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Posts Tagged ‘libertin’

LA MADONE (Guy de Maupassant)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2018




    
LA MADONE

I

Vous m’avez donné, Madame,
Un étrange chapelet
Qui m’a pris le coeur et l’âme
Comme un agile filet !

Où sont mes goûts de naguère ?
On me disait libertin !
Aujourd’hui je n’ai plus guère
Que des soifs de sacristain.

Je me prosterne et je prie,
Chaque jour à deux genoux,
La bonne Vierge Marie
Qui, d’en Haut, veille sur nous.

II

Je récite l’Angelus,
Brûlant d’une ardeur nouvelle !…
Mais ne vous étonnez plus…
Mon secret – je le révèle !

Au fond du ciel étoilé
La Vierge m’est apparue
Découvrant son front, voilé
Par un grand manteau de nue !

J’ai cru… N’ai-je point rêvé ?
Oui j’ai cru… Dieu me pardonne !
En bredouillant mes Ave
Que c’était vous la Madone.

(Guy de Maupassant)

Découvert ici: https://nicole-pessin.com/

 

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Chair! (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



 

Chair! ô seul fruit mordu des vergers d’ici-bas,
Fruit amer et sucré qui jutes aux dents seules
Des affamés du seul amour, bouches ou gueules,
Et bon dessert des forts, et leurs joyeux repas,

Amour! le seul émoi de ceux que n’émeut pas
L’horreur de vivre, Amour qui presses sous tes meules
Les scrupules des libertins et des bégueules
Pour le pain des damnés qu’élisent les sabbats,

Amour, tu m’apparais aussi comme un beau pâtre
Dont rêve la fileuse assise auprès de l’âtre
Les soirs d’hiver dans la chaleur d’un sarment clair,

Et la fileuse c’est la Chair, et l’heure tinte
Où le rêve étreindra la rêveuse, – heure sainte
Ou non ! qu’importe à votre extase, Amour et Chair?

(Paul Verlaine)

 

 

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VOLUPTE (Gaston Sansrefus)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Edward Jones
    
VOLUPTE

Sous la mâle caresse, alanguie et pâmée,
Colombine se meurt au baiser de Pierrot,
Baiser de libertin et baiser de dévot
Oui boit la volupté de la chair parfumée.

Les seins cabrés, offerts, superbement aimée,
Les beaux yeux chavirés dans un dernier sanglot,
Elle abandonne aux bras de l’amoureux pâlot
Son corps nu, triomphant sous le chaud hymenée.

Des doigts impatients frôlent ses reins nerveux;
Des frissons fous, brûlants, la terrassent, vaincue,
Des feux passent ardents dans l’or de ses cheveux;

Et, viole d’amour, magnifique instrument.
Tout son être vibrant d’une ivresse éperdue,
Elle épuise sa vie aux lèvres de l’amant !

(Gaston Sansrefus)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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SONATE A S. (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2016



SONATE A S.

(ALLEGRO)
Midi dans cet aplomb du sang
L’ardeur qui monte aux lèvres
L’azur que j’improvise
Et la vie si légère
quand elle ne faiblit pas

(LARGO)
L’ascension et la grâce
L’impératif avec ses inconnues
Un coup plus haut que tout
Et une aile partagée
qui subjugue la terre

(ALLEGRO VIVACE)
D’un mouvement le ciel
Sa joie sans autre frein
Ses anges libertins
Et les mots aimantés
qui vont perdre le nord

(André Velter)

 Illustration: Pascal Renoux

 

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Le corps rapiécé (Adonis Brunet)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2016



Le corps rapiécé
brûlure aquarelle
âme libertine
gestes improvisés
l’heure se perd
silence en perdition
on fait l’amour
l’ascenseur est en panne
à demain…

(Adonis Brunet)

 

 

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Le sourire (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



Le sourire

Le sourire est un dieu équivoque, lumière
Éphémère, fuyante risée des libellules
Qui rasent l’eau dormante et claire des étangs verts.

Frère d’Eros, il a des ailes minuscules
Et aux flèches d’argent qui peuplent son carquois
La pointe est un désir et la barbe un scrupule.

Ses yeux sont des saphirs heureux, discrètes joies
D’amour, mais quand l’oubli amuse ses prunelles,
Ils ont l’air de lapis, souvent, ou de turquoises.

La bouche est rouge, elle a la grâce d’un pastel
Et le pourpre très doux, le velours d’un œillet ;
Quand elle s’ouvre, il en sort un ruban d’étincelles.

Le sourire est un être équivoque, si léger
Qu’il ne pose pas plus qu’un oiseau sur la branche.
Il vole et se renvole, il nargue les aguets.

On croyait le tenir, il a fui comme un charme.
Pas plus qu’une hirondelle on ne le prend au piège
Et s’il était captif, il mourrait dans sa cage.

Il s’arrête par-ci par-là, dans un cortège
D’éclairs, jase et d’un seul coup d’aile part en fusée.
Il fait joujou, il raille, car il est très espiègle.

Il est lumière, il est parfum, il est rosée,
Il se métamorphose : flambeau, phosphorescence,
Étoile au crépuscule ; feu follet dans les prés.

Il est lumière, il a autour de ses cheveux,
Les violets, les zinzolins, les améthystes,
Les sinoples, les roses, les mauves et les bleus,

Les nuances, mais surtout les douteuses : les tristes,
Ces fleurs pâles d’avoir trop aimé le soleil,
Les blondes, ces plaisirs où l’on s’endolorise,

Les blancs trempés un peu de chair ou de paillet,
Les outre-mer, les pers et les glauques divins,
Dont se teignaient les yeux moqueurs des Immortelles.

– Oh ! les piquants bitumes sous des yeux libertins !
Oh ! les brûlants cinabres sur des joues de déesses,
Diane aux genoux blancs, et toi Vénus aux seins

Prédestinés ! – Il est parfum, et les caresses
Des odeurs souveraines animent ses baisers,
Baumes métaphysiques, spasmes par catachrèse !

Il est lumière, il est parfum, il est rosée.

Le sourire est un dieu équivoque et charmeur.
– Envoi. – Ah ! chère ! Il t’aime, il vient à toi en roi.
Il installe son charme et sa grâce en ton cœur,

Il adore tes lèvres, tes yeux, tes dents, ta voix.

(Remy de Gourmont)

 

 

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Mon tombeau mon joli tombeau (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2015



tombeau Desnos [1280x768]

Mon tombeau mon joli tombeau,
il sera peint au ripolin
avec des agrès de bateau
et des tatouages de marin.

Sur mon tombeau un phonographe
chantera soir et matin
la complainte du guerrier cafre
navré d’un coup d’oeil libertin.

Sur mon tombeau un phonographe
récitera cette épitaphe

LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ

(Robert Desnos)

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Accalmie III (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2015



Accalmie III

Feux libertins flambant dans l’auberge fatale
Où se vautre l’impénitence des dégoûts,
Où mon âme a brûlé sa robe de vestale,
Eteignez-vous !

Par les malsaines nuits de crimes traversées,
Hippogriffes du mal, femelles des hiboux,
Qui prêtiez votre essor à mes lâches pensées,
Envolez-vous !

Salamandres-désirs, sorcières-convoitises
Qui hurliez dans mon coeur avec des cris de loups
La persuasion de toutes les feintises,
Ah ! Taisez-vous !

(Jean Moréas)

Illustration

 

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Le démon dans ces bois repose (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2015



 

Corinne Reignier  (15) [1280x768]

Le démon dans ces bois repose ;
Non le grand vieux Satan fourchu ;
Mais ce petit belzébuth rose
Qu’Agnès cache dans son fichu.

On entre plein de chaste flamme,
L’oeil au ciel, le coeur dilaté ;
On est ici conduit par l’âme,
Mais par le faune on est guetté.

La source, c’est la nymphe nue ;
L’ombre au doigt vous passe un anneau ;
Et le liseron insinue
Ce que conseille le moineau.

Tout chante ; et pas de fausses notes.
L’hymne est tendre ; et l’esprit de corps
Des fauvettes et des linottes
Eclate en ces profonds accords.

Ici l’aveu que l’âme couve
Echappe aux coeurs les plus discrets ;
La clef des champs qu’à terre on trouve
Ouvre le tiroir aux secrets.

Ici l’on sent, dans l’harmonie,
Tout ce que le grand Pan caché
Peut mêler de vague ironie.
Au bois sombre où rêve Psyché.

Les belles deviennent jolies ;
Les cupidons viennent et vont ;
Les roses disent des folies
Et les chardonnerets en font.

La vaste genèse est tournée
Vers son but : renaître à jamais.
Tout vibre ; on sent de l’hyménée
Et de l’amour sur les sommets.

Tout veut que tout vive et revive,
Et que les coeurs et que les nids,
L’aube et l’azur, l’onde et la rive,
Et l’âme et Dieu, soient infinis.

ll faut aimer. Et sous l’yeuse,
On sent, dans les beaux soirs d’été,
La profondeur mystérieuse
De cette immense volonté.

Cachant son feu sous sa main rose,
La vestale ici n’entendrait
Que le sarcasme grandiose
De l’aurore et de la forêt.

Le printemps est une revanche.
Ce bois sait à quel point les thyms,
Les joncs, les saules, la pervenche,
Et l’églantier, sont libertins.

La branche cède, l’herbe plie ;
L’oiseau rit du prix Montyon ;
Toute la nature est remplie
De rappels à la question.

Le hallier sauvage est bien aise
Sous l’oeil serein de Jéhovah,
Quand un papillon déniaise
Une violette, et s’en va.

(Victor Hugo)

Illustration: Corinne Reignier

 

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La chanson des ingénues (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2015



 

Alexander Sulimov (12) [1280x768]

La chanson des ingénues

Nous sommes les Ingénues
Aux bandeaux plats, à l’oeil bleu,
Qui vivons, presque inconnues,
Dans les romans qu’on lit peu.

Nous allons entrelacées,
Et le jour n’est pas plus pur
Que le fond de nos pensées,
Et nos rêves sont d’azur ;

Et nous courons par les prés
Et rions et babillons
Des aubes jusqu’aux vesprées,
Et chassons aux papillons ;

Et des chapeaux de bergères
Défendent notre fraîcheur
Et nos robes – si légères –
Sont d’une extrême blancheur ;

Les Richelieux, les Caussades
Et les chevaliers Faublas
Nous prodiguent les oeillades,
Les saluts et les « hélas ! »

Mais en vain, et leurs mimiques
Se viennent casser le nez
Devant les plis ironiques
De nos jupons détournés ;

Et notre candeur se raille
Des imaginations
De ces raseurs de muraille,
Bien que parfois nous sentions

Battre nos coeurs sous nos mantes
À des pensers clandestins,
En nous sachant les amantes
Futures des libertins.

(Paul Verlaine)

Illustration: Alexander Sulimov

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