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Il n’y a pas d’explication pour l’ombre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
Il n’y a pas d’explication pour l’ombre.
Il n’y en a pas non plus pour la lumière.

Seules certaines choses intermédiaires s’expliquent :
les poisons déversés ou avalés,
l’entre-deux avec lequel nous lions les choses,
la panne soudaine d’un visage,
le pouls sec du passé,
l’asymétrie de se penser.

La vitesse ne donne pas un sens,
la lenteur non plus.

Chaque monde est une image,
bloqué par son idée.

***

No hay explicacion para la sombra.
Tampoco la hay para la luz.

Solo se explican algunas cosas intermedias,
los venenos, derramados o bebidos,
el entredós con que unimos las cosas,
el apagón repentino de un rostro,
el pulso seco del pasado,
la asimetria de pensarse.

La rapidez no da sentido,
la lentitud tampoco.

Todo mundo es una imagen,
bloqueado por su idea.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Vie (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2018



Illustration
    
Vie, don stérile et fortuit,
de quoi me sers-tu, ma vie ?
Pourquoi un destin caché
à la mort t’a-t-il vouée ?

Qui, dans un dessein hostile,
m’a tiré hors du néant,
liant à mon âme ardente
un esprit rongé de doutes ?

Nul but au bout de ma route :
un coeur vide, un esprit vain
qu’empoisonne d’amertume
le bruit morne de mes jours.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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AUBE (Salah Stétié)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



 

Anne Yvonne Gilbert  2

AUBE

L’intuition dit verdure
Mais l’arbre où le saisir ?
Vidé de sa substance absent du ciel et pierres
Ni vallée ni rivière à douceur avant voix
vers lui à disparaître
Au coin du paysage, qu’il emporte ses noix !
Liant en lui et déliant désert et souffle

Mais rien que presque étoile à rayons et rayures

L’intuition est assise avec ses jeunes filles
Anxieuses étonnées sous sa première feuille
Ouvertes endormies
Enfin – rien – mais – lui – s’ébroue

Il faut l’écrire avec ses oiseaux dans la mort

(Salah Stétié)

Illustration: Anne Yvonne Gilbert

 

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Communiquons (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018




    
Communiquons, par la lumière, avec le fugace.
Organisons la fugacité.
Recherchons l’acquiescement qui nous lie
à la béance du Beau primitif.

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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La bouée (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018




    
La bouée

Je veux vous avouer ce soir, ma chère amie,
Que lorsque je m’ennuie et que j’ai peur de tout,
Lorsque je me sens seul, tout seul, je pense à vous ;
Car vous êtes, je crois, ma plus sincère amie.

Je pense à vous souvent, car souvent je m’ennuie ;
Et dès que je m’égare en un mauvais sentier,
Je fais appel à la merveilleuse amitié
Qui, depuis un grand jour, l’un à l’autre nous lie.

Si j’ai chanté pour vous ce soir ces quelques vers,
C’est que mon pauvre coeur malade s’est ouvert.
S’il vous parlait tout bas, voudriez-vous l’entendre ?

Si avec ses défauts, avec ses qualités,
Ses mauvais sentiments et sa naïveté,
Il se donnait à vous, voudriez-vous le prendre ?

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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L’AMOUR SIMPLE (Christophe Langlois)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Illustration: Daniel F. Gerhartz
    
L’AMOUR SIMPLE

Rien n’a de prix que ton sourire
la lumière qui nous lie
et l’esprit embrassé

je le sais

les jours à sec me l’ont assez dit

comme l’eau ton visage porte

un mot de toi et me voici à flot
bondissant vers l’instant
dans la belle ordonnance
d’un navire affrété pour longtemps

(Christophe Langlois)

 

Recueil: L’amour des longs détours
Traduction:
Editions: Gallimard

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VŒU D’AMOUR (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018




    
VŒU D’AMOUR
Yan-Ta-Tchen

Minuit !… Il n’y a plus de courtisans, dans le pavillon impérial ;
les deux amants sont seuls, et causent à demi-voix.
« C’est la nuit unique dans l’année, dit l’empereur,
où la Tisseuse Céleste et le Divin Bouvier, séparés par le Fleuve d’argent
se rejoignent, par le pont frémissant, que forme pour eux un vol de corneilles.
« Ne nous compare-t-on pas, à cause de notre fidélité, à la Tisseuse et au Bouvier du ciel ?
« Voici l’instant, où il convient de brûler des parfums, en l’honneur de nos divins modèles. »
L’impératrice verse l’encens, et la fumée odorante emporte leurs vœux :
« Puissions-nous planer dans les airs, sans cesse, comme un couple d’oiseaux !
« Puisse sur la terre, notre attachement être toujours pareil à celui qui lie la branche à l’arbre !
« Le ciel et la terre peuvent finir, mais notre amour ne finira jamais ! »

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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LE MOT (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



  Illustration: Allen Ruppersberg
    
LE MOT

Je traîne chaque mot
devant un tribunal intérieur
pour vérifier sa transcendance
avec le son du langage

Il me lie à cette vie
destinée
à me faire disparaître

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Du fond du rêve (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Du fond du rêve,
comme un poing illuminé
émergeant de la créature solitaire endormie,
surgit la volonté irrésistible
de continuer la narration.

Il ne s’agit pas de conter ceci ou cela,
ni de copier ou de traduire
ou d’enjôler le jour aux abois.
Il s’agit d’une pulsion bien plus forte
et qui ne peut s’interrompre :
poursuivre simplement la narration.

Narration qui n’a pas de début ni de fin,
narration qui n’est pas un genre,
qui nе lie pas une intrigue.
Images qui coulent comme un fleuve,
se prennent et se dessaisissent,
étrange manière de dire et de dédire
en arrière et en avant des choses.

Volonté de poursuivre la narration,
énergie éparse dans l’ici de partout,
qui ne distingue pas les vies des morts
ni l’homme d’autre chose

C’est l’histoire qui s’écoule tout au fond,
l’histoire sans et avec histoire
qui joint dans un bouquet délié
l’arôme de l’être
et le parfum du néant.

Le service demandé à l’homme
n’est que poursuite de la narration
quel que soit l’argument.

Et même sans aucun.

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Trop vieux pour être utiles (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



Abraham Isaac Jacob

Les murs ne tombent pas
[15]

Trop vieux pour être utiles
(pourtant en années d’expérience,

nous sommes bien les mêmes)
pas assez vieux pour être morts,

nous sommes les gardiens du secret,
les porteurs, les fileurs

du fil intangible et rare
qui lie toute l’humanité

à l’ancienne sagesse,
à l’antiquité ;

notre joie est unique, pour nous,
grappe, lame, coupe, blé

sont des symboles dans l’éternité,
et chaque objet concret

a une valeur abstraite, hors du temps
dans la parallèle du rêve

dont le sigil lié n’a pas changé
depuis Ninive et Babel.

***

Too old to be useful
(whether in years or experience,

we are the same lot)
not old enough to be dead,

we are the keepers of the secret,
the carriers, the spinners

of the rare intangible thread
that binds all humanity

to ancient wisdom,
to antiquity;

our joy is unique, to us,
grape, knife, cup, wheat

are symbols in eternity,
and every concrete object

has abstract value, is timeless
in the dream parallel

whose relative sigil has not changed
since Nineveh and Babel.

(Hilda Doolittle)

 

 

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