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LES SONGES DE L’INANIMÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
LES SONGES DE L’INANIMÉ

Le vagabond des millions d’années
l’Inanimé
s’efforce Il monte il trébuche à travers
le va-et-vient l’affiche lumineuse
des nuits et des jours.

ll s’approche il monte, l »Inanimé, le vagabond,
il heurte de son bâton
les bords du chemin éboulé
ll peine il gémit il s’efforce
d’être un jour ce qu’il rêve,
de prendre vie.,
de troquer l’insensible contre la douleur
d’échanger l’innombrable
contre l’unique,
contre un destin.

Futur empereur future idole
le caillou vagabond
limé couturé par l’embrun
veut gravir les degrés prendre figure
faire éclore sur sa face camuse
une bête qui brame
un philosophe qui bougonne
un saint qui se tait
un dieu qui souffre et qui meurt

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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CHANSON DU JOUR QUI S’EN VA (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



 

Carol Bernier

CHANSON DU JOUR QUI S’EN VA

Ce m’est un crève-coeur
de te laisser partir, ô jour !

Tu pars tout plein de moi
et reviens sans me connaître.
Ce m’est un crève-coeur
de laisser sur ton sein
les possibles réalités
de minutes impossibles !

Vers le soir un Persée
lime tes chaînes
et tu fuis sur les monts
en te blessant les pieds.
Ni ma chair ni mes pleurs
ne peuvent te séduire
ni les fleuves sur lesquels
tu fais ta sieste d’or.

D’orient en occident
portant ton feu sphérique
ton grand feu que soutient
mon âme tendue dans l’effort,
D’orient en occident
ce m’est un crève-coeur
de t’emporter avec tes oiseaux
et avec tes bras de vent !

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Carol Bernier

 

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L’art (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018



Illustration: Juliette Choukroun
    
L’art

Oui, l’oeuvre sort plus belle
D’une forme au travail
Rebelle,
Vers, marbre, onyx, émail.

Point de contraintes fausses !
Mais que pour marcher droit
Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit.

Fi du rhythme commode,
Comme un soulier trop grand,
Du mode
Que tout pied quitte et prend !

Statuaire, repousse
L’argile que pétrit
Le pouce
Quand flotte ailleurs l’esprit :

Lutte avec le carrare,
Avec le paros dur
Et rare,
Gardiens du contour pur ;

Emprunte à Syracuse
Son bronze où fermement
S’accuse
Le trait fier et charmant ;

D’une main délicate
Poursuis dans un filon
D’agate
Le profil d’Apollon.

Peintre, fuis l’aquarelle,
Et fixe la couleur
Trop frêle
Au four de l’émailleur.

Fais les sirènes bleues,
Tordant de cent façons
Leurs queues,
Les monstres des blasons ;

Dans son nimbe trilobe
La Vierge et son Jésus,
Le globe
Avec la croix dessus.

Tout passe. – L’art robuste
Seul a l’éternité.
Le buste
Survit à la cité.

Et la médaille austère
Que trouve un laboureur
Sous terre
Révèle un empereur.

Les dieux eux-mêmes meurent,
Mais les vers souverains
Demeurent
Plus forts que les airains.

Sculpte, lime, cisèle ;
Que ton rêve flottant
Se scelle
Dans le bloc résistant !

(Théophile Gautier)

 

Recueil: Émaux et Camées
Traduction:
Editions: Gallimard

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Retouche au cloître (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



retouche au cloître

du pas divin d’arcades
les veuves d’anges apprennent la danse

le jet d’eau lime le silence
en immobile promenade

de quelle aile tombe et s’attarde cette plume
sur une rose qui s’allume

(Daniel Boulanger)

 

 

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Elle vécut ici sans moi celle qui fut l’oiseau de passage en mon hiver inconsolé (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2016



Elle vécut ici sans moi celle qui fut l’oiseau
de passage en mon hiver inconsolé
elle a dormi sur cette plage, elle a lissé
son corps impatient à la douceur de ces eaux
C’est là qu’elle m’a dit qu’en l’ombre elle était mienne
là qu’elle m’a donné l’espoir inespéré
de croire que « je t’aime » ensemençait le même
sens jour après jour que « toujours je t’aimerai »
et c’est là que je vis dans la rumeur des mots
éteints, sur le sable sec qui brasse l’écho
du destin de l’insecte que l’orage mêle
si frêle aux grains du roc où se liment ses ailes
et c’est là dessillés qu’entre la vague et l’air
mes yeux cherchent l’espace où son serment se perd.

(Robert Mallet)

 

 

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