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Posts Tagged ‘lesté’

LES BOTTINES (Alphonse Daudet)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2020




    
LES BOTTINES.

…Ce bruit charmant des talons qui
résonnent sur le parquet : clic ! clac ! est
le plus joli thème pour un rondeau.

GŒTHE, Wilhelm Meister.

I.

Moitié chevreau, moitié satin,
Quand elles courent par la chambre,
Clic ! clac !
Il faut voir de quel air mutin
Leur fine semelle se cambre.
Clic ! Clac !

Sous de minces boucles d’argent,
Toujours trottant, jamais oisives,
Clic ! clac !
Elles ont l’air intelligent
De deux petites souris vives.
Clic ! clac !

Elles ont le marcher d’un roi,
Les élégances d’un Clitandre,
Clic ! clac !
Par là-dessus, je ne sais quoi
De fou, de railleur et de tendre.
Clic ! clac !

II.

En hiver au coin d’un bon feu,
Quand le sarment pétille et flambe,
Clic ! clac !
Elles aiment à rire un peu,
En laissant voir un bout de jambe.
Clic ! clac !

Mais quoique assez lestes, – au fond,
Elles ne sont pas libertines,
Clic ! clac !
Et ne feraient pas ce que font
La plupart des autres bottines.
Clic ! clac !

Jamais on ne nous trouvera,
Dansant des polkas buissonnières,
Clic ! clac !
Au bal masqué de l’Opéra,
Ou dans le casino d’Asnières.
Clic ! clac !

C’est tout au plus si nous allons,
Deux fois par mois, avec décence,
Clic ! clac !
Nous trémousser dans les salons
Des bottines de connaissance.
Clic ! clac !

Puis quand nous avons bien trotté,
Le soir nous faisons nos prières,
Clic ! clac !
Avec toute la gravité
De deux petites sœurs tourières.
Clic ! clac !

III.

Maintenant, dire où j’ai connu
Ces merveilles de miniature,
Clic ! clac !
Le premier chroniqueur venu
Vous en contera l’aventure.
Clic ! clac !

Je vous avouerai cependant
Que souventes fois il m’arrive,
Clic ! clac !
De verser, en les regardant,
Une grosse larme furtive.
Clic ! clac !

Je songe que tout doit finir,
Même un poème d’humoriste,
Clic ! clac !
Et qu’un jour prochain peut venir
Où je serai bien seul, bien triste,
Clic ! clac !

Lorsque, – pour une fois,
Mes oiseaux prenant leur volée,
Clic ! clac !
De loin, sur l’escalier de bois,
J’entendrai, l’âme désolée :
Clic ! clac !

(Alphonse Daudet)

 

Recueil: Les amoureuses
Traduction:
Editions:

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Les cuisses de Colette (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Illustration: Pablo Picasso

    

Les cuisses de Colette

Les cuisses de Colette
Sont douces au toucher
Comme des cacahuètes
Qu’on aurait épluchées.
Je n’aime pas sa tête
Ses yeux demi-pochés
Son oreille en cuvette
Son nez en arbalète
Sa bouche endimanchée.
Mais j’aime bien ses cuisses
Si douces au toucher.
Pendant le Saint-Office
L’un près de l’autre assis,
Ma main vient s’y chauffer.
De profundis, ad te Domine, clamavi !
Que c’est doux ! Que c’est doux !
Plus doux qu’une souris
Que le coeur de l’été,
Du miel et du saindoux !
Dans le rang d’à côté,
(Ma main enfouie
En cette blanche obscurité),
Madame la Baronne d’Auxerre
Qui ressemble à un dromadaire
Me sourit.
C’est sa mère !
Madame la Baronne d’Auxerre
Madame la Baronne sa mère
Madame est servie
Madame très très bien avec le bon Dieu
Très très bien avec son âme
Madame
N’y voit que du feu.
– Retire ta main de là
Me dit Colette, tout bas !
Mais elle serre, elle serre
Avec la force du tonnerre
Ma main se trouve emprisonnée
Ainsi qu’un missionnaire en Nouvelle-Guinée.
Retire ta main de là, petit garçon,
Ce ne sont pas des façons !
Mais elle serre à tout casser
Elle serre comme un Canaque !
Mes doigts craquent
Mes doigts sont tous fiancés
Je ne peux plus les retirer
Elle serre, elle serre
À tire-larigot.
Oh ! le bruit de mes os !
Gloria in excelsis Deo’ !
Dommage que Colette
Soit pas très belle en haut.
Mais qu’importe la tête
Quand le bas donne chaud !
Pour caresser ses cuisses
Je donnerais comme un rien
Desserts et pain d’épice
Et tous les paroissiens.
Entre ces deux poissons
Dont le sang est humain
Je laisserai ma main
Jusqu’au dimanche prochain.
Ah ! Colette, Colette !
Que la vie est agreste !
Et que mon coeur est leste
Et que l’Enfer est loin !
(Madame la Baronne se signe en un grand geste)
Ite missa esta.

(René de Obaldia)

 

Recueil: Innocentines
Traduction:
Editions: Gracet & Fasquelle

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Bien lesté (Daniel Deleuze)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018




    
Bien lesté
en apnée
en vous, Désirée,
je plonge,
puis par paliers
remonte lentement.
Malgré ce
l’ivresse de profondeurs
me gagne.
Et par la queue,
comme un hippocampe,
je m’accroche
aux branches
de votre corail
et rends visite
à votre nacre cachée.

(Daniel Deleuze)

 

Recueil: Courtoises frimousses avec fleurs précédé de Troubadour de service
Traduction:
Editions: Tarabuste

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Nous sommes donc une suite de points (Bernard Chambaz)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



 

 

Illustration: Ced Vernay
    
Nous sommes donc une suite de points
Et sans doute comme les nuages
Un être intermédiaire
1, 2, 3, 4, 5, ∞
Où le réel dis-tu est un instant précis
Une idéalisation
Un cirrus ou nimbus pour paysage de rêve
Soudain lesté de gouttes
Et de flocons aussi purs qu’un triangle équilatéral

(Bernard Chambaz)

 

Recueil: Entre-Temps
Traduction:
Editions: Flammarion

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Silences (Michel Dugué)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2017



Les voici
déposés devant moi.

Silences d’avant, d’après,
de maintenant,
lestés d’eau, de pierres.

Habitent-ils l’attente du mot ?

Mon regard en eux
danse comme poussière
dans le rais du jour.

(Michel Dugué)

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Jusques aux pervers nonchaloirs (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2017



Jusques aux pervers nonchaloirs

Jusques aux pervers nonchaloirs
De ces yeux noirs,
Jusque, depuis ces flemmes blanches
De larges hanches
Et d’un ventre et de deux beaux seins
Aux fiers dessins,

Tout pervertit, tout convertit tous mes desseins,

Jusques à votre menterie,
Bouche fleurie,
Jusques aux pièges mal tendus
Tant attendus,
De tant d’appas, de tant de charmes,
De tant d’alarmes,

Tout pervertit, tout avertit mes tristes larmes,

Et, Chère, ah ! dis : Flûtes et zons
À mes chansons
Qui vont bramant, tels des cerfs prestes
Aux gestes lestes,
Ah ! dis donc, Chère : Flûte et zon !
À ma chanson,

Et si je fais l’âne, eh bien, donne-moi du son !

(Paul Verlaine)

Illustration: Fernand Toussaint

 

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SONNET RENAISSANCE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



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SONNET RENAISSANCE

D’un pas leste et galant sautant hors du bateau,
Un grand seigneur, en très somptueux équipage,
Pose ses doigts gantés sur l’épaule du page
Qui porte dans ses bras l’épée et le manteau.

Le compliment en vers qu’on remettra bientôt
Est barbouillé par un pédant sur une page,
Et les musiciens en chœur font du tapage
Sous la fenêtre ouverte et sombre du château.

De son retrait, la dame entend voix et guitares,
Tandis que son mari, triste, en proie aux catarrhes,
Fait dans l’herbe du parc tendre maint piège-à-loups.

Mais près du mur, caché dans l’ombre, sur la pierre,
Pour donner un grand coup d’estoc au vieux jaloux,
Le rouge spadassin aiguise sa rapière.

(Jean Richepin)

 Illustration: Edouard Agneessens

 

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Passante (Ahmed El inani)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2016



 

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Passante

Elle passe svelte, pleine de grâce
Elle illumine le poème de son pas leste
Et de sa magnifique démarche
Fleur épanouie elle passe
Mais avant le dernier vers accompli
Elle dépérit flétrit et s’efface
Ne laissant qu’un relent subtil
Qu’une fragrance fugace…

(Ahmed El inani)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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