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La poésie est aussi un grand calme (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

André Derain -02

La poésie est aussi un grand calme qu’on entend,
qui vous saisit et vous accélère,
et elle est une sorte de scintillement permanent
auquel il faut se donner

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: André Derain

 

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LA GARE (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

LA GARE

GARE de la douleur j’ai fait toutes tes routes.
Je ne peux pîus aîler, je ne peux plus partir.
J’ai traîné sous tes ciels, j’ai crié sous tes voûtes.
Je me tends vers îe jour où j’en verrai sortir
Le masque sans regard qui roule á ma rencontre
Sur le crassier livide où je rampe vers lui,
Quand le convoi des jours qui brûle ses décombres
Crachera son repas d’ombres pour d’autres ombres
Dans l’étable de fer où rumine la nuit.

Ville de fiel, orgues brumeuses sous l’abside
Où les jouets divins s’entr’ouvrent pour nous voir,
Je n’entend plus gronder dans ton gouffre l’espoir
Que me soufflaient tes choeurs, que me traçaient tes signes,
A l’heure où les maisons s’allument pour le soir.

Ruche du miel amer où les hommes essaiment,
Port crevé de strideurs, noir de remorqueurs,
Dont la huée enfonce sa clef dans le coeur
Haïssable et hagard des ludions qui s’aiment,
Torpilleur de la chair contre les vieux mirages
Dont la salve défait et refait les visages,
Sombre écofe du soir où la classe rapporte
L’erreur de s’embrasser, l’erreur de se quitter,
Il y a bien longtemps que je sais écouter
Ton écluse qui souffre à deux pas de ma porte.

Gare de ma jeunesse et de ma solitude
Que l’orage parfois saluait longuement,
J’aurai longtemps connu tes regards et tes rampes,
Tes bâillements trempés, tes cris froids, tes attentes,
J’ai suivi tes passants, j’ai doublé tes départs,
Debout contre un pilier j’en aurai pris ma part
Au moment de buter au heurtoir de l’impasse,
A l’heure qu’iî faudra renverser la vapeur
Et que j’embrasserai sur sa bouche carrée
Le masque ardent et dur qui prendra mon empreinte
Dans le long cri d’adieu de tes portes fermées.

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: Edvard Munch

 

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Nocturne (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018




Nocturne

Un long bras timbré d’or glisse du haut des arbres
Et commence à descendre et tinte dans les branches.
Les feuilles et les fleurs se pressent et s’entendent.
J’ai vu l’orvet glisser dans la douceur du soir.
Diane sur l’étang se penche et met son masque.
Un soulier de satin court dans la clairière
Comme un rappel de ciel qui rejoint l’horizon.
Les barques de la nuit sont prêtes à partir.

D’autres viendront s’asseoir sur la chaise de fer.
D’autres verront cela quand je ne serai plus.
La lumière oubliera ceux qui l’ont tant aimée.
Nul appel ne viendra rallumer nos visages.
Nul sanglot ne fera retentir notre amour.
Nos fenêtres seront éteintes.
Un couple d’étrangers longera la rue grise.
Les voix,
D’autres voix chanteront, d’autres yeux pleureront
Dans une maison neuve.
Tout sera consommé, tout sera pardonné,
La peine sera fraîche et la forêt nouvelle,
Et peut-être qu’un jour, pour de nouveaux amis,
Dieu tiendra ce bonheur qu’il nous avait promis.

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: Eugène Jansson

 

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DANSE (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
DANSE

Les salades d’escarole
Dansent en robe à paniers
Sous la lune blonde et molle
Qui se lève pour souper.
Un couple d’amants s’isole
Gracieux comme un huilier
Et va sous un mouflier
Voir pousser les croquignoles.

Les salades d’escarole
Demain elles danseront
Dans leur urne funéraire
Sous les faces lunéraires
Qui dînent d’un oeil vairon
Et feront sur leurs frisons
L’escalade des paroles
Et le pas des postillons…

Cependant, la terre gronde,
Et dans cette dame blonde
Et dans ce monsieur qui ment,
La mort, lampe d’ossements,
Consume l’huile qui tombe…

(Léon-Paul Fargue)

 

Recueil: Ludions

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Fais-moi quitter mon corps visible (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017



 

Félix Vallotton roger-delivering-angelica-1907.jpg!HD [1280x768]

[…]
Fais-moi quitter mon corps visible.
J’escaladerai les échelles
Des épreuves et des blessures,
Je traverserai les systèmes,
Incube de tous les soleils,
Goutte de feu, goutte de boue,
Dans ma soif de te reconnaître.
Sans toi, sans ta douceur sévère,
Ma vie est le rêve d’un rêve
Hanté de fantômes trop tendres.
[…]

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: Félix Vallotton

 

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Un bras de balançoire (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



 

Un bras de balançoire encense le silence

(Léon-Paul Fargue)

Illustration

 

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La machine (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2016




Ce qui ne se conçoit pas, c’est la machine à mettre fin aux sensibilités.
Il y aura toujours un adolescent qui pleure dans un coin,
des ombres qui passent dans un parc,
même si les arbres sont en duralumin.

(Léon-Paul Fargue)

 Illustration

 

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Dans le murmure de notre attente (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2015



 

[…]

Dans le murmure de notre attente, un soir pathétique, quelque créature viendra.
Nous la reconnaîtrons à sa pureté clandestine,nous la devinerons à sa fraîcheur de paroles.
Elle viendra fermer nos yeux, croiser nos bras sur notre poitrine.
Elle dira que notre amour, tout cet amour qu’on n’a pas vu,
tout cet amour qu’on a piétiné, qu’on a meurtri, oui, que notre amour n’est plus que notre éternité.
Alors, mon âme, tandis que je serai allongé et déjà bruissant,
tu iras t’accouder à la fenêtre, tu mettras tes beaux habits de sentinelle,
et tu crieras, tu crieras de toutes tes forces !
On entendra
Qui est cet On ?
Qui ? demandes-tu ?
Mais toutes les âmes le savent.

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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TROUVE DANS DES PAPIERS DE FAMILLE (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2015



 

Daniel F. Gerhartz - Tutt'Art@ (10)

TROUVE DANS DES PAPIERS DE FAMILLE

J’AI tant rêvé, j’ai tant rêvé que je ne suis
Plus d’ici.
Ne m’interrogez pas, ne me tourmentez pas.
Ne m’accompagnez pas sur mon calvaire.

ll ne m’est pas donné de m’expliquer les ordres.
Pas même le droit d’y songer,
Il est grand temps que je me lève et que je parte.

Il a une permission de la mort, et il arrive.
Au tournant de la rue qui mène à la nuit, je l’attends.
La mer va rentrer ses dernières terrasses.
Une première lampe a soif dans les ténèbres.

Un pas sur le pavé. Son ombre le précède
Et se couche sur moi, la tête sur mon coeur.
Il est là.

Toujours son chapeau rond, toujours son sac à main,
Comme il était, le jour qu’il revint d’Italie.
Je ne vois pas ses yeux. Il ne me parle pas.

Je me roule vers lui comme une pierre obscure.
Je ne peux pas franchir son ombre.

Etes-vous bien portants ? Qu’avez-vous fait depuis ?
Pourquoi n’êtes-vous pas montés ?
Tous les jours, j’allais voir et vous n’arriviez pas !

Il ne dit rien de tout cela.
Mais tout en lui dit : Souviens-toi.

La nuit sur lui s’est refermée.

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: Daniel F. Gerhartz

 

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Depuis cent ans (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2015



 

Erik Johansson  4_orig [1280x768]

Depuis cent ans, je parcours les impasses,
je cogne les portes, j’implore les lucarnes.
Qu’il fait noir dans ce monde
où l’on finit par se heurter à son propre corps.
Que faire pour éviter ces hordes de soi-même,
ces rues pleines de sosies qui longent les murs,
silhouettes lancinantes, démarches tordues, figures échevelées
qui sortent en coup de vent sous un coup de lumière moqueuse.

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: Erik Johansson

 

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