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Posts Tagged ‘linotte’

Mémoire (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Mémoire : au-delà du souvenir
Chant de la linotte,
Trèfle odorant dans l’air;
Pourtant nous fûmes là,
Mon amour et moi ensemble sous un toit.
Maison, somme de tous
Les jours qui nous ont abrités;
Le lieu sans retour.

**

Memory: beyond recall
The linnet’s song,
The clover-scented air;
Yet we were there,
My love and I together in one house.
Home is the sum of all
The days that sheltered us;
The place of no return.

(Kathleen Raine)

Illustration: Evelyn de Morgan

 

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La nature des choses (John Burnside)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016




Parce que certains animaux n’ont pas de nom,
unis à la trame des choses, provisoires

comme la neige fraîche ou bien les gouttes d’eau tombées
qui s’évaporent sur le sol de la cuisine,

on croit la maison déserte lorsqu’on part
au travail ou à l’école,

oublieux des traces de souffle
sur les plâtres,

de la pulsation dans une conduite d’eau, chose insaisissable,
qui vient de naître, au loin, en bas,

quelque chose comme une veine, peut-être, ou bien la vie
que nous avons presque imaginée pour les aplysies

et les phryganes,
une présence dont on pourrait tenir compte, tel un signe,

ressemblant vaguement
à la linotte ou au vison

mais à peine perceptible,
sans couleur ni parfum

– et c’est pourquoi nous avons tant de mal à décrire
les anges qui occuperont ces pièces

en notre absence, qui découvriront nos biens esseulés,
nos coupes de fruits et cuillères,

nos imperméables vides suspendus près de la porte,
le journal rivé à la table par une tasse,

c’est pourquoi nous leur donnons des ailes
et une peau humaine, un corps dans l’étreinte du chant,

silencieux comme le lait,
et nus comme la pluie.

(John Burnside)

Illustration: Jonathan Earl Bowser

 

 

 

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Le démon dans ces bois repose (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2015



 

Corinne Reignier  (15) [1280x768]

Le démon dans ces bois repose ;
Non le grand vieux Satan fourchu ;
Mais ce petit belzébuth rose
Qu’Agnès cache dans son fichu.

On entre plein de chaste flamme,
L’oeil au ciel, le coeur dilaté ;
On est ici conduit par l’âme,
Mais par le faune on est guetté.

La source, c’est la nymphe nue ;
L’ombre au doigt vous passe un anneau ;
Et le liseron insinue
Ce que conseille le moineau.

Tout chante ; et pas de fausses notes.
L’hymne est tendre ; et l’esprit de corps
Des fauvettes et des linottes
Eclate en ces profonds accords.

Ici l’aveu que l’âme couve
Echappe aux coeurs les plus discrets ;
La clef des champs qu’à terre on trouve
Ouvre le tiroir aux secrets.

Ici l’on sent, dans l’harmonie,
Tout ce que le grand Pan caché
Peut mêler de vague ironie.
Au bois sombre où rêve Psyché.

Les belles deviennent jolies ;
Les cupidons viennent et vont ;
Les roses disent des folies
Et les chardonnerets en font.

La vaste genèse est tournée
Vers son but : renaître à jamais.
Tout vibre ; on sent de l’hyménée
Et de l’amour sur les sommets.

Tout veut que tout vive et revive,
Et que les coeurs et que les nids,
L’aube et l’azur, l’onde et la rive,
Et l’âme et Dieu, soient infinis.

ll faut aimer. Et sous l’yeuse,
On sent, dans les beaux soirs d’été,
La profondeur mystérieuse
De cette immense volonté.

Cachant son feu sous sa main rose,
La vestale ici n’entendrait
Que le sarcasme grandiose
De l’aurore et de la forêt.

Le printemps est une revanche.
Ce bois sait à quel point les thyms,
Les joncs, les saules, la pervenche,
Et l’églantier, sont libertins.

La branche cède, l’herbe plie ;
L’oiseau rit du prix Montyon ;
Toute la nature est remplie
De rappels à la question.

Le hallier sauvage est bien aise
Sous l’oeil serein de Jéhovah,
Quand un papillon déniaise
Une violette, et s’en va.

(Victor Hugo)

Illustration: Corinne Reignier

 

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Complainte d’une bergère de dix ans (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2015



Complainte d’une bergère de dix ans

Les vaches ont fines
Cornes de dentelle
Où frémit l’oiseau.
La lune entre les cornes
Le soleil sur le taureau.
A la rondeur du pré
La ronde terre est close.

Mais une bête mais une fleur
Rameau étoilé rêve écouté
Rayon qui saute
Grenouille sotte
Et tête de linotte
En un clin d’oeil
Vident mon tablier.

La nuit j’ai peur
Un monstre ronfle
Au lit des maîtres.
Leur méchant coeur
Jamais ne dort.
Un soir se lèveront
Et me dévoreront.

(Georges-Emmanuel Clancier)

Illustration: Georges Paul François Laurent Laugée

 

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