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Poésie

Posts Tagged ‘lèvres’

LENDEMAIN DE FÊTE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

Illustration: Beatrice Lotta
    
LENDEMAIN DE FÊTE

Qu’as-tu donc ce matin, chère? Tu n’es pas gaie.
Parce que ta frimousse est un peu fatiguée,
Ta lèvre un peu pâlie et ton front un peu lourd.
Vas-tu me reprocher d’avoir bu trop d’amour?

Laisse là ton miroir où tu me fais la moue.
Que veux-tu, moi qui n’ai point de rose à la joue,
Comme toi je-ne puis être pâle au réveil.
Est-ce ma faute, à moi, si mon cuir peu vermeil,

Lui que le travail tanne et que le soleil dore.
Est plus solide au feu que ta fraîcheur d’aurore?

C’est vrai, tu gardes, toi, les traces de la nuit.
Mais cet air fatigué, tu crois donc qu’il te nuit ?
Non. Je t’aime encor mieux en ta paresse lasse,
Et ta défaite, enfant, te donne plus de grâce.

Sur tes lèvres de fraise, où courait un sang pur,
L’âpre fièvre a passé comme un glacis d’azur;
Et mes baisers ardents, qui les ont calcinées,
Font de ces roses des violettes fanées.

La pâleur de ton front mystérieux me plaît.
Ton visage aujourd’hui semble pétri de lait.
Le noir qui sous tes yeux met son estompe brune
Est comme un chaud nuage à l’entour de la lune.

Reste! je t’aime ainsi, quand ton regard mouillé
A l’air d’un fou qui rêve et dort tout éveillé,
Quand ton corps alangui s’abandonne à ta hanche
Comme un beau fruit trop mûr qui fait ployer sa branche,

Quand ta gorge palpite et ne peut s’apaiser.
Quand tu semblés prête à mourir sous un baiser.
Reste! je t’aime ainsi. Reste, ma pauvre chatte.
Pose bien sur mon cœur ta tête délicate,

Enlace-moi de tes deux bras mis à mon cou,
Et dors dans mon giron, chère, dors un grand coup.
Ferme tes yeux, ainsi qu’une fleur son calice.
Dors, je te bercerai, je ferai la nourrice.

Et je fredonnerai, sur des rythmes très lents,
Les chansons que l’on chante aux tout petits enfants.

(Jean Richepin)

 

 

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La possession (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Lucie Llong
    
La possession dégoûte !
Et pourtant je te veux toute
Jusqu’à la dernière goutte.

Car, jamais désaltéré,
Sur tes lèvres je boirai
Toujours de l’inespéré.

(Jean Richepin)

 

 

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À l’improviste (Bruno Mabille)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



    

À l’improviste
une inconnue ouvre la porte

me donnant son nom
en guise d’adresse

ni ange ni spectre
sinon qu’à contre-jour
je n’en devine
que le tremblement des lèvres
et des perles qui brillent.

(Bruno Mabille)

 

Recueil: A celle qui s’avance
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tu laisses la nuit t’envahir (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018


 


 

Anne Bachelier  (12)

Tu laisses la nuit t’envahir
tu poses tes lèvres
sur la première étoile

où viennent puiser
les lucioles
tu es prêt
à déshabiller la mort

(Zéno Bianu)

Illustration: Anne Bachelier

 

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Elle dit… (Raphaël Monticelli)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Elle dit…

Elle dit « l’ombre est veuve de ma vie le soleil pousse »

Elle dit: « A semer du rire que récolte-t-on? »

Elle dit « Il y a dans ma mémoire, très au fond, de très petits livres,
très beaux et très fragiles, doux à mes doigts, rêches sous ma langue,
entourés d’odeurs inhabituelles comme d’une traîne ou d’un envol de lucioles »

Elle dit « en bout de plume ou de pinceau quoi
le monde incertain des lèvres »

(Raphaël Monticelli)


Illustration: Alexander Sulimov

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Il remue à peine dans le froid (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Il remue à peine dans le froid.
A tant scruter la nuit,
ses yeux ont englouti ses lèvres.
Il va désormais des uns aux autres,
luciole doutant de l’équilibre précaire.

(Bernard Montini)

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SIDNEY BECHET (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018


 


 

SIDNEY BECHET

SIDNEY BECHET

Quelle femme fleurit dans les rhododendrons
Sous la pluie aux clairières de Louisiane
Déjà le bruit du vent meurt dans les saxophones
Sous quel baiser nocturne ont noirci les sureaux
Des têtes d’astrakan sentent battre la jungle
Ils portent l’horizon d’un rythme maléfique
Et leurs lèvres sont bleues à force de nuits blanches

Quel souvenir de fille aux épaules cuivrées
Quelle laiteuse ardeur d’organes caressés
Quel nénuphar de muqueuses camélia
Quelle herbe ensorcelée d’épeautre et de métisse
Ressurgit aux poivrons râpeux des contretemps
A l’heure où le Congo lâche ses chiens de cuivre
Vent du large aux forets-vierges des pâmoisons
Maman est morte Adieu siffle Peter Bocage
Pas redoublé d’Afrique au coin des beaux quartiers

Et soudain accroché dans l’épave d’un thème
De ses doigts aux bourgeons d’argent du soprano
Sidney Bechet coule de transe et balbutie
Sa peine de créole aux virages des stomps
Les négresses qui fument la pipe défaillent
Les quarteronnes répartissent les mains ,chaudes
L’air noue des couples bleus d’iode et de broussaille
Sidney gonfle ses joues aux écluses de l’aube
De sa lèvre à ses mains une lumière gicle
Et lâche tous les ballons captifs du sang rouge
Sidney Sidney toute la nuit lourde de fleurs
Toutes les chairs couleur d’asperge et d’aubergine
Toute l’eau qui s’égare de mare et de pluie
Tout le parfum des débardeurs et des violes
Tout le dialecte félin des lucioles
Le bruit qui fuit aux ruissellements de la suie
Sidney Sidney s’enfuit aux patins de l’alcool
Et des frissons s’attardent aux belles de nuit
Qui répètent des ruts de rythme et de parole
Gonna give nobody none of this jelly roll.

(Robert Goffin)


 

 

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Vos yeux (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Vos yeux… Je baiserai vos beaux yeux réservés ;
Fort d’un pareil amour, on ose tout braver.

Vos mains… Je presserai vos mains musiciennes,
Et vous ne pourrez pas les retirer des miennes.

Vos lèvres… À mon goût j’en boirai le bon vin,
Et votre effort à les détourner sera vain.

Vous me privez souvent du doux plaisir que j’aime :
Ah ! vous me l’offrirez maintenant de vous-même !

Tout ce que je voudrai, désormais je l’aurai.
Ce n’est pas moi toujours qui vous obéirai.

Vous souriez… Laissez, mon amour, que j’achève :
Dites, que pouvez-vous faire contre mon rêve ? …

(Albert Lozeau)

 

 

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LA MAIN DU BOURREAU FINIT TOUJOURS PAR POURRIR (Roland Giguère)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



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LA MAIN DU BOURREAU FINIT TOUJOURS PAR POURRIR

Grande main qui pèse sur nous
grande main qui nous aplatit contre terre
grande main qui nous brise les ailes
grande main de plomb chaud
grande main de fer rouge

grands ongles qui nous scient les os
grands ongles qui nous ouvrent les yeux
comme des huîtres
grands ongles qui nous cousent les lèvres
grands ongles d’étain rouillé
grands ongles d’émail brûlé

mais viendront les panaris
panaris
panaris

la grande main qui nous cloue au sol
finira par pourrir
les jointures éclateront comme des verres de cristal
les ongles tomberont

la grande main pourrira
et nous pourrons nous lever pour aller ailleurs.

(Roland Giguère)

 

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A la surface (Dorothée Volut)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



femme-metro-Tokyo [800x600]

A la surface

JE VAIS CESSER DE PARLER,
je vais poser mes lèvres sur une matière
je ne veux plus parler,
je ne veux vais je ne veux vais je ne veux vais poser mes lèvres
sur un volume surface solide plein de résistance molle
et contact les appliquer longtemps, longtemps
les coller complètement ni suce ni aspiration,
justement appliquer le vide contre le vide
et toucher la surface en face,
je veux vais me coller à la surface en face,
je veux vais me faire glisser jusque sur sa face
je veux vais supprimer l’air entre mes lèvres et l’autre surface,
je vais me coller à la surface
je vais y aller je vais remonter à la surface,
je vais aspirer la bobine d’air entre
et arriverai collée à la surface de l’autre corps (…)

(Dorothée Volut)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration

 

 

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