Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘lie’

Statue de femme aux mains liées (Kikí Dimoulà)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



    

Statue de femme aux mains liées

Tout le monde t’appelle aussitôt statue
et moi aussitôt je te donne le nom de femme.

Tu décores un jardin public.
De loin tu nous trompes.
On te croirait légèrement redressée
pour te souvenir d’un beau rêve,
et prenant ton élan pour le vivre.
De près le rêve se précise :
tes mains sont liées dans le dos
par une corde de marbre
et ta posture, c’est ta volonté
de trouver quelque chose qui t’aide
à fuir l’angoisse du prisonnier.
On t’a commandée ainsi au sculpteur :
prisonnière.
Tu ne peux
peser dans ta main ni la pluie
ni la moindre marguerite.
Tes mains sont liées.

Ce n’est pas seulement le marbre qui te garde
comme Argus. Si quelque chose allait changer
dans le parcours des marbres,
si les statues entraient en lutte
pour conquérir la liberté, l’égalité,
comme les esclaves,
les morts
et notre sentiment,
toi tu marcherais
dans cette cosmogonie des marbres
les mains toujours liées, prisonnière.

Tout le monde t’appelle aussitôt statue
et moi tout de suite je t’appelle femme.
Non pas du fait que le sculpteur
a confié une femme au marbre
et que tes hanches promettent
une fertilité de statue,
une belle récolte d’immobilité.
À cause de tes mains liées, que tu as
depuis que je te connais, tous ces siècles,
je t’appelle femme.

Je t’appelle femme
car tu es prisonnière.

(Kikí Dimoulà)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Poète (Luciole)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018




    
Poète

Pour cette porte ouverte au parvis des poèmes
Mes pas aux tiens liés sur la flamme des mots
Du marchand de nuages et de l’aile des anges

Pour l’oracle lové dans la poussière d’étoiles
L’amitié océane sur le feston des vagues
L’errance amoureuse au labyrinthe obscur

Pour le rire pour le rêve pour les larmes de lune
Pour le dire et le taire pour le sang et les songes
De toutes les fibres de mon être merci

(Luciole)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Il ne faut pas aller plus loin (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Il ne faut pas aller plus loin
Les bijoux sont pris dans la lyre
Les papillons noirs du délire
Remuent sans y penser la cendre du couchant

A peine revenu des voyages amers
Autour des cœurs jetés au fond des devantures
Sur l’avant-scène des prairies et des pâtures
Comme des coquillages nus devant la mer

A peine remué par l’amour de la vie
Des regards qui se nouent aux miens
Des visages sans nom des souvenirs anciens
Diamants de l’amour qui flottent sur la lie

Pour aller chercher au fond dans la vase
Le secret émouvant du sang de mon malheur
Il faut plonger la main aux racines du cœur
Et mes doigts maladroits brisent les bords du vase

Le sang qui jette sur tes yeux ce lourd rideau
L’émotion inconnue qui fait trembler ta lèvre
Et ce froid trop cruel qui emporte ta fièvre
Froisse dans tous les coins le linon de ta peau

Je t’aime sans jamais t’avoir vue que dans l’ombre
Dans la nuit de mon rêve où seul je peux y voir
Je t’aime et tu n’es pas encore sortie du nombre
Forme mystérieuse qui bouge dans le soir

Car ce que j’aime au fond c’est ce qui passe
Une fois seulement sur ce miroir sans tain
Qui déchire mon cœur et meurt à la surface
Du ciel fermé devant mon désir qui s’éteint

(Pierre Reverdy)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Ferraille
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je suis semblable à la licorne (Thibaut de Champagne)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



Je suis semblable à la licorne
Qui contemple, fascinée,
La vierge que suit son regard.
Heureuse de son tourment,
Elle tombe pâmée en son giron,
Proie offerte au traitre qui la tue.
Ainsi de moi, je suis mis à mort.
Amour et ma dame me tuent.
Ils ont pris mon coeur, je ne peux le reprendre.

Dame, quand je fus pour la première fois
Devant vous, quand je vous vis,
Mon coeur si fort tressaillit
Qu’il est resté auprès de vous quand je partis.
Alors il fut emmené sans rançon
Et enfermé dans la douce prison
Dont les piliers sont de désir,
Les portes, de contemplation,
Et les chaînes, de bon espoir.

Amour a la clef de la prison,
Il la fait garder par trois portiers :
Beau visage a nom le premier,
Beauté exerce ensuite son pouvoir ;
Obstacle est mis devant l’entrée,
un être sale, félon, vulgaire et puant,
Plein de malveillance et de scélératesse.
Ces gardiens rusés et rapides
Ont tôt fait de se saisir d’un homme !

Qui pourrait supporter les brimades
Et les assauts de ces geôliers ?
Jamais Roland ni Olivier
Ne remportèrent de si rudes batailles.
Ils triomphèrent, les armes à la main,
Mais ceux-là, seule Humilité peut les vaincre
Dont Patience est le porte-étendard.
En ce combat dont je vous parle,
Il n’est d’autre recours que la pitié.

Dame, je ne redoute rien tant
Que de manquer à vous aimer.
J’ai tant appris la souffrance
Qu’elle m’est liée tout entier à vous.
Et même, s’il vous déplaisait,
Je ne pourrais renoncer à vous
Sans emporter au moins mes souvenirs.
Mon coeur, lui, restera en prison,
Et peut être moi-même…

(Thibaut de Champagne)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Et le temps sera bu sera lu (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2018




    
Et le temps sera bu sera lu
Jusqu’à la lie jusqu’à la
Peine qui nous fut si perfide infligée.
Quel sort sur nous dans l’enfance et
La parole ou son manque? Quel piège?
Maigre joie pour un tourment bien grand,
Douleur liée à l’élan même du bonheur.
Qui alors saurait ne pas faillir? Qui?
À la fois l’un à l’autre enchaînés
Et d’invisible abîme séparés, tel aura été
En fin du conte le proverbe amer.
Nous n’aurons pas su te faire nôtre
Amour qui ne cessas de nous hanter.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Le Poème Hanté
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

OCTOBRE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



Illustration: Christian Schloe
    
OCTOBRE

Pays lié aux oiseaux
A la chevelure des femmes
A l’épaule de la plus belle
Je suis debout sur tes pianos jonchés de feuilles mortes
Au milieu de ma vie jonchée aussi de feuilles mortes
Je suis entouré de complices
Je ne cherche pas à correspondre j’appréhende
Je suis parmi les arbres comme un chef de bande
Confiance donc
Quand je prépare un Octobre éternel
Une immense fumée qui monte
Un édifice impérissable
Je vous donnerai bien davantage que le soleil
Je vous compromets à jamais avec tous les chevaux
Je vous grandis d’un coup avec tous les villages
Je vous blanchis de mes mains lavandières
Je vous rends semblable à moi par mon amour
pour vous encore je dispose
Des solitudes à venir
je puis vous mettre au sommet de la pluie
Comme aux plus hautes notes d’une lyre
Confiance donc
Ou je m’installe en vous
Comme un oiseau dans la nacelle du pommier
Comme une boule de gui lumineuse
Comme un liseron frémissant
Inséparable de vous
Je serai malgré vous
La solitude.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les Astres (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018



Illustration:  Jean Zakarauskas
    
Les Astres

Chétives sont nos voix
Parmi le chant des sphères
Vains sont nos cris
Précaires nos fables
Périssables nos corps
Liés au persistant univers

Face au monde sans confins
A la magie des actres
Que peuvent nos mots
En leur membrane singulière ?

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

OÙ S’EN VONT LES RUISSEAUX (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
OÙ S’EN VONT LES RUISSEAUX

Dans les rues à minuit ne coule aucun ruisseau
il ne naît qu’avec l’aube et le bon balayeur
qui lui ouvre la porte et dirige ses pas
pousse dans son eau claire ordures, feuilles mortes
les tickets de métro les cendriers vidés
tout et n’importe quoi file vers cette bouche
qui avale le ru pour le rendre à l’égout
Il renaît à l’azur lorsque sorti du noir
il laissera sa lie aux terrains d’épandage
Alors plus pur plus libre il s’en va vers l’aval
retrouver loin des ports le trésor des possibles

(Raymond Queneau)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A l’ombre d’un myrte (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2017




    
A l’ombre d’un myrte

Pourquoi te serai-je lié,
Ô mon myrte charmant ?
L’amour, le libre amour, ne peut être lié
A nul arbre planté en terre.

Ô que j’étais malade et las
Étendu sous mon myrte
Semblable à la bouse sur le sol
Lié à mon myrte.

Souvent mon myrte soupirait en vain,
A contempler ma lourde chaîne ;
Souvent mon père nous vit soupirer
Et rit de notre naïveté.

Ainsi je l’abattis et son sang
Colora les racines issues du myrte.
Mais le temps de la jeunesse a fui
Et des cheveux gris couvrent ma tête.

***

In a Myrtle Shade

Why I should I be bound to thee,
O my lovely Myrtle-tree?
Love, free Love, cannot be bound
To any tree that grows on ground.

O! how sick and weary I
Underneath my Myrtle lie;
Like to dung upon the ground,
Underneath my Myrtle bound.

Oft my Myrtle sigh’d in vain
To behold my heavy chain:
Oft my Father saw us sigh,
And laugh’d at our simplicity.

So I smote him, and his gore
Stain’d the roots my Myrtle bore.
But the time of youth is fled,
And grey hairs are on my head.

(William Blake)

 

Recueil: William Blake
Traduction: Georges Bataille
Editions: Fata Morgana

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Et s’il faut te suivre (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017




    
Et s’il faut te suivre jusqu’au gouffre, je te suivrai.
Tu n’es pas la passante, mais celle qui demeure.
La notion d’éternité est liée à mon amour pour toi.
Non, tu n’es pas la passante ni le pilote étrange
qui guide l’aventurier à travers le dédale du désir.
Tu m’as ouvert le pays même de la passion.
Je me perds dans ta pensée plus sûrement que dans un désert.
Tu n’es pas la passante,
mais la perpétuelle amante.

(Robert Desnos)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :