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Poésie

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Il ne faut pas aller plus loin (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Il ne faut pas aller plus loin
Les bijoux sont pris dans la lyre
Les papillons noirs du délire
Remuent sans y penser la cendre du couchant

A peine revenu des voyages amers
Autour des cœurs jetés au fond des devantures
Sur l’avant-scène des prairies et des pâtures
Comme des coquillages nus devant la mer

A peine remué par l’amour de la vie
Des regards qui se nouent aux miens
Des visages sans nom des souvenirs anciens
Diamants de l’amour qui flottent sur la lie

Pour aller chercher au fond dans la vase
Le secret émouvant du sang de mon malheur
Il faut plonger la main aux racines du cœur
Et mes doigts maladroits brisent les bords du vase

Le sang qui jette sur tes yeux ce lourd rideau
L’émotion inconnue qui fait trembler ta lèvre
Et ce froid trop cruel qui emporte ta fièvre
Froisse dans tous les coins le linon de ta peau

Je t’aime sans jamais t’avoir vue que dans l’ombre
Dans la nuit de mon rêve où seul je peux y voir
Je t’aime et tu n’es pas encore sortie du nombre
Forme mystérieuse qui bouge dans le soir

Car ce que j’aime au fond c’est ce qui passe
Une fois seulement sur ce miroir sans tain
Qui déchire mon cœur et meurt à la surface
Du ciel fermé devant mon désir qui s’éteint

(Pierre Reverdy)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Ferraille
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je suis semblable à la licorne (Thibaut de Champagne)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



Je suis semblable à la licorne
Qui contemple, fascinée,
La vierge que suit son regard.
Heureuse de son tourment,
Elle tombe pâmée en son giron,
Proie offerte au traitre qui la tue.
Ainsi de moi, je suis mis à mort.
Amour et ma dame me tuent.
Ils ont pris mon coeur, je ne peux le reprendre.

Dame, quand je fus pour la première fois
Devant vous, quand je vous vis,
Mon coeur si fort tressaillit
Qu’il est resté auprès de vous quand je partis.
Alors il fut emmené sans rançon
Et enfermé dans la douce prison
Dont les piliers sont de désir,
Les portes, de contemplation,
Et les chaînes, de bon espoir.

Amour a la clef de la prison,
Il la fait garder par trois portiers :
Beau visage a nom le premier,
Beauté exerce ensuite son pouvoir ;
Obstacle est mis devant l’entrée,
un être sale, félon, vulgaire et puant,
Plein de malveillance et de scélératesse.
Ces gardiens rusés et rapides
Ont tôt fait de se saisir d’un homme !

Qui pourrait supporter les brimades
Et les assauts de ces geôliers ?
Jamais Roland ni Olivier
Ne remportèrent de si rudes batailles.
Ils triomphèrent, les armes à la main,
Mais ceux-là, seule Humilité peut les vaincre
Dont Patience est le porte-étendard.
En ce combat dont je vous parle,
Il n’est d’autre recours que la pitié.

Dame, je ne redoute rien tant
Que de manquer à vous aimer.
J’ai tant appris la souffrance
Qu’elle m’est liée tout entier à vous.
Et même, s’il vous déplaisait,
Je ne pourrais renoncer à vous
Sans emporter au moins mes souvenirs.
Mon coeur, lui, restera en prison,
Et peut être moi-même…

(Thibaut de Champagne)

 

 

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Et le temps sera bu sera lu (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2018




    
Et le temps sera bu sera lu
Jusqu’à la lie jusqu’à la
Peine qui nous fut si perfide infligée.
Quel sort sur nous dans l’enfance et
La parole ou son manque? Quel piège?
Maigre joie pour un tourment bien grand,
Douleur liée à l’élan même du bonheur.
Qui alors saurait ne pas faillir? Qui?
À la fois l’un à l’autre enchaînés
Et d’invisible abîme séparés, tel aura été
En fin du conte le proverbe amer.
Nous n’aurons pas su te faire nôtre
Amour qui ne cessas de nous hanter.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Le Poème Hanté
Traduction:
Editions: Gallimard

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OCTOBRE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



Illustration: Christian Schloe
    
OCTOBRE

Pays lié aux oiseaux
A la chevelure des femmes
A l’épaule de la plus belle
Je suis debout sur tes pianos jonchés de feuilles mortes
Au milieu de ma vie jonchée aussi de feuilles mortes
Je suis entouré de complices
Je ne cherche pas à correspondre j’appréhende
Je suis parmi les arbres comme un chef de bande
Confiance donc
Quand je prépare un Octobre éternel
Une immense fumée qui monte
Un édifice impérissable
Je vous donnerai bien davantage que le soleil
Je vous compromets à jamais avec tous les chevaux
Je vous grandis d’un coup avec tous les villages
Je vous blanchis de mes mains lavandières
Je vous rends semblable à moi par mon amour
pour vous encore je dispose
Des solitudes à venir
je puis vous mettre au sommet de la pluie
Comme aux plus hautes notes d’une lyre
Confiance donc
Ou je m’installe en vous
Comme un oiseau dans la nacelle du pommier
Comme une boule de gui lumineuse
Comme un liseron frémissant
Inséparable de vous
Je serai malgré vous
La solitude.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Les Astres (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018



Illustration:  Jean Zakarauskas
    
Les Astres

Chétives sont nos voix
Parmi le chant des sphères
Vains sont nos cris
Précaires nos fables
Périssables nos corps
Liés au persistant univers

Face au monde sans confins
A la magie des actres
Que peuvent nos mots
En leur membrane singulière ?

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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OÙ S’EN VONT LES RUISSEAUX (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
OÙ S’EN VONT LES RUISSEAUX

Dans les rues à minuit ne coule aucun ruisseau
il ne naît qu’avec l’aube et le bon balayeur
qui lui ouvre la porte et dirige ses pas
pousse dans son eau claire ordures, feuilles mortes
les tickets de métro les cendriers vidés
tout et n’importe quoi file vers cette bouche
qui avale le ru pour le rendre à l’égout
Il renaît à l’azur lorsque sorti du noir
il laissera sa lie aux terrains d’épandage
Alors plus pur plus libre il s’en va vers l’aval
retrouver loin des ports le trésor des possibles

(Raymond Queneau)

 

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A l’ombre d’un myrte (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2017




    
A l’ombre d’un myrte

Pourquoi te serai-je lié,
Ô mon myrte charmant ?
L’amour, le libre amour, ne peut être lié
A nul arbre planté en terre.

Ô que j’étais malade et las
Étendu sous mon myrte
Semblable à la bouse sur le sol
Lié à mon myrte.

Souvent mon myrte soupirait en vain,
A contempler ma lourde chaîne ;
Souvent mon père nous vit soupirer
Et rit de notre naïveté.

Ainsi je l’abattis et son sang
Colora les racines issues du myrte.
Mais le temps de la jeunesse a fui
Et des cheveux gris couvrent ma tête.

***

In a Myrtle Shade

Why I should I be bound to thee,
O my lovely Myrtle-tree?
Love, free Love, cannot be bound
To any tree that grows on ground.

O! how sick and weary I
Underneath my Myrtle lie;
Like to dung upon the ground,
Underneath my Myrtle bound.

Oft my Myrtle sigh’d in vain
To behold my heavy chain:
Oft my Father saw us sigh,
And laugh’d at our simplicity.

So I smote him, and his gore
Stain’d the roots my Myrtle bore.
But the time of youth is fled,
And grey hairs are on my head.

(William Blake)

 

Recueil: William Blake
Traduction: Georges Bataille
Editions: Fata Morgana

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Et s’il faut te suivre (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017




    
Et s’il faut te suivre jusqu’au gouffre, je te suivrai.
Tu n’es pas la passante, mais celle qui demeure.
La notion d’éternité est liée à mon amour pour toi.
Non, tu n’es pas la passante ni le pilote étrange
qui guide l’aventurier à travers le dédale du désir.
Tu m’as ouvert le pays même de la passion.
Je me perds dans ta pensée plus sûrement que dans un désert.
Tu n’es pas la passante,
mais la perpétuelle amante.

(Robert Desnos)

 

 

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Pourtant (Hugo Von Hoffmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017




    
Pourtant, l’ombre de ces vies-là tombe sur les autres vies,
Et douces ou pesantes, toutes sont liées l’une à l’autre
Comme à la terre, et comme à l’air.

(Hugo Von Hoffmannsthal)

 

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Je n’ai que mon désir (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
Je n’ai que mon désir pour te faire prisonnière
alors que je suis lié à tes paroles et à cet amour
n’ayant pour limites que celles que veut tracer la mort
devant chaque pas qui me conduit vers toi.

Tu jaillis de toute ta gorge dans mes rêves,
tout d’un coup riants comme un village d’été.
Je peux t’attendre ainsi des nuits entières
avec ton épaule ou même tes cils pour horizon.

Un peu de foudre veille à l’entrée de ta chair
vers laquelle je viens battre comme une lame de fond
et je n’ai de cesse que quand tu n’es plus pour moi
qu’un passage dans une terre douce à en mourir.

Là, le silence est transparent comme une vitrine
et, derrière, il n’y a rien que nous à la recherche
d’un univers où le dépaysement est tel
qu’à chaque minute nous redevenons un inconnu l’un pour l’autre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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