toi
Ainsi qu’un doux sommeil à l’ombre d’un doux toit,
Comme un vin qu’on répand, comme un lotus qui fleure;
La mort est près de toi comme un roseau qui pleure.
À l’épuisé repos, au fiévreux guérison,
La mort est un doux lac au poudreux horizon.
Comme un doux vent du soir soufflant sa lente haleine,
La mort derrière toi gonfle la voile pleine.
Vous naviguez, amants, vers le pays lointain.
Comme un doux convié, la mort est au festin.
L’été te fane, fleur; l’été te boit, rosée;
Comme un doux oiseleur, la mort étend ses rets.
La seule ombre qui reste est celle du cyprès
Où dormiront bientôt l’époux et l’épousée.

(Marguerite Yourcenar)

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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CANTILÈNE POUR UN JOUEUR DE FLÛTE AVEUGLE (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022



Illustration
    
CANTILÈNE POUR UN JOUEUR DE FLÛTE AVEUGLE

Flûte dans la nuit solitaire,
Présence liquide d’un pleur,
Tous les silences de la terre
Sont les pétales de ta fleur.

Disperse ton pollen dans l’ombre,
Âme pleurant, presque sans bruit,
Miel coulant d’une bouche sombre,

Et, puisque tes lentes cadences
Rythment le pouls des soirs d’été,
Fais-nous croire que les cieux dansent
Parce qu’un aveugle a chanté.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Portrait de Jean-Daniel (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Portrait de Jean-Daniel

Il est court et fort, il n’a la semaine
pour pouvoir travailler à l’aise que sa
chemise et un pantalon de grisette,
mais le dimanche il met un habit noir.

Il a de larges épaules, un visage
osseux qui a la couleur du soleil, des
moustaches jaunes qui sentent le vin
et de petits yeux vifs et pâles.

Son parler est lent et chantant
comme ses gestes et comme quand il marche
à pas égaux, tranquillement,
en regardant le ciel au-dessus de lui
pour voir le temps qu’il va faire,
les champs déserts où le blé germe,
la terre qu’il aime, parce qu’il en vit.

Et il va à l’auberge le soir
jouer aux quilles
ou danser avec les filles,
parce que çа fait du bien des fois de s’oublier
après qu’on a bien travaillé,
parce que rien ne vaut de sentir dans sa main
la main de sa bonne amie,
parce que le vin est frais dans les verres,
après une pipe, dans les grandes chaleurs.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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