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Poésie

Posts Tagged ‘lèvre’

Cythère (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



 

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Cythère

Un pavillon à claires-voies
Abrite doucement nos joies
Qu’éventent des rosiers amis ;

L’odeur des roses, faible, grâce
Au vent léger d’été qui passe,
Se mêle aux parfums qu’elle a mis ;

Comme ses yeux l’avaient promis,
Son courage est grand et sa lèvre
Communique une exquise fièvre ;

Et l’Amour comblant tout, hormis
La faim, sorbets et confitures
Nous préservent des courbatures.

(Paul Verlaine)

Illustration: Lauri Blank

 

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Choisis ton origine (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018




Choisis ton origine

Verbe qui dort. Gazon coupé.
Bête si courte.
Lèvre mordue? Printemps comme une maladie.
Chaland chargé de lunes.
Dieux brisés qu’on répare.
Phrase qui veut se terminer en oiseau-mouche.
Royaume négatif.
Charbon, nickel, pomme trop dure.
N’hésite pas:
choisis ton origine.

(Alain Bosquet)

Illustration: Magritte

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Ne va pas dans ta solitude (Jean Bouhier)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Ne va pas dans ta solitude
attendre celle qui n’a plus d’yeux
son corps ne peut plus enfanter de soupirs
ses mains sont refermées sur le germe du vide

Ne va pas dans ta solitude
appeler celui qui n’a plus d’oreilles
sa vie n’a plus de poids dans ta main
et son souffle est sans couleur

Dans ta solitude où l’on t’entend vivre
il n’y a que toi pour t’aimer encore
tes lèvres ne savent plus le baiser et la soif
et la prière reste glacée entre tes doigts.

(Jean Bouhier)

Illustration: Salvador Dali

 

 

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TENTATIONS (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



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TENTATIONS

Ô les glauques tentations
Au milieu des ombres mentales,
Avec leurs flammes végétales
Et leurs éjaculations

Obscures de tiges obscures,
Dans le clair de lune du mal,
Éployant l’ombrage automnal
De leurs luxurieux augures !

Elles ont tristement couvert,
Sous leurs muqueuses enlacées
Et leurs fièvres réalisées,
La lune de leur givre vert.

Et leur croissance sacrilège,
Entr’ouvrant ses désirs secrets,
Est morne comme les regrets
Des malades sur de la neige.

Sous les ténèbres de leur deuil,
Je vois s’emmêler les blessures
Des glaives bleus de mes luxures
Dans les chairs rouges de l’orgueil.

Seigneur, les rêves de la terre
Mourront-ils enfin dans mon cœur!
Laissez votre gloire, Seigneur,
Eclairer la mauvaise serre,

Et l’oubli vainement cherché !
Les feuilles mortes de leurs fièvres,
Les étoiles entre leurs lèvres,
Et les entrailles du péché !

(Maurice Maeterlinck)

 

 

 

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La mort viendra et elle aura tes yeux (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018




La mort viendra et elle aura tes yeux –
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence.
Ainsi les vois-tu le matin
quand sur toi seule tu te penches
au miroir. O chère espérance,
ce jour-là nous saurons nous aussi
que tu es la vie et que tu es le néant.

La mort a pour tous un regard.
La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme cesser un vice,
comme voir resurgir
au miroir un visage défunt,
comme écouter des lèvres closes.
Nous descendrons dans le gouffre muets.

(Cesare Pavese)

Illustration: Fred Einaudi

 

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GHAZAL (Saadi)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



GHAZAL

La douce amie, la compagne fidèle,
Qui ne la souhaite ? et moi comme les autres.
Aimer les belles est coutume ancienne,
Ce n’est pas moi qui l’ai mise à la mode.
Si tu prétends poursuivre la vertu,
Je te croirai, Dieu juge mieux que moi.
Mais si tu dis : d’amour n’ai nulle envie,
Pareil discours n’est pas digne de foi.
Une main douce et aimée est sans doute
Au coeur blessé le seul médicament.
De lèvre en lèvre fais tourner la coupe,
Apprends du ciel l’incessant mouvement.
Tu le sais bien, le monde ne vaut pas
Qu’on s’en soucie, prends ton plaisir d’amour;
Saisis l’instant, sachant que chaque jour
De ton futur c’est un jour qui s’en va.
Ne construis pas ta vie comme Saadi.
Le malheureux l’a bâtie sur du sable.
La mort te guette, plaisir des coeurs, amie,
Ne te mets pas déjà la mort dans l’âme.

(Saadi)

 

 

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ELSA (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Patrick Marquès
    
ELSA

Suffit-il donc que tu paraisses
De l’air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse

O forte et douce comme un vin
Pareille au soleil des fenêtres
Tu me rends la caresse d’être
Tu me rends la soif et la faim
De vivre encore et de connaître
Notre histoire jusqu’à la fin

C’est miracle que d’être ensemble
Que la lumière sur ta joue
Qu’autour de toi le vent se joue
Toujours si je te vois je tremble
Comme à son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble

Pour la première fois ta bouche
Pour la première fois ta voix
D’une aile à la cime des bois
L’arbre frémit jusqu’à la souche
C’est toujours la première fois
Quand ta robe en passant me touche

Ma vie en vérité commence
Le jour où je t’ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m’a montré la contrée
Que la bonté seule ensemence

Tu vins au cœur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j’ai flambé comme un genièvre
À la Noël entre tes doigts
Je suis né vraiment de ta lèvre
Ma vie est à partir de toi

Suffit-il donc que tu paraisses
De l’air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse

(Louis Aragon)

 

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Suspension (Bernard Pozier)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Suspension

La parole mène à la main
premier chemin du corps
qui bien vite
ramène tout aux lèvres

Pour une vie pour une nuit
dans la zone grise du non-dit
dans les énigmes des couples
une histoire sans mot
se vit en secret
et retourne au silence
comme la vie de tant de gens

En guise de revanche
inventer un lieu
sans distance
sans espace
et sans temps
dans l’épaisseur des mots
et celle des secrets

(Bernard Pozier)


Illustration: Will Cotton

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Enlacés par l’herbe (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018


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Enlacés par l’herbe que l’air fait monter jusqu’à nos lèvres,
nous oublions dans notre chambre les paysages
qui venaient vers nous au pas de la terre,
les beaux paysages qui nous prenaient pour des statues.

Vagues s’en allant à la rencontre l’une de l’autre,
nos corps n’ont que la flaque des draps
pour apprendre que l’amour est une montagne
qui s’élève à chaque coup de soleil.

Nous n’avons que nos bras et nos jambes
pour serrer un instant les forêts
qu’un éclat de soleil enfonce dans notre chair
et fait flamber jusqu’au dernier arbre.

Nos dernières paroles se sont arrêtées loin de nous,
enfin coupées de leur tronc de sang.
Nous entrons seuls dans un monde ouvert sur nos visages
comme sur son propre noyau.

(Lucien Becker)

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LA FLUTE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Françis Saint-Genies
    
LA FLUTE

Pour le jour des Hyacinthies, il m’a donné une syrinx faite de roseaux bien taillés,
unis avec la blanche cire qui est douce à mes lèvres comme du miel.

ll m’apprend à jouer, assise sur ses genoux; mais je suis un peu tremblante.
Il en joue après moi, si doucement que je l’entends à peine.

Nous n’avons rien à nous dire, tant nous sommes près l’un de l’autre;
mais nos chansons veulent se répondre,
et tour à tour nos bouches s’unissent sur la flûte.

Il est tard, voici le chant des grenouilles vertes qui commence avec la nuit.
Ma mère ne croira jamais que je suis restée si longtemps à chercher ma ceinture perdue.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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