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Posts Tagged ‘lignée’

Sans humains (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



 

    
Sans humains

Château de nuées ensorcelé dans lequel nous dérivons…
Qui sait si nous n’avons pas déjà traversé ainsi
de nombreux cieux les yeux vitreux ?
Nous, bannis dans le temps
et expulsés de l’espace,
nous, aéronautes de la nuit sans fond.

Qui sait si nous n’avons pas déjà volé autour de Dieu
et, parce que nous tirions nos flèches d’écume sans le voir
en continuant de projeter notre semence
pour nous perpétuer en des lignées humaines toujours
plus obscures,
maintenant ne dérivons coupables ?

Qui sait si, depuis longtemps déjà, lentement nous ne mourons ?
Le bal de nuages avec nous aspire à s’élever toujours plus haut.
L’air raréfié aujourd’hui engourdit déjà nos mains,
et quand la voix se brisera et que notre souffle s’arrêtera… ?

Le sortilège se maintient-il dans les derniers instants ?

***

Menschenlos

Verwunschnes Wolkenschloß, in dem wir treiben…
Wer weiß, ob wir nicht schon durch viele Himmel
so ziehen mit verglasten Augen?
Wir, in die Zeit verbannt
und aus dem Raum gestoßen,
wir, Flieger durch die Nacht und Bodenlose.

Wer weiß, ob wir nicht schon um Gott geflogen,
weil wir pfeilschnell schäumten, ohne ihn zu sehen
und unsre Samen weiterschleuderten,
um in noch dunkleren Geschlechtern fortzuleben,
jetzt schuldhaft treiben?

Wer weiß, ob wir nicht lange, lang schon sterben?
Der Wolkenball mit uns strebt immer höyer.
Die dünne Luft lähmt heute schon die Hände.
Und wenn die Stimme bricht und unser Atem steht?

Bleibt die Verwunschenheit für letzte Augenblicke?

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Accroupis sur la nuit d’août (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018




    
Accroupis sur la nuit d’août
les gens des terres creuses applaudissent à chaque chute d’étoile
l’univers disent-ils n’en a pas pour longtemps
les oiseaux qui assuraient l’équilibre entre le haut et le bas ont vieilli
l’horizon tangue à la moindre chute de feuille

un oiseau descendant d’une lignée prestigieuse suit les méandres
de sa plume sur ta page
comment choisir entre deux mots alors qu’il hésite à atterrir
la page est terre inhospitalière et la plume qui écrit fusil de chasseur.

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Gens de l’eau
Traduction:
Editions: Mercure de France

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Je bouge et ne veux pas bouger (Eleusis)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018




    
Je bouge et ne veux pas bouger
Etre seulement dans le temps comme un objet
Comme cette table ou un crayon sur du papier

Etre dans l’arrêt sans année
Sans rire sans obligation sans pleurer
Soldat de plomb
Sans ligne de mire sans lignée

Juste le front
contre le temps.

(Eleusis)

 

Recueil: Le Front contre le temps
Traduction:
Editions: Cheyne

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Vos souvenirs deviennent mes souvenirs (Jacques Darras)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Vos souvenirs deviennent mes souvenirs mémoire
unanime anonyme.
Vous moi entrons dans les allées d’un vaste cimetière
nécropole.
Appelez-le roman familial ou national.
J’arrive de mon côté avec l’outil-poème, il est tard, je suis
jardinier des vides.
Je mesure les intervalles.
Il m’aura d’abord fallu vivre ma propre vie, accompagner
mon père jusqu’au bout de la sienne.
Il m’aura fallu attendre la nuit pour lire au livre entr’ouvert
de ma propre lignée.
Dans les vides.

(Jacques Darras)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Casimir Krakowiak

 

 

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Comment convaincre son grand soleil (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2017



Comment convaincre son grand soleil au visage multiple?
De quel côté venons-nous et par quel visage commencer?
Défendre la lignée de la lumière

« La lune ne sait pas qu’elle est lune
le sable ne sait pas qu’il est sable », dit l’aveugle lumineux
Borges — n’est-ce pas à toi poète d’ajouter cette question :
« L’être humain sait-il vraiment qu’il est un être humain? »

Au loin, vers l’ouest après l’océan
la fleur qui s’est réveillée de son sommeil
se farde pour séduire un Indien Peau-Rouge

(Adonis)
Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Ce n’est pas le bonheur (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Ce n’est pas le bonheur
Tel que l’imaginent
Ceux qui mendient, pleurent
Et accourent aux temples.
Et du parvis perçoivent la ferveur,
Et une sublimité sans les comprendre.
Puis, le regard mauvais, rebroussent chemin
Et se plaignent d’une existence perdue.

Qu’est-ce que le bonheur pour
Qui est en accord avec soi-même
Et ne heurte du pied
Que ce qui lui est destiné,
Pour qui se connaître est droit et frontière,
Pour qui se nommer est signe de lignée.

***

Das ist nicht Glück,
Wie die es meinen,
Die betteln, weinen,
Und zu Tempeln streben.
Und von dem Vorhof aus die Andacht sehen,
Und eine Weihe, die sie nicht verstehen.
Mit büsem Blick sich wenden dann zurück,
Und klagen über ein verlorenes Leben.

Was ist Glück dem,
Der mit sich selbst geeint ist,
Des Fuß nur stößt,
Wo es für ihn gemeint ist,
Für den Sich-Kennen Grenze ist und Recht,
Für den Sich-Nennen Zeichen im Geschlecht.

(Hannah Arendt)

 

 

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