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AU POINT QUE J’EXPIRAIS … (Tristan L’Hermite)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2022




    
AU POINT QUE J’EXPIRAIS …

Au point que j’expirais, tu m’as rendu le jour
Baiser, dont jusqu’au coeur le sentiment me touche,
Enfant délicieux de la plus belle bouche
Qui jamais prononça les Oracles d’Amour.

Mais tout mon sang s’altère, une brûlante fièvre
Me ravit la couleur et m’ôte la raison ;
Cieux ! j’ai pris à la fois sur cette lèvre
D’un céleste Nectar et d’un mortel poison.

Ah ! mon Ame s’envole en ce transport de joie !
Ce gage de salut, dans la tombe m’envoie ;
C’est fait ! je n’en puis plus, Elise, je me meurs.

Ce baiser est un sceau par qui ma vie est close :
Et comme on peut trouver un serpent sous des fleurs,
J’ai rencontré ma mort sur un bouton de rose.

(Tristan L’Hermite)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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Je ne veux pas qu’elle soit morte (Albert Cohen)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2022



Je ne veux pas qu’elle soit morte.
Je veux un espoir, je demande un espoir.
Dieu de ma mère, mon Dieu que j’aime
malgré mes blasphèmes de désespoir.
Je T’appelle au secours.

Aie pitié de ce mendiant abandonné au coin du monde.
Je n’ai plus de mère, je n’ai plus de maman,
je suis tout seul et sans rien
et j’appelle vers Toi qu’elle a tant prié.

Donne-moi la foi en Toi,
donne-moi la croyance en une vie éternelle.
Cette croyance, je l’achèterais au prix d’un milliard d’années en enfer.
Car après ce milliard d’années en enfer où l’on Te nie,
je pourrai revoir ma mère qui m’accueillera,
sa petite main timidement à la commissure de sa lèvre.

(Albert Cohen)

Illustration

 

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ÉROTIQUE (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2022




    
ÉROTIQUE

Toi le frelon et moi la rose,
Toi l’écume et moi le rocher;
Dans l’étrange métamorphose,
Toi le Phénix, moi le bûcher.

Toi, le Narcisse, et moi la source;
Mes yeux reflétant ton émoi;
Toi le trésor et moi la bourse;
Moi l’onde et le nageur en moi.

Et toi, la lèvre sur la lèvre,
Toi la langueur berçant la fièvre,
La vague aux vagues se mêlant.

Mais quel que soit le tendre jeu,
Toujours l’âme en feu s’envolant,
Bel oiseau d’or, en plein ciel bleu.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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ÉROTIQUE (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2022



Illustration: Joseph Matar
    

ÉROTIQUE

Toi le frelon et moi la rose,
Toi l’écume et moi le rocher;
Dans l’étrange métamorphose,
Toi le Phénix, moi le bûcher.

Toi, le Narcisse, et moi la source;
Mes yeux reflétant ton émoi;
Toi le trésor et moi la bourse;
Moi l’onde et le nageur en moi.

Et toi, la lèvre sur la lèvre,
Toi la langueur berçant la fièvre,
La vague aux vagues se mêlant.

Mais quel que soit le tendre jeu,
Toujours l’âme en feu s’envolant,
Bel oiseau d’or, en plein ciel bleu.

(Marguerite Yourcenar)

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Désir (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2022



Illustration
    
Désir, tu n’es que l’or; mon amour est l’orfèvre.
Dans tes bras je m’étreins, je m’entends sur ta lèvre;
J’aime dans nos deux corps nos coeurs répercutés.

(Marguerite Yourcenar)

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Seul partage (Jean-Paul Hameury)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2022



Entre toi et moi
seul partage
les brandes sèches
de mes fièvres.

Il suffisait malgré tout
que tu t’y aventures
pour qu’au bord de tes lèvres
se lève une complainte bleue.

Je me penchais alors
confiant
sur cette fleur
qui allait m’être ôtée.

(Jean-Paul Hameury)

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Quand hors de tes lèvres décloses (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2022



Konstantin Razumov  _ [800x600]

Quand hors de tes lèvres décloses
Comme entre deux fleuris sentiers,
Je sens ton haleine de roses,
Les miennes les avant-portiers
Du baiser se rougissent d’aise,
Et de mes souhaits tous entiers
Me font jouir, quand je te baise.
Car l’humeur du baiser apaise,
S’écoulant au cœur peu à peu,
Cette chaude amoureuse braise,
Dont tes yeux allumaient le feu.

(Pierre de Ronsard)

Illustration: Konstantin Razumov

 

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Lèvres ouvertes comme jamais (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2022



    
Lèvres ouvertes
comme jamais…

C’était à rendre fou.

Le rouge,
quand je m’entêtais,
était à rendre fou,
c’était comme si
j’avais la fièvre d’amour.

Tout ce qu’il y avait de beau dans ma vie
se retrouvait dans ce rouge.

Je ne voulais pas croire
que c’était peut-être un rêve
qui devait finir un jour.

(Alain Veinstein)

 

Recueil: Voix seule
Traduction:
Editions: Seuil

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Merveille pour merveille (Jean Orizet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2021




A tes yeux de surprise matinale
je veux m’étonner le premier

A tes lèvres de verveine
je veux boire encore ce rire ailé de gazelle

A tes cheveux de poivre blond
je veux renouveler ma soif

A ton ventre de jeune pêche
je veux attendre l’été mûrissant

Oreille contre coeur
Merveille pour merveille.

(Jean Orizet)

Illustration: Francine Van Hove

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Le laurier du Generalife (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2021



 

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Le laurier du Generalife

Dans le Generalife, il est un laurier-rose,
Gai comme la victoire, heureux comme l’amour.
Un jet d’eau, son voisin, l’enrichit et l’arrose ;
Une perle reluit dans chaque fleur éclose,
Et le frais émail vert se rit des feux du jour.

Il rougit dans l’azur comme une jeune fille ;
Ses fleurs, qui semblent vivre, ont des teintes de chair.
On dirait, à le voir sous l’onde qui scintille,
Une odalisque nue attendant qu’on l’habille,
Cheveux en pleurs, au bord du bassin au flot clair.

Ce laurier, je l’aimais d’une amour sans pareille ;
Chaque soir, près de lui, j’allais me reposer ;
A l’une de ses fleurs, bouche humide et vermeille,
Je suspendais ma lèvre, et parfois, ô merveille !
J’ai cru sentir la fleur me rendre mon baiser…

(Théophile Gautier)

Illustration

 

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