Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘lingère’

Minuit Automne (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019




    
Minuit Automne
à Florence Delay

Des pattes fines sur le toit la nuit sans lune
Le bruit mat d’une pomme qui tombe dans l’herbe
Les pattes qui tricotent doux sûrement un loir
On entend très haut dans le ciel un très fin cri d’oiseau
Que font les grives mauvis à voler à cette heure?
Et moi qu’est-ce que je fais à ne pas encore dormir?

J’aimerais avoir des mains légères de lingère
Je plierais ma tristesse comme du linge frais
qui sent encore la bonne chaleur du fer à repasser
Je la rangerais dans le tiroir de la commode
et je serais tranquille simplement l’ami des loirs
qui ont des pattes si fines et le bout du museau rose
l’ami des grives qui ont le jabot piqueté de confettis noirs
Je serais sage comme une grosse pomme tombée dans l’herbe
Je dormirais comme la pomme J’aurais des rêves légers
où les jeunes filles d’autrefois la plupart maintenant mortes
me diraient gravement des choses sans gravité
et me regarderaient avec de grands yeux clairs

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

À S’ENDORMIR À LA LÉGÈRE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2018



Illustration: François Boucher    
    
À S’ENDORMIR À LA LÉGÈRE,
AU BRUIT DES SOURCES, SOUS LE CIEL,
RÊVANT AU RYTHME PLANÉTAIRE,
ON PLONGE, GISANT, DANS LA TERRE
ET SI JAMAIS RÊVE AU RÉEL
RÉVÉLA SECRET OU MYSTÈRE
C’EST EN DORMANT AU BRUIT DES EAUX
ET DU VENT FERMANT SES CISEAUX.

À S’ENDORMIR À LA LÉGÈRE,
SUR LA TERRE, DANS QUEL FOUILLIS,
TERRIENS, SOMBREZ-VOUS ? LA FOUGÈRE
S’ÉCROULE EN PANIERS DE LINGÈRE
DANS UNE ARMOIRE DE TAILLIS
BRODÉS DE SOIE OÙ S’EXAGÈRE
LA LUMIÈRE, HORS DU MANTEAU,
DE TA CHAIR, NYMPHE CALIXTO.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Contrée suivi de Calixto
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

IL Y A (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



 

IL Y A

Pauvres,
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Je vous aimais.
Mes livres, mon Dieu, m’avaient parlé de vous.
Je suis parti vers vous pour vous porter ma force.
Mais j’ai vu vos dos ronds, vos genoux arqués,
Vos yeux de chien battu qui guettaient ma main.
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Il y a votre paume creuse entre nous.

Riches,
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Je vous aimais.
Mes poètes, mes peintres m’avaient parlé de vous.
Je suis parti pour vous porter mes chants.
J’ai vu vos cols glacés sur vos cous raides,
Et vos yeux qui guettaient ma main,
Ma main trop peu obéissante.
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
II y a vos yeux vides entre nous.

Femmes,
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Je vous aimais.
Je suis parti pour vous porter mon front.
Vous discutiez avec votre lingère.
Vous avez promené un tube sur vos lèvres,
Et vos yeux n’ont pas vu ma main,
Ma main tremblante.
Femmes,
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Il y a trop de rouge gras entre nous.

Enfants,
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Je ne suis pas parti vers vous.
Aucun de vous n’a fatigué mes bras ni mes genoux.
Aucun de vous n’a détourné ma main qui écrivait
Et n’a jeté de l’encre sur ma page.
Enfants, petits enfants,
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Il y a trop de baisers, pas donnés, entre nous.

(André Spire)

Illustration

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES FRERES ET LES SOEURS (Alexandre Voisard)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



LES FRERES ET LES SOEURS

L’orage me quitte, la libellule me confie sa route.
Ce matin l’églantine m’attend, le ciel s’étale sur mon livre grandissant.

Un, trois, quatre, puis sept et dix ruisseaux m’accompagnent à travers les villes :
main dans la main, ensemble nous gagnons quelques mesures
et les peupliers musiciens nous marient pour d’entières saisons.

Le platane guette ma lucarne. La locustelle tombe dans mon jardin comme un fruit espéré.
Mais vient ma plus douce lingère : abeille qui cherche la tendre écorce de mon rêve,
petite soeur, voici ma paupière, voici mon trèfle, voici ma chanson lente à guérir,
voici la rosée de mes lèvres pour la prochaine aurore.

(Alexandre Voisard)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :