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Retour à Nouakchott (Tahar Bekri)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



20 April 2004

20 April 2004

 

Retour à Nouakchott

Je te retrouve dans le souffle du vent
Exsangue brûlé par le sable sans relâche
Tant de dunes impatientes le long de ma route
Surgissent des limbes de l’inconsolé mirage

Les caravanes portées par la distance d’antan
Immobiles et langoureuses l’ombre aussi rare
Que l’acacia sec et endurci sous le soleil de plomb
Mon chant comme prière implorant le firmament

J’ai de toi désert la soif affranchie des frontières
Le rêve qui s’enlise ensablé habillé de lumière
Tout l’océan aimant chargé de lourdes pirogues
Butin d’arc-en-ciel pour des frères noirs et blancs

Où as-tu égaré fleuve ton limon pour nourrir la terre ?

(Tahar Bekri)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Expulsé (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2018




    
Expulsé
d’un rêve
d’un ventre

C’était pourtant
densité tendre
moiteur de membranes
lianes et spasmes
ensommeillés

C’était flotter
entre limbes
indécises
et lueurs grises
à ras de n’être pas

Impulsions de passage
et lent voyage
à travers marécages
où s’enliser
en confiance

C’était mouvement
en tous sens
et non sens

C’était

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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Le For intérieur (Colette Nys-Mazure)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2017



Le For intérieur

Parce que tu te tiens
au bord du jardin
de l’aube du jour
à chaque levée des ténèbres
tu sens que la vie t’emporte

Tu descelles la pierre noire
la lourde cécité des limbes

Le chant s’est pendu aux branches du saule
il hante nos fenêtres

(Colette Nys-Mazure)

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Pénètre sourdement dans le royaume des mots (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2017




    

Pénètre sourdement dans le royaume des mots.
Là se trouvent les poèmes en attente d’être écrits.
Ils sont figés, mais il n’y a pas de désespoir,
il y a calme et fraîcheur sur leur surface intacte.

Les voici seuls et muets, à l’état de dictionnaire.
Vis avec tes poèmes, avant de les écrire.
Reste patient, s’ils sont obscurs. Calme, s’ils te provoquent
Attends que chacun se réalise et se consume
avec son pouvoir de parler
et son pouvoir de taire.

Ne force pas le poème à se déprendre des limbes.
Ne ramasse pas par terre le poème qui s’est égaré.
N’adule pas le poème. Accepte-le
tout comme il acceptera sa forme définitive et concentrée dans l’espace.
Approche et contemple les mots.

Chacun d’eux a mille faces secrètes sous sa face neutre
et te demande, sans égard pour la réponse,
pauvre ou terrible, que tu lui feras :
as-tu apporté la clé?

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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Dans les limbes (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



J’ai dit jadis que l’absence
Est le plus cruel des maux;
On s’y berce avec des mots,
C’est l’horreur de l’impuissance

Sans la consolation
Du moins de quelque caresse,
On meurt sans qu’il y paraisse,
On est mort, dis-je, et si on

Feint de respirer encore,
C’est bien machinalement.
Ô ce découragement
A voir se lever l’aurore!

Or, depuis que dans ces lieux
Je souffre, – dès toi venue,
Par quelle force inconnue
Allé-je infiniment mieux?

C’est l’histoire de l’éphèbe
Mourant de la vierge au loin!
Qu’elle arrive et soit témoin,
Comme il nargue et fuit l’Erèbe!

Et tant que j’y resterai,
Accours en ce limbe blême:
Moi qui déjà t’aime et t’aime,
Ô que je t’adorerai!

(Verlaine)

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Les Fleurs (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Les Fleurs

Des avalanches d’or du vieil azur, au jour
Premier et de la neige éternelle des astres
Jadis tu détachas les grands calices pour
La terre jeune encore et vierge de désastres,

Le glaïeul fauve, avec les cygnes au col fin,
Et ce divin laurier des âmes exilées
Vermeil comme le pur orteil du séraphin
Que rougit la pudeur des aurores foulées,

L’hyacinthe, le myrte à l’adorable éclair
Et, pareille à la chair de la femme, la rose
Cruelle, Hérodiade en fleur du jardin clair,
Celle qu’un sang farouche et radieux arrose !

Et tu fis la blancheur sanglotante des lys
Qui roulant sur des mers de soupirs qu’elle effleure
À travers l’encens bleu des horizons pâlis
Monte rêveusement vers la lune qui pleure !

Hosannah sur le cistre et dans les encensoirs,
Notre Dame, hosannah du jardin de nos limbes !
Et finisse l’écho par les célestes soirs,
Extase des regards, scintillement des nimbes !

Ô Mère qui créas en ton sein juste et fort,
Calices balançant la future fiole,
De grandes fleurs avec la balsamique Mort
Pour le poëte las que la vie étiole.

(Stéphane Mallarmé)

 

 

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UNIFICATION (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016



UNIFICATION

Oubliant les noms, unifiant le non
dans une éclipse de terre, voici presque l’éveil
sur le sable noir, sous la marée rouge.
Ô bonheur d’être si proche de rien
et, sans rêve aucun, être le feu courant
qui culmine et s’évanouit dans la blancheur des limbes!

(António Ramos Rosa)

 

 

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DÉSÉCRITURE (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2015



 

partition qui brule

DÉSÉCRITURE

Amas de papiers sacrifiés
à l’écriture du poème
esquisse aux lignes raturées
par vagues successives
ensablant sur la page (la plage)
le dessin d’une épure

Vaine quête de perfection
un ressassement silencieux
s’étire ou se recroqueville
s’allège d’apprêts superflus
autour d’un noyau (d’un joyau ?)
irréductible ou insoluble

Quelqu’étincelle dissidente
s’étiole loin du feu central
soudain hors de portée
une musique s’est éteinte
et le texte à peine ébauché
se meurt aux limbes d’embolie

(Jean-Claude Xuereb)

 

 

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