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Posts Tagged ‘lèvre’

« Tu ne devrais pas » (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018


priere

Viens un temps où mendier s’interrompt,
Lorsque les lèvres qui depuis si longtemps intercédaient
Découvrent que leur prière est vaine.
« Tu ne devrais pas » est un coup d’épée plus tendre
Qu’un Dieu déçu disant
« Disciple, prie encore ».

***
There comes an hour when beggin stops,
When the long interceding lips
Perceive their prayer is vain.
« Thou shalt not » is a kinder sword
Than from a disappointing God
« Disciple, call again ».

(Emily Dickinson)

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Si je ne suis plus vivante (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



Si je ne suis plus vivante
Au retour des Rouges-Gorges,
Donne à l’Etranglé de Rouge,
Une miette au Mémorial.

Si je ne puis te dire merci,
A cause d’un sommeil profond,
Sache au moins que j’essaie
De mes lèvres de Granit!

(Emily Dickinson)


Illustration

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DANSEURS DE PARADIS (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2018



 

Ettore Aldo Del Vigo -  (90)

DANSEURS DE PARADIS

jusqu’à la fin des temps
et plus loin encore
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
jusqu’à la fin des mondes
et plus loin encore
bien plus loin
sans jamais rien comprendre

dans tout ce bleu
qui n’est que toi
je remonte
vers la source
des hommes-questions
vers tous ceux
qui interrogent
la source sans source

je remonte
vers l’intérieur de tout
mille astres noirs
au fond de mes poches
je mets lentement au jour
cette force d’éden
de coeur en coeur
de lèvre en lèvre
de vie en vie

l’univers tout entier
suspendu
au visage d’une femme

je mets du baume
au monde
je marche l’immensité

je glisse et reglisse
le long des désolations
je remonte
vers les cendres fertiles
au jour le jour
à la nuit la nuit
j’écoute sans relâche
cette voix qui parle en moi
je l’écoute
aimanté par l’impossible
aimanté
par le fond des mondes

oui je dérive
vers la nuit de la nuit
je m’abandonne
aux avant-postes
des grands effondrements
je remonte
en fièvre pétrifiée
en étincelante déploration
mon âge se compte
en milliers d’étoiles
dans tout ce bleu
qui n’est que toi

j’accueille le jamais plus
comme si l’inquiétude
ne pouvait plus neiger en moi
dans tout ce bleu
qui n’est que toi

comme au premier jour
et les villes basculent
et les fleuves rebroussent chemin
dans la profondeur
des profondeurs
la sève circule
chez les danseurs de paradis

(Zéno Bianu)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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L’Ondine (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018



Illustration: Max Klinger
   
Le vent baise
Le miroir de la mer
Où se mire l’ondine
Cheveux de vagues
Sourire voyageur

Sur ses lèvres humides
Se pose le baiser
De l’écume et le flux
Et le reflux sont
Un rythme d’amour

La tempête cambre
Ses seins tendus
Et ses seins îles ou
Récifs fendent les flots

(Jean-Baptiste Besnard)

Site de Jean-Baptiste

 

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BLASON SECRET (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



BLASON SECRET

Si dans le pli quadruple moire
La lèvre a ce cours clair et fauve
Encore caché, la quatrefeuille
Jardin à choyer buissonneux

Si la bouche appliquée à Bouche
Où ne trouver dents ni palais
La langue allant dans la claire ombre
Et l’odeur de mer, son travail

Ô mort toi tu n’auras ce lait
Qu’après le sonnet, soie du jour
Au creux de la cuisse l’enclos
Printanier de Secrète chose
Je me voue à ta braise rose
Caverne où mourir, chant dispos

(Jacques Chessex)

Illustration: Paul Avril

 

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Entre force et fatigue (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018




    

Entre force et fatigue

La pierre cède les ongles cèdent
les forces meurent pour s’accrocher
ah lâcher tout et ricocher
de pierre en pierre vers la douceur

vers la douceur des grandes nuits
vers la toilette de la pluie
vers la candeur des lèvres closes
vers le repos sous les paupières

donner courage c’est fini
et le grand jeu du coeur d’ici
pas de ce monde je t’en prie
pas de ce roc de cette farce

je lâche.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Rien, tes mains n’implorent rien (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2018




Rien, tes mains n’implorent rien, tes mains désormais choses ;
Tes lèvres désormais figées n’émeuvent rien,
Dans l’enlacement souterrain
De l’humide terre imposée.
Seul peut-être le sourire dont tu aimais
T’embaume, la lointaine, et au fond des mémoires
Telle que tu étais te dresse,
Aujourd’hui ruche putréfiée.
Et l’inutile nom dont feu ton corps
Usa, vivant, sur terre, à la façon d’une âme,
N’évoque plus rien. L’ode grave,
Anonyme, un sourire.

(Fernando Pessoa)

Illustration

 ps
vivant

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Toi qui m’as tout repris… (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Carrie Vielle (9) [1280x768]

Toi qui m’as tout repris…

Toi qui m’as tout repris jusqu’au bonheur d’attendre,
Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un coeur tendre,
L’amour ! Et ma mémoire où se nourrit l’amour.
Je lui dois le passé ; c’est presque ton retour !
C’est là que tu m’entends, c’est là que je t’adore,
C’est là que sans fierté je me révèle encore.
Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais ;
Il a ta voix, ta voix ! Tu sais si je l’aimais !
C’est là que je te plains ; car plus d’une blessure,
Plus d’une gloire éteinte a troublé, j’en suis sûre,
Ton coeur si généreux pour d’autres que pour moi :
Je t’ai senti gémir ; je pleurais avec toi !

Qui donc saura te plaindre au fond de ta retraite,
Quand le cri de ma mort ira frapper ton sein ?
Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite,
Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim ;
Tu n’y sentiras plus une âme palpitante
Au bruit de tes malheurs, de tes moindres revers.
Ta vie, après ma mort, sera moins éclatante ;
Une part de toi-même aura fui l’univers.
Il est doux d’être aimé ! Cette croyance intime
Donne à tout on ne sait quel air d’enchantement ;
L’infidèle est content des pleurs de sa victime ;
Et, fier, aux pieds d’une autre il en est plus charmant.

Mais je n’étouffe plus dans mon incertitude :
Nous mourrons désunis, n’est-ce pas ? Tu le veux !
Pour t’oublier, viens voir ! … qu’ai-je dit ? Vaine étude,
Où la nature apprend à surmonter ses cris,
Pour déguiser mon coeur, que m’avez-vous appris ?
La vérité s’élance à mes lèvres sincères ;
Sincère, elle t’appelle, et tu ne l’entends pas !
Ah ! Sans t’avoir troublé qu’elle meure tout bas !
Je ne sais point m’armer de froideurs mensongères :
Je sais fuir ; en fuyant on cache sa douleur,
Et la fatigue endort jusqu’au malheur.

Oui, plus que toi l’absence est douce aux cœurs fidèles :
Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes ;
Son voile a protégé l’ingrat qu’on veut chérir :
On ose aimer encore, on ne veut plus mourir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carrie Vielle

 

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INVENTAIRE GALANT (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



INVENTAIRE GALANT

Tes yeux me rappellent
les nuits d’été,
nuits noires sans lune,
sur le bord de la mer salée,
et le scintillement des étoiles
dans le ciel noir et bas.
Tes yeux me rappellent
les nuits d’été.
Et ta chair brune,
les blés brûlés,
et le soupir de feu
des champs mûrs.

Ta soeur est claire et faible
comme les joncs languides,
comme les saules tristes,
comme les lins glauques.
Ta soeur est une étoile
dans l’azur lointain…
Une aube, une brise froide
sur les pauvres peupliers
qui tremblent sur la rive
de l’humble et douce rivière.
Ta soeur est une étoile
dans l’azur lointain.

De ta grâce brune,
de ton songe gitan,
de ton regard d’ombre
je veux emplir mon verre.
Je m’enivrerai une nuit
de ciel noir et bas,
pour chanter avec toi,
au bord de la mer salée,
une chanson qui laissera
des cendres sur les lèvres…
De ton regard d’ombre
je veux emplir mon verre.

Pour ta soeur jolie
j’arracherai les branches
pleines de fleurs nouvelles
des blancs amandiers,
en une aube tranquille
et triste de mars.
Je les arroserai de l’eau
des clairs ruisseaux,
je les enlacerai des joncs
verts qui poussent dans l’eau…
Pour ta soeur jolie
Je ferai un bouquet tout blanc.

(Antonio Machado)

Illustration: Anne-Marie Zylberman

 

 

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Je ne veux pas qu’elle soit morte (Albert Cohen)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



Je ne veux pas qu’elle soit morte.
Je veux un espoir, je demande un espoir.
Dieu de ma mère, mon Dieu que j’aime
malgré mes blasphèmes de désespoir.
Je T’appelle au secours.

Aie pitié de ce mendiant abandonné au coin du monde.
Je n’ai plus de mère, je n’ai plus de maman,
je suis tout seul et sans rien
et j’appelle vers Toi qu’elle a tant prié.

Donne-moi la foi en Toi,
donne-moi la croyance en une vie éternelle.
Cette croyance, je l’achèterais au prix d’un milliard d’années en enfer.
Car après ce milliard d’années en enfer où l’on Te nie,
je pourrai revoir ma mère qui m’accueillera,
sa petite main timidement à la commissure de sa lèvre.

(Albert Cohen)

Illustration

 

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